Regard médias

Il y en a des choses à dire sur les médias en Belgique…
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01 janvier 2025

Petit bêtisier subjectif de la presse 2024


Alors
que commence l'année nouvelle, pourquoi ne pas prendre quelques minutes pour sourire de l'une ou l'autre des inévitables bévues involontaires que la presse nous a offertes au cours de 2024 ? Des petits dérapages qui démontrent que, bien souvent, les journalistes manquent de temps pour parfaire leur travail jusqu'à la perfection…

Au sommet de ce hit-parade subjectif et évidemment fort incomplet, nous placerons cette nouvelle qui avait fait sensation le soir des législatives françaises :

Pour ce média belge francophone, affirmatif à 100% dans son titre, le sort des élections en était jeté : le RN devenait bel et bien le premier parti de France. D'autres sources belges seront au même moment un peu plus prudentes. On lira ainsi la même info, mais avec un point d'interrogation :

 

Ou en précisant qu'il s'agit de "premières estimations" :

 Ou, encore mieux, en précisant que c'est "selon un premier sondage" :

 
Mais il faudra attendre un peu plus avant que la presse belge fasse marche arrière, et annonce que :

  
Oui, tout le monde s'était fait berner.   À commencer par les médias belges trop avides de livrer  un scoop à leur public, mais surtout aux Français qui les lisaient alors en grand nombre, puisqu'il y avait black-out informationnel chez eux. Plus vite, toujours plus vite, telle est la devise…
 
À LA MODE DE NAMUR
 
Autre perle, dont on ne sait en définitive si elle était volontaire ou non : celle que les lecteurs d'un fil infos ont découverte à propos des voyages très secrets du président des Engagés :

Selon Le Robert, le "trip" est, en première définition, « l'état
qui résulte de l'absorption de substances hallucinogènes (défonce) ». On ne connaissait pas l'homme politique sous cet angle… Et sous celui du second sens du terme, « voyage intérieur »?  À vrai dire, on ne l'y retrouve toujours pas vraiment. D'autant que ce
titre original se retrouve aussi au début de l'article lui-même, mais ce alors que le mot  est rédigé d'une autre manière ("tripes") dans le chapeau de l'article.
Est-ce un jeu de mots volontaire ? Simple ? Ou alors lourd de sens ? En tout cas, pourquoi utiliser deux orthographes différentes dans le titre et le chapeau, chaque fois entre guillemets, ce qui signifie qu'il s'agit bien là d'une citation ?
Bravo en tout cas à l'auteur de ce calembour, intentionnel ou non. 
 
DES CONFUSIONS MOINS VOLONTAIRES
 
Dans la même catégorie "belles perles", relevons d'autres performances intéressantes.  À commencer par ce voyage raté de l'ex-éternel maïeur de Bastogne dans la capitale française (une vraie gageure !) :
 
Mais relevons aussi:
- cette finance flamande qui envahit jusque dans les couloirs du métro bruxellois :
- les capacités de nuire toujours grandissantes des arnaqueurs en ligne, qui atteignent des sommets :

 - les exploits de ce sportif batave qui compte ses distances parcourues en feet (= 0,304 m.) :
-l'étonnante déclaration de l'ex-président de Corée du Sud qui, finalement, entendait mettre fin au retrait des troupes qui avait pourtant débuté devant le Parlement de Séoul :

- la guigne du président Assad qui, non content d'avoir été destitué, s'est aussi pris les pieds dans les câbles d'un studio de tv :

- cette attaque qui tue "quatre blessé", ceux-ci étant tellement mal en point qu'ils en perdent leur pluriel :

- une Miss France réduite à lancer des SOS :

- la fragilité des arbres de Floreffe qui menacent conducteurs et des bêtes semi-sauvages :

- ou l'esprit de solidarité qui permet de beaucoup pardonner à des fauteurs de troubles... quand ils sont du coin :

 DES PHRASES PAS CLAIRES
 
Dans la catégorie "un peu de clarté svp", notre relevé 2024 comprend aussi quelques petites perles.
 
On s'étonnera peut-être ainsi de lire qu'un accident concerne “la veille de leur hélicoptère” (tout comme on ne verra pas fort bien a priori le lien entre le titre et le chapeau de l'article).
 
 
 
Une virgule (ou son absence) peut aussi changer le sens (ou pas). Ici, en fallait-il une avant Jimmy Carter ?
Mais il peut aussi arriver qu'il y ait trop de virgules…

… ou que l'on ne comprenne pas toujours à quoi un pronom "les" fait référence…


ACCORD OU DÉSACCORD ?

Grammaire, syntaxe… quand tu nous tiens. Ou pas. Un petit coup de correcteur ne serait pas toujours du temps perdu, par exemple pour le fameux accord du participe passé avec "avoir" :

Ou pour la différence entre un infinitif et un participe passé :
 
Ou pour distinguer le verbe au temps actif et son participe passé :
 
                                    
 
Ou pour ne pas confondre  l'auxiliaire "avoir" et une préposition :

Ou pour ne pas mélanger le subjectif imparfait et le passé simple : 
 
        
 
Ou pour le bon usage d'une majuscule ou d'une minuscule, pour ne pas être dans tous ses états… :

Mais y a-t-il un correcteur pour savoir comment écrire comment, chaque parti ayant un président, combien en ont les présidents de tous les partis ?Certains le font au singulier, ce parti-là ayant sans doute cinq présidents.
D'autres hésitent tellement que, parfois, ils utilisent les deux formules dans le même article, selon que l'on écrit "de" ou "des", ce qui est fort subtil !
 
 COUPER-COLLER
 
L'impression plâne aussi que, souvent, un petit dérapage peut être dû aux scories d'une ancienne version du texte (ou de la dépêche) qu'on a essayé de retravailler sans en avoir trop le temps. 
On ne sait alors plus trop si on encourage ou on lance…
 
…si finalement c'est inquiétant ou pas…
ou si on a vraiment annoncé de chez annonce…
IN HET FRANS AUB

Il y aussi ces petites fautes tellement typiquement belges, qui montrent qu'on a beau être francophone, au plat pays, on ne peut cacher qu'on parle (et écrit) aussi un peu comme les Flamands…

On se prend alors les pieds dans les prépositions :

On oublie tout simplement un article :
On mélange le transitif indirect et direct :

On met les éléments d'une négation où l'on peut :
Ou on ajoute un petit mot inutile :

Toujours à propos du bilinguisme belge, on ne pourra que saluer l'effort de ce site d'infos qui écrit ses articles en français mais légende ses photos en néerlandais :
LES PIEDS DANS LE CLAVIER
 

À vouloir écrire trop vite, il peut y avoir également des lettres qui se perdent ou se mélangent :


 
Des petites familiarités avec l'orthographe permettent de même de donner du piment à l'info.
Ainsi appréciera-t-on les “clochés” tournaisiens, c'est-à-dire sans doute ses habitants mis sous cloche, à ne pas confondre avec ses “bouchés” ou ses “éclopés”.

Cet article (publicitaire), inséré par les instances touristiques wallonnes dans un gratuit dominical, avait aussi parlé de WK inspirants, un acronyme qui, au fond, n'inspire vraiment pas grand chose…

CLICHÉS CLICHÉS

Pour ne pas être encore plus long, nous ne ferons cette fois qu'un petit détour par la catégorie "photos", en relevant d'abord cette superbe illustration du nouveau train "très grande lenteur" entre Bruxelles et Paris, la photo était celle d'un train des chemins de fer… hollandais.
Il faudra attendre quelques jours pour voir arriver une autre rame :
C'est que, voyez-vous, la source de la première image était… Belga, et la deuxième AFP. Or aucune des deux n'est pertinente, puisque, même si le Ouigo est un TGV français, la "nouvelle" ligne Bruxelles-Paris n'est justement pas TGV mais TLV…
 
Dans la même catégorie, pointons juste deux cas d'images prétextes qui ne collent pas directement avec le sujet abordé. Des pompiers de Paris pour un incendie à Angoulême…
… ou ce morceau d'ambulance supposé assez suggestif pour montrer qu'une femme est décédée…
Un cas hyper-fréquent : celui de mettre en illustration un fragment de véhicule de secours, sans que l'on sache de quel service il s'agit ou de quel pays il dépend. Mais ça passe…
 
Enfin, pointons ce petit mélange des genres, assez neuf dans la presse belge, où on ne sait plus si l'on est dans l'info ou dans la publicité : 


Bref, l'année 2024, dont nous n'avons révélé que quelques petites perles, a été riche pour les pêcheurs d'originalités informationnelles. Et ont peut parier que 2025 sera meilleure encore.
 
Frédéric Antoine

(le lecteur excusera bien sûr les éventuelles fautes de frappe, d'orthographe ou autres, dues à la période où ce blog a été rédigé. Et à nouveau merci à chatGPT pour son illu)




26 avril 2024

PRESSE FRANCOPHONE : SORTEZ VOS MOUCHOIRS


Sortez vos parapluies : la douche est de retour et l'éclaircie n'aura été que de courte durée. Alors qu'on les croyait plutôt sorties d'affaire, les ventes des quotidiens du sud de la Belgique ont, pour la plupart, replongé en 2023. La panacée du digital payant n'est apparemment pas aussi solide qu'espéré.

Ils ont mis du temps à être communiqués, cette année, les chiffres de ventes des journaux déclarés par les éditeurs. Alors que le CIM les présente comme des données publiées en mars 2024 (pour l'année 2023), ils viennent tout juste d'être sortis du four et mis en ligne. Ce n'est pas qu'au dehors des logis que le temps, cette année, ne se radoucit pas. Les coups de bourrasque dans le monde de la presse sont même cette fois si forts que  l'ordre d'importance des quotidiens en fonction du total de leurs ventes subit une modification de taille : Le Soir, qui avait repris le leadership, se voit en 2023 ramené à la deuxième place qu'il occupait jadis. Et c'est L'Avenir qui devient, certes de peu, le titre le plus vendu dans le sud du pays (que ce soit sous forme papier, mixte ou digitale).



La raison de cette inversion de tendance est simple : entre 2022 et 2023, les ventes de la plupart des titres se sont, sinon effondrées, au moins pas mal effritées. Mis à part pour les plus petits titres du marché, tout le monde est passé à la casserole. Mais L'avenir, fort d'un lectorat solide et habitué, a mieux résisté que tous ses compagnons d'infortune. Sale affaire alors que, depuis les années covid, l'air était plutôt à l'optimisme : après des décennies de dégringolade, la plupart des quotidiens avaient fièrement redressé la tête. Le fond de la piscine avait été touché, et l'heure était à la remontée à la surface. Sauf que, en 2023, l'optimisme a manqué un peu d'oxygène.

LA BULLE COVID

Afin de comprendre le pourquoi du comment, un petit flash-back s'impose, retour dans le passé que nous ne ferons remonter (pour des raisons de simplicité) qu'à la dernière année d'avant covid, c'est-à-dire 2019. Cette année-là, comme c'était déjà le cas auparavant, les journaux ne sont pas à la fête. Chaque nouvelle publication de chiffres de ventes confirme leur essoufflement progressif. Les titres ont certes bien commencé à promotionner leurs abonnements digitaux, mais l'affaire n'est pas (encore) gagnée.

Alors arrive l'épidémie. 2020 sera une belle année pour la plupart des titres de presse, notamment grâce aux ventes en ligne. Pour quelques quotidiens, la deuxième salve du covid, en 2021, confirmera les bons chiffres de 2020 : le public est entré dans l'ère du digital payant, et l'issue de la crise de la presse se profile. 2022 s'inscrira dans la même perspective. Plusieurs journaux voient leurs ventes se stabiliser, ou ne diminuer que quelque peu. Dame, on ne peut pas faire des scores de pandémie quand celle-ci se volatilise… Dans la perspective de cette dynamique, 2023 devait confirmer (ou infirmer) le maintien de la tendance. 

 

PATATRAS !

 

Et puis, voilà, cela ne s'est pas tout à fait produit dans le sens espéré.

Les titres à avoir le plus souffert de cette éphémère embellie sont incontestablement les deux quotidiens de qualité (quality papers) de Belgique francophone, et en particulier Le Soir qui avait vu ses ventes s'envoler lors des années covid (notamment grâce à de belles promotions commerciales), mais n'avait pas retrouvé le même souffle en 2022 et confirme cette chute l'an passé. Tous types de ventes confondus, le grand journal de la rue Royale n'est plus très très loin de retrouver en 2023 son niveau de ventes de 2019… 

 

Même phénomène, mais à plus faible échelle, pour La Libre, dont les ventes s'érodent et reviennent ± l'an dernier à leur score d'avant covid. On a toujours affirmé que le lectorat digital était volatile. La démonstration de ce théorème est désormais chose faite. Les deux autres perdants de ces dernières années se situent du côté des quotidiens populaires (popular newspapers), pour lesquels le covid n'avait pas été une aubaine, mais qui n'ont jamais cessé de perdre des acheteurs depuis la décennie 2010. Pour eux, 2023 confirme la tendance antérieure. 

Face à tous ces dégâts, L'Avenir tire son épingle du jeu. Il faut dire que le régional namurois n'avait pas bénéficié de l'effet covid (peut-être même avait-il alors perdu davantage d'abonnés que les autres titres, vu l'âge de son lectorat). Mais, depuis 2020, la diffusion du titre affiche une relative stabilité que lui envient sans doute ses concurrents… et qui lui permet de redevenir en 2023 le titre le plus vendu. En bas de tableau, crises ou pas, L'Echo continue son petit bonhomme de chemin de hausse, alors que la clientèle du Grenz Echo reste, bon an mal an, à peu près pareil à elle-même.

 

BROUILLAGE DE CARTES

 

On aimerait pouvoir en dire plus sur les causes  à long terme de ces changements mais, l'an dernier, les éditeurs de presse ont, sûrement sans vouloir à mal, brouillé les cartes en modifiant les catégories dans lesquelles le CIM range les ventes qu'ils opèrent, en en créant une nouvelle, destinée à comptabiliser les abonnements "en alternance" dont une partie de la semaine se fait en numérique et l'autre (souvent un ou deux jours seulement) en papier. Une bonne idée, assurément, mais qui rend très difficile de comparer les ventes "papier" et "numérique" d'avant 2022 avec celle de cette année-là (voir à ce propos nos posts de l'an dernier).

 

A toute chose malheur étant bon, en 2023, la classification de 2022 a été poursuivie. On peut donc cette fois comparer les données sur les deux années, et cela ne manque pas d'intérêt. 

 

Bien évidemment, les chiffres confirment la poursuite de la diminution des ventes papier. Mais, contrairement à ce que les oracles annoncent depuis belle lurette, celles-ci ne s'effondrent toujours pas d'un coup. Le papier représente toujours près de 50.000 exemplaires vendus par jour pour L'Avenir et un peu moins de 40.000 pour Sud Info.

Ces deux titres sont ceux où la chute est significativement la plus représentative.
C'est pour La Dernière Heure que cette baisse des ventes papier est proportionnellement la plus importante, alors qu'elle représente environ 10% de leurs ventes papier de 2022 pour plusieurs autres titres.


 

MIXTURE PAS MAGIQUE

 

Les clients qui ont quitté l'achat papier ont-ils alors choisi d'opter pour la formule mixte mêlant papier et digital, qui semble être un bon moyen de faire doucement et sans heurt basculer le (vieux) lecteur récalcitrant de sa gazette matinale vers le smartphone ou la tablette ? A voir. L'idée a sans doute eu ce but, mais il semble qu'elle ne convainc pas grand monde. Et même de moins en moins.

Le nombre d'abonnés ayant opté pour cette formule est relativement faible. Mais surtout, en 2023, il s'affiche, pour tous les titres sauf L'Echo (et à la marge pour La Libre) inférieur à celui de 2022. L'Echo, qui joue sur sa formule du samedi, a sans doute réussi à convaincre davantage de clients de mixer le digital en semaine et une lecture magazine sur papier le week-end. Mais pas ailleurs dans la presse. La constatation est intéressante : soit une offre mix n'est pas une bonne solution, soit elle n'est que transitoire, et atteint son objectif quand les abonnés passent au digital (si tant est que ce soit une bonne idée de ne pas partager sa lecture sur deux supports).

 

ABONNÉS ABSENTS

 

Mais, alors, justement, qu'en est-il du digital ? N'est-ce pas là aussi que s'explique l'épineuse situation de 2023 ? Assurément, car tant Le Soir que La Libre ou La DH ont en effet perdu des abonnés digitaux l'an dernier.

Proportionnellement à ses ventes, par contre, c'est le Grenz Echo qui a fait le plus fort, en augmentant ses abonnés numériques de plus de 50%. Derrière lui, L'Avenir récupère une partie de son retard en ventes numériques en en gagnant 40%. D'un autre côté, les pertes du Soir, de La Libre et de La DH n'atteignent pas les 10% sur un an. Elles ne sont donc pas catastrophiques, pourrait-on dire. Sauf qu'elles s'inscrivent dans un trend qui n'est pas positif, et qui commence à s'installer dans la durée (voir ci-dessus).

SAUVER LES MEUBLES

 

Comme si, finalement, le digital payant n'était pas tout à fait la potion miracle à laquelle tout le monde croyait. Comme si, de même, la monétisation du numérique était, elle aussi, victime d'un plafond de verre. Une limite qui ne parviendrait jamais à en faire un remède de cheval. Nous avons évoqué ci-dessus la volatilité des abonnés numériques. Dans une société en crise où certains préfèrent s'abonner à Netflix+Disney (ou Amazon) plutôt qu'à un journal, convaincre le lecteur à renouveler l'abonnement acquis pour une bouchée de pain (voir avec un cadeau), cela devient un véritable sport. Visiblement pas encore tout à fait homologué.

 

Depuis quelques jours, les éditeurs de presse de Belgique francophone (ils ne sont jamais plus que deux…) occupent les écrans publicitaires dans l'audiovisuel en vantant les mérites de leur type de presse, leurs qualités et le rôle essentiel de leurs médias dans le contexte actuel. Si on n'avait pas compris pourquoi la communication de leurs résultats de diffusion 2023 avait mis du temps à sortir, on aura au moins là trouvé une de leurs conséquences. 

Avec un effet utile ? Ou placebo ?

 

Frédéric ANTOINE.

 

 

 

 

 

 

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