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Regard médias

Il y en a des choses à dire sur les médias en Belgique…

28 mai 2026

De Standaard en français : est-ce que cela vaut la peine ?


Quel intérêt Wallons ou Bruxellois francophone ont-ils à s’abonner à l’édition francophone du Standaard ? Aide-t-elle à mieux comprendre la Flandre ou à avoir un regard flamand sur l’actu ? Pas sûr. Analyse.

C’est une initiative unique en son genre dans un pays où les deux principales communautés culturelles s’ignorent mutuellement. Créé le 4 décembre dernier, De Standaard propose en français, et pour 4€/mois, une sélection quasi quotidienne d’articles de l’édition flamande originale. Cette innovation a-t-elle pour ambition de fournir aux lecteurs francophones des informations sur la Flandre, ou un regard flamand sur l’actualité qu’ils ne trouveraient pas ailleurs en français ? La réponse est : oui, un petit peu. Mais pas vraiment. Comme si cela n’était pas le premier but de cette production journalistique dans la langue de Voltaire.

 

Pour répondre à cette question de recherche, une petite étude a été menée sur les titres des articles de l’édition en français parus ces dernières semaines (voir détails méthodologiques dans la note au bas du texte). Les résultats valent évidemment uniquement pour la période analysée. Mais, sur un mois, il est déjà possible de dessiner des tendances et d’avancer prudemment des éléments de réponse.

 

UN ŒIL SUR LE MONDE… 

 

Premier élément de réponse : non, il ne semble pas que le but premier de l’édition en français soit d’informer le lecteur francophone sur la Flandre. 45% des sujets (207 articles) concernent une actualité se situant « hors Belgique », et 8% de textes sont sans ancrage local précisément identifiable par leur titraille. Les sujets « belges » représentent un peu moins de 50% du corpus. Mais 26% sont des sujets « nationaux » (118 articles) . On ne recense qu’environ 14% d’actualités concernant la Flandre (64 articles). Pus de 6 % de sujets sont bruxellois et 1% wallons.

 

 

Cette préférence pour l’international se confirme lorsque l’on classe les articles selon leur thématique et non plus en fonction de leur « localisation ».

 

 

… ET MOINS SUR LA BELGIQUE

 

L’international et les questions géopolitiques sont au centre de 18% des articles de l'échantillon (le graphique est en nombres absolus). Les problématiques relatives à l’énergie, au climat et à l’environnement  concernent 14% des textes, tout comme la culture, les médias et les arts. Les sujets sociaux se situent au même niveau de pourcentage, devant les thématiques liées à la politique et aux institutions belges. Les autres catégories n’atteignent pas 10% dans le corpus.

 

 

 

 

 S’il est logique que la quasi-totalité des articles de géopolitique traitent de l’étranger, il faut souligner qu’on retrouve aussi des sujets « hors Belgique » dans plus de la moitié des articles relatifs aux technologies, et dans près de la moitié dans ceux qui parlent d’énergie et de climat, de médias et de sports.

 

 

 

Les sujets abordant la Belgique sous angle politique et institutionnel se retrouvent le plus fréquemment dans la catégorie des articles abordant le pays de manière « nationale » (>50%). C’est un peu moins le cas dans les rubriques relevant du social (40%) et de l'économie (35%).

 

UN LÉGER REGARD FLAMAND

 

Parmi les 64 articles qui traitent spécifiquement d’une actualité flamande, un cinquième abordent des questions de société et de vie quotidienne. La politique est traitée dans 15% des sujets, l’environnement 13%. Les autres catégories de sujets sont en dessous des 10%.

 

 

 

Le volume de l’échantillon est trop faible pour décrire précisément les thématiques dont traitent les articles sur la Wallonie et Bruxelles. Pour la capitale, se détachent un peu les articles sur la politique et les arts. Pour la Wallonie, seul le sport se distingue. 

 

QUELLE VALEUR AJOUTÉE ?

 

Cette étude d’un petit corpus de titres d’articles confirme que la sélection en français des articles du Standaard n’est pas d’abord réalisée pour donner aux francophones un accès spécifique à l’actualité du nord du pays. Elle se présente plutôt comme le reflet de la richesse éditoriale globale du quotidien, une fenêtre qui ne traite pas uniquement de la Belgique et de la Flandre, mais se distingue en abordant de nombreux sujets de politique internationale ou de société. Pour le lecteur francophone, la valeur ajoutée spécifique apparaît surtout dans les articles consacrés à la Flandre ou ayant un cadrage flamand. Mais cette valeur ajoutée, bien réelle, reste très minoritaire dans le flux global. Au-delà de savoir si De Standaard parle de la Flandre, on peut se demander si cette dimension est assez forte et assez visible pour pousser un lecteur francophone à s’abonner, même pour 4€. Alors que d’autres médias en langue française peuvent lui fournir une bonne partie des mêmes informations. Mais sans la touche spécifique au Standaard.

 

FINES ADAPTATIONS

 

Au-delà des thématiques et des localisations, De Standaard parle-t-il différemment à ses lecteurs flamands et francophones ? Pour tenter un début de réponse, une petite étude ponctuelle a été ici menée sur un jour, le 26/05. Il s’agit d’une comparaison entre l’offre de titres de la sélection francophone et ceux qui étaient disponibles gratuitement sur le site web original en néerlandais. 

 

La version française est, semble-t-il, réalisée par une équipe de traducteurs sur base des articles néerlandophones. C’est en tout cas ce qu’écrit le journal à l’occasion des 4 mois de l’édition francophone (1). Mais, présentant le projet fin 2025, le journal était plus discret à ce propos, expliquant plutôt qu’une « équipe de journalistes bilingues recrutés pour ce projet traduit De Standaard à l'aide de l'intelligence artificielle. Leur mission est de restituer fidèlement l’original dans une langue française naturelle et de qualité. » (2) Ce qui n’est pas tout à fait la même chose… 

 

En décembre 2025, dans la présentation du projet, le journal écrivait : « De Standaard en français proposera également du journalisme personnel, beaucoup de sujets cultures, des conseils pratiques, des opinions et du lifestyle. » (3) En définitive, y a-t-il une french touch dans ces choix et dans l’écriture ?

 

En ce qui concerne les titres, ceux du côté francophone sont très fréquemment des retranscriptions des titres en néerlandais, parfois très légèrement adaptés (voir tableau en bas de ce texte). Les différences entre les versions ne sont pas spectaculaires, mais il en existe quelques-unes. L’étude n’a pas analysé les textes en eux-mêmes.

 

Dans certains cas, le titre de la version française est plus explicite : “1.400 mensen”  (“1.400 personnes”) devient “1.400 Palestiniens”. Dans d’autres cas, elle atténue : “kindermisbruik” (“abus sur enfants”) devient “violences contre des enfants”. “Concourskiller” (“tueuse de concours”) disparaît au profit d’une formulation plus neutre. Dans d’autres cas, elle dramatise légèrement : “reageert voor het eerst” (“réagit pour la première fois”) devient “sort du silence”. Et parfois, elle recadre complètement l’accroche : “ Franse spookdorpen zoeken inwoners : ‘Ik heb Marc Coucke een brief gestuurd of hij niet wil investeren in ons dorp’ (“Des villages fantômes français cherchent des habitants : J’ai envoyé une lettre à Marc Coucke pour lui demander s’il ne voulait pas investir dans notre village’”) devient :“Trop chers ou trop délaissés : ces villages français qui peinent à rester habités”.Le néerlandais mise sur l’image des “villages fantômes” et la référence à Marc Coucke (4) ; le français préfère une formulation plus analytique et explicative.

UN CAS EMBLÉMATIQUE

Le jour analysé suit le dramatique accident survenu au passage à niveau de Buggenhout. La lettre en français du rédacteur en chef Karel Verhoeven, qui précède chaque jour la présentation de la sélection d’articles, place l’accident au centre de l’édition du jour : Après l’accident tragique impliquant un minibus scolaire à un passage à niveau de Buggenhout, une question demeure : comment cela a-t-il pu se produire ? Dans la sélection française, le sujet est traité par deux entrées : Demi-barrières, feu rouge et collision mortelle : ce que l’on sait du drame de Buggenhout et Une journée irréelle à Buggenhout : “On ne réalise pas encore bien”.

Côté néerlandophone, plus de titres portent sur le drame, notamment : “Ontreddering na ongeval met schoolbus waarbij kinderen van 12 en 15, chauffeur en begeleider omkomen” (“Consternation après l’accident impliquant un bus scolaire, dans lequel des enfants de 12 et 15 ans, le chauffeur et l’accompagnatrice sont morts”), Slagbomen hier zijn niet veilig” (“Les barrières ici ne sont pas sûres)”. “Het gebeurde in een flits” (“Cela s’est passé en un éclair”.) Het dringt nog niet goed door” (“On ne réalise pas encore bien”).

La version française semble plus didactique. Le titre Demi-barrières, feu rouge et collision mortelle : ce que l’on sait… fournit au lecteur francophone les éléments de compréhension immédiats. Les titres néerlandais jouent davantage sur l’émotion locale, la citation ou le récit. Mais le francophone ne disposait-il pas déjà, par son exposition médiatique générale, des éléments factuels et de contexte, et ne cherchait-il pas justement autre chose que ce que ses propres médias auraient pu lui fournir sur ce sujet ?

SÉLECTIONS DU READER

Comme annoncé dès sa création, l’édition française ne reprend pas tout le flux du site néerlandophone. Elle opère un filtrage. Exemples de contenus non repris dans la sélection en français du jour étudié : Natalia hertrouwt op Barbados en Klaasje loopt rond met nieuwe haardos (Natalia se remarie à la Barbade et Klaasje se promène avec une nouvelle coiffure) Sujet people / célébrités flamandes.  Een kwart van de finalisten van de Elisabethwedstrijd komt uit de Muziekkapel. Wat is hun geheim? ‘Een artiest moet geen kloon van zijn leraar worden’ (Un quart des finalistes du Concours Reine Elisabeth vient de la Chapelle musicale. Quel est leur secret ? ‘Un artiste ne doit pas devenir le clone de son professeur’). Sujet culturel belge, il n’est pas repris dans la liste francophone, alors qu’un autre article sur le Concours Reine Elisabeth, celui sur Maria Zaitseva et Lionel Martin, l’est. Ruimtevaartaandelen schieten omhoog, Ferrari zakt weg (Les actions du spatial s’envolent, Ferrari recule). Sujet économique et boursier connexe à Ferrari. Non repris comme titre français. Snel mee met het nieuws van de dag (Comprendre rapidement l’actualité du jour”). Format de résumé quotidien également non repris.

Les titres en français du jour sont très majoritairement issus du site néerlandophone de De Standaard, sous forme de traductions, de condensations ou d’adaptations. L’édition française n’est pas non un miroir complet du site néerlandophone. Elle filtre, hiérarchise et reformule. Certains contenus néerlandophones ne sont pas repris dans les 23 titres ; d’autres, comme Lectrr, cartoon van de dag (Lectrr, dessin du jour) sont présents et traduits dans le carrousel francophone, mais hors liste des articles.

Dans le cas étudié, DS en français offre bien au lecteur francophone un accès à certains sujets flamands ou à certains cadrages venus du nord du pays. Buggenhout en est l’exemple le plus net dans cette édition. Mais cette valeur ajoutée flamande ne structure pas toute l’offre du jour. Elle est diluée dans une sélection composée de nombreux articles internationaux, économiques, culturels ou pratiques sans lien spécifique avec la Flandre (voir exemples en bas de texte [4]). Ce sont des articles qui peuvent être intéressants, mais qui ne répondent pas directement à la promesse implicite d’un média-passerelle vers la Flandre. Un lecteur francophone peut trouver des sujets comparables dans des médias francophones généralistes.

POUR 4€…

L’étude des titres d’un jour confirme l’analyse plus large portant sur tout un mois. L’édition française du Standaard fonctionne moins comme une vitrine exclusivement consacrée à la Flandre que comme une sélection francophone du journal néerlandophone destinée lui « donner une idée » de ce qui constitue la diversité de son ofgre. Sa valeur distinctive pour un lecteur francophone apparaît lorsqu’elle donne accès à des sujets flamands ou à un regard flamand sur l’actualité belge.  Mais cette valeur ajoutée est intermittente et cohabite avec une offre généraliste que le lecteur peut souvent trouver ailleurs en français, et peut déjà avoir trouvé avant la lecture de la sélection des articles du Standaard.

Cette offre ne coûte que 4€/mois, alors que le welkom tarief digital de De Standaard en néerlandais est de 4,25€/semaine (18€/mois), et que l’abonnement numérique du Soir est actuellement en promotion à 2,49€/semaine (10€/mois), avec un tarif « normal » est deux fois plus élevé. Ce n’est donc pas un gros investissement. Mais cela ne concerne qu’une sélection d’articles…

Pour ceux qui en veulent plus sur la Flandre sans bourse délier, il reste toujours, dans un autre style, le clone de hln.be, le fameux 7sur7.be, qui se nourrit, lui aussi, de plus en plus de traductions d’articles de la presse flamande… mais de chez DPG, et pas de chez Mediahuis.

Frédéric ANTOINE

 

Note méthodologique

Le corpus comprend les titres des éditions du 24 avril au 26 mai 2026, soit 461 titres issus de 25 éditions quotidiennes. L’étude ne concerne que les titres. Les visuels et les dessins de presse en ont été exclus. La catégorisation a été réalisée pour les besoin de l'enquête et ne correspond pas à un classement en rubriques fait par le journal. Pour des raisons de facilité (il ne s’agit ni d’une thèse ni d’un mémoire de fin d’études), le traitement a été réalisé avec l’aide de l’IA.

 

(1)  « Dès qu’un article en néerlandais a été relu par les secrétaires de rédaction, l’équipe de DS en français entre en action. Sept traducteurs expérimentés, venus d’horizons et de secteurs différents, travaillent chaque jour par équipes de deux ou trois et prennent en charge l’ensemble des textes. Ce n’est pas une mince affaire. Car chaque traduction exige une approche globale. Il faut traduire le texte, bien entendu, mais chaque article doit aussi subir un véritable travail de révision. Chaque jour surgissent une foule de questions, comme dans l’exemple de la citation de Georges-Louis Bouchez. Sur le plan de la traduction d’abord – que faire, par exemple, du mot « middenveld », qui dans le vocabulaire footballistique signifie « milieu de terrain » et n’a pas, dans une contexte politico-économique, d’équivalent en français ? Sur le plan culturel ensuite – qui est donc ce Ruben Van Gucht qui défraie la chronique en Flandre, et qu’est-ce que cet accord sur l’azote dont les Flamands parlent si souvent ? Sur le plan institutionnel, enfin – les niveaux de pouvoir sont scindés en Belgique, mais les communautés ne sont pas forcément organisées selon la même logique. Et ainsi de suite. » (DS en français, 17/04/2026)

 (2)  Bienvenue à De Standaard en français, 3 décembre 2025.

 (3)  Ibidem.

 (4)  Dans l’analyse du 26/05/2026, une partie importante des 23 titres n’a pas de lien spécifique avec la Flandre ni avec un regard flamand : Détroit d’Ormuz ; Iran / Trump ; Ferrari ; Samsung ; Cuba ; Chine ; Paris ; villages français ; Sonny Rollins ; conseil de vie quotidienne. 

Comparaison des titres de l’édition du 26/05/2026 

DS en français

Titre néerlandais original + traduction

Commentaire

1.400 Palestiniens bloqués à Gaza malgré un visa pour la Belgique : Prévot défend l’arrêt des évacuations

“1.400 mensen zitten vast in Gaza ondanks visum voor België” — “1.400 personnes sont bloquées à Gaza malgré un visa pour la Belgique”

Très proche. Différence intéressante : le néerlandais dit “mensen” — “personnes”— tandis que le français précise “Palestiniens”. Le titre français rend donc l’identité des personnes concernées plus explicite.

Le scandale de clientélisme ne met pas seulement le gouvernement bruxellois, mais aussi le PS lui-même sous forte pression

“Cliëntelisme-schandaal zet niet alleen Brusselse regering maar ook PS zelf onder zware druk” — “Le scandale de clientélisme ne met pas seulement le gouvernement bruxellois, mais aussi le PS lui-même sous forte pression”

Traduction quasi directe. Le cadrage politique est le même.

Les bodycams arrivent dans les transports publics : “Un effet dissuasif sur les jeunes ? Je ne le pense pas”

“Personeel openbaar vervoer mag straks bodycams dragen” — “Le personnel des transports publics pourra bientôt porter des bodycams”

Même sujet. Le français raccourcit le titre et met davantage en avant l’arrivée des bodycams, alors que le néerlandais part du droit donné au personnel.

Le patron de Fedasil sort du silence sur l’arrêt controversé de l’accueil : “Nous sommes à la limite du cadre légal”

“Baas Fedasil reageert voor het eerst op commotie rond opvangstop” — “Le patron de Fedasil réagit pour la première fois à la polémique autour de l’arrêt de l’accueil”

Traduction très proche. Le français “sort du silence” donne une formulation un peu plus journalistique et dramatique que “reageert voor het eerst” — “réagit pour la première fois”.

Dries Van Langenhove condamné pour incitation à la haine après sa conférence à la KU Leuven

“Dries Van Langenhove veroordeeld voor verspreiden van rassenhaat tijdens lezing”— “Dries Van Langenhove condamné pour diffusion de haine raciale lors d’une conférence”

Le titre français condense. Le néerlandais est plus précis juridiquement avec “verspreiden van rassenhaat” — “diffusion de haine raciale”.

La pénurie de pétrole due à la fermeture du détroit d’Ormuz est moins grave que redouté

“Olietekort door sluiting Straat van Hormuz minder groot dan gevreesd” — “La pénurie de pétrole due à la fermeture du détroit d’Ormuz est moins importante que redouté”

Traduction directe.

Presque un accord avec l’Iran, ou alors bombarder ? Pour Trump, les deux peuvent aller de pair

“Bijna een akkoord met Iran, of toch bombarderen?” — “Presque un accord avec l’Iran, ou tout de même bombarder ?”

Traduction très proche. “Of toch bombarderen?” — “ou tout de même bombarder ?” — garde le même effet de contraste brutal.

Paris secoué par un scandale de violences contre des enfants dans le périscolaire

“Parijs opgeschud door schandaal rond kindermisbruik in buitenschoolse opvang”— “Paris secoué par un scandale d’abus sur enfants dans l’accueil extrascolaire”

Sujet identique, mais différence de ton. Le néerlandais “kindermisbruik” — “abus sur enfants” — est plus frontal que le français “violences contre des enfants”, qui atténue légèrement la qualification.

La nouvelle Ferrari “Elettrica” fait fuir les investisseurs et polarise les fans : “Nous ne comprenons pas très bien la stratégie”

“Nieuwe Ferrari ‘Elettrica’ schrikt beleggers af en polariseert fans” — “La nouvelle Ferrari ‘Elettrica’ effraie les investisseurs et polarise les fans”

Traduction directe. Le verbe néerlandais “schrikt af” — “effraie / fait reculer” — est rendu par “fait fuir”, un peu plus imagé.

À Cuba, Washington cible Gaesa, le holding militaire au cœur de milliards cachés

“Washington richt pijlen op Cuba’s verborgen miljarden: Gaesa” — “Washington braque ses flèches sur les milliards cachés de Cuba : Gaesa”

Même sujet, mais le néerlandais est plus offensif. “Richt pijlen op” — littéralement “braque ses flèches sur”, soit “cible” — donne une image plus agressive.

Maria Zaitseva se perd un peu dans l’imposé, Lionel Martin captive l’oreille et le regard

“Concourskiller Maria Zaitseva liep wat verloren in het plichtwerk” — “La tueuse de concours Maria Zaitseva s’est un peu perdue dans l’œuvre imposée”

Le français atténue le mot très marqué “concourskiller” — littéralement “tueuse de concours”. Le titre néerlandais est plus vif et plus idiomatique.

Sonny Rollins (1930-2026) : le colosse du saxophone ténor était devenu si populaire qu’il en avait lui-même souffert

“Sonny Rollins (1930-2026): de kolos van de tenorsax werd zo populair dat hij er zelf onder leed” — “Sonny Rollins (1930-2026) : le colosse du saxophone ténor était devenu si populaire qu’il en avait lui-même souffert”

Traduction directe.

Je n’ose pas dire à ma voisine qu’elle rend notre appartement invivable

“Mijn buurvrouw maakt ons appartement onbewoonbaar en ik durf niet te klagen” — “Ma voisine rend notre appartement inhabitable et je n’ose pas me plaindre”

Sujet identique. Le français “je n’ose pas dire” est un peu plus doux que “ik durf niet te klagen” — “je n’ose pas me plaindre”.

 

 

 

 

30 mars 2026

MARIÉS AU PREMIER REGARD, DIVORCÉS AU DEUXIÈME


La saison 2026 de Mariés au premier regard vient de se clôturer sur RTL-TVI. Un seul des six couples formés au départ a souhaité rester marié. Et ce n’est pas la première fois. Faut-il y voir l’échec de « la science » ? Reflet de la société ? Ou des échecs qui nourrissent plutôt la dynamique de l’émission ?

 

Mélanie et Vincent sont les seuls ex-célibataires, unis « au premier regard » à la maison communale de Châtelet, à avoir décidé de rester mariés au terme de l’émission de télé-réalité de RTL-TVI version 2026. Sachant qu’il y avait six couples formés par « les experts » sur base de « la science » et de ses tests, cela signifie que le taux de réussite de l’émission a été de 17 %.

Cet échec n’est pas une première. L’an dernier, la proportion de « réussite » n’avait pas été fameuse non plus, mais avec moins de candidats au départ. 2026 est la première année où l’émission parie sur 6 couples. En 9 ans, il n’y a eu que trois fois 50 % de couples restés mariés à la fin du programme (ce qui ne veut pas dire qu’ils le seront encore ensuite…).

Alors que le nombre de couples formés par « les experts » a crû avec le temps, la courbe du nombre de ceux qui sont restés mariés n’a pas suivi la même tendance.

 

CARAMBA ENCORE  RATÉ

 

Est-ce un phénomène belge ? Une comparaison avec la formule française, qui a inspiré la version belge, fournit des résultats un peu plus réjouissants.

La proportion de 50 % ou plus de « restés mariés » dans la version française est plus fréquente que dans la version belge francophone. Mais, ces dernières années, la tendance est la même : même si « les experts » créent plus de couples, le nombre des « restés mariés » est des deux côtés devenu fort faible. En France, la première édition où l’émission s’est soldée par le maintien d’un seul couple ne survient qu’en 2024. Alors que, sur RTL-TVI, on comptabilisait déjà une seule réussite en 2019, la chose se répétant plusieurs fois par la suite à partir de 2022.

Tandis que le principe du programme repose sur le fait de pouvoir se marier grâce à des études de compatibilité et non lors d’un coup de foudre vécu « en vrai », pas sûr qu’il soit tout à fait recommandé aux âmes seules de recourir à cette mise à nu télévisuelle de leurs sentiments pour s’assurer de trouver leur conjoint pour la vie…

 

Est-ce étonnant ? On pourrait comparer ces immenses taux d’échec d’un mariage express avec celui des divorces dans la société, en tenant compte du fait que ces données statistiques-là ne mesurent pas à quel moment du mariage les couples se sont séparés, alors que, dans l’émission, quelques semaines s’écoulent seulement entre le « oui » officiel et le moment de la confirmation/renonciation lors du dernier épisode.

  

PLUS FORT QU’EN VRAI

 

Ces dernières années, on compte en Belgique entre 34 et 38 % de divorces par rapport au nombre de mariages célébrés la même année. La France affiche de longue date des pourcentages plus élevés. Dans ce pays, le taux de divorce s’est stabilisé autour de 46 % (soit un peu moins d’un divorce pour un mariage), tandis qu’en Belgique celui-ci est de 38 % (soit un peu plus d’un divorce pour trois mariages).

Mais les données belges recèlent de grandes diversités selon les régions.

C’est en Flandre qu’on divorce le moins, et en Wallonie qu’on se sépare le plus : 35 % d’un côté, 42 % de l’autre. Lorsque, dans Mariés au premier regard, un couple sur deux reste marié, l’émission se situe ± dans la norme des divorces dans la société. Mais, à de nombreuses reprises, on a pu constater que l’on était plus bas que cela… Il faut toutefois relativiser cette comparaison, puisque les divorces dans le programme de télé-réalité surviennent la même année que le mariage. Les statistiques officielles montrent que la proportion des couples qui divorcent l’année de leur mariage (ou juste après) est assez faible, et elle est plus élevée en France qu’en Belgique.

Télécharger le graphique corrigé

Selon les données de Statbel, la plupart des mariages (le « taux de survie ») durent plus d’un an. Contrairement à ceux de Mariés au premier regard.

Télécharger le graphique (PNG)

 

MIROIR D'UN MONDE 

 

Est-ce lié au « spectacle télévisuel » qu’offre l’émission, ou a-t-on affaire à un indicateur de l’évolution des sociétés ? Sans doute un peu des deux. Comme les fermiers de L’amour est dans le pré, les participants à Mariés au premier regard ont fait le choix de participer à l’émission, la plupart du temps personnellement (et parfois poussés par des tiers). Il ne faut pas exclure les cas de « manipulation » du programme par un participant souhaitant quoi qu’il advienne sa petite heure de gloire télévisuelle, le « quinze minutes de célébrité mondiale » évoqué dès les années 1960 par Andy Warholl. Mais, pour un grand nombre, la motivation semble sincère : empêtrés dans leur parcours amoureux, ils considèrent souvent le recours à une recherche de partenaire « sur base scientifique » comme une dernière chance, après avoir erré sur les sites de rencontres et épuisé les occasions de contacts dans la vie réelle. L’échec de la plupart des couples constitués par « les experts » sur base d’indicateurs statistiques issus de tests et d’entretiens divers est-il anormal ? Eux-mêmes diront bien sûr que non, car ils misent sur la patience de la découverte de la compatibilité avec l’autre dans la durée, et sur base d’une attitude bienveillante et ouverte. Trompés par le titre de l’émission, certains participants s’imaginent-ils au contraire que, « au premier regard », on leur garantit un coup de foudre que viendraient ensuite consolider les fameuses compatibilités trouvées par les experts ? Il y a sans doute un peu de cela. Mais comme l’émission en est à sa 9e saison, rares sont ceux qui peuvent ignorer comment se sont déroulées les précédentes et pourraient être trompés sur la marchandise.

 

Cette baisse significative des « réussites », surtout visible après 2020, est un des indices de l’air du temps et de l’état des (jeunes) adultes dans la société post-covid. À la fois inquiets, instables, autocentrés, mais aussi avides du « tout, tout de suite » et nourris par l’idéologie du règne du temps présent qu’alimente à longueur de journée la consommation des réseaux sociaux. Alors que le monde ne vit plus que dans l’immédiateté, s’inscrire dans le temps long que nécessite l’élaboration d’une relation est devenu difficile, voire inacceptable. Surtout si cela demande de remettre en cause son image de soi, si importante de nos jours. Sociologiquement, ce que la télévision accentue et grossit ne manque pas de sens. Mais peut-être d’espoir.

 

PAS GRAVE 

 

Alors, devant tant d’échecs, pourquoi continuer ? Les « experts » n’ont-ils pas assez montré leur incapacité à trouver les atomes qui permettront à deux êtres d’entamer un bout de chemin l’un avec l’autre ? « La science », magnifiée dans ce programme de tv comme elle l’était dans la société du XIXe siècle, montre clairement ses limites. Surtout quand cette science est d’abord de type psychologique.

Mais ne pas réussir sa mission est-il grave pour l’émission ? Assurément non, sinon le programme aurait été arrêté de longue date. Si, comme dans Koh-Lanta, à la fin il n’en reste qu’un, ce n’est pas le plus important. Car, d’émission en émission, on a découvert des personnes auxquelles on a pu s’identifier ou, au contraire, s’opposer. Des femmes et des hommes de chair et d’os, aussi socialement diversifiés que l’auditoire de RTL-TVI, tant et si bien qu’on peut se demander si une symbiose entre les participants et le public n’est pas aussi un des critères pris en compte lors du casting.

Comme dans toute télé-réalité, il y a des « vrais gens » qui vivent des « vraies choses » dans un contexte un peu contraint (obligation de se marier, d’aller en voyage de noces et de faire un bilan avec son conjoint devant « les experts » lors du dernier épisode). Parfois, certains abandonnent en cours de route, mais, devant le maire, les cas de refus de mariage sont rares. En France, sur 59 couples formés, il y a eu 5 annulations avant mariage et 2 refus devant le maire. En Belgique, il y a eu au moins 2 abandons avant le mariage mais, semble-t-il, un seul refus devant l’officier d’État civil.

Une télé-réalité est aussi un récit. Avec une trame narrative, une quête remplie d’épreuves à accomplir, ainsi que les histoires de tous les participants qui se croisent et s’entremêlent d’épisode en épisode, comme dans une série. Et des « adjuvants » (les « experts ») et des « opposants » (la famille, les amis…) comme dans toute structure narrative.

Qu’importe alors qu’il y ait un ou plusieurs couples vainqueurs. Ce qui fait le succès du programme (entre 400.000 et 450.000 spectateurs/semaine en 2023 comme en 2026[1]), c’est sa durée dans le temps, son intrigue et sa proximité. Même si chaque saison a un fort goût de même chose, elle est toujours différente. Le mécanisme peut donc durer longtemps encore. Sans trop se soucier des dégâts « collatéraux » que l’émission peut laisser chez celles et ceux qui acceptent de s’y montrer…

 

Frédéric ANTOINE

 

[1] Audiences J+7, donc sans l’audience de la finale 2026. On sait qu’en J+1 elle a fait 363.252 téléspectateurs. L’émission se classe le plus souvent en 5e place des programmes les plus regardés lors d’une semaine.

 


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