Après les « économies »
de la FWB sur les médias de proximité,
voici celles sur l’aide à la création radiophonique : on parle de moins 75%
prévus cette année. De quoi tuer tout un secteur dont la Belgique francophone
peut être fière.
Selon des
informations qui paraissent fiables, le gouvernement de la Fédération Wallonie
Bruxelles (FWB) devrait décider ce 28 février de réduire de 75% le montant alloué au
Fonds d’aide à la création radiophonique (FACR). Dans le budget ajusté en
juillet 2025, la dépense prévue pour ce poste était de 400.000€. En 2023, elle
se situait à 450.000€. Si l’information diffusée se confirme, le Fonds ne
devrait plus disposer que de 100.000€.
Or, cette somme
couvre à la fois l’aide à la transition numérique, l’appui aux structures d’accueil
et le financement de la création d’œuvres radiophoniques. Selon le rapport
2024 du Fonds établi par le service général de l'Audiovisuel et des Médias du ministère
de la FWB, 10 à 15% du subside accordé au Fonds avaient été destinés à la
transition numérique, c’est-à-dire en gros à un soutien au consortium maradio.be
(qui vise principalement à promotionner le DAB+) et 20 à 25% au financement des
structures d’accueil, en l’occurrence l’ACSR (Atelier de création sonore radiophonique).
Le soutien à des projets de programmes de radio de création bénéficiait donc de
60 à 70% du montant du fonds. Ce qui signifie que, si le FACR ne reçoit plus
que 100.000€, à peine 60.000 à 70.000€ seront disponibles pour financer des
programmes. Sachant que, pour que la production puisse être réalisée a
minima, une aide de 15.000 à 18.000€ est d’ordinaire accordée par projet,
cela veut dire que le FACR ne pourrait plus soutenir que maximum 4 ou 5 projets
par an. Alors que, en 2024, il avait pu soutenir la création de 26 projets d’émissions.
ARRÊT DE
MORT
Si elle s’applique,
cette mesure signe l’arrêt de mort de la création radiophonique en Belgique francophone,
qui n’existe majoritairement que grâce à du financement public.
Or, notre
petite Communauté était devenue un vivier de la création radio reconnue dans toute la
francophonie et au-delà. Le FACR, créé en 1991 pour apporter indirectement de l’aide
aux radios associatives et locales, est en effet devenu au fil du temps le
levier qui a permis l’émergence d’une génération d’auteurs-réalisateurs d’œuvres
radiophoniques, tant dans le domaine du documentaire que celui de la fiction. De
nombreux grands noms de l’art radiophonique sont des Belges francophones. Une
réputation telle qu’elle a longtemps rendu malades les créateurs français, mis
à la portion congrue chez eux par les aides de l’État et de Radio France, et
qui n’avaient souvent pu compter que sur Arte Radio pour pouvoir s’exprimer. Un
temps — et l’auteur de ces lignes peut en témoigner dans le détail — , les
appels à projets envoyés au FACR provenaient ainsi parfois de Français qui s’étaient
trouvé des producteurs résidant en Belgique francophone pour pouvoir trouver le
moyen d’exercer leur art…
En FWB, le FACR
a permis l’émergence d’une réelle profession, celle d’auteur radiophonique de
documentaire ou de fiction, tout comme il y en a dans le cinéma ou dans l’audiovisuel.
L’application de la mesure annoncée entraînerait purement et simplement la
disparition de ce secteur professionnel.
PAS ASSEZ POPULAIRES ?
Bien sûr, on
pourra répondre à ce faire-part mortuaire que ces aides permettaient certes la
production d’œuvres radiophoniques, mais que, comme celles-ci devaient d’abord être
diffusées sur des radios privées, et que seules les radios associatives ou d’expression
les accueillaient d’ordinaire, cela n’assurait pas à ces programmes une large audience.
C’est vrai. Sauf que, longtemps, des émissions de la RTBF La Première ont aussi
trouvé dans ces productions de quoi nourrir du temps d’antenne à moindres frais.
Ce n’est pas l’émission Par Ouï-dire de Pascale Tison, diffusée tous les
jours à 22h, qui pourrait affirmer le contraire. Mais voilà, l’émission est
passée à la trappe à la rentrée de septembre 2025, de même que d’autres programmes
du service public, comme Le fantôme de la radio, qui mettaient en avant
des univers sonores particuliers. De nouveau, on dira que Par Ouï-dire n’avait
pas des millions d’auditeurs. Sauf que, avec les podcasts, l’écoute des productions
radiophoniques de création ne se limite désormais plus à un one-shot en
linéaire. Mais ce n’est visiblement pas du côté de ce type de podcasts que la RTBF
a choisi d’investir lorsqu’il s’est agi de sauver les meubles face aux velléités
politiques de réduire son financement. Alors qu’il n’y a pas beaucoup de produits
radio plus culturels que les émissions de création. Cherchons l’erreur, une fois
de plus…
Et ce, surtout que les productions
de création sont désormais clairement installées sur des plateformes de
podcasts, et commencent à y trouver un nouveau public. Depuis 2020, le FACR est
ainsi progressivement devenu un fonds dédié à la création
radiophonique et sonore (podcasts
inclus), avec une gestion rapprochée de celle du CNC français.
HOLD-UP SUR
LE MAGOT PUB ?
Comme dans le cas
des médias de proximité, si cette mesure est bien appliquée, on s’étonnera (s’il
en était besoin) qu’elle touche un aussi petit poste budgétaire. Qu’est-ce que
300.000€ d’économies face au gouffre des finances de la FWB ? Là, comme pour
d’autres coupes budgétaires, cela ressemble à un grain de sable sur une plage. À
moins que l’intention ne soit pas seulement de réduire un déficit, mais aussi,
sinon d’abord, de supprimer un certain type de productions culturelles atypiques,
prônant une très large ouverture, n’hésitant pas à traiter des sujets touchy
et donnant la parole à ceux qui ne l’ont d’ordinaire pas…
Mais cela, bien
sûr, personne ne peut le croire.
Enfin, et surtout, on s’étonnera que cette coupe touche un poste budgétaire qui est supposé être alimenté par une taxe spécifique. Le Fonds d’aide à la création radiophonique est en effet principalement financé par une contribution obligatoire imposée aux opérateurs radio, calculée notamment sur leurs recettes commerciales et prévue par le décret audiovisuel 2021 de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Le site officiel du service « audiovisuel et médias » de la FWB le confirme : le FACR est bien « alimenté par les contributions financières des radios privées et de la RTBF », le CSA ayant précisé dans un avis de 2023 que le montant en question était calculé sur base du chiffre d’affaires publicitaire brut de chaque éditeur. (ce qui n’avait pas plu à tout le monde…).
Théoriquement, le montant fixé dans le budget
de la FWB pour le Fonds doit donc correspondre au montant récolté par la taxe
(soit ± 450.000€ au début des années 2020 et 400.000€ en 2024). On comprend mal
que tout récemment les recettes publicitaires des radios aient chuté de manière
telle que leur contribution ait fondu au point d’être réduite de 75%. À moins
qu’il ne soit actuellement plus question de considérer que le FACR est financé
par un pourcentage ponctionné sur les recettes pub des radios ? Étrange tout
de même. Et grave dans les conséquences…
Frédéric ANTOINE
