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Regard médias

Il y en a des choses à dire sur les médias en Belgique…

02 février 2026

IL ÉTAIT UNE FOIS : LA RTBF ET LES POLITIQUES





Après le tsunami de commentaires suscités par les récentes déclarations de la ministre des médias, que reste-t-il à dire à un observateur qui se veut à distance des bruits du monde ? Bien peu de choses neuves, en somme, car de belles plumes issues de divers horizons ont assurément déjà développé d’excellentes réflexions et de bons arguments.

Peut-être est-il toutefois intéressant de resituer le phénomène actuel dans l’histoire des rapports entre médias audiovisuels et politique en Belgique, essentiellement depuis un demi-siècle, mais déjà précédemment.


FONCTIONNAIRES PUBLICS

Le service public de l’audiovisuel de Belgique francophone ne fait pas l’objet de critiques depuis quelques jours : il en a toujours été ainsi. Avant la loi créant la RTB-BRT en 1960, l’INR était depuis des années au centre de critiques politiques, puisque ce qui était alors une administration de l’État sous la tutelle directe du ministre des PTT (Poste, Télégraphe et Téléphone), qui pouvait exercer un droit de veto sur la diffusion de certaines informations à l’antenne, ce qu’il fit notamment pendant la Guerre scolaire des années 1950.

Autant dire que les « fonctionnaires » de l’INR-NIR n’avaient pas nécessairement bonne presse, puisque l’épée de Damoclès du gouvernement en place planait en permanence au-dessus de leur tête.

L’association regroupant les « vrais » journalistes, ceux qui étaient dans la presse écrite privée, estimait d’ailleurs à l’époque que leurs confrères, engagés par l’État, n’avaient tout simplement pas droit à une carte de presse !


À CHACUN SES ÉMISSIONS

Cette situation d’ingérence potentielle de l’État a été surtout vécue après la Seconde Guerre mondiale, quand on a aboli en Belgique le système des O.R., les Organismes de radiodiffusion, qui se partageaient une bonne partie du temps d’antenne de l’opérateur radiophonique d’État. Alors que la loi de 1930 avait imaginé cette organisation par O.R. sur le modèle hollandais, pour que toutes les tendances de la société belge puissent être représentées dans le service public de radio (modèle de « pluralisme organisé »), les partis politiques avaient réussi à phagocyter ces O.R. (dont l’importance dépendait du nombre de membres) en créant des associations qui rassemblaient les adhérents des trois piliers traditionnels belges (Radio catholique, Solidra [socialiste] et Radio libérale), auxquelles s’ajoutait la petite Radio wallonne.

Ces organisations étaient autorisées à produire d’autant plus d’heures d’émissions insérées dans la grille de la radio d’État qu’elles comptaient de membres. L’institut public INR-NIR remplissait les espaces restants par ses propres programmes. De toutes les O.R., la Radio catholique était celle qui occupait le plus de temps d’antenne, suivie par Solidra. Les libéraux étaient derrière… Mais toutes les « familles » politiques avaient droit à leurs propres émissions, et tout le monde était content. À la radio, on pouvait sans complexes exprimer ses points de vue à longueur de programmes.

Par la suite, ces programmes ont longtemps été appelés « les émissions concédées » (tribunes libres ou émissions philosophiques et religieuses), héritières de cette époque “glorieuse”. Mais désormais, diffusée dans les cases les plus obscures des grilles, plus personne ne les écoute ou ne les regarde…

 

SA PART DU GÂTEAU

La loi Harmel de 1960 a libéré l’opérateur public, devenu RTB-BRT, de ces menaces de censure politique et lui a accordé un conseil d’administration propre, dans un premier temps, composé sur base de la représentativité des partis politiques au Parlement, puis, après la fédéralisation, sur base du poids des partis dans chaque assemblée parlementaire communautaire.

Ce système existe toujours aujourd’hui : après chaque élection régionale (puisqu’il n’y a pas d’élection directe pour les Parlements des communautés), on redessine le conseil d’administration de la RTBF (et de la VRT). Ce conseil n’est pas composé de parlementaires, mais de personnes (très) proches des partis politiques, alors que, selon l’esprit de la loi, elles devraient d’abord représenter la diversité du public de l’opérateur audiovisuel et non celle des partis. Mais, en Belgique, les traditions ont la vie dure…

Depuis les élections de juin 2025, on y retrouve ainsi cinq MR, trois Engagés, trois PS, un PTB et un Écolo. Comme au Parlement de la FWB, MR et Engagés ont donc la majorité dans ce conseil d’administration, qui est notamment compétent — et c’est rare dans ce type d’institution — pour donner un avis sur les grilles de programmes de la RTBF.

Dans la logique de répartition des postes stratégiques entre les partis au pouvoir qui prévaut toujours en politique belge, le MR a concédé aux Engagés la présidence de ce Conseil, revenue à Joëlle Milquet, tout en ayant sans doute obtenu en contrepartie que l’engagement selon lequel le nouvel administrateur général de la RTBF, successeur de Jean-Paul Philippot, serait « de tendance » libérale. Ce qui ne signifie pas, normalement, que cette personne soit aux ordres du MR, mais qu’elle veille, comme tout bon manager, à l’intérêt général et à la bonne marche d’un service public par essence pluraliste et respectueux de la diversité de ses publics (c’est-à-dire en bonne partie de ses financeurs).


ENCARTÉS

 

Dans un schéma qui a subsisté jusqu’au milieu des années 1980, la RTBF recrutait, comme les autres administrations, une partie de son personnel sur base d’une clé de répartition qui avait été institutionnalisée sous le nom de “clé d’Hondt” (du nom de son initiateur, le Gantois Victor d’Hondt, mort en 1901). D’abord appliquée à l’attribution des sièges en fonction des résultats électoraux, cette clé a ensuite été utilisée pour répartir dans les administrations les postes importants en proportion du poids électoral de chaque parti (qui change après chaque élection). Ce mécanisme est aussi connu comme faisant partie du « pacte culturel ».

