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Regard médias

Il y en a des choses à dire sur les médias en Belgique…

02 février 2026

IL ÉTAIT UNE FOIS : LA RTBF ET LES POLITIQUES





Après le tsunami de commentaires suscités par les récentes déclarations de la ministre des médias, que reste-t-il à dire à un observateur qui se veut à distance des bruits du monde ? Bien peu de choses neuves, en somme, car de belles plumes issues de divers horizons ont assurément déjà développé d’excellentes réflexions et de bons arguments.

Peut-être est-il toutefois intéressant de resituer le phénomène actuel dans l’histoire des rapports entre médias audiovisuels et politique en Belgique, essentiellement depuis un demi-siècle, mais déjà précédemment.


FONCTIONNAIRES PUBLICS

Le service public de l’audiovisuel de Belgique francophone ne fait pas l’objet de critiques depuis quelques jours : il en a toujours été ainsi. Avant la loi créant la RTB-BRT en 1960, l’INR était depuis des années au centre de critiques politiques, puisque ce qui était alors une administration de l’État sous la tutelle directe du ministre des PTT (Poste, Télégraphe et Téléphone), qui pouvait exercer un droit de veto sur la diffusion de certaines informations à l’antenne, ce qu’il fit notamment pendant la Guerre scolaire des années 1950.

Autant dire que les « fonctionnaires » de l’INR-NIR n’avaient pas nécessairement bonne presse, puisque l’épée de Damoclès du gouvernement en place planait en permanence au-dessus de leur tête.

L’association regroupant les « vrais » journalistes, ceux qui étaient dans la presse écrite privée, estimait d’ailleurs à l’époque que leurs confrères, engagés par l’État, n’avaient tout simplement pas droit à une carte de presse !


À CHACUN SES ÉMISSIONS

Cette situation d’ingérence potentielle de l’État a été surtout vécue après la Seconde Guerre mondiale, quand on a aboli en Belgique le système des O.R., les Organismes de radiodiffusion, qui se partageaient une bonne partie du temps d’antenne de l’opérateur radiophonique d’État. Alors que la loi de 1930 avait imaginé cette organisation par O.R. sur le modèle hollandais, pour que toutes les tendances de la société belge puissent être représentées dans le service public de radio (modèle de « pluralisme organisé »), les partis politiques avaient réussi à phagocyter ces O.R. (dont l’importance dépendait du nombre de membres) en créant des associations qui rassemblaient les adhérents des trois piliers traditionnels belges (Radio catholique, Solidra [socialiste] et Radio libérale), auxquelles s’ajoutait la petite Radio wallonne.

Ces organisations étaient autorisées à produire d’autant plus d’heures d’émissions insérées dans la grille de la radio d’État qu’elles comptaient de membres. L’institut public INR-NIR remplissait les espaces restants par ses propres programmes. De toutes les O.R., la Radio catholique était celle qui occupait le plus de temps d’antenne, suivie par Solidra. Les libéraux étaient derrière… Mais toutes les « familles » politiques avaient droit à leurs propres émissions, et tout le monde était content. À la radio, on pouvait sans complexes exprimer ses points de vue à longueur de programmes.

Par la suite, ces programmes ont longtemps été appelés « les émissions concédées » (tribunes libres ou émissions philosophiques et religieuses), héritières de cette époque “glorieuse”. Mais désormais, diffusée dans les cases les plus obscures des grilles, plus personne ne les écoute ou ne les regarde…

 

SA PART DU GÂTEAU

La loi Harmel de 1960 a libéré l’opérateur public, devenu RTB-BRT, de ces menaces de censure politique et lui a accordé un conseil d’administration propre, dans un premier temps, composé sur base de la représentativité des partis politiques au Parlement, puis, après la fédéralisation, sur base du poids des partis dans chaque assemblée parlementaire communautaire.

Ce système existe toujours aujourd’hui : après chaque élection régionale (puisqu’il n’y a pas d’élection directe pour les Parlements des communautés), on redessine le conseil d’administration de la RTBF (et de la VRT). Ce conseil n’est pas composé de parlementaires, mais de personnes (très) proches des partis politiques, alors que, selon l’esprit de la loi, elles devraient d’abord représenter la diversité du public de l’opérateur audiovisuel et non celle des partis. Mais, en Belgique, les traditions ont la vie dure…

Depuis les élections de juin 2025, on y retrouve ainsi cinq MR, trois Engagés, trois PS, un PTB et un Écolo. Comme au Parlement de la FWB, MR et Engagés ont donc la majorité dans ce conseil d’administration, qui est notamment compétent — et c’est rare dans ce type d’institution — pour donner un avis sur les grilles de programmes de la RTBF.

