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Il y en a des choses à dire sur les médias en Belgique…
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28 mai 2026

De Standaard en français : est-ce que cela vaut la peine ?


Quel intérêt Wallons ou Bruxellois francophone ont-ils à s’abonner à l’édition francophone du Standaard ? Aide-t-elle à mieux comprendre la Flandre ou à avoir un regard flamand sur l’actu ? Pas sûr. Analyse.

C’est une initiative unique en son genre dans un pays où les deux principales communautés culturelles s’ignorent mutuellement. Créé le 4 décembre dernier, De Standaard propose en français, et pour 4€/mois, une sélection quasi quotidienne d’articles de l’édition flamande originale. Cette innovation a-t-elle pour ambition de fournir aux lecteurs francophones des informations sur la Flandre, ou un regard flamand sur l’actualité qu’ils ne trouveraient pas ailleurs en français ? La réponse est : oui, un petit peu. Mais pas vraiment. Comme si cela n’était pas le premier but de cette production journalistique dans la langue de Voltaire.

 

Pour répondre à cette question de recherche, une petite étude a été menée sur les titres des articles de l’édition en français parus ces dernières semaines (voir détails méthodologiques dans la note au bas du texte). Les résultats valent évidemment uniquement pour la période analysée. Mais, sur un mois, il est déjà possible de dessiner des tendances et d’avancer prudemment des éléments de réponse.

 

UN ŒIL SUR LE MONDE… 

 

Premier élément de réponse : non, il ne semble pas que le but premier de l’édition en français soit d’informer le lecteur francophone sur la Flandre. 45% des sujets (207 articles) concernent une actualité se situant « hors Belgique », et 8% de textes sont sans ancrage local précisément identifiable par leur titraille. Les sujets « belges » représentent un peu moins de 50% du corpus. Mais 26% sont des sujets « nationaux » (118 articles) . On ne recense qu’environ 14% d’actualités concernant la Flandre (64 articles). Pus de 6 % de sujets sont bruxellois et 1% wallons.

 

 

Cette préférence pour l’international se confirme lorsque l’on classe les articles selon leur thématique et non plus en fonction de leur « localisation ».

 

 

… ET MOINS SUR LA BELGIQUE

 

L’international et les questions géopolitiques sont au centre de 18% des articles de l'échantillon (le graphique est en nombres absolus). Les problématiques relatives à l’énergie, au climat et à l’environnement  concernent 14% des textes, tout comme la culture, les médias et les arts. Les sujets sociaux se situent au même niveau de pourcentage, devant les thématiques liées à la politique et aux institutions belges. Les autres catégories n’atteignent pas 10% dans le corpus.

 

 

 

 

 S’il est logique que la quasi-totalité des articles de géopolitique traitent de l’étranger, il faut souligner qu’on retrouve aussi des sujets « hors Belgique » dans plus de la moitié des articles relatifs aux technologies, et dans près de la moitié dans ceux qui parlent d’énergie et de climat, de médias et de sports.

 

 

 

Les sujets abordant la Belgique sous angle politique et institutionnel se retrouvent le plus fréquemment dans la catégorie des articles abordant le pays de manière « nationale » (>50%). C’est un peu moins le cas dans les rubriques relevant du social (40%) et de l'économie (35%).

 

UN LÉGER REGARD FLAMAND

 

Parmi les 64 articles qui traitent spécifiquement d’une actualité flamande, un cinquième abordent des questions de société et de vie quotidienne. La politique est traitée dans 15% des sujets, l’environnement 13%. Les autres catégories de sujets sont en dessous des 10%.

 

 

 

Le volume de l’échantillon est trop faible pour décrire précisément les thématiques dont traitent les articles sur la Wallonie et Bruxelles. Pour la capitale, se détachent un peu les articles sur la politique et les arts. Pour la Wallonie, seul le sport se distingue. 

 

QUELLE VALEUR AJOUTÉE ?

 

Cette étude d’un petit corpus de titres d’articles confirme que la sélection en français des articles du Standaard n’est pas d’abord réalisée pour donner aux francophones un accès spécifique à l’actualité du nord du pays. Elle se présente plutôt comme le reflet de la richesse éditoriale globale du quotidien, une fenêtre qui ne traite pas uniquement de la Belgique et de la Flandre, mais se distingue en abordant de nombreux sujets de politique internationale ou de société. Pour le lecteur francophone, la valeur ajoutée spécifique apparaît surtout dans les articles consacrés à la Flandre ou ayant un cadrage flamand. Mais cette valeur ajoutée, bien réelle, reste très minoritaire dans le flux global. Au-delà de savoir si De Standaard parle de la Flandre, on peut se demander si cette dimension est assez forte et assez visible pour pousser un lecteur francophone à s’abonner, même pour 4€. Alors que d’autres médias en langue française peuvent lui fournir une bonne partie des mêmes informations. Mais sans la touche spécifique au Standaard.

 

FINES ADAPTATIONS

 

Au-delà des thématiques et des localisations, De Standaard parle-t-il différemment à ses lecteurs flamands et francophones ? Pour tenter un début de réponse, une petite étude ponctuelle a été ici menée sur un jour, le 26/05. Il s’agit d’une comparaison entre l’offre de titres de la sélection francophone et ceux qui étaient disponibles gratuitement sur le site web original en néerlandais. 

 

La version française est, semble-t-il, réalisée par une équipe de traducteurs sur base des articles néerlandophones. C’est en tout cas ce qu’écrit le journal à l’occasion des 4 mois de l’édition francophone (1). Mais, présentant le projet fin 2025, le journal était plus discret à ce propos, expliquant plutôt qu’une « équipe de journalistes bilingues recrutés pour ce projet traduit De Standaard à l'aide de l'intelligence artificielle. Leur mission est de restituer fidèlement l’original dans une langue française naturelle et de qualité. » (2) Ce qui n’est pas tout à fait la même chose… 

 

En décembre 2025, dans la présentation du projet, le journal écrivait : « De Standaard en français proposera également du journalisme personnel, beaucoup de sujets cultures, des conseils pratiques, des opinions et du lifestyle. » (3) En définitive, y a-t-il une french touch dans ces choix et dans l’écriture ?

 

En ce qui concerne les titres, ceux du côté francophone sont très fréquemment des retranscriptions des titres en néerlandais, parfois très légèrement adaptés (voir tableau en bas de ce texte). Les différences entre les versions ne sont pas spectaculaires, mais il en existe quelques-unes. L’étude n’a pas analysé les textes en eux-mêmes.

 

Dans certains cas, le titre de la version française est plus explicite : “1.400 mensen”  (“1.400 personnes”) devient “1.400 Palestiniens”. Dans d’autres cas, elle atténue : “kindermisbruik” (“abus sur enfants”) devient “violences contre des enfants”. “Concourskiller” (“tueuse de concours”) disparaît au profit d’une formulation plus neutre. Dans d’autres cas, elle dramatise légèrement : “reageert voor het eerst” (“réagit pour la première fois”) devient “sort du silence”. Et parfois, elle recadre complètement l’accroche : “ Franse spookdorpen zoeken inwoners : ‘Ik heb Marc Coucke een brief gestuurd of hij niet wil investeren in ons dorp’” (“Des villages fantômes français cherchent des habitants : ‘J’ai envoyé une lettre à Marc Coucke pour lui demander s’il ne voulait pas investir dans notre village’”) devient :“Trop chers ou trop délaissés : ces villages français qui peinent à rester habités”.
Le néerlandais mise sur l’image des “villages fantômes” et la référence à Marc Coucke (4) ; le français préfère une formulation plus analytique et explicative.

UN CAS EMBLÉMATIQUE

Le jour analysé suit le dramatique accident survenu au passage à niveau de Buggenhout. La lettre en français du rédacteur en chef Karel Verhoeven, qui précède chaque jour la présentation de la sélection d’articles, place l’accident au centre de l’édition du jour : Après l’accident tragique impliquant un minibus scolaire à un passage à niveau de Buggenhout, une question demeure : comment cela a-t-il pu se produire ? Dans la sélection française, le sujet est traité par deux entrées : Demi-barrières, feu rouge et collision mortelle : ce que l’on sait du drame de Buggenhout et Une journée irréelle à Buggenhout : “On ne réalise pas encore bien”.

Côté néerlandophone, plus de titres portent sur le drame, notamment : “Ontreddering na ongeval met schoolbus waarbij kinderen van 12 en 15, chauffeur en begeleider omkomen” (“Consternation après l’accident impliquant un bus scolaire, dans lequel des enfants de 12 et 15 ans, le chauffeur et l’accompagnatrice sont morts”), “Slagbomen hier zijn niet veilig” (“Les barrières ici ne sont pas sûres)”. “Het gebeurde in een flits” (“Cela s’est passé en un éclair”.) Het dringt nog niet goed door” (“On ne réalise pas encore bien”).

La version française semble plus didactique. Le titre Demi-barrières, feu rouge et collision mortelle : ce que l’on sait… fournit au lecteur francophone les éléments de compréhension immédiats. Les titres néerlandais jouent davantage sur l’émotion locale, la citation ou le récit. Mais le francophone ne disposait-il pas déjà, par son exposition médiatique générale, des éléments factuels et de contexte, et ne cherchait-il pas justement autre chose que ce que ses propres médias auraient pu lui fournir sur ce sujet ?

SÉLECTIONS DU READER

Comme annoncé dès sa création, l’édition française ne reprend pas tout le flux du site néerlandophone. Elle opère un filtrage. Exemples de contenus non repris dans la sélection en français du jour étudié : Natalia hertrouwt op Barbados en Klaasje loopt rond met nieuwe haardos (Natalia se remarie à la Barbade et Klaasje se promène avec une nouvelle coiffure) Sujet people / célébrités flamandes.  Een kwart van de finalisten van de Elisabethwedstrijd komt uit de Muziekkapel. Wat is hun geheim? ‘Een artiest moet geen kloon van zijn leraar worden’ (Un quart des finalistes du Concours Reine Elisabeth vient de la Chapelle musicale. Quel est leur secret ? ‘Un artiste ne doit pas devenir le clone de son professeur’). Sujet culturel belge, il n’est pas repris dans la liste francophone, alors qu’un autre article sur le Concours Reine Elisabeth, celui sur Maria Zaitseva et Lionel Martin, l’est. Ruimtevaartaandelen schieten omhoog, Ferrari zakt weg (Les actions du spatial s’envolent, Ferrari recule). Sujet économique et boursier connexe à Ferrari. Non repris comme titre français. Snel mee met het nieuws van de dag (Comprendre rapidement l’actualité du jour”). Format de résumé quotidien également non repris.

Les titres en français du jour sont très majoritairement issus du site néerlandophone de De Standaard, sous forme de traductions, de condensations ou d’adaptations. L’édition française n’est pas non un miroir complet du site néerlandophone. Elle filtre, hiérarchise et reformule. Certains contenus néerlandophones ne sont pas repris dans les 23 titres ; d’autres, comme Lectrr, cartoon van de dag (Lectrr, dessin du jour) sont présents et traduits dans le carrousel francophone, mais hors liste des articles.

Dans le cas étudié, DS en français offre bien au lecteur francophone un accès à certains sujets flamands ou à certains cadrages venus du nord du pays. Buggenhout en est l’exemple le plus net dans cette édition. Mais cette valeur ajoutée flamande ne structure pas toute l’offre du jour. Elle est diluée dans une sélection composée de nombreux articles internationaux, économiques, culturels ou pratiques sans lien spécifique avec la Flandre (voir exemples en bas de texte [4]). Ce sont des articles qui peuvent être intéressants, mais qui ne répondent pas directement à la promesse implicite d’un média-passerelle vers la Flandre. Un lecteur francophone peut trouver des sujets comparables dans des médias francophones généralistes.