 

Pendant des décennies, les engagements de journalistes à la RTB puis à la RTBF ont été régis par cette clé. Après réussite de l’examen d’admission, les lauréats passaient au “confessional” où un haut responsable les interrogeait pour savoir s’ils avaient une carte de parti ou si on pouvait considérer que, sur base du lieu de leurs études, de leur mutuelle ou de leur syndicat, par exemple, on pouvait les classer dans l’une ou l’autre famille politique. Et on prenait d’abord ceux pour qui il y avait des places disponibles, sur base du poids de chaque parti estimé selon une comptabilisation complexe en nombre de points, partant du « simple » journaliste, qui valait 1 point, pour grimper avec les rédacteurs en chef, les chefs de centres, les directeurs de la radio et de la télévision, etc.

 

PLURALISME INTERNE

 

Facilement applicable pour savoir après des élections qui siégeait dans un Parlement, la clé d’Hondt est moins aisément utilisable dans d’autres domaines. Au début des années 1970, Jean Gol (qui était alors RW) et Lucien Outers (FDF) ont ainsi introduit un amendement au projet de réforme du statut de la RTB pour que la clé d’Hondt y soit appliquée de manière plus précise, jusque dans la composition du “comité permanent” qui joue le rôle de bureau du C.A. de la RTBF. 

 

Cette répartition devait garantir au sein du service public monopolistique un système de “pluralisme interne” : dans ces divers postes, les tendances politiques issues de la société belge étaient représentées de manière proportionnelle. Ce qui ne voulait pas dire que, une fois en place, chacun prêchait pour sa chapelle. Quelle que soit son étiquette, un journaliste réagit de la même manière face à un événement ou une problématique. Il cherche à faire comprendre et à mettre au jour « la vérité ». Depuis des décennies, les profs de journalisme enseignent à leurs étudiants que l’objectivité n’existe pas (il y a autant de définitions de ce qu’est l’objectivité qu’il y a d’individus). Mais l’honnêteté, oui. Et les journalistes s’engagent normalement à respecter des chartes déontologiques qui reposent sur ces principes. 

 

Les politiques ont cependant toujours eu beaucoup de mal à accepter cette réalité. Ainsi, les mots « respect de l’objectivité » sont-ils clairement nommés parmi les obligations figurant dans le décret sur la RTBF de 1976, alors que les professionnels savent bien qu’il n’a aucun sens. L’objectivité est-elle une neutralité absolue ou un équilibre pluraliste ? Le décret de 1976 tentait de tenir les deux, réclamant une objectivité dans le traitement des faits, mais un pluralisme dans l’expression des courants d’opinion. Du côté des politiques, la deuxième partie de la formule a souvent été oubliée. Encore aujourd’hui, l’article 7 “Obligations des émissions informatives” du décret sur la RTBF mentionne à son § 2 : « Les émissions diffusées par l’entreprise qui concourent à l’information ou à l’éducation des téléspectateurs ou auditeurs, sont faites dans un esprit d’objectivité, sans aucune censure préalable ou ingérence d’une quelconque autorité publique ou privée. »

 

RESPECT DE L’ÉTIQUETTE ?

 

S’il a longtemps été considéré comme “un mal nécessaire” dans le service public de l’audiovisuel, le principe de l’étiquetage politique devait surtout veiller à rassurer les partis : par ce mécanisme, tout le monde était servi en fonction de son poids électoral. Aucune raison de se plaindre, donc. Chacun portait l’étiquette d’un parti, ceux dont les résultats étaient en croissance ayant plus de chance que d’autres de gravir les échelons. Au sommet, les appartenances politiques étaient évidentes. C’est ainsi que, jusqu’à présent, l’administrateur général de la RTBF a toujours été socialiste. Car il est nommé pour six ans, et ce parti avait toujours réussi à être au pouvoir quand il fallait choisir ou rechoisir quelqu’un pour ce poste. Ce qui n’est plus le cas en 2026…

 

À la base, quelques récalcitrants s’étaient toutefois de temps à autre opposés au système. Ayant réussi l’examen de journaliste, Jean-Jacques Jespers sera l’un des premiers à refuser de déclarer une appartenance politique et à être étiqueté « sans étiquette ». La fronde se généralisera au milieu des années 1980, quand Yves Thiran et d’autres journalistes fraîchement arrivés refuseront de se soumettre au système, estimant qu’on occupe une place en fonction de son mérite et de ses compétences, et non selon l’appartenance idéologique. Cette fronde sera soutenue par la SDJ, la Société des Journalistes de la RTBF, créée en 1978 pour affirmer l’indépendance journalistique des rédactions suite aux préceptes contenus dans le décret de 1976.

 

Le ver était dans le fruit. Mais il y était déjà auparavant, car, caricaturalement « défenseurs de la veuve et de l’orphelin » et « chiens de garde la démocratie », les journalistes éprouvent ontologiquement le besoin d’être systématiquement critiques. « Je doute donc je suis » est une maxime de base enseignée aux futurs journalistes. Ils ressentent dès lors le besoin de choisir certains sujets plus que d’autres, de s’intéresser davantage à ce qu’on veut leur cacher qu’à ce qu’on leur présente tout cuit sur un plateau d’argent, et de manifester de l’empathie vis-à-vis des situations injustes ou interpellantes. Ce qui s’inscrit parfaitement dans leur souci d’honnêteté par rapport à eux-mêmes (oser se regarder dans le miroir le matin) et dans le respect de leurs codes déontologiques.

