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Regard médias

Il y en a des choses à dire sur les médias en Belgique…
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26 février 2026

AVIS DE DÉCÈS DE LA CRÉATION RADIOPHONIQUE ?


 Après les « économies »  de la FWB sur les médias de proximité, voici celles sur l’aide à la création radiophonique : on parle de moins 75% prévus cette année. De quoi tuer tout un secteur dont la Belgique francophone peut être fière.
 
Selon des informations qui paraissent fiables, le gouvernement de la Fédération Wallonie Bruxelles (FWB) devrait décider ce 28 février de réduire de 75% le montant alloué au Fonds d’aide à la création radiophonique (FACR). Dans le budget ajusté en juillet 2025, la dépense prévue pour ce poste était de 400.000€. En 2023, elle se situait à 450.000€. Si l’information diffusée se confirme, le Fonds ne devrait plus disposer que de 100.000€.
 
Or, cette somme couvre à la fois l’aide à la transition numérique, l’appui aux structures d’accueil et le financement de la création d’œuvres radiophoniques. Selon le rapport 2024 du Fonds établi par le service général de l'Audiovisuel et des Médias du ministère de la FWB, 10 à 15% du subside accordé au Fonds avaient été destinés à la transition numérique, c’est-à-dire en gros à un soutien au consortium maradio.be (qui vise principalement à promotionner le DAB+) et 20 à 25% au financement des structures d’accueil, en l’occurrence l’ACSR (Atelier de création sonore radiophonique). Le soutien à des projets de programmes de radio de création bénéficiait donc de 60 à 70% du montant du fonds. Ce qui signifie que, si le FACR ne reçoit plus que 100.000€, à peine 60.000 à 70.000€ seront disponibles pour financer des programmes. Sachant que, pour que la production puisse être réalisée a minima, une aide de 15.000 à 18.000€ est d’ordinaire accordée par projet, cela veut dire que le FACR ne pourrait plus soutenir que maximum 4 ou 5 projets par an. Alors que, en 2024, il avait pu soutenir la création de 26 projets d’émissions.
 
ARRÊT DE MORT
 
Si elle s’applique, cette mesure signe l’arrêt de mort de la création radiophonique en Belgique francophone, qui n’existe majoritairement que grâce à du financement public.
Or, notre petite Communauté était devenue un vivier de  la création radio reconnue dans toute la francophonie et au-delà. Le FACR, créé en 1991 pour apporter indirectement de l’aide aux radios associatives et locales, est en effet devenu au fil du temps le levier qui a permis l’émergence d’une génération d’auteurs-réalisateurs d’œuvres radiophoniques, tant dans le domaine du documentaire que celui de la fiction. De nombreux grands noms de l’art radiophonique sont des Belges francophones. Une réputation telle qu’elle a longtemps rendu malades les créateurs français, mis à la portion congrue chez eux par les aides de l’État et de Radio France, et qui n’avaient souvent pu compter que sur Arte Radio pour pouvoir s’exprimer. Un temps — et l’auteur de ces lignes peut en témoigner dans le détail — , les appels à projets envoyés au FACR provenaient ainsi parfois de Français qui s’étaient trouvé des producteurs résidant en Belgique francophone pour pouvoir trouver le moyen d’exercer leur art…
 
En FWB, le FACR a permis l’émergence d’une réelle profession, celle d’auteur radiophonique de documentaire ou de fiction, tout comme il y en a dans le cinéma ou dans l’audiovisuel. L’application de la mesure annoncée entraînerait purement et simplement la disparition de ce secteur professionnel.
 
PAS ASSEZ POPULAIRES ?
 
Bien sûr, on pourra répondre à ce faire-part mortuaire que ces aides permettaient certes la production d’œuvres radiophoniques, mais que, comme celles-ci devaient d’abord être diffusées sur des radios privées, et que seules les radios associatives ou d’expression les accueillaient d’ordinaire, cela n’assurait pas à ces programmes une large audience.  C’est vrai. Sauf que, longtemps, des émissions de la RTBF La Première ont aussi trouvé dans ces productions de quoi nourrir du temps d’antenne à moindres frais. Ce n’est pas l’émission Par Ouï-dire de Pascale Tison, diffusée tous les jours à 22h, qui pourrait affirmer le contraire. Mais voilà, l’émission est passée à la trappe à la rentrée de septembre 2025, de même que d’autres programmes du service public, comme Le fantôme de la radio, qui mettaient en avant des univers sonores particuliers. De nouveau, on dira que Par Ouï-dire n’avait pas des millions d’auditeurs. Sauf que, avec les podcasts, l’écoute des productions radiophoniques de création ne se limite désormais plus à un one-shot en linéaire. Mais ce n’est visiblement pas du côté de ce type de podcasts que la RTBF a choisi d’investir lorsqu’il s’est agi de sauver les meubles face aux velléités politiques de réduire son financement. Alors qu’il n’y a pas beaucoup de produits radio plus culturels que les émissions de création. Cherchons l’erreur, une fois de plus…
 
Et ce, surtout que les productions de création sont désormais clairement installées sur des plateformes de podcasts, et commencent à y trouver un nouveau public. Depuis 2020, le FACR est ainsi progressivement devenu un fonds dédié à la création radiophonique et sonore (podcasts inclus), avec une gestion rapprochée de celle du CNC français.
 