POUR 4€…

L’étude des titres d’un jour confirme l’analyse plus large portant sur tout un mois. L’édition française du Standaard fonctionne moins comme une vitrine exclusivement consacrée à la Flandre que comme une sélection francophone du journal néerlandophone destinée lui « donner une idée » de ce qui constitue la diversité de son ofgre. Sa valeur distinctive pour un lecteur francophone apparaît lorsqu’elle donne accès à des sujets flamands ou à un regard flamand sur l’actualité belge.  Mais cette valeur ajoutée est intermittente et cohabite avec une offre généraliste que le lecteur peut souvent trouver ailleurs en français, et peut déjà avoir trouvé avant la lecture de la sélection des articles du Standaard.

Cette offre ne coûte que 4€/mois, alors que le welkom tarief digital de De Standaard en néerlandais est de 4,25€/semaine (18€/mois), et que l’abonnement numérique du Soir est actuellement en promotion à 2,49€/semaine (10€/mois), avec un tarif « normal » est deux fois plus élevé. Ce n’est donc pas un gros investissement. Mais cela ne concerne qu’une sélection d’articles…

Pour ceux qui en veulent plus sur la Flandre sans bourse délier, il reste toujours, dans un autre style, le clone de hln.be, le fameux 7sur7.be, qui se nourrit, lui aussi, de plus en plus de traductions d’articles de la presse flamande… mais de chez DPG, et pas de chez Mediahuis.

Frédéric ANTOINE

 

Note méthodologique

Le corpus comprend les titres des éditions du 24 avril au 26 mai 2026, soit 461 titres issus de 25 éditions quotidiennes. L’étude ne concerne que les titres. Les visuels et les dessins de presse en ont été exclus. La catégorisation a été réalisée pour les besoin de l'enquête et ne correspond pas à un classement en rubriques fait par le journal. Pour des raisons de facilité (il ne s’agit ni d’une thèse ni d’un mémoire de fin d’études), le traitement a été réalisé avec l’aide de l’IA.

 

(1)  « Dès qu’un article en néerlandais a été relu par les secrétaires de rédaction, l’équipe de DS en français entre en action. Sept traducteurs expérimentés, venus d’horizons et de secteurs différents, travaillent chaque jour par équipes de deux ou trois et prennent en charge l’ensemble des textes. Ce n’est pas une mince affaire. Car chaque traduction exige une approche globale. Il faut traduire le texte, bien entendu, mais chaque article doit aussi subir un véritable travail de révision. Chaque jour surgissent une foule de questions, comme dans l’exemple de la citation de Georges-Louis Bouchez. Sur le plan de la traduction d’abord – que faire, par exemple, du mot « middenveld », qui dans le vocabulaire footballistique signifie « milieu de terrain » et n’a pas, dans une contexte politico-économique, d’équivalent en français ? Sur le plan culturel ensuite – qui est donc ce Ruben Van Gucht qui défraie la chronique en Flandre, et qu’est-ce que cet accord sur l’azote dont les Flamands parlent si souvent ? Sur le plan institutionnel, enfin – les niveaux de pouvoir sont scindés en Belgique, mais les communautés ne sont pas forcément organisées selon la même logique. Et ainsi de suite. » (DS en français, 17/04/2026)

 (2)  Bienvenue à De Standaard en français, 3 décembre 2025.

 (3)  Ibidem.

 (4)  Dans l’analyse du 26/05/2026, une partie importante des 23 titres n’a pas de lien spécifique avec la Flandre ni avec un regard flamand : Détroit d’Ormuz ; Iran / Trump ; Ferrari ; Samsung ; Cuba ; Chine ; Paris ; villages français ; Sonny Rollins ; conseil de vie quotidienne. 

Comparaison des titres de l’édition du 26/05/2026 

DS en français

Titre néerlandais original + traduction

Commentaire

1.400 Palestiniens bloqués à Gaza malgré un visa pour la Belgique : Prévot défend l’arrêt des évacuations

“1.400 mensen zitten vast in Gaza ondanks visum voor België” — “1.400 personnes sont bloquées à Gaza malgré un visa pour la Belgique”

Très proche. Différence intéressante : le néerlandais dit “mensen” — “personnes”— tandis que le français précise “Palestiniens”. Le titre français rend donc l’identité des personnes concernées plus explicite.

Le scandale de clientélisme ne met pas seulement le gouvernement bruxellois, mais aussi le PS lui-même sous forte pression

“Cliëntelisme-schandaal zet niet alleen Brusselse regering maar ook PS zelf onder zware druk” — “Le scandale de clientélisme ne met pas seulement le gouvernement bruxellois, mais aussi le PS lui-même sous forte pression”

Traduction quasi directe. Le cadrage politique est le même.

Les bodycams arrivent dans les transports publics : “Un effet dissuasif sur les jeunes ? Je ne le pense pas”

“Personeel openbaar vervoer mag straks bodycams dragen” — “Le personnel des transports publics pourra bientôt porter des bodycams”

Même sujet. Le français raccourcit le titre et met davantage en avant l’arrivée des bodycams, alors que le néerlandais part du droit donné au personnel.

Le patron de Fedasil sort du silence sur l’arrêt controversé de l’accueil : “Nous sommes à la limite du cadre légal”

“Baas Fedasil reageert voor het eerst op commotie rond opvangstop” — “Le patron de Fedasil réagit pour la première fois à la polémique autour de l’arrêt de l’accueil”

Traduction très proche. Le français “sort du silence” donne une formulation un peu plus journalistique et dramatique que “reageert voor het eerst” — “réagit pour la première fois”.

Dries Van Langenhove condamné pour incitation à la haine après sa conférence à la KU Leuven

“Dries Van Langenhove veroordeeld voor verspreiden van rassenhaat tijdens lezing”— “Dries Van Langenhove condamné pour diffusion de haine raciale lors d’une conférence”

Le titre français condense. Le néerlandais est plus précis juridiquement avec “verspreiden van rassenhaat” — “diffusion de haine raciale”.

La pénurie de pétrole due à la fermeture du détroit d’Ormuz est moins grave que redouté

“Olietekort door sluiting Straat van Hormuz minder groot dan gevreesd” — “La pénurie de pétrole due à la fermeture du détroit d’Ormuz est moins importante que redouté”

Traduction directe.

Presque un accord avec l’Iran, ou alors bombarder ? Pour Trump, les deux peuvent aller de pair

“Bijna een akkoord met Iran, of toch bombarderen?” — “Presque un accord avec l’Iran, ou tout de même bombarder ?”

Traduction très proche. “Of toch bombarderen?” — “ou tout de même bombarder ?” — garde le même effet de contraste brutal.

Paris secoué par un scandale de violences contre des enfants dans le périscolaire

“Parijs opgeschud door schandaal rond kindermisbruik in buitenschoolse opvang”— “Paris secoué par un scandale d’abus sur enfants dans l’accueil extrascolaire”

Sujet identique, mais différence de ton. Le néerlandais “kindermisbruik” — “abus sur enfants” — est plus frontal que le français “violences contre des enfants”, qui atténue légèrement la qualification.

La nouvelle Ferrari “Elettrica” fait fuir les investisseurs et polarise les fans : “Nous ne comprenons pas très bien la stratégie”

“Nieuwe Ferrari ‘Elettrica’ schrikt beleggers af en polariseert fans” — “La nouvelle Ferrari ‘Elettrica’ effraie les investisseurs et polarise les fans”

Traduction directe. Le verbe néerlandais “schrikt af” — “effraie / fait reculer” — est rendu par “fait fuir”, un peu plus imagé.

À Cuba, Washington cible Gaesa, le holding militaire au cœur de milliards cachés

“Washington richt pijlen op Cuba’s verborgen miljarden: Gaesa” — “Washington braque ses flèches sur les milliards cachés de Cuba : Gaesa”

Même sujet, mais le néerlandais est plus offensif. “Richt pijlen op” — littéralement “braque ses flèches sur”, soit “cible” — donne une image plus agressive.

Maria Zaitseva se perd un peu dans l’imposé, Lionel Martin captive l’oreille et le regard

“Concourskiller Maria Zaitseva liep wat verloren in het plichtwerk” — “La tueuse de concours Maria Zaitseva s’est un peu perdue dans l’œuvre imposée”

Le français atténue le mot très marqué “concourskiller” — littéralement “tueuse de concours”. Le titre néerlandais est plus vif et plus idiomatique.

Sonny Rollins (1930-2026) : le colosse du saxophone ténor était devenu si populaire qu’il en avait lui-même souffert

“Sonny Rollins (1930-2026): de kolos van de tenorsax werd zo populair dat hij er zelf onder leed” — “Sonny Rollins (1930-2026) : le colosse du saxophone ténor était devenu si populaire qu’il en avait lui-même souffert”

Traduction directe.

Je n’ose pas dire à ma voisine qu’elle rend notre appartement invivable

“Mijn buurvrouw maakt ons appartement onbewoonbaar en ik durf niet te klagen” — “Ma voisine rend notre appartement inhabitable et je n’ose pas me plaindre”

Sujet identique. Le français “je n’ose pas dire” est un peu plus doux que “ik durf niet te klagen” — “je n’ose pas me plaindre”.

 

 

 

 

24 octobre 2023

Metro : la mort au bout du tunnel

 

Rossel a annoncé que Metro s'arrêterait de paraître ce vendredi. Alors que, il y a quelques années encore, ce journal était le titre de presse le plus distribué en Belgique francophone. Avec la disparition du seul quotidien papier gratuit de Belgique disponible au nord comme au sud du pays, une nouvelle page de l'histoire de la presse se tourne. Au nom de la rentabilité des entreprises  et de leur désintérêt pour les expériences qui ne cadrent pas avec leur business plan. 

Il en avait fait du bruit, Metro, quand il avait vu le jour en Belgique. Les grands penseurs du journalisme se demandaient à l'époque si on pouvait vraiment considérer comme un média d'information un journal que son lecteur ne devait pas payer et qui ne se finançait que par la publicité. Ce qui semblait alors définir "la presse", c'était obligatoirement le fameux modèle économique à double versant ou, pour être plus trivial, la célèbre phrase d'Emile de Girardin : « Le journal est un bien qui se vend deux fois. » Et voilà que, avec Metro, il ne se vendait plus qu'une seule fois, et s'offrait gratis à son autre clientèle. Un journal qui, en somme, se rémunérait comme les toutes-boîtes, dont tout le monde s'accordait aussi alors pour dire que ce n'était pas de la presse, celle qu'on salue chapeau bas, qui souffre pour accomplir ses missions et à laquelle on rend hommage à tous les étages de la société pour son travail de garant de la démocratie…

FENÊTRE OUVERTE

Metro, ce n'était sans doute pas vraiment ça. De mémoire, il ne semble pas que ce journal-là ait eu un seul scoop, mené des enquêtes exclusives  en profondeur ou ait réussi, par ses révélations, à faire tomber des ministres. Métro était plutôt un suiveur de l'info, mais que lui demandait-on d'autre ? Et puis, son contenu, c'était quand même de l'info, et pas des ragots. Un tour du monde de l'actu un peu fastfood, à ingurgiter en quelques minutes seulement, certes, mais un tour du monde de l'info tout de même.

Combien de navetteurs et de jeunes, particulièrement, n'ont-ils pas bénéficié d'une petite fenêtre ouverte sur le monde en feuilletant ses petites pages ? Metro a initié à la lecture de l'info des dizaines de milliers de personnes qui, autrement, n'auraient jamais par elles-mêmes franchi la porte d'un marchand de journaux et payé pour accéder à un titre de presse. Le titre a vulgarisé l'info, et la brièveté de ses articles l'a rendue accessible à tous. On ne rappellera sans doute jamais assez la fonction de salut public que ce petit journal aura rempli pendant plus d'une vingtaine d'années.