 

RTBF GAUCHISTE

 

Dire que, au début des années 1970, certains jeunes animateurs et journalistes de la RTB, poussés par l’air du temps révolutionnaire de mai 1968 notamment vécu à l’ULB, n’ont parfois pas voulu aller plus loin serait sans doute exagéré. En radio, particulièrement, certaines émissions traitaient de thèmes engagés, ou portaient sur la réalité un regard engagé. Il en sera de même de certains magazines en télévision. Dès ce moment, ce positionnement irritera les milieux conservateurs, où l’on parlera des “fellaghas” de la RTB, du nom des combattants indépendantistes algériens engagés dans la guérilla contre la France, et considérés dans le discours colonial de l’époque comme des « rebelles », « hors-la-loi » ou « terroristes ».

Ce surnom polémique et stigmatisant sera alors ensuite utilisé par des milieux politiques et éditorialistes de droite pour désigner des journalistes perçus comme idéologiquement engagés.

 

Lors d’une grève, par exemple, la parole pouvait être plutôt donnée aux syndicalistes, et on ne se préoccupait pas des incidences des manifestations sur les citoyens non grévistes. Les sujets sociaux occupaient souvent la première place dans les éditions d’information du matin à la radio. On se souvient aussi notamment de la fameuse émission Épitaphe à Franco, diffusée depuis RTB Liège le samedi 22 novembre 1975, deux jours après la mort du dictateur. Un programme qui poussa le directeur de la radio de l’époque à couper l’antenne et à faire diffuser la 2e chaîne radio à sa place, par crainte d’une plainte pour outrage à chef d’État étranger (… avec lequel le monarque de l’époque et sa femme entretenaient des contacts relativement amicaux).

 

Les syndicats exercent aussi à cette époque un véritable rôle de contre-pouvoir dans l’institution. Leur poids est incontestable et, lorsqu’ils décident une grève d’antenne, tous les programmes sont remplacés par de la musique non-stop (ce qui ravit certains auditeurs, Spotify et Deezer n’existant pas encore).

 

La fin des années 1970 et le début des années 1980 sont marqués par une hostilité de plus en plus marquée des milieux de droite vis-à-vis de la RTBF, le président du PRL Jean Gol en tête. Celui-ci ne manque pas une occasion de faire des rodomontades à un service public considéré comme à la botte de la gauche.

Ce qui ne peut que rappeler ce que l’on entend à nouveau actuellement, à trois différences près. La première est que les critiques ne viennent pas seulement d’un président de parti, leader idéologique d’opinion, mais d’une personne exerçant des responsabilités ministérielles de tutelle sur les médias audiovisuels publics et supposée être la garante de l’autonomie d’une institution devenue dans les années 1990 une entreprise publique autonome, et plus un service de l’administration de l’État.

La seconde est que le poids des syndicats traditionnels est aujourd’hui beaucoup plus faible à la RTBF, et leurs inférences sur l’antenne en temps de grève plus que limité. L’assimilation de l’institution à un solide bastion syndical n’a plus de raison d’être.

La troisième différence est que la pratique de l’information à la RTBF n’a aujourd’hui plus rien à voir avec celle de l’époque des « fellaghas ». Il suffit, pour ce faire d’analyser les journaux parlés et télévisés, d’étudier l’ordre et l’importance accordés aux sujets, le point de vue d’où il sont abordés, et leurs thématiques.

Mais les archétypes ont la vie dure…

 

« L’AUTRE VÉRITÉ »

 

Au début des années 1980, insatisfaite par le système de pluralisme interne qu’exigeait le monopole public de l’audiovisuel, la droite belge sera, comme celle d’autres pays européens, l’avocate d’un abandon de ce mécanisme archaïque au profit de l’idée d’un « pluralisme externe », c’est-à-dire de l’existence sur un même territoire d’une pluralité de médias audiovisuels, tant publics que privés.

 

Revenu au pouvoir au fédéral avec le PSC en 1982, le MR se battra pour autoriser un faisceau hertzien entre Bruxelles et Luxembourg afin que puisse être réalisé depuis Bruxelles un JT belge sur RTL, chaîne étrangère diffusée depuis le Luxembourg. De là naîtra la campagne publicitaire et le slogan publicitaire « RTL, L’Autre Vérité » écrit sur des milliers d’affiches placardées aux quatre coins de la Belgique francophone. Un mantra proche de celui que certains milieux souhaiteraient voir être aujourd’hui appliqué… à la RTBF : remplacer une « vérité de gauche » par une « vérité de droite ».

 

Toutes les études menées pour comparer les JT de la RTBF et de RTL TVI ont conclu à l’existence de seulement faibles différences entre l’un et l’autre. Certes, le nombre de sujets était différent (plus courts chez RTL), mais parfois, au fil du temps, même l’ordre des sujets et l’espace accordé à certains thèmes ne manifestent pas des choix journalistiques opposés. Ces études n’ont jamais abouti au constat de l’existence de deux vérités différentes. Parce que les journalistes réagissent tous de la même façon face aux faits, ont été formés selon les mêmes principes, et les traitent de la même manière. Sauf, bien sûr, aujourd’hui, sur des médias de type CNews en France ou FoxNews aux USA, qui ne sont pas des chaînes généralistes, mais des médias d’opinion et de commentaires où on n’hésite pas à biaiser l’information pour qu’elle corresponde au discours idéologique de mise dans l’entreprise.

