Depuis l’autorisation donnée par l’Autorité Belge de la Concurrence, l’absorption du pôle presse de IPM par Rossel va devenir effective. Mais quid de l’aide publique à la presse, qui ne sera presque plus versée qu’à une seule entreprise ?
L’arrivée des titres de IPM chez Rossel va faire augmenter de plus de 100% la subvention publique accordée au groupe de la rue Royale. En 2024, les deux groupes avaient ensemble reçu 11.836.050,00 € d’aide directe, Rossel ne bénéficiant que de 46% du montant (1). On peut estimer que ce total avoisine les 13 millions € pour 2025. Lorsque l’absorption sera effective, en retirant la situation spéciale de Mediafin (L’Écho-De Tijd), propriété à la fois de Rossel et de Roularta, 95% de la somme tombera dans l’escarcelle de Rossel.
Certes, qu’est-ce que 13 millions d’euros pour les finances d’un géant de la presse ? Peu de chose, assurément, et les éditeurs s’en sont souvent assez plaints : cet apport de financement public ne représente qu’une part infime de leurs dépenses. Mais, treize millions d’euros, c’est tout de même supérieur aux 10,5 millions € alloués l’an passé au financement de fonctionnement des douze télévision de proximité de la FWB, somme tellement critiquée à l’heure actuelle.
PLUSIEURS ÉDITEURS, PLUSIEURS TITRES
Alors, est-ce le rôle de l’aide publique directe à la presse que de soutenir un marché aux mains d’un seul opérateur ? L’évidence serait d’affirmer que non. Pour le bon sens, il semble évident que l’aide à la presse a été créée pour garantir la diversité de l’offre de « la presse ». Et donc aussi, subsidiairement, des éditeurs ? Là est tout le débat : une offre variée impose-t-elle une variété d’opérateurs ?
Historiquement, on ne peut apporter qu’une réponse affirmative. À l’origine, chaque titre de presse était propriété d’un éditeur, qui possédait aussi l’outil qui permettait à « la presse » de voir le jour : une presse (ou une imprimerie).
Évidemment, au fil de l’industrialisation du secteur, les logiques de base de l’économie capitaliste vont opérer là comme ailleurs : un même éditeur va se mettre à publier plusieurs titres différents, pour conquérir le plus de « parts de marché », accroître son chiffre d’affaires et maximiser sa rentabilité. Car se sont bien les titres qui se vendent et garantissent la diversité.
Les études du CRISP sur l’historique de l’aide à la presse en Belgique vont en ce sens, estimant qu’elle est supposée être un instrument de soutien au pluralisme de la presse et à la diversité de l'information. C’est en tout cas dans ce cadre que, avant que naisse la Belgique fédérale, la loi du 27 décembre 1974 crée en Belgique cette aide afin de « maintenir la diversité dans la presse quotidienne d’opinion ». Il s’agit bien de permettre au lecteur d’avoir accès à des titres différents. On ne parle pas d’un soutien à des éditeurs, ceux-ci étant des entreprises privées alors que les biens qu’ils éditent sont des « biens culturels ».
Historiquement, on ne peut apporter qu’une réponse affirmative. À l’origine, chaque titre de presse était propriété d’un éditeur, qui possédait aussi l’outil qui permettait à « la presse » de voir le jour : une presse (ou une imprimerie).
Évidemment, au fil de l’industrialisation du secteur, les logiques de base de l’économie capitaliste vont opérer là comme ailleurs : un même éditeur va se mettre à publier plusieurs titres différents, pour conquérir le plus de « parts de marché », accroître son chiffre d’affaires et maximiser sa rentabilité. Car se sont bien les titres qui se vendent et garantissent la diversité.
Les études du CRISP sur l’historique de l’aide à la presse en Belgique vont en ce sens, estimant qu’elle est supposée être un instrument de soutien au pluralisme de la presse et à la diversité de l'information. C’est en tout cas dans ce cadre que, avant que naisse la Belgique fédérale, la loi du 27 décembre 1974 crée en Belgique cette aide afin de « maintenir la diversité dans la presse quotidienne d’opinion ». Il s’agit bien de permettre au lecteur d’avoir accès à des titres différents. On ne parle pas d’un soutien à des éditeurs, ceux-ci étant des entreprises privées alors que les biens qu’ils éditent sont des « biens culturels ».