Dans la logique de répartition des postes stratégiques entre les partis au pouvoir qui prévaut toujours en politique belge, le MR a concédé aux Engagés la présidence de ce Conseil, revenue à Joëlle Milquet, tout en ayant sans doute obtenu en contrepartie que l’engagement selon lequel le nouvel administrateur général de la RTBF, successeur de Jean-Paul Philippot, serait « de tendance » libérale. Ce qui ne signifie pas, normalement, que cette personne soit aux ordres du MR, mais qu’elle veille, comme tout bon manager, à l’intérêt général et à la bonne marche d’un service public par essence pluraliste et respectueux de la diversité de ses publics (c’est-à-dire en bonne partie de ses financeurs).


ENCARTÉS

 

Dans un schéma qui a subsisté jusqu’au milieu des années 1980, la RTBF recrutait, comme les autres administrations, une partie de son personnel sur base d’une clé de répartition qui avait été institutionnalisée sous le nom de “clé d’Hondt” (du nom de son initiateur, le Gantois Victor d’Hondt, mort en 1901). D’abord appliquée à l’attribution des sièges en fonction des résultats électoraux, cette clé a ensuite été utilisée pour répartir dans les administrations les postes importants en proportion du poids électoral de chaque parti (qui change après chaque élection). Ce mécanisme est aussi connu comme faisant partie du « pacte culturel ».

 

Pendant des décennies, les engagements de journalistes à la RTB puis à la RTBF ont été régis par cette clé. Après réussite de l’examen d’admission, les lauréats passaient au “confessional” où un haut responsable les interrogeait pour savoir s’ils avaient une carte de parti ou si on pouvait considérer que, sur base du lieu de leurs études, de leur mutuelle ou de leur syndicat, par exemple, on pouvait les classer dans l’une ou l’autre famille politique. Et on prenait d’abord ceux pour qui il y avait des places disponibles, sur base du poids de chaque parti estimé selon une comptabilisation complexe en nombre de points, partant du « simple » journaliste, qui valait 1 point, pour grimper avec les rédacteurs en chef, les chefs de centres, les directeurs de la radio et de la télévision, etc.

 

PLURALISME INTERNE

 

Facilement applicable pour savoir après des élections qui siégeait dans un Parlement, la clé d’Hondt est moins aisément utilisable dans d’autres domaines. Au début des années 1970, Jean Gol (qui était alors RW) et Lucien Outers (FDF) ont ainsi introduit un amendement au projet de réforme du statut de la RTB pour que la clé d’Hondt y soit appliquée de manière plus précise, jusque dans la composition du “comité permanent” qui joue le rôle de bureau du C.A. de la RTBF. 

 

Cette répartition devait garantir au sein du service public monopolistique un système de “pluralisme interne” : dans ces divers postes, les tendances politiques issues de la société belge étaient représentées de manière proportionnelle. Ce qui ne voulait pas dire que, une fois en place, chacun prêchait pour sa chapelle. Quelle que soit son étiquette, un journaliste réagit de la même manière face à un événement ou une problématique. Il cherche à faire comprendre et à mettre au jour « la vérité ». Depuis des décennies, les profs de journalisme enseignent à leurs étudiants que l’objectivité n’existe pas (il y a autant de définitions de ce qu’est l’objectivité qu’il y a d’individus). Mais l’honnêteté, oui. Et les journalistes s’engagent normalement à respecter des chartes déontologiques qui reposent sur ces principes. 

 

Les politiques ont cependant toujours eu beaucoup de mal à accepter cette réalité. Ainsi, les mots « respect de l’objectivité » sont-ils clairement nommés parmi les obligations figurant dans le décret sur la RTBF de 1976, alors que les professionnels savent bien qu’il n’a aucun sens. L’objectivité est-elle une neutralité absolue ou un équilibre pluraliste ? Le décret de 1976 tentait de tenir les deux, réclamant une objectivité dans le traitement des faits, mais un pluralisme dans l’expression des courants d’opinion. Du côté des politiques, la deuxième partie de la formule a souvent été oubliée. Encore aujourd’hui, l’article 7 “Obligations des émissions informatives” du décret sur la RTBF mentionne à son § 2 : « Les émissions diffusées par l’entreprise qui concourent à l’information ou à l’éducation des téléspectateurs ou auditeurs, sont faites dans un esprit d’objectivité, sans aucune censure préalable ou ingérence d’une quelconque autorité publique ou privée. »

 

RESPECT DE L’ÉTIQUETTE ?