 

PLURALISME EXTERNE

 

Au début des années 1980, les libéraux n’ont pu aller plus loin dans leur projet de pluralisme externe, bien qu’ils soient à la fois au pouvoir au fédéral et à la Communauté française. Mais de ce côté, ils étaient dans une majorité PRL-PS présidée par Philippe Moureaux (PS), ardent défenseur du monopole public. Le rapport de force changera après les élections de décembre 1985. Sociaux-chrétiens et libéraux seront alors au pouvoir ensemble à la fois au fédéral et à la Communauté française. Le projet de suppression du concept de monopole public de la radiodiffusion et d’autorisation de médias audiovisuels privés pourra donc aller de l’avant. Ce sera chose faite en 1987. La loi fédérale du 6 février met fin au monopole de fait de l’État sur les ondes et autorise la publicité commerciale à la radio et à la télévision. Elle ouvre le champ aux acteurs privés et à la réduction de la domination institutionnelle du seul service public. Sur cette base, un décret de la Communauté française autorisera la reconnaissance de chaînes commerciales privées en Belgique francophone. Avant même qu’il ne soit voté, le 17 juillet, le gouvernement communiquera déjà le nom de l’opérateur choisi : TVi, une société belge créée l’année précédente par la CLT (Télé-Luxembourg) et Audiopresse, un consortium regroupant la plupart des éditeurs de journaux francophones belges. RTL-TVi commencera ses émissions depuis la Belgique le samedi 12 septembre. Débute alors officiellement l’ère du pluralisme externe, même si la plupart des Belges étaient déjà, grâce à (ou à cause de) la télédistribution, accros à Télé-Luxembourg depuis le tournant des années 1970.

 

UNE RTBF SOLUBLE

 

Au même moment, du côté du service public, les finances plongent. La dotation de la Communauté française ne suffit pas à assurer la hausse des coûts des programmes, mais surtout dus au fonctionnement d’une institution pléthorique en personnel et en implantations. Les centres de production wallons et bruxellois, petites baronnies réparties selon les influences politiques locales, coûtent très cher. Et le service public ne peut pas faire de pub. Lors des élections fédérales de 1987 et régionales de 1988, l’échec des libéraux et « le retour du cœur » prôné par son président, Guy Spitaels, qui a de solides amitiés à la RTBF, amènent la majorité PS-PSC à autoriser la RTBF à accéder au gâteau publicitaire. Mais de manière très limitée. Négocié de 1989 à 1991, « l’accord TVB » sera un compromis politique typique de cette majorité “rééquilibrée”. Il prévoit la création d’une régie publicitaire commune aux deux institutions, TVB, étant chargée de commercialiser la publicité télévisée à la fois pour la RTBF et RTL-TVi. Toutes les recettes publicitaires télévisées transitaient par TVB qui distribuait ensuite les revenus selon des clés de répartition négociées politiquement. Ce mécanisme n’aura qu’une courte durée de vie, une partie du monde économique dénonçant un marché publicitaire “semi-administré” et peu lisible pour les annonceurs, et les libéraux (dans l’opposition) l’estimant trop protecteur pour la RTBF, artificiel et pouvant distordre la concurrence.

 

À sa place, en 1990, le vice-président du PRL Daniel Ducarme « prescrit un remède de cheval pour faire sauter le verrou budgétaire de la RTBF et l'empêcher de partir en quenouille » (Le Soir, 20/01/1990). Il propose la privatisation à 49 % de « la maison Reyers », tout en bétonnant sa mission de service public. Trois mois plus tard, la presse annoncera que les libéraux envisagent tout simplement une fusion de la RTBF et de RTL-TVi, avant l’absorption totale de l’opérateur public par son concurrent privé.

 

Pour s’en sortir, la RTBF passera par divers plans de restructuration qui réduiront clairement le volume du personnel (sans trop toucher, affirme-t-on lors, au secteur de l’information). La fin des baronnies régionales liées aux centres de production de Bruxelles et de Wallonie sera aussi décrétée.

 

LA LIBERTÉ ?

 

Le décret de la Communauté française du 14 juillet 1997 transformera ensuite la RTBF en une entreprise publique autonome à caractère culturel. Alors que, jusque-là, elle était un organisme public dépendant directement du pouvoir politique, elle dispose désormais d’une personnalité juridique propre et d’une autonomie de gestion. Ses rapports avec la Communauté française, son principal financeur via sa dotation, sont désormais fixés dans un contrat de gestion renégocié tous les 5 ans. Le respect de celui-ci est évalué par le CSA, pas par le gouvernement. Toutefois, si des sanctions doivent être prises, c’est ce dernier qui peut agir, et non le CSA. La composition parapolitique du conseil d’administration, elle, ne change pas. Et, tacitement, l’influence politique dans les choix stratégiques reste de mise. Le recrutement n’est plus soumis aux règles de la loi d’Hondt. Mais les nouveaux engagés ne seront plus protégés par le statut de fonctionnaire (à condition qu’ils reçoivent encore un CDI, ce qui est de moins en moins courant).

La RTBF veillera à prouver cette indépendance retrouvée en recrutant des personnes sans couleur politique et en choisissant, à de nombreuses reprises, des Français totalement étrangers au pot-pot belgo-belge.

 

Ces changements, survenus dans un monde médiatique éclaté, avaient laissé croire que les conflits entre l’opérateur public et les instances politiques allaient se raréfier, voire disparaître.

Le PRL puis le MR ont été absents des majorités à la Fédération Wallonie Bruxelles de 1987 à 2024 (à l'exception de la période de 1999 à 2004 [1]), alors que le parti a été par intermittence au gouvernement de la Région wallonne et, avant 2014, à Bruxelles.

Cette si longue absence n’est sans doute pas étrangère au ressenti actuel d’une partie du monde libéral face à la FWB et les institutions qui dépendent d’elles (dont la RTBF, les télévisions de proximité, l’ONE), avec tout le ressenti et la rancune que cela peut entraîner. Et avec tout l’esprit de reconquête, voire de vengeance, que cela peut laisser croître.

 

Est-ce une raison pour développer à propos du service public de l’audiovisuel et de ses journalistes des représentations quelque peu figées, voire peut-être stéréotypées ou obsolètes ?

Mais cela s’inscrit dans le dramatique air du temps d’une époque où l’histoire semble bégayer.

