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Regard médias

Il y en a des choses à dire sur les médias en Belgique…

22 février 2026

DESPERATELY SEEKING RTBF MIX


Autoroute Bruxelles-Ostende. À la sortie de Gand, perte du signal radio de La Première (RTBF). Réflexe normal : enclencher RTBF Mix sur le DAB+. Mais, malgré une mise en chasse de l’autoradio dans tous les sens, la radio de la RTBF pour la Flandre semble avoir disparu. Sans tambour ni trompette. Et pour cause…

 

RTBF Mix, c’était un transpondeur radio DAB+ diffusant sur la Flandre un mélange (mix) des radios de la RTBF La Première, Classic 21 et VivaCité Sports, selon les heures de la journée. En effet, passé Gand vers la côte, par exemple, il devient très difficile d’encore capter la RTBF, car quasiment toutes les fréquences FM et DAB+ sont occupées par radios flamandes ou hollandaises. Avec le DAB+, le problème était réglé : le service public francophone était audible partout du côté flamand. Et l’auteur de ces lignes ne doit pas être le seul à avoir cru ces derniers temps que RTBF Mix était toujours un service offert par l’opérateur public francophone.


SILENCE RADIO

Sauf que, sans faire à ce propos une quelconque publicité, ce service initié le 1er janvier 2019 est tombé à la trappe le 1er septembre dernier (même si, selon certaines sources, le flux était audible jusqu’au 8 ou 9 septembre). Aucun article sur le site de la RTBF, aucun communiqué, aucun article dans les journaux à propos de cet événement, pas si insignifiant que cela. La seule communication officielle semble se trouver dans la FAQ technique de la RTBF où figure le 4 septembre 2025 la question : « Je n’arrive plus à capter RTBF Mix en DAB+. Est-ce un problème technique ? », ce à quoi le FAQ répond : « La diffusion de RTBF Mix en DAB+ a été arrêtée définitivement », la décision s’inscrivant dans un plan d’économies. Devoir chercher dans une FAQ pour avoir l’info : autant dire que, volontairement, la nouvelle est restée en plein brouillard…

 

FEUE L’AM

Nous allons bientôt comprendre pourquoi. Mais peut-être faut-il d’abord rappeler ce qui avait justifié la création de RTBF Mix. Jusqu’au 31 décembre 2018, si on ne parvenait pas à écouter la RTBF en FM en Flandre, il suffisait de se brancher sur les émetteurs radio de la RTBF de l’antique bande de fréquences AM (modulation d’amplitude), dont le signal se propage bien plus  loin que celui de la FM. La Première s’entendait alors partout côté flamand, même à la côte, tout comme VivaCité.


Mais voilà : le 1er janvier 2019, la RTBF a mis fin à jamais à ses émetteurs AM, qui existaient depuis près de 80 ans. Alors que l’Inforoute de la RTBF continuait à donner à longueur de flashs des nouvelles des embouteillages du côté des tunnels d’Anvers ou de l’E411 vers le littoral, notamment, la plupart de ces radioguidages tombaient dans le vide : ils ne pouvaient plus être entendus par des automobilistes pouvant rencontrer ces problèmes sur leur route. Et qui, à Arlon, se préoccupe de ce qui se passe au Craeybeckxtunnel ?  Un de ces beaux paradoxes belges, pas  très loin du surréalisme national.

Cet écueil avait été relevé à l’époque par certains observateurs lors d’un recueil de suggestions survenu avant un renouvellement du contrat de gestion de l’Institut public. Soulignant ce paradoxe, ils se demandaient comment continuer à pouvoir informer les francophones, et les automobilistes francophones, en Flandre.

 

UNE AFFAIRE DE MUX

RTBF Mix fut la (bonne) réponse du service public. Sauf que l’opérateur francophone avait espéré que son alter ego flamand lui aurait généreusement offert une place sur son mux DAB+, en lui proposant un donnant-donnant côté francophone, puisque c’est la RTBF qui gère l’ensemble des mux DAB+ dans le sud du pays. Mais les Flamands n’ont pas voulu, redoutant sans doute d’être accusés de soutenir le « franskiljonse imperialisme ».