QUELQUES ÉDITEURS, PLUS DE TITRES
L’Histoire confirmera que « l’aide à la presse » n’a jamais empêché ni la baisse du nombre de titres ni de celle du nombre d’opérateurs (2). À l’heure actuelle, cette aide fonctionne en vertu d’un décret de 2004. Lors des débats parlementaires précédant le vote de ce décret, ses auteurs rappelleront que l'aide à la presse vise à préserver « une presse quotidienne pluraliste et de qualité », l'idée étant que la presse constitue un pilier de la démocratie et que la puissance publique peut intervenir pour maintenir une diversité de l'information.
Comme le rappelle le Centre de l’aide à la presse de la FWB (3), l’aide directe est aujourd’hui accordée en fonction de cinq critères. Il est intéressant de noter que l’un d’eux constitue 40% des crédits totaux attribués à la presse écrite et concerne le fait d’ « assurer la plus grande diversité au sein de la presse quotidienne, en modulant l’aide par rapport aux résultats économiques de chaque titre suivant un mode de calcul qui privilégie les titres ou groupes de titres les moins rentables. »
Comme le rappelle le Centre de l’aide à la presse de la FWB (3), l’aide directe est aujourd’hui accordée en fonction de cinq critères. Il est intéressant de noter que l’un d’eux constitue 40% des crédits totaux attribués à la presse écrite et concerne le fait d’ « assurer la plus grande diversité au sein de la presse quotidienne, en modulant l’aide par rapport aux résultats économiques de chaque titre suivant un mode de calcul qui privilégie les titres ou groupes de titres les moins rentables. »
TROIS ÉDITEURS, AU MOINS
La question est donc de savoir si une entreprise monopolistique constitue le meilleur moyen d’ assurer « la plus grande diversité » de titres. Depuis la fin des éditeurs de presse quotidienne d’opinion (sociale, communiste ou social-chrétienne)en Belgique francophone, le marché s’est réorganisé sous la houlette de trois opérateurs. Certes, il y a eu un temps où le marché s’était brièvement organisé selon deux pôles, l’un piloté par Rossel et l’autre par… L’Avenir. Mais cette situation n’a pas fait long feu. Redoutant les monopoles et les duopoles, tous les acteurs (politiciens compris) se sont longtemps efforcés de maintenir un marché à trois acteurs : Rossel, IPM et L’Avenir, dont la situation de stand-alone a fini par ne plus être tenable. C’est pourquoi son propriétaire d’alors, l’évêque de Namur, choisit de se défaire du titre pour le céder à la « bonne presse » catholique flamande, c’est-à-dire au groupe Corelio, devenue depuis Mediahuis, qui n’a pas réalisé cette acquisition de gaité de cœur. Raison pour laquelle, quelques années plus, la bonne presse flamande remettra le groupe en vente. À l’époque, il était impensable qu’il ne reste que 2 opérateurs de presse en Belgique francophone. C’est pourquoi ce sont les politiques qui ont imposé le rachat du groupe L’Avenir à l’intercommunale liégeoise Tecteo, spécialisée dans… l’électricité et la télédistribution. Elle deviendra ensuite Publifin, le groupe L’Avenir étant placé dans sa filiale Nethys.
On l’oublie souvent mais, à l’époque, le choix d’un opérateur public pour posséder L’Avenir avait bien comme but d’assurer la pluralité « de la presse ». Non des « titres de presse » mais des « entreprises de presse ». Le scandale Publifin amènera les politiques d’alors à se révolter de voir des titres de presse entre les mains d’un acteur public. Ils auraient peut-être dû y réfléchir à deux fois. Car seul IPM pouvait se porter candidat au rachat de L’Avenir. Comme ce groupe-là n’était pas en bonne forme, le journal namurois et ses compléments ont vite fini par peser sur IPM… et à l’obliger à venir frapper à la porte de Rossel pour qu’il rachète tous ses avoirs « presse ».
On l’oublie souvent mais, à l’époque, le choix d’un opérateur public pour posséder L’Avenir avait bien comme but d’assurer la pluralité « de la presse ». Non des « titres de presse » mais des « entreprises de presse ». Le scandale Publifin amènera les politiques d’alors à se révolter de voir des titres de presse entre les mains d’un acteur public. Ils auraient peut-être dû y réfléchir à deux fois. Car seul IPM pouvait se porter candidat au rachat de L’Avenir. Comme ce groupe-là n’était pas en bonne forme, le journal namurois et ses compléments ont vite fini par peser sur IPM… et à l’obliger à venir frapper à la porte de Rossel pour qu’il rachète tous ses avoirs « presse ».
Alors, le pluralisme de l’information, est-ce seulement un pluralisme ± réel ou de façade avec des titres différents subsistant au sein d’une même enseigne, mais n’est-ce pas (aussi ?) un pluralisme des opérateurs ?
Rossel s’est engagé pour 7 ans à maintenir le pluralisme des titres actuels et, si l’envie lui venait de vouloir se séparer d’un d’entre eux (L’avenir, probablement), de justifier l’affaire auprès de l’Autorité Belge de la Concurrence. Les collaborations entre les titres seront aussi conditionnelles et contrôlées.
Selon le décret actuel, 60% de l’aide à « la presse » ne concerne ni la pluralité ni la diversité des titres, mais : l’aide à la création de nouveaux titres (on croit rêver) ; l’aide à l'emploi de journalistes professionnels (plus que utile !!!) ; l’aide au développement de la presse numérique (qui n’en finit pas de ne pas réussir l’essai) et l’aide « visant à compenser certaines charges d'exploitation des entreprises de presse ».
Alors que Rossel sera demain l’acteur de tout le marché (sauf, en partie, pour L’Écho), cette aide directe est-elle encore vraiment pertinente et utile dans son entièreté ?
Dans sa déclaration de politique communautaire, la majorité MR-Engagés écrit : « Concernant l’aide à la presse, le gouvernement veillera à adapter celle-ci à l’évolution du paysage médiatique avec pour objectifs le maintien d’une offre d’information pluraliste de qualité, et parallèlement l’amélioration des conditions de travail des journalistes […] ».
Rossel s’est engagé pour 7 ans à maintenir le pluralisme des titres actuels et, si l’envie lui venait de vouloir se séparer d’un d’entre eux (L’avenir, probablement), de justifier l’affaire auprès de l’Autorité Belge de la Concurrence. Les collaborations entre les titres seront aussi conditionnelles et contrôlées.
Selon le décret actuel, 60% de l’aide à « la presse » ne concerne ni la pluralité ni la diversité des titres, mais : l’aide à la création de nouveaux titres (on croit rêver) ; l’aide à l'emploi de journalistes professionnels (plus que utile !!!) ; l’aide au développement de la presse numérique (qui n’en finit pas de ne pas réussir l’essai) et l’aide « visant à compenser certaines charges d'exploitation des entreprises de presse ».
Alors que Rossel sera demain l’acteur de tout le marché (sauf, en partie, pour L’Écho), cette aide directe est-elle encore vraiment pertinente et utile dans son entièreté ?
Dans sa déclaration de politique communautaire, la majorité MR-Engagés écrit : « Concernant l’aide à la presse, le gouvernement veillera à adapter celle-ci à l’évolution du paysage médiatique avec pour objectifs le maintien d’une offre d’information pluraliste de qualité, et parallèlement l’amélioration des conditions de travail des journalistes […] ».
Où en est-on deux ans plus tard ?
Frédéric ANTOINE.
(1) Lecrit, N., Libert, M., Le Cam, F. et Bersipont, R. (2025), Évolution des médias belges d’information 2011-2025. Perspective socio-économique, Bruxelles, LaPIJ, 207p. (Ce rapport actualise les données de l’étude de F. Antoine et F. Heynderickx, État des lieux des médias en Belgique francophone, Parlement de la FWB, 2011.
(2) Gassée, M. (2005). L'aide directe à la presse en Communauté française (1973-2005) Courrier hebdomadaire du CRISP, 1873(8), 1-47. https://doi.org/10.3917/cris.1873.0005.
(3) https://audiovisuel.cfwb.be/aides/aide-medias/aide-presse-ecrite/#c3569