 

Frédéric ANTOINE

 [1] Merci à un  lecteur de ce blog d'avoir signalé cet oubli dans le texte original.

 

 

 

 

 

 



 

 

26 janvier 2026

Starac : Anouk, éliminée mais gagnante

Bien qu’éliminée par les votes du public avant les demi-finales de la Star Academy, la jeune Belge Anouk a atteint une popularité (sur les réseaux) sans comparaison avec les autres concurrents. Un phénomène à peine croyable.

On savait que Anouk était bien suivie sur les réseaux, et notamment sur Instagram, depuis le début de la saison, se situant bien au-dessus de ses concurrents. Fin novembre-début décembre (1), elle comptait déjà plus de 120.000 followers, soit davantage que tous les autres concurrents. Et les élèves qui se sont retrouvés en demi-finale étaient alors déjà très loin derrière elle.

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L'EXPLOSION 

Mais Anouk a explosé son compteur Instagram après son élimination par vote du public, début janvier. Avant cet événement, elle était déjà à environ 240.000 followers sur Instagram. Le lendemain de son départ, sa popularité a adopté une courbe exponentielle, dépassant immédiatement les 300.000 pour atteindre 400.000 huit jours plus tard, et dépasser actuellement les 450.000 followers. En comparaison, l’évolution de la popularité des autres concurrents est plus que parlante: elle est cruelle. Les jours qui ont suivi son élimination, Bastiaan a lui aussi connu une hausse de sa popularité, mais dans des proportions sans comparaison avec celles de Anouk. Les données longitudinales pour Sarah, éliminée samedi dernier lors de la première demi-finale, ne sont pas disponibles. Mais les trois derniers jeunes encore en course font triste mine sur Instagram en comparaison de Anouk.

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Selon les compteurs arrêtés ce 27/01, voici, selon Instagram, le nombre de followers de six derniers compétiteurs :

 

POPULAIRE PARTOUT

 Alors qu’ils sont « au château », les candidats ne peuvent pas eux-mêmes gérer leur communication (le peuvent-ils d’ailleurs après, rien n’est moins sûr). Mais la popularité d’Anouk ne se repère pas que sur Instagram. Parmi les participants pour lesquels des données sont accessibles, Anouk atteint aussi des sommets sur TikTok. Ambre est, par exemple, bien moins suivie sur ce réseau. Selon des chiffres récoltés en novembre (1), Sarah (éliminée lors de la première demi-finale) comptait, elle, 800,5 K admirateurs sur ce réseau. Mais il est impossible de réaliser des vérifications à son propos.

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 Enfin, sur Fabebook, c’est aussi Anouk qui mène la danse, selon les dernières données disponibles, via ses deux comptes d'amis.

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 On aurait aimé comparer ces données avec l’évolution de l’audience du programme en TV, mais suite à un changement, le CIM ne communique aucun chiffre d’audience depuis le 1er janvier, donc depuis avant le départ de Anouk.

VOX POPULI ?

À la vue de ces chiffres, on ne peut de toute façon que s’interroger (ici comme dans d'autres cas) sur le mécanisme "démocratique" d'élimination des participants par vote des téléspectateurs. SI celui-ci bâtit tout le suspens du programme, il ne privilégie pas les Belges, alors qu’existe bel et bien un opérateur TF1 Belgique, et que les annonceurs belges peuvent, eux, accéder aux créneaux de TF1. 

Mais il n’est pas sûr aussi que Anouk bénéficiait d'une totale sympathie auprès de l’ensemble des « professeurs » de cette académie pas comme les autres. Et tout de même un peu artificielle, puisque télévisuelle et donc destinée d'abord à produire un programme vidsant à captiver l’attention des téléspectateurs lors rentables de écrans pub…

 Frédéric ANTOINE

 (mise à jour 27/01)

(1(1)     Source : https://www.nrj.fr/actus/star-academy-2025-qui-est-le-candidat-le-plus-suivi-sur-les-reseaux-sociaux-71365601

03 janvier 2026

La StarAc, une histoire très belge

(imagée en partie réalisée par IA) 

Avec souvent 40% de parts de marché TV lors du Prime en Belgique, c’est peu dire qu’on aime ici la Star Academy. Les téléspectatrices, surtout, adorent ce mix de télécrochet et de télé-réalité. En particulier quand il y a des compatriotes au programme, mais pas seulement. En variétés comme en gastronomie, « il n’est bon bec que de Paris ».

L’édition 2025-2026 de la Star Academy ne touche pas encore tout à fait à sa fin, mais on peut certifier que, côté audiences, le cru de cette saison n’a pas grand-chose à rivaliser  à celui de 2023-2024, qui avait révélé Pierre Garnier et une certaine Helena  Bailly de Braine-l’Alleud.

Du côté de l’audience des Prime, normalement diffusés le samedi soir, mais qui l’ont aussi parfois été le vendredi, l’édition 2023-2024 est celle qui réalise les meilleurs scores en nombre de téléspectateurs (1) depuis la reprise du programme en 2022 : de très nombreux Prime réunissaient alors sur TF1 Belgique plus  de 400.000 personnes, avec des chiffres qui s’envoleront vers les 500.000 à l’approche de la finale. 

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L’édition 2024-2025, qui a vu la victoire de Marine, mais ne comprenait pas de candidat belge, a été moins suivie : plutôt autour d’un peu plus de 300.000 téléspectateurs, avec une légère croissance vers la finale. 