 

S’il a longtemps été considéré comme “un mal nécessaire” dans le service public de l’audiovisuel, le principe de l’étiquetage politique devait surtout veiller à rassurer les partis : par ce mécanisme, tout le monde était servi en fonction de son poids électoral. Aucune raison de se plaindre, donc. Chacun portait l’étiquette d’un parti, ceux dont les résultats étaient en croissance ayant plus de chance que d’autres de gravir les échelons. Au sommet, les appartenances politiques étaient évidentes. C’est ainsi que, jusqu’à présent, l’administrateur général de la RTBF a toujours été socialiste. Car il est nommé pour six ans, et ce parti avait toujours réussi à être au pouvoir quand il fallait choisir ou rechoisir quelqu’un pour ce poste. Ce qui n’est plus le cas en 2026…

 

À la base, quelques récalcitrants s’étaient toutefois de temps à autre opposés au système. Ayant réussi l’examen de journaliste, Jean-Jacques Jespers sera l’un des premiers à refuser de déclarer une appartenance politique et à être étiqueté « sans étiquette ». La fronde se généralisera au milieu des années 1980, quand Yves Thiran et d’autres journalistes fraîchement arrivés refuseront de se soumettre au système, estimant qu’on occupe une place en fonction de son mérite et de ses compétences, et non selon l’appartenance idéologique. Cette fronde sera soutenue par la SDJ, la Société des Journalistes de la RTBF, créée en 1978 pour affirmer l’indépendance journalistique des rédactions suite aux préceptes contenus dans le décret de 1976.

 

Le ver était dans le fruit. Mais il y était déjà auparavant, car, caricaturalement « défenseurs de la veuve et de l’orphelin » et « chiens de garde la démocratie », les journalistes éprouvent ontologiquement le besoin d’être systématiquement critiques. « Je doute donc je suis » est une maxime de base enseignée aux futurs journalistes. Ils ressentent dès lors le besoin de choisir certains sujets plus que d’autres, de s’intéresser davantage à ce qu’on veut leur cacher qu’à ce qu’on leur présente tout cuit sur un plateau d’argent, et de manifester de l’empathie vis-à-vis des situations injustes ou interpellantes. Ce qui s’inscrit parfaitement dans leur souci d’honnêteté par rapport à eux-mêmes (oser se regarder dans le miroir le matin) et dans le respect de leurs codes déontologiques.

 

RTBF GAUCHISTE

 

Dire que, au début des années 1970, certains jeunes animateurs et journalistes de la RTB, poussés par l’air du temps révolutionnaire de mai 1968 notamment vécu à l’ULB, n’ont parfois pas voulu aller plus loin serait sans doute exagéré. En radio, particulièrement, certaines émissions traitaient de thèmes engagés, ou portaient sur la réalité un regard engagé. Il en sera de même de certains magazines en télévision. Dès ce moment, ce positionnement irritera les milieux conservateurs, où l’on parlera des “fellaghas” de la RTB, du nom des combattants indépendantistes algériens engagés dans la guérilla contre la France, et considérés dans le discours colonial de l’époque comme des « rebelles », « hors-la-loi » ou « terroristes ».

Ce surnom polémique et stigmatisant sera alors ensuite utilisé par des milieux politiques et éditorialistes de droite pour désigner des journalistes perçus comme idéologiquement engagés.

 

Lors d’une grève, par exemple, la parole pouvait être plutôt donnée aux syndicalistes, et on ne se préoccupait pas des incidences des manifestations sur les citoyens non grévistes. Les sujets sociaux occupaient souvent la première place dans les éditions d’information du matin à la radio. On se souvient aussi notamment de la fameuse émission Épitaphe à Franco, diffusée depuis RTB Liège le samedi 22 novembre 1975, deux jours après la mort du dictateur. Un programme qui poussa le directeur de la radio de l’époque à couper l’antenne et à faire diffuser la 2e chaîne radio à sa place, par crainte d’une plainte pour outrage à chef d’État étranger (… avec lequel le monarque de l’époque et sa femme entretenaient des contacts relativement amicaux).

 

Les syndicats exercent aussi à cette époque un véritable rôle de contre-pouvoir dans l’institution. Leur poids est incontestable et, lorsqu’ils décident une grève d’antenne, tous les programmes sont remplacés par de la musique non-stop (ce qui ravit certains auditeurs, Spotify et Deezer n’existant pas encore).