PARTAGE vs ŒILLÈRES

En ce sens, Metro aura contribué à rajeunir le lectorat de la presse, et à le préparer à consommer d'autres médias. Jusqu'à ce qu'un autre média gratuit vienne (en partie) prendre sa place dans les transports en commun, avec le gros avantage d'être immensément plus diversifié que Metro et permettre de ne plus pouvoir lire que ce qu'on aime. Sans jamais avoir le regard brouillé par d'autres thèmes, d'autres univers que proposent, dans leur mise en page papier, tous les titres de presse.Metro vivait de la diversité de l'info. Les algorithmes d'internet ont replié ses lecteurs sur eux-mêmes, leur offrant les meilleures œillères permettant de ne pas devoir se confronter à l'éclectisme et l'imprévisibilité de ce qui fait le monde.

Metro était aussi le journal du partage. Un autre rôle que ne remplit aucun titre de presse belge. Chez nous, la presse ne circule pas de mains en mains (pour ceux qui la lisent encore sur un support papier). Chacun achète "son" journal, et le garde pour lui, ou pour sa famille. Metro, parce qu'il était gratuit, n'avait pas la valeur marchande du bien privé tel que l'a défini Samuelson dans son fameux article de 1954 (1). Bien sûr, l'appropriation d'un exemplaire privait un autre consommateur de lire le même exemplaire au même moment (notion de "rivalité") mais, bien souvent, le lecteur abandonnait son exemplaire après l'avoir lu. Ce phénomène était très visible dans les trains où de nombreux exemplaires de Metro traînaient sur les banquettes… et étaient alors repris par d'autres usagers du train. Metro était un bien qui s'utilisait plusieurs fois. Presque un "bien public".

Metro était encore un journal qui, malgré sa légèreté et son éphémérité, entretenait un lien fort avec ses lecteurs. L'idée géniale de la rubrique Kiss & ride, et son succès tout au long de la vie du quotidien, en est le plus patent exemple.

LEVE BELGIQUE, UNE KEER

Enfin, Metro était un peu une image de  "la Belgique". Il était le seul titre de presse belge publié dans les deux principales langues nationales (même Le Moniteur belge n'a pas le même nom côté flamand…). Un même titre, certes, mais pas un même contenu pour autant, comme nous nous sommes toujours évertué à l'expliquer à nos étudiants. Même maquette, mêmes pubs (souvent), même logo (sur une couleur différente)… mais pour tout le reste, chacun était maître chez soi. Pendant des années nous avons comparé avec nos étudiants des "unes" de la version francophone et néerlandophone. Leurs différences révèlent en profondeur ce qu'est la Belgique : un pays qui a une seule forme, un seul nom, des mouvements économiques et financiers communs… mais pas la même culture, les mêmes intérêts, la même façon de vivre et de comprendre le monde. Lire les deux versions de Metro parle plus que des heures de cours. Les "unes" de lundi dernier le confirment encore :

Côté francophone, la photo de "une" célèbre les beautés de l'automne. Du côté flamand, c'est le Hallowoef. 
Le titre de manchette est d'un côté sur le conflit palestinien. 
Et de l'autre sur le successeur de Van Quickenborne, qui divise l'Open Vld.

Parfois, la différence entre les deux versions se trouve dans le détail. Ainsi, par exemple, ces deux "unes" datant de 2020. N'a-t-on pas l'impression que, là, Metro est bien un journal belge, tant les similitudes entre les deux "unes" sont marquantes, à commencer par la photo principale, celle de Kate Middelton visitant un chenil ?

Sauf que, à y regarder à plus près, si les deux versions de Metro titrent bien sur le même événement, les deux rédactions n'ont pas choisi la même photo. La princesse rit franchement dans l'édition flamande, et sourit dans l'édition francophone. En plus de cela, le titre et la légende (ou le chapeau) sont insérés dans la photo en bas à gauche côté francophone, alors qu'ils sont dans un pavé côté flamand.Et ne parlons pas des autres titres qui sont tous différents, à commencer par celui de la manchette. Le seul autre élément similaire est le cadre rouge, qui est une publicité pour Spar, qui n'occupe pas le même emplacemen dans la page dans les deux versions…

HISTOIRE BELGE

Metro Belgique a aussi été une histoire belge parce que le titre a dû beaucoup se bagarrer devant les tribunaux où il était attaqué pour plagiat par la société suédoise qui avait créé le concept. Et, paradoxalement, il a réussi à faire reconnaître sa spécificité (d'où, par exemple, le fait que le site web ne s'appelle pas metro.be mais metrotime.be).

Enfin, Metro Belgique a encore été une belge histoire parce que, de sa création à très récemment, la société qui l'éditait, Mass Transit Media, était la propriété commune d'un groupe de presse flamand et d'un groupe de presse francophone. A sa création, Concentra en possédait 51% et Rossel 49%. Les choses se sont un peu compliquées quand le groupe régional flamand a été absorbé par Corelio, et qu'ensemble ils sont devenus Mediahuis. Ne cherchant plus à s'étendre en terres francophones, Mediahuis a vendu en 2020 ses parts (50%) dans Mass Transit Media à Rossel. Fin de la belle histoire transcommunautaire. Rossel prend seul les commandes, quelque mois à peine avant de racheter le mastodonte RTL Belgium avec un autre groupe flamand, DPG. Rossel n'est pas très accoutumé à oeuvrer en Flandre. Le sort final de Metro en a peut-être dépendu…
 
DEUX GROSSES CHUTES

Metro n'allait-il pas bien ? En ce qui concerne l'audience, des titres que l'on a pu lire dans les nécrologies publiées par certains journaux ces jours-ci affirment le contraire. Soyons de bon compte : Metro n'allait pas si bien que ça.

Les belles années de Metro, c'était avant 2010. L'époque où l'édition francophone flirtait avec les 120.000 exemplaires distribués, c'est-à-dire davantage que n'importe quel titre payant de la presse quotidienne de Wallonie-Bruxelles. L'édition flamande faisait mieux encore, mais ne menaçait pas, à l'époque, les impressionnantes diffusions du Laatste Nieuws ou du Nieuwsblad. Cette période de grâce durera jusqu'en 2012. Metro n'est alors pas nécessairement une affaire qui tourne, car le volume de pubs publiées dans ses pages n'est pas extraordinaire, mais l'audience est au rendez-vous devant les distributeurs verts disséminés dans les lieux publics.
 Le premier coup porté à la diffusion du titre se situe en 2013. C'est-à-dire au moment où le web 2.0 s'est généralisé. Tout le monde dispose désormais d'un smartphone et, lors de ses déplacements ainsi que dans les transports en commun, on est désormais sur son téléphone. Et moins sur Metro. Il est frappant de constater que, jusqu'en 2018, la diffusion gratuite de Metro reste alors stable. Ce qui ne veut pas dire que, dans les gares et ailleurs, les exemplaires disparaissent chaque jour comme des petits pains, ainsi que c'était le cas précédemment. Mais la clientèle qui est restée fidèle est toujours au rendez-vous.
 
Le second coup côté diffusion est clairement lié au covid. A partir de mars 2020, inutile d'imprimer et de distribuer des exemplaires dans des endroits où il n'y a plus personne. Pour la presse gratuite "pull", le covid est une catastrophe. Alors que pour la presse gratuite "push", elle est une aubaine…
 
Ce qui est étonnant (ou pas) est que, en post-covid, en 2022, le public ne semble pas s'intéresser davantage à Metro qu'en période covid. Ou, plus clairement, en 2022 l'éditeur du titre ne retrouve pas davantage de personnes intéressées par le journal, qui a fait des efforts d'adaptation, que lors du covid. Pour la presse gratuite pull aussi, le covid aurait-il profondément changé nos habitudes ? 
 
Un autre élément n'est pas à ne pas perdre de vue : 2020, année malheureuse pour la presse, est aussi celle où Rossel reprend seul la gestion de Metro. Et voilà que, depuis lors, la diffusion se sent mal, que la direction réduit le nombre de jours où le journal est disponible, puis annonce son enterrement. Simple coïncidence ?
 
Il ne faut aussi pas oublier qu'il restait tout de même en 2022 60.000 exemplaires pris chaque jour par des candidats lecteurs dans les distributeurs francophones, et autant du côté flamand. Combien de quotidiens payants peuvent-ils revendiquer pareille diffusion papier à l'heure actuelle en Belgique, notamment côté francophone ?
 
QUELLE MISSION POUR LA PRESSE ?
 
L'argument n°1 évoqué pour justifier l'arrêt du titre ce vendredi est la difficulté à y attirer des annonceurs. Est-ce si différent du reste de la presse, que les éditeurs ne trucident pas pour autant ? Au contraire de la presse gratuite push, type Vlan, la presse gratuite pull n'a pas été créée jadis pour être la vache à lait des entreprises de presse. La fonction sociale de Metro aurait pu justifier que son propriétaire fasse un effort pour le maintenir en vie, en se reposant sur les bons résultats que le groupe enregistre dans d'autres branches. Un grand groupe de presse ne fonctionne-t-il pas selon le principe des vases communicants : certes, un secteur peut être déficitaire. Mais si on l'estime pertinent par rapport au rôle social qui a justifié sa création et son maintien, on peut le faire vivre grâce aux apports d'autres divisions de l'entreprise.
 
En l'occurrence, on a dû considérer que Metro n'était plus utile, voire n'avait plus de sens à l'heure actuelle. Prendre comme une fatalité le fait que tous les jeunes (et moins jeunes) passent désormais leur temps le nez sur leur smartphone et qu'il est donc inutile de vouloir leur proposer un produit de presse qui les ferait sortir de leur(s) monde(s) est un choix. Mais est-ce le bon ?

Frédéric ANTOINE.

 

(1) Samuelson, Paul A., 1954, “The Pure Theory of Public Expenditure”, The Review of Economics and Statistics, 36(4): 387–389. doi:10.2307/1925895

01 décembre 2020

RTL BELGIQUE 100% AUX MAINS DU GROUPE RTL. CE N'EST PAS UNE BONNE NOUVELLE


Un communiqué de presse du RTL Group envoyé de Luxembourg/Cologne et daté de ce 1er décembre annonce que la société est sur le point de devenir l'unique propriétaire de RTL Belgium, en rachetant l'ensemble des parts des autres actionnaires belges. C'est non seulement un tournant dans l'histoire de RTL en Belgique mais cela ouvre désormais la possibilité d'une soumission totale de RTL Belgique à sa maison-mère, voire à son absorption par d'autres sociétés du groupe RTL, comme M6.

« RTL Group a annoncé aujourd'hui qu'il avait convenu en principe avec ses coactionnaires des activités de télévision et radio belges du Groupe d'acquérir leurs parts dans RTL Belgium contre un paiement en numéraire et en actions propres de RTL Group. Cela portera la participation de RTL Group dans RTL Belgium à 100%. Actuellement, RTL Group est déjà l'actionnaire majoritaire de RTL Belgium. »

Le premier paragraphe du communiqué de presse du RTL Group est on ne peut plus explicite. Il signe essentiellement, mais pas uniquement, la fin de la collaboration entre la filiale belge du groupe luxembourgo-allemand avec la presse écrite belge. RTL Group va en effet racheter toutes les parts d'Audiopresse dans RTL Belgique, c'est-à-dire les 36% du capital de l'entreprise que se partageaient les éditeurs Rossel, IPM et Mediahuis. Mais le géant des médias allemand libère aussi, au moins en partie les chaînes de radio de RTL Belgique de toute dépendance. Il n'est toutefois pas clair de savoir s'il met fin au montage qui, via la société Radio H, mettait aussi autour de la table le groupe Rossel et Lemaire Electronics, la société de Francis Lemaire, fondateur historique de Radio Contact avec Pierre Houtmans.

Structures de propriété simplifiée des médias RTL Belgique : Hier

On se souviendra que, à l'origine, la création d'Audiopresse avait été imposée par les autorités de la Communauté Française afin de permettre aux éditeurs de presse de Belgique francophone de récupérer, via les dividendes gérés par la société, les pertes théoriques engendrées en recettes publicitaires par l'autorisation accordée à RTL d'exploiter un réseau de télévision privée sur son territoire. A l'heure actuelle, ce mécanisme permet toujours à deux éditeurs francophones, mais aussi à un éditeur flamand, de bénéficier de cette manne. Dans les premiers temps, cet apport des groupes de presse à la télévision privée s'était aussi concrétisé dans les contenus. La couverture de l'info régionale de RTL avait ainsi été confiée à la presse, et plusieurs journalistes des quotidiens belges s'étaient alors transformés en hommes de télévision. Des émissions de RTL étaient aussi patronnées par la presse. Au fil du temps, tout cela a disparu, au profit d'un partenariat essentiellement en numéraire.

Côté radio, l'implication de Rossel et de Francis Lemaire dans le capital de Radio H était lié aux apports historiques de ces deux groupes dans la création des stations qui seront pilotées par RTL. L'ancêtre de Bel RTL n'est autre que Rossel FM (ou FM Le Soir), radio créée par le groupe de presse à l'époque où les éditeurs de journaux estimaient, à la suite de Radio Vers L'Avenir, ne pouvoir être absents de la libéralisation des ondes. C'est sur base du réseau FM de Rossel et des autorisations dont il disposait que s'est créée la petite sœur belge de RTL Paris. Pour Cherchant à compléter la palette par une radio populaire, RTL avait réussi la même association avec les fondateurs de radio Contact, première grande radio privée de divertissement lancée au tournant des années '80 par des proches du parti libéral dans le but avoué de concurrencer le service public.  

Structures de propriété simplifiée des médias RTL Belgique : Demain

(si RTL prend le contrôle de l'ensemble du secteur radio)


PAS UNE VRAIE SURPRISE

Des velléités de mettre fin à ces structures d'intérêts imbriqués étaient dans l'air depuis un certain temps. En radio, cela fait plus d'un an que, devant la baisse de rentrées générées parles radios de RTL Belgique, Francis Lemaire cherchait à vendre. (Reste à voir si le groupe RTL rachète simplement les parts de RTL Belgique dans radio H, ou aussi celles des autres actionnaires. L'information n'est pas tout à fait clair à ce point de vue). En télévision, certains éditeurs ne cachaient pas que les recettes qu'ils pouvaient retirer de leur participation à RTL Belgique n'étaient pas à la hauteur de leurs espoirs. 

A vrai dire, les montages financiers autour de RTL Belgique et d'Audiopresse sont complexes. Comme le montre le schéma présenté en ligne par le CSA belge (1), ils comprennent en effet à la fois des sociétés en Belgique et au Luxembourg, sociétés qui n'ont pas été intégrées dans les schémas simplifiés présentés ci-dessus. En miroir des sociétés belges, il existe ainsi au Luxembourg une société RTL Belux, une autre dénommée RTL Belux SA & Cie, ainsi qu'un Audiopresse Lux.  La société Audiopresse Belgique est, par exemple, à la fois actionnaire de RTL Belgium et de Audiopresse Lux (2). Au cours de ces dernières années, Audiopresse Belgique a souvent réalisé un bénéfice autour des six millions €, mais celui-ci était en baisse depuis 2016 et particulièrement faible (un peu plus de 34000€) l'an dernier. Une investigation approfondie de la cause de cette situation n'a pas pu être réalisée dans le cadre de la rédaction de ce présent texte.

Même sans tenir compte de cet événement 2019, on peut constater que l'apport financier que les trois groupes de presse principaux (qui possèdent environ 30% du capital de la société)  retirent de cette participation n'est pas très élevé : moins de deux millions €/an, alors que, par exemple, le groupe IPM affiche, en 2019, une chiffre d'affaires de plus de 118 millions €…

La solution retenue (vente en cash plus possibilité d'acquérir des actions du RTL Group) permettra aux entreprises de presse de disposer immédiatement d'une somme appréciable, de continuer si elles le désirent à retirer un dividende d'une éventuelle participation au RTL Group ou, si elles le préfèrent, de remettre elles-mêmes ces actions sur le marché.

LES MAINS LIBRES

L'opération paraît particulièrement stratégique pour RTL qui, bien qu'étant opérateur des sociétés belges actives tant en radio qu'en télévision, était toutefois quelque peu dépendant du bon vouloir de ses coactionnaires. Le rachat total des parts permet au groupe allemand d'avoir les mains totalement libres et donc de ne devoir rendre de compte à personne à propos de la gestion de ses télévisions (et sans doute de ses radios) et, surtout, de leur avenir. En radio, les stations du groupe n'affichent plus la forme d'hier et, en télévision, l'actionnaire jusqu'ici principal (et demain unique) de RTL Belgique n'ont jamais caché que, en raison de la petite taille et de la faible richesse du marché belge francophone, la rentabilité de la société leur posait problème. D'où les opérations de restructuration, les licenciements et le lancement du plan Evolve destinés à faire accroître la rentabilité de l'entreprise et le bénéfice que peut en retirer le groupe Bertelsmann. Dans ce contexte, l'hypothèse d'une modification en profondeur de RTL Belgique via son rattachement au groupe français M6 a déjà été évoquée. Lors du plan Evolve, certains responsables au sein de RTL Belgique n'avaient pas caché que celui-ci constituait à leurs yeux la seule solution pour éviter la cession de l'entreprise à sa grande sœur française. 

M6 BELGIQUE

En Suisse romande, il n'existe pas de RTL Suisse, mais bien un M6 Suisse, qui relaie les programmes de M6 France en y intégrant des écrans publicitaires locaux. L'histoire et la ténacité des créateurs de RTL Belgique avaient à l'époque permis que l'opérateur européen s'installe dans la patrie de celui qui était alors son principal actionnaire (Albert Frère) sans dépendre d'un acteur étranger. L'internationalisation des marchés et la voraclté financière du méga-groupe Bertelsmann pourraient modifier cette donne. Outre sa présence en Suisse, qui remonte au début des années 2000, il y a quatre ans, le groupe M6 rachetait les radios de RTL France, créant ainsi sur l'hexagone un groupe radio+tv intégré. Il pourrait fort bien récupérer RTL Belgique, soit pour l'absorber dans une configuration complète de type M6 Suisse, ce qui serait dramatique pour le personnel, soit pour réaliser une version belge de M6 comprenant, outre les écrans publicitaires, l'un ou l'autre programme spécifique pour le sud de la Belgique, comme les JT et certains magazines. En effet, il semblerait difficile de ne pas tenir compte des succès d'audience de RTL Belgique (Jt, magazines d'informations, télé-réalités 'made in Belgium'). Déjà, de nombreux programmes à succès de M6 sont achetés par RTL Belgique pour être diffusés sur ses chaînes. Et le RTLplay belge n'est qu'un couper-coller du M6Play français. Il suffirait de prolonger ces premiers pas.

 Si l'hypothèse d'un rachat ou d'une absorption devenait réalité, les coûts de production des chaînes belges du groupe RTL seraient évidemment fortement revus à la baisse, les productions propres fondant très largement, et les droits de diffusion des produits de stock, comme les fictions, seraient par ailleurs simplement négociés à une échelle légèrement plus élevée qu'ils ne le sont aujourd'hui par M6 pour la France. Mais, bien évidemment, la solution minimaliste consistant en une complète quasi-disparition des chaînes belges de RTL au profit de la simple diffusion sur le territoire belge des stations du groupe M6 parsemés d'écrans publicitaires spécifiques serait, pour le groupe, une véritable poule aux œufs d'or. Reste à voir si le spectateur, lui, y retrouverait son compte et maintiendrait avec autant de fougue sa fidélité à cet opérateur que les autorités publiques estiment être un garant de la "pluralité" sur le marché belge…

RTL PARIS

Si l'opération télévision peut paraître tentante, voire inévitable, il ne faut pas perdre de vue qu'il pourrait aussi, au moins en partie, en être de même pour les radios de RTL Belgique si le rachat de RTL Belgique entraîne la disparition complète de la société Radio H. Les radios de RTL Belgique pourraient alors, elles aussi, au moins partiellement, se franciser. Et le pied est déjà mis à l'étrier. Plusieurs programmes porteurs de RTL France, à commencer par Les Grosses Têtes, sont purement et simplement relayés par Bel-RTL. Cet été, un pas supplémentaire a été franchi lors de la diffusion, en simultané sur les deux stations, d'un même jeu de mi journée, coanimé par un ressortissant français et une ressortissante belge. Il y a donc déjà de l'intégration dans l'air. Les contenus radiophoniques sont toutefois par essence plus locaux ou nationaux, et jouent sur la proximité directe avec leur audience. De simples relais des stations françaises du groupe M6 semblent donc, en l'état, moins probable. 

Enfin, tout ceci ne concernerait que les médias audiovisuels classiques, secteur où RTL Belgique excellait jusqu'à ces dernières années. La filiale belge du groupe luxembourgo-allemand n'a jamais aussi bien réussi dans les nouvelles technologies et les formes médiatiques plus digitales. Une reprise en main par le groupe-mère pourrait signifier la possibilité d'opérer des choix drastiques de ce côté.

MISE EN VENTE

Il y a enfin une autre piste possible : l'hypothèse de la mise en vente de RTL Belgique plutôt que sa cession interne à un des acteurs du groupe. Celle-ci serait tentante si l'entreprise était en bonne forme, porteuse de projets d'avenir, et se situait sur un marché à taux de rentabilité économique élevé. Tel ne semble pas être tout à fait le cas. Depuis plusieurs années, RTL Belgique s'essouffle, ne parvient plus à innover, et décline essentiellement de vieilles recettes, dont l'usure devient visible à terme. Le marché sur lequel l'entreprise évolue n'est pas très prometteur, et son audience, importante à l'échelon d'une partie de la Belgique, est faible à un niveau macro-économique. L'entreprise est fragile, et déjà en partie tétanisée par ses craintes sur son avenir. Elle pourrait être un oiseau pour le chat. Mais si c'est pour se défaire d'une RTL Belgique malade à bas prix, son principal actionnaire devait-il pour autant d'abord en racheter toutes les parts? 

Si tel était le cas, il y aurait lieu d'identifier d'éventuels repreneurs. Peu de chances que ceux-ci soient des multinationales ou de grands acteurs français. L'hypothèse Rossel a déjà été évoquée. Mais ce groupe, qui excelle dans la déclinaison de métiers qu'il maîtrise, peut-il d'un coup se mettre sur le dos le chameau que constituent trois chaînes tv et, peut-être, deux réseaux radio? Si là aussi la poule aux œufs d'or était au rendez-vous, la question pourrait être posée. Mais, en l'état actuel, la gallinacée semble un peu avare de sa production, et ses œufs sont loin d'être en or massif. Il y a donc lieu de se demander si le groupe de presse Rossel n'a pas d'autres moyens que celui-là pour accroître ses marchés et fortifier ses avoirs.

Frédéric ANTOINE.


 


(1) www.csa.be/groupe-media/groupe-rtl/

(2) rapport de gestion à l'AG des actionnaires d'Audiopresse Belgique.

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