HOLD-UP SUR LE MAGOT PUB ?
 
Comme dans le cas des médias de proximité, si cette mesure est bien appliquée, on s’étonnera (s’il en était besoin) qu’elle touche un aussi petit poste budgétaire. Qu’est-ce que 300.000€ d’économies face au gouffre des finances de la FWB ? Là, comme pour d’autres coupes budgétaires, cela ressemble à un grain de sable sur une plage. À moins que l’intention ne soit pas seulement de réduire un déficit, mais aussi, sinon d’abord, de supprimer un certain type de productions culturelles atypiques, prônant une très large ouverture, n’hésitant pas à traiter des sujets touchy et donnant la parole à ceux qui ne l’ont d’ordinaire pas…
Mais cela, bien sûr, personne ne peut le croire.
 
Enfin, et surtout, on s’étonnera que cette coupe touche un poste budgétaire qui est supposé être alimenté par une taxe spécifique. Le Fonds d’aide à la création radiophonique est en effet principalement financé par une contribution obligatoire imposée aux opérateurs radio, calculée notamment sur leurs recettes commerciales et prévue par le décret audiovisuel 2021 de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Le site officiel du service « audiovisuel et médias » de la FWB le confirme : le FACR est bien « alimenté par les contributions financières des radios privées et de la RTBF », le CSA ayant précisé dans un avis de 2023 que le montant en question était calculé sur base du chiffre d’affaires publicitaire brut de chaque éditeur. (ce qui n’avait pas plu à tout le monde…).
 
Théoriquement, le montant fixé dans le budget de la FWB pour le Fonds doit donc correspondre au montant récolté par la taxe (soit ± 450.000€ au début des années 2020 et 400.000€ en 2024). On comprend mal que tout récemment les recettes publicitaires des radios aient chuté de manière telle que leur contribution ait fondu au point d’être réduite de 75%. À moins qu’il ne soit actuellement plus question de considérer que le FACR est financé par un pourcentage ponctionné sur les recettes pub des radios ? Étrange tout de même. Et grave dans les conséquences…
 
Frédéric ANTOINE

04 décembre 2024

Présidence du CA de la RTBF : un miroir aux alouettes ?


Céder la présidence du Conseil d'administration de la RTBF aux Engagés n'est pas une concession de la part de son partenaire à la FWB. Car il y a gros à parier que c'est ce parti qui choisira, en 2026, le successeur de l'actuel Administrateur général de l'entreprise publique. Celui qui, quoi qu'on dise, a en main les destinées de l'opérateur audiovisuel.

Après ce qui semble avoir été de longues palabres, la nouvelle majorité à la FWB a annoncé ce 3 décembre son choix pour le poste, semble-t-il tant convoité, de président du Conseil d'administration de la RTBF. Preuve de l'imposant renouvellement survenu entre l'apparition des Engagés, l'ancien parti social-chrétien et le CdH, Joëlle Milquet, qui commença jadis sa carrière comme assistante parlementaire PSC au Sénat,  a finalement recueilli l'assentiment des instances des deux partis pour être prochainement élue à ce perchoir.

Face aux récents roulements des mécaniques (pour ne pas dire face aux menaces) des ténors du parti libéral à l'égard de la RTBF, confier la présidence de son CA à une figure tutélaire de l'autre gagnant des élections de juin pourrait avoir de quoi rassurer.

À lire la lettre ouverte que les deux anciens présidents de cette assemblée ont récemment publiée dans la presse (1), le rôle de cette instance serait en effet déterminant dans le fonctionnement de l'institution, et celui de son président comparable à celui du timonier à la manœuvre d'un immense paquebot.
 

CLÉ DE VOÛTE

 
Ce serait toutefois un peu vite perdre de vue que, comme le rappellent les signataires de la carte blanche précitée, le pouvoir de fait est partagé, au sein de ce qu'on appelait jadis la Kasa Kafka (2), entre le CA et son président d'une part, et l'Administrateur général de l'entreprise publique de l'autre. Sans être membre du Conseil, ce dernier siège avec le président et les vice-présidents du CA dans le “comité permanent” qui gère l'institut au quotidien. Il pilote aussi, par ailleurs, son “comité exécutif”, qui « réunit, au côté de l’Administrateur général, 6 directions : Pôle Contenus, Pôle Medias, Info & Sports, Ressources Humaines, Finances, Technologies ». (3).

L'Administrateur général est la clé de voûte à la jointure de la structure de direction interne de l'institut et sa structure de pilotage externe.

Sans aller jusqu'à partager la lecture de certains politiques qui ont récemment pu considérer que l'Administrateur général était une sorte de Deus ex machina, on doit tout de même reconnaître que son pouvoir est énorme, et que c'est lui qui, notamment, impulse les grandes réformes et suggère les orientations que l'entreprise devrait prendre. Qu'il reçoive à ce propos l'aval du CA (et du ministre de tutelle) est évident. Mais qu'il joue un rôle déterminant dans la fixation des axes de développement de l'opérateur audiovisuel est indéniable. Le cas de l'actuel Administrateur général en est la plus parfaite illustration : ce que la RTBF est aujourd'hui devenue et les tournants que la poussive administration publique de jadis a opérés, elle les doit grandement à la vision que celui-ci a développée pour elle, et à son expérience de gestionnaire d'institutions publiques.

CHANGEMENT DE COULEUR

Si le CA et son président sont supposés représenter “le public” au service duquel la RTBF est chargée de se mettre, et sont pour cette raison élus par le Parlement de la FWB, le rôle de son Administrateur général se situe bien au-delà de celui de simple gestionnaire des affaires intérieures de la boîte. Il n'est pas loin de représenter “l'âme” du système.

Jean-Paul Philippot, étiqueté socialiste, est ce poste depuis 2002, c'est-à-dire depuis plus de vingt ans. Lors de chaque échéance de son mandat, le PS était aux affaires en FWB, la présidence du CA de la RTBF n'étant pas entre ses mains, mais dans celles d'un de ses partenaires de majorité. La reconduction systématique du détenteur du poste allait donc quasiment de soi (4) (pour rappel, la composition du CA et sa structure dirigeante changent après chaque élection, alors que le calendrier de l'Administrateur général n'est, lui, pas fixé sur celui des échéances électorales). 

En 2020, l'actuel Administrateur général a été reconduit pour un quatrième mandat de six ans. Dans une grosse année, l'ère Philippot prendra donc fin pour l'opérateur public. Qui succédera à cet ingénieur commercial diplômé de l'ULB et maître de conférences invité à l'UCLouvain ?

Une saine gestion publique devrait sans doute veiller à choisir pour ce poste une personne au profil proche de son prédécesseur, c'est-à-dire un féru de gestion, soucieux de la défense de la place du service public dans une société de plus en plus mercantile, et conscient que l'audiovisuel public doit disposer d'une réelle légitimité pour s'assurer une place indiscutable dans le paysage médiatique de l'État aussi grand qu'un timbre-poste qu'est la FWB.

HIS MASTER'S VOICE ?

En sera-t-il ainsi ? Comme écrit plus haut, la tradition du partage des postes (et des influences) au sein des majorités a permis depuis les années 1960 au PS de placer à la tête la de la RTB(F) une personne qui disposait de sa confiance (et de sa fidélité). Mais, en 2026, le PS ne fera pas partie de l'attelage dirigeant la Fédération. Les Engagés tenant la présidence du CA de l'institution, le MR aura tout loisir d'imposer son choix d'Administrateur général, le candidat retenu ayant sans doute présenté pour la RTBF un projet d'avenir en phase avec celui que ce parti politique entend assigner aux médias publics. Une vision que devrait aussi plaire à la majorité politique du Parlement de la FWB. Alors surviendra peut-être le véritable virage souhaité par le MR, et dont diverses déclarations politiques dans les médias et au Parlement de la FWB révèlent depuis quelques semaines le visage. Avec, notamment, la réduction des missions de la RTBF à l'information et à l'éducation permanente, ou l'abandon total du divertissement, l'opérateur public n'étant pas là pour fournir (à la plèbe ?) « du pain et des jeux », alors que telle serait bien l'édifiante mission des médias privés.

Accorder la présidence du CA de la RTBF à son partenaire permet à l'autre parti au pouvoir de reculer pour mieux sauter.  Être à la tête du Conseil ne lui aurait rien rapporté. Tandis qu'être à la manœuvre du bateau Reyers...

Frédéric ANTOINE.

(1) https://www.lalibre.be/debats/opinions/2024/11/30/le-ca-de-la-rtbf-repond-a-la-ministre-galant-vous-avez-remis-en-cause-notre-gouvernance-vous-avez-tenu-des-propos-simplistes-et-offensants
(2) Nom qu'a subtilement repris la boîte de prod filiale de la RTBF
(3) https://www.rtbf.be/entreprise/a-propos/gouvernance
(4) Si la reconduction a parfois été discutée au Parlement, notamment pour des questions de clauses de contrat, le bateau au pu tanguer mais l'issue de ces discussions n'a jamais de fait de doute.

(l'illustration de cet article est un "dessin d'artiste" fait par Chatgpt)

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