On a parfois dit qu’ils avaient préféré offrir un flux à BBC World Service plutôt qu’à la RTBF, mais cela ne semble pas tout à fait exact. Car, en Flandre, le multiplex de la VRT n’assure que la diffusion de contenus liés au service public. Lors du lancement du DAB+ en 2015, l’autorité flamande avait choisi de confier la diffusion des radios privées à la société Norkring België, filiale de la société norvégienne Telenor (depuis que la VRT avait renoncé elle-même à diffuser ses programmes par voie hertzienne, comme le font tous les opérateurs audiovisuels publics européens, ses transmissions tant FM que TNT avaient déjà été confiées à Norking) (1). Norking, qui s’appellera ensuite Belgian Tower Company, gère ainsi d’abord « le » mux le plus rentable de Flandre : le 11A, qui transporte en DAB+ les signaux des principales radios privées flamandes (et certaines de leurs déclinaisons numériques spécifiques) : Qmusic, Joe, Nostalgie, NRJ, mais aussi BBC World Service et d’autres radios nationales commerciales. Celui qui exploite 11A contrôle l’infrastructure DAB commerciale en Flandre.

En octobre 2018, Norkring reçoit l’autorisation d’exploiter un deuxième réseau commercial national DAB+ flamand, celui où la RTBF achètera un canal pour RTBF Mix et qui comprend d’autres radios, comme Joe 80’s & 90’s, Joe Easy, Q-Foute Radio et Willy Class X. En 2023-2024, la licence d’exploitation du premier mux, le fameux 11A, arrive à échéance. Le gouvernement flamand lance un appel d’offres public pour moderniser le réseau, réduire les coûts pour les radios, améliorer la couverture indoor et sécuriser la transition numérique. Les grands groupes médias flamands DPG Media et Mediahuis, propriétaires des principaux réseaux de radios, insistent pour que le nouveau concessionnaire réduise leurs frais de diffusion numérique, devenus lourds après la généralisation du DAB+ en Flandre.

Plusieurs opérateurs se portent candidats à côté de Norkring, dont les Hollandais de Broadcast Partners. Ceux-ci promettent une optimisation énergétique, une meilleure densité d’émetteurs et une couverture mobile améliorée. Tout cela avec des coûts d’exploitation plus bas que Norkring, un modèle tarifaire plus attractif pour les radios et… une mutualisation des coûts avec ses réseaux néerlandais (toujours le vieux rêve flamand d’un grand Benelux avantageux pour eux).

UN COUP MORTEL

Le gouvernement flamand finit par choisir Broadcast Partners. Norkring perd donc le mux 11A, qui était sa poule aux œufs d’or. Son modèle économique s’effondre. Seul, le réseau secondaire devient non rentable. Début 2025, l’opérateur suédois décide d’arrêter les frais et restitue tout simplement aux autorités flamandes sa licence pour le mux 2, en ne se préoccupant pas de laisser sur le carreau toutes les radios qui diffusaient via ce mux (dont RTBF Mix). Face au risque d’extinction du multiplex, le gouvernement flamand interviendra, le régulateur des médias (VRM) cherchera une solution rapide, et une licence temporaire d’exploitation de ce mux jusqu’à fin 2027 sera accordée à un consortium associant DPG Media et Mediahuis.

Toutes les radios ont donc été sauvées… mais la RTBF choisit l’occasion pour sauter du train en marche.

PAS SANS AUDITEURS

Il faut être honnête : les enquêtes d’audience radio, toujours menées via l’ancestral carnet d’écoutes, révèlent que les auditeurs déclarés de RTBF Mux ne sont pas légion. Mais ne sont pas rien non plus. Pour une station ne diffusant qu’en DAB+ et n’ayant jamais fait l’objet de promotion, RTBF Mux se comporte mieux que certaines des radios « digital only » de la RTBF, ou certaines autres radios privées.

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La station a ainsi souvent touché plus de 7.000 auditeurs/jour, avec un pic à près de 9.000 fin 2023.

Ses parts de marché ne sont pas non plus superbes : au mieux, elles atteignent 0,2% de PDM. Mais, comme écrit plus haut, RTBF Mux n’est jamais dernière au classement des radios figurant dans les données du CIM, et se trouve souvent plus haut que plusiurs radios qui existent toujours.

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Et sa durée d’écoute n’a a rien à envier à celle d’autres radios, tenant compte qu’il s’agit pour la plupart de durées liées à des déplacements en voiture. 