 

LE PARCOURS D'UNE RÉVÉLATION

 

La version actuelle, qui se terminera en février 2026, se trouve entre les deux : une audience légèrement plus haute que l’année précédente dans un premier temps, mais qui a frôlé ou dépassé les 400.000 (soit plus qu’en 2023-2024) avant de retomber légèrement en décembre (2). La suite de l’audience dépendra assurément du parcours de la Belge Anouk Klein, figurant pour la première fois parmi les nominés pour le Prime de ce 3 janvier 2026. On peut considérer que cette jeune femme constitue une sorte de « révélation » pour le public belge. En effet, si l’on compare les audiences de cette saison avec celle des précédentes, une différence claire apparaît : d’ordinaire, l’auditoire des Prime de la StarAc est assez stable de semaine en semaine au cours des premières étapes de compétition, et les chiffres ne croissent en Belgique que lorsque la compétition se resserre. Cette fois, l’audience du Prime affiche très vite une tendance à la croissance. La jeune fille de Wanze s’est constitué une audience au fil des semaines, c’est-à-dire lorsqu’elle a commencé à sortir de sa timidité (effet soutenu par la production de l’émission qui, de Prime en Prime, lui réserve une parure mettant de plus en plus en évidence sa féminité…).

 

Des données sans commune mesure avec celle de la courte première saison de reprise du programme en 2022, déjà analysées sur ce blog (3), et qui révélaient des audiences plus faibles.

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Au cours de cette saison comme quasiment lors des deux précédentes, le Prime de la StarAc figure dans chaque semaine dans le Top 10 des meilleures audiences hebdomadaires de programmes TV du CIM pour la Belgique francophone. Il a déjà occupé deux fois la 3e place du classement, et trois fois la 5e. Il n’a jamais été à ce jour sous la 9e position. L’an dernier, le Prime s’était classé plusieurs fois en 10e place des audiences hebdomadaires belges, et une fois même 11e. Il avait aussi deux fois été 3°. Lors de la saison Garnier-Helena, le Prime avait une fois été 10°, une fois 3°, mais quatre fois 4°.

 

DE GROSSES PARTS DE GÂTEAU

 

Plus marquante que la mesure (par extrapolation) du nombre total de téléspectateurs, celle des parts de marché réalisé par les Prime est révélatrice du succès de la saison actuelle.

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La proportion de l’audience ayant regardé ce programme en Belgique francophone est plus élevée tout au long de ce cette saison 2025-2026  (longs tirets verts) que lors des éditions antérieures. Et il est frappant que cette part d’audience de plus de 40% soit quasiment stable. Ce qui signifie que ± la même proportion de téléspectateurs (quatre sur dix) est au rendez-vous chaque semaine, alors que celle-ci était plus erratique par le passé, n’atteignant jamais les 40% en 2024-2025 (sauf pour la finale) et ne dépassant cette barre que lors de la fin de la compétition en 2023-2024.

 

On peut ajouter à cela que, au cours de cette saison, le jour des Prime, l’émission a été deux fois la plus regardée des programmes TV diffusés en Belgique francophone, trois fois 2e, quatre fois 3e et une fois 4e. Quand elle n’est pas première, quasiment à chaque fois, ce sont des JT qui occupent les premières places de ce classement quotidien (spécificité belge déjà soulignée sur ce blog). Des pourcentages à faire pâlir les Français où le Prime de la StarAc n’est arrivé en tête des audiences de soirées au cours de cette saison que… à une reprise, lors de l’émission d’ouverture du 18 octobre. Alors qu’avec 40% de PdM, l’audience belge est évidemment toujours la première de la soirée.

 

LA VIE DE CHÂTEAU 

 

Mais la StarAc, ce n’est pas seulement un Prime éliminatoire, devenu le show de variétés inévitable du samedi soir. C’est aussi une vision sur abonnement  de la vie du château en théorie H24, mais en théorie seulement (4). Et des « quotidiennes » proposées en début d’Access primetime tous les jours. Là aussi, le volume de l’audience témoigne de la fidélité du public belge, que l’on pressent en grande partie féminin, mais aussi intergénérationnel (les filles qui les regardaient début des années 2000 avec leur mère sont maintenant les mères qui les regardent avec leurs filles, la grand-mère n’étant pas en reste). Élément de base du concept de télé-réalité, l’observation de la vie d’êtres humains dans un bocal revêt ici une dimension supplémentaire, puisque s’y ajoutent les apprentissages, les prestations musicales, scéniques et théâtrales, des évaluations à suspens et des visites d’artistes renommés.

Une image contenant capture d’écran, Police, texte, ligne

Le contenu généré par l’IA peut être incorrect.

 

Là aussi les chiffres sont éloquents : sauf rares exceptions, plus de 200.000 téléspectateurs belges francophones suivent chaque jour les quotidiennes. Ils sont souvent plutôt 250.000 et même certains jours 300.000. Alors qu’il ne s’agit pas d’un programme TV de soirée, mais situé très tôt dans l’Access (souvent 17h30, mais parfois plutôt 16h30), depuis le début de cette saison, la quotidienne a été sept fois le 4e programme le plus  vu de toute la journée TV, huit fois le 5°, 12 fois le 6°.

Une image contenant texte, capture d’écran, Police, nombre

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L’audience quotidienne varie en fonction de l’intérêt de l’épisode du jour dans la structure narrative du programme. Ainsi, les jours de nominations attirent-ils davantage de téléspectateurs que la veille du Prime ou certains jours de week-ends.

La courbe de tendance figurant dans le graphique précédent révèle toutefois que le volume de cette audience semble amorcer une légère baisse depuis mi-décembre. À ce propos aussi, l’avenir d’Anouk jouera sans doute un rôle déterminant…

 

Frédéric Antoine

 (1) Mesure de l’audience tous écrans confondus à J+7, c’est-à-dire comprenant aussi les visions différées jusqu’à 7 jours après celui du (quasi)-direct.

 (2)Les données J+7 sont communiquées par le CIM souvent 15 jours plus tard que les audiences quotidiennes. Le graphique ne prend donc pas en compte la fin décembre 2025 ?