 

La fin des années 1970 et le début des années 1980 sont marqués par une hostilité de plus en plus marquée des milieux de droite vis-à-vis de la RTBF, le président du PRL Jean Gol en tête. Celui-ci ne manque pas une occasion de faire des rodomontades à un service public considéré comme à la botte de la gauche.

Ce qui ne peut que rappeler ce que l’on entend à nouveau actuellement, à trois différences près. La première est que les critiques ne viennent pas seulement d’un président de parti, leader idéologique d’opinion, mais d’une personne exerçant des responsabilités ministérielles de tutelle sur les médias audiovisuels publics et supposée être la garante de l’autonomie d’une institution devenue dans les années 1990 une entreprise publique autonome, et plus un service de l’administration de l’État.

La seconde est que le poids des syndicats traditionnels est aujourd’hui beaucoup plus faible à la RTBF, et leurs inférences sur l’antenne en temps de grève plus que limité. L’assimilation de l’institution à un solide bastion syndical n’a plus de raison d’être.

La troisième différence est que la pratique de l’information à la RTBF n’a aujourd’hui plus rien à voir avec celle de l’époque des « fellaghas ». Il suffit, pour ce faire d’analyser les journaux parlés et télévisés, d’étudier l’ordre et l’importance accordés aux sujets, le point de vue d’où il sont abordés, et leurs thématiques.

Mais les archétypes ont la vie dure…

 

« L’AUTRE VÉRITÉ »

 

Au début des années 1980, insatisfaite par le système de pluralisme interne qu’exigeait le monopole public de l’audiovisuel, la droite belge sera, comme celle d’autres pays européens, l’avocate d’un abandon de ce mécanisme archaïque au profit de l’idée d’un « pluralisme externe », c’est-à-dire de l’existence sur un même territoire d’une pluralité de médias audiovisuels, tant publics que privés.

 

Revenu au pouvoir au fédéral avec le PSC en 1982, le MR se battra pour autoriser un faisceau hertzien entre Bruxelles et Luxembourg afin que puisse être réalisé depuis Bruxelles un JT belge sur RTL, chaîne étrangère diffusée depuis le Luxembourg. De là naîtra la campagne publicitaire et le slogan publicitaire « RTL, L’Autre Vérité » écrit sur des milliers d’affiches placardées aux quatre coins de la Belgique francophone. Un mantra proche de celui que certains milieux souhaiteraient voir être aujourd’hui appliqué… à la RTBF : remplacer une « vérité de gauche » par une « vérité de droite ».

 

Toutes les études menées pour comparer les JT de la RTBF et de RTL TVI ont conclu à l’existence de seulement faibles différences entre l’un et l’autre. Certes, le nombre de sujets était différent (plus courts chez RTL), mais parfois, au fil du temps, même l’ordre des sujets et l’espace accordé à certains thèmes ne manifestent pas des choix journalistiques opposés. Ces études n’ont jamais abouti au constat de l’existence de deux vérités différentes. Parce que les journalistes réagissent tous de la même façon face aux faits, ont été formés selon les mêmes principes, et les traitent de la même manière. Sauf, bien sûr, aujourd’hui, sur des médias de type CNews en France ou FoxNews aux USA, qui ne sont pas des chaînes généralistes, mais des médias d’opinion et de commentaires où on n’hésite pas à biaiser l’information pour qu’elle corresponde au discours idéologique de mise dans l’entreprise.

 

PLURALISME EXTERNE

 

Au début des années 1980, les libéraux n’ont pu aller plus loin dans leur projet de pluralisme externe, bien qu’ils soient à la fois au pouvoir au fédéral et à la Communauté française. Mais de ce côté, ils étaient dans une majorité PRL-PS présidée par Philippe Moureaux (PS), ardent défenseur du monopole public. Le rapport de force changera après les élections de décembre 1985. Sociaux-chrétiens et libéraux seront alors au pouvoir ensemble à la fois au fédéral et à la Communauté française. Le projet de suppression du concept de monopole public de la radiodiffusion et d’autorisation de médias audiovisuels privés pourra donc aller de l’avant. Ce sera chose faite en 1987. La loi fédérale du 6 février met fin au monopole de fait de l’État sur les ondes et autorise la publicité commerciale à la radio et à la télévision. Elle ouvre le champ aux acteurs privés et à la réduction de la domination institutionnelle du seul service public. Sur cette base, un décret de la Communauté française autorisera la reconnaissance de chaînes commerciales privées en Belgique francophone. Avant même qu’il ne soit voté, le 17 juillet, le gouvernement communiquera déjà le nom de l’opérateur choisi : TVi, une société belge créée l’année précédente par la CLT (Télé-Luxembourg) et Audiopresse, un consortium regroupant la plupart des éditeurs de journaux francophones belges. RTL-TVi commencera ses émissions depuis la Belgique le samedi 12 septembre. Débute alors officiellement l’ère du pluralisme externe, même si la plupart des Belges étaient déjà, grâce à (ou à cause de) la télédistribution, accros à Télé-Luxembourg depuis le tournant des années 1970.