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Le pic de durée d’écoute atteint en effet… 3 heures, et l’écoute est souvent proche des 2h ou 1h30. Pas mal, tout de même. D’autant que, comme RTBF Mux diffuse les mêmes programmes que La Première, Classic 21 ou VivaCité, rien ne dit que, lors des enquêtes, les répondants n’ont pas mentionné ces radios-là plutôt que le Mix.

POIGNARD À PLUSIEURS COUPS

Pourquoi un tel assassinat ? L’argument officiel d’une disparition liée aux restructurations budgétaires de la RTBF, passe mal alors que le service public maintient d’autres radios n’émettant qu'en DAB+ et ne recueillant pas des scores d’audience beaucoup plus enviables que RTBF Mix. Et ce, d’autant que Mix ne coûtait rien en termes de production d’émissions. Elle nécessitait simplement la location du canal sur le mux flamand.  Et, sauf erreur, elle n’a jamais fait l’objet de campagnes de promotion coûteuses incitant les francophones de Flandre et surtout les automobilistes se déplaçant en Flandre à écouter cette station.

Le fait de se retrouver dans un mux possédé en partie par DPG, coactionnaire de RTL Belgique avec Rossel, le grand concurrent du service public, aurait-il joué ? Cela n’a pas de sens non plus.

Le mystère reste donc entier. D’une part parce que cette radio assurait une présence radiophonique du service public francophone sur tout le territoire belge, ce qui peut aussi se lire dans le cadre d’une stratégie politique de rapport avec la Flandre (dont les émetteurs de Schoten et de surtout de Sint-Pieters Leeuw, près de Bruxelles, avec leurs 300 mètres de hauteur, couvrent quasiment toute la Wallonie). Il est étonnant que le gouvernement de la FWB n’ait pas pris cet élément politique en compte : accepte-t-on qu’un service public fasse une économie dans un secteur ayant  un poids politique stratégique vis-à-vis des revendications flamandes ?

UNE BALLE DANS LE PIED

D’autre part, et peut-être d’abord, on ne peut être qu’étonné de constater (à défaut de l’avoir appris très officiellement) que le service public, fer de lance de la présence du DAB+ en Belgique, a été le premier (avant l’opérateur privé RCF) à mettre la clé sous le paillasson d’une de ses diffusions en numérique terrestre. Comme (petit) aveu de la faiblesse du DAB+, il y a difficilement plus évident : finalement, le DAB+ ne touche vraiment pas grand monde, et coûte plutôt cher. Donc, c’est là qu’il est normal d’opérer des coupes budgétaires.

Comment, alors, encore soutenir que le DAB+ est « la » solution d’avenir pour la radio ? Aujourd’hui, dans les voitures, les applis permettent d’écouter en radio IP toutes les stations du monde, y compris celles de la RTBF. Depuis 2022, Tesla supprime progressivement les tuners FM-DAB+ de ses véhicules. Les constructeurs chinois, comme BYD, NIO, XPeng, etc., conçoivent désormais leurs systèmes audio autour de la 4G/5G embarquée permanente, d’assistants vocaux, d’écosystèmes d’applications et du streaming audio et vidéo. Dans les automobiles connectées, le tuner est devenu un élément secondaire par rapport à un accès audio aux plateformes et des radios IP.

Le moyen le plus simple pour écouter la RTBF ou d’autres radios francophones en Flandre est donc bien de passer par son téléphone ou les services audio numériques intégrés au véhicule. Sauf si on veut écouter la radio française ICI Nord [ex- France Bleu Nord], dont les émetteurs FM couvrent une partie du territoire flamand. Mais si telle est la solution dans ce cas par rapport au DAB+, pourquoi ne le serait-ce pas aussi dans d’autres ?

Rappelons toutefois que, malgré tout, la radio hertzienne reste le seul média qui subsiste lors de catastrophes, et que,  dans à ces moments-là, l’autoradio est sans doute le meilleur moyen d’encore pouvoir écouter une radio lorsqu’on ne dispose plus de transistor à piles ou de radio à manivelle. La panne d’électricité survenue en Espagne l’an dernier l’a brillamment confirmé.

Frédéric ANTOINE

 

(1) La VRT arrêtera de diffuser ses programmes en hertzien TNT le 1er décembre 2018, alors qu’il tombe sous le sens que le rôle d’un service public est d’être accessible gratuitement partout et tout le temps…

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