(3) Voir : https://millemediasdemillesabords.blogspot.com/2022/11/une-finale-de-starac-22h-en-belgique-ca.html

(4  Il y a en effet beaucoup de coupures pour respecter la vie privée, les entourages et les familles, dont les candidats parlent souvent entre eux.

Mise à jour 04/01 : Anouk n'ayant pas été éliminé lors du Prime du 03/01, l'aventure continue pour les courbes des audiences.

 






24 décembre 2025

L'espoir de Noël : que tout cela change… Explications.

Cette image est produite par IA ChatG-pt sur base de prescriptions précises faites par l'auteur de ce texte. Après plusieurs versions, l'IA a refusé de continuer à modifier le dessin et a publié le message suivant par la phrase : 

 
"This image generation request did not follow our content policy." 
 

Avec l'explication suivante : "Un seuil de contrainte est atteint lorsque l’image combine tous ces éléments en même temps : un conflit armé contemporain identifiable ; des forces armées clairement reconnaissables ; une mise en joue explicite ; une scène religieuse centrale et une intensification visuelle (couleurs plus vives, dramatisation accrue). À ce stade précis, l’image bascule vers une représentation politique violente trop explicite, ce qui m’oblige à m’arrêter ici."

Ensuite, l'IA a ajouté ceci :

"Les images déjà générées l’ont été à la limite exacte de ce qui est autorisé. À partir d’un certain nombre d’itérations successives sur le même visuel sensible, le système devient plus strict, même pour des ajustements mineurs. Ce qui pose problème est le fait de réengager une nouvelle génération complète sur une scène déjà jugée “à risque”. Autrement dit : ➡️ le contenu global de la scène, et non le réglage demandé, déclenche le blocage automatique."

 

 
versions antérieures :
 






18 décembre 2025

LN24 : REQUIEM POUR UN MÉDIA


(illustration mise en forme par IA)

L’annonce du licenciement de trois journalistes phares de l’ex-média all news LN24 laisse augurer le pire du pire pour ce qu’il restait de Belge sur cette chaînette qui va de Charybde en Scylla.

 (mise à jour 22/12 en bas du texte)

Que va-t-il encore rester de Belge, et de relativement proche de l’info, sur LN24 ces prochaines semaines ? Presque rien : quelques rares magazines hebdomadaires et un talkshow quotidien animé par… le directeur le directeur des programmes (directeur d’antenne), responsable de la grille et de la stratégie des contenus de la chaîne.

 

L’annonce en été faite dans les médias ce 18 décembre (avec, semble-t-il, confirmation par le patron de IPM) : licenciement des deux journalistes vedettes qui assuraient en tv une heure de décryptage de l’actualité par jour entre 22h10 et 23h10, et celui de l’autre talentueux dernier survivant journalistique des belles heures de la chaîne, qui assurait l’interview politique matinale quotidienne de LNRadio.

 

C’est la fin de la fin de ce qui associait encore les initiales de LN24 à son sigle « Les News ».

 

MIETTES

 

À bien fouiller dans les grilles de la station, on y relève la présence de quelques programmes hebdomadaires, plutôt de type économie ou luxe, dont on suppose qu’il ne passeront pas à la trappe tout de suite, puisque les trois journalistes en question n’y sont pas associés. On peut par contre s’interroger sur le sort d’autres magazines, que ce soit celui sur L’Amérique de Trump ou celui sur le foot, où les deux journalistes vedettes remerciés officiaient également.

 

La seule vitrine belge de la chaîne sera donc désormais le talk-show multirediffusé 100% belge, qui repose autant sur le dynamisme et le charisme de son présentateur que sur l’éclectisme des sujets choisis, qui doivent susciter débat, voire polémique, entre les chroniqueurs de l’émission. Chroniqueurs dont certains n’en sont pas à leur premier passage sur des chaînes de télévision…

 

JUSQU’À LA LIE ?

 

Lors de la rentrée tv de septembre 2025, nous avions déjà publié sur ce blog un article se demandant où étaient passées les news, et relevant la part extraordinaire de rediffusions de programmes français, parfois anciens, qui occupaient désormais l’antenne.

 

Les nouveaux licenciements s’expliquent sans doute par l’état général des finances de ce qui reste du groupe IPM. On imaginerait mal que d’autres motifs aient pu conduire à écarter les derniers mohicans qui s’étaient tant donnés corps et âme pour maintenir la chaine hors de l’eau.

 

Si telle est bien la raison, le groupe de La Libre et de La DH confirme sa situation toujours très fragile, malgré  la cession de l’ensemble de son pôle presse à Rossel moyennant son  entrée à hauteur de 10% au capital du groupe de la rue royale (chose pas encore officiellement validée pour l’instant).

 

Déchargé du poids de ses publications papier, le groupe restait propriétaire d’une télévision et d’une radio. Ce sont donc à ces étages-là de l’édifice que s’opèrent aujourd’hui les coupes sombres. Jusqu’à ce que LN Radio ne subsiste que comme un robinet musical, dont la diffusion en DAB+ doit coûter plus qu’elle ne rapporte. Et jusqu’à ce que les maigres recettes publicitaires de ce qui restera de LN24 ne suffiront plus à assurer les coûts des derniers plateaux belges, voire à payer les droits de rediffusion d’émissions françaises, pourtant vues et revues.

 

IPM a un temps suscité des espoirs en reprenant divers médias afin, affirmait-on de constituer avec eux un groupe solide ne reposant plus seulement sur l’édition de deux quotidiens et une présence dans l’immobilier. La situation du groupe laisse hélas penser que Lafontaine n’avait pas tort dans une de ses fables où il mettait en scène un petit batracien et un bovin.

 

Il est toujours triste de devoir écouter un requiem. C'est encore plusn dommage que ce soit juste avant Noël.

 

Frédéric ANTOINE.

Mise à jour 22/12/2025: Selon les infos de l'excellent journaliste médias de L'Echo Jean-François Sacré, Thierry Tacheny pourrait faire une offre de reprise de plus de 50% du capital de LN24 début janvier via sa société Zelos. Il n'est pas à l'heure actuelle un des actionnaires de la chaîne, mais a participé à sa restructuration du printemps dernier, via une des participations les plus spécifiques de Zelos,  Sport & Media Saleshouse (SMS)filiale co-fondée par Zelos et RMB (Régie Média Belge), dédiée à la commercialisation publicitaire sportive, active dans la vente d’espaces et de contenus sportifs.


17 décembre 2025

VIVA FOR LIFE, LA BOTTE CACHÉE DE LA CHARITY RTBF


 

 (image générée par IA)

Grâce aux succès de Viva For Life, le charity business médias made in RTBF occupe le haut du pavé en Belgique francophone face au groupe RTL. Sera-ce encore le cas cette année ?

 

Viva For Life a donné un énorme coup de boost aux actions “charitables” de la RTBF. Finie l’époque où les résultats de l’historique 48.81.00 devenu Cap 48 caracolaient loin dernière “l’élan de générosité” suscité par la Télévie, plus moderne, et, surtout, mobilisant bien plus les sentiments et les émotions des donateurs que la traditionnelle collecte menée sur le service public.

La première édition de Viva For Life, fort modeste, a eu lieu en décembre 2013. Cette année-là, l’opération récoltait 1.267.351€, alors que, quelques mois plus tôt, Cap 48 avait obtenu près de quatre fois plus : 4.530.895€ (soit 22% du montant total récolté, contre 78% pour Cap 48). Action de charité historique, cette dernière bénéficiait de sponsors reconnus, alors que l’opération de fin d’année, d’origine radiophonique, n’en était qu'à ses balbutiements.

D’année en année, les chiffres de dons aux deux opérations ne cesseront ensuite de croître, mais de manière beaucoup plus rapide pour Viva For Life, qui mobilise sur les pauvretés des enfants à la veille de Noël, que pour Cap 48, qui choisit toutefois de ne plus seulement soutenir les personnes en handicap, mais aussi atteintes de maladies graves. Dès 2014, Viva For Life représente plus de 30% de la somme cumulée de dons recueillis par la RTBF. 

 

LA BASCULE DE NOËL

 

Une bascule significative s’opère en 2020. Cette année-là (nous sommes alors en période covid), l’opération Viva For Life représentera 51% des dons récoltés par le charity business de la RTBF. Un montant constamment en croissance. Ce pourcentage n’a pas été dépassé depuis lors. En 2024, la collecte de dons pour l’aide aux enfants défavorisés représentait un peu moins de 51% des montants collectés par la RTBF. Ce qui signifie que, sans Viva For Life, le “score”  de dons du service public aurait été plus deux fois moins élevé.

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Le calcul du cumul de l’argent récolté par les deux opérations de l’opérateur public témoigne de la croissance constante de la générosité du public et des sponsors, croissance évidemment due à l’arrivée de Viva For Life, et à son concept médiatique fort différent de celui de Cap 48 : une présence constante sur l’antenne radio, des directs TV pendant toute une semaine, des événements en prime-time lors de la fermeture et de l’ouverture du cube, un “silonnage” en bus de la Wallonie et de Bruxelles, de courts shows cases d’artistes…). Ainsi qu’une immersion d'un studio live au cœur des villes, et non seulement un direct pendant une soirée type Téléthon, réalisée dans le confort clos d’un studio de TV (ou de son équivalent), avec la présence d'un public très sélectionné.


LE DÉCLIN DE LA VIE TÉLÉ

 

L’opérateur privé, qui avait largement pris le dessus sur son concurrent public en matière de Télé-charité, a vu l’écart entre les deux acteurs se réduire dans la seconde partie de la décennie 2010, c’est-à-dire à partir de la prise d’envol de Viva For Life. Le covid peut-être, mais surtout l’usure d’une formule créée en 1989 pour légitimer la présence d’une télévision privée en Belgique francophone, sont à l’origine d’un phénomène qui a paru incroyable sur des médias où il faut chaque année battre le record de l’année précédente : une chute des sommes récoltées, très marquée entre 2020 et 2022. Une nouvelle structure a alors été mise en place au sein de RTL Belgium, et confiée à un nouveau et très actif responsable, qui a réussi à inverser la tendance depuis 2023. En 2025, le montant récolté par le Télévie était très légèrement au meilleur des résultats obtenus jusque-là, en 2019.

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Suite à l’adjonction de Viva For Life à Cap 48, l’inversion des courbes s’est réalisée dès 2019. Le différentiel, favorable à RTL Belgium jusque-là, a alors basculé, atteignant son maximum en 2023, avant de légèrement diminuer.

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TENDANCE IRRÉMÉDIABLE ?

 Les prochains résultats de la session 2025 de Viva For Life devraient permettre de voir si les tendances qui se sont installées depuis une petite dizaine d’années se maintiennent, ce qui semblerait logique au vu du trend enregistré par le passé. L’opérateur privé sera-t-il dès lors obligé, lui aussi, de charger de braquet et d'augmenter son investissement dans le charity business médiatique ? Pour cela, il faudrait que cet objectif reste une des priorités de ses actionnaires actuels…

 

Frédéric Antoine

 

(À titre de comparaison, on verra ci-dessous un graphique présentant les montants récoltés en € constants et non constants, comme ci-dessus. Les différences sont faibles, sauf au début de cette décennie : suite à une forte inflation, même si les montants en € courants ont augmenté pour la RTBF, il n’en a pas été de même en € constants. Le graphique confirme aussi la situation délicate dans laquelle se trouvait alors le Télévie.)

 

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