 

UNE RTBF SOLUBLE

 

Au même moment, du côté du service public, les finances plongent. La dotation de la Communauté française ne suffit pas à assurer la hausse des coûts des programmes, mais surtout dus au fonctionnement d’une institution pléthorique en personnel et en implantations. Les centres de production wallons et bruxellois, petites baronnies réparties selon les influences politiques locales, coûtent très cher. Et le service public ne peut pas faire de pub. Lors des élections fédérales de 1987 et régionales de 1988, l’échec des libéraux et « le retour du cœur » prôné par son président, Guy Spitaels, qui a de solides amitiés à la RTBF, amènent la majorité PS-PSC à autoriser la RTBF à accéder au gâteau publicitaire. Mais de manière très limitée. Négocié de 1989 à 1991, « l’accord TVB » sera un compromis politique typique de cette majorité “rééquilibrée”. Il prévoit la création d’une régie publicitaire commune aux deux institutions, TVB, étant chargée de commercialiser la publicité télévisée à la fois pour la RTBF et RTL-TVi. Toutes les recettes publicitaires télévisées transitaient par TVB qui distribuait ensuite les revenus selon des clés de répartition négociées politiquement. Ce mécanisme n’aura qu’une courte durée de vie, une partie du monde économique dénonçant un marché publicitaire “semi-administré” et peu lisible pour les annonceurs, et les libéraux (dans l’opposition) l’estimant trop protecteur pour la RTBF, artificiel et pouvant distordre la concurrence.

 

À sa place, en 1990, le vice-président du PRL Daniel Ducarme « prescrit un remède de cheval pour faire sauter le verrou budgétaire de la RTBF et l'empêcher de partir en quenouille » (Le Soir, 20/01/1990). Il propose la privatisation à 49 % de « la maison Reyers », tout en bétonnant sa mission de service public. Trois mois plus tard, la presse annoncera que les libéraux envisagent tout simplement une fusion de la RTBF et de RTL-TVi, avant l’absorption totale de l’opérateur public par son concurrent privé.

 

Pour s’en sortir, la RTBF passera par divers plans de restructuration qui réduiront clairement le volume du personnel (sans trop toucher, affirme-t-on lors, au secteur de l’information). La fin des baronnies régionales liées aux centres de production de Bruxelles et de Wallonie sera aussi décrétée.

 

LA LIBERTÉ ?

 

Le décret de la Communauté française du 14 juillet 1997 transformera ensuite la RTBF en une entreprise publique autonome à caractère culturel. Alors que, jusque-là, elle était un organisme public dépendant directement du pouvoir politique, elle dispose désormais d’une personnalité juridique propre et d’une autonomie de gestion. Ses rapports avec la Communauté française, son principal financeur via sa dotation, sont désormais fixés dans un contrat de gestion renégocié tous les 5 ans. Le respect de celui-ci est évalué par le CSA, pas par le gouvernement. Toutefois, si des sanctions doivent être prises, c’est ce dernier qui peut agir, et non le CSA. La composition parapolitique du conseil d’administration, elle, ne change pas. Et, tacitement, l’influence politique dans les choix stratégiques reste de mise. Le recrutement n’est plus soumis aux règles de la loi d’Hondt. Mais les nouveaux engagés ne seront plus protégés par le statut de fonctionnaire (à condition qu’ils reçoivent encore un CDI, ce qui est de moins en moins courant).

La RTBF veillera à prouver cette indépendance retrouvée en recrutant des personnes sans couleur politique et en choisissant, à de nombreuses reprises, des Français totalement étrangers au pot-pot belgo-belge.

 

Ces changements, survenus dans un monde médiatique éclaté, avaient laissé croire que les conflits entre l’opérateur public et les instances politiques allaient se raréfier, voire disparaître.

Le PRL puis le MR ont été absents des majorités à la Fédération Wallonie Bruxelles de 1987 à 2024 (à l'exception de la période de 1999 à 2004 [1]), alors que le parti a été par intermittence au gouvernement de la Région wallonne et, avant 2014, à Bruxelles.

Cette si longue absence n’est sans doute pas étrangère au ressenti actuel d’une partie du monde libéral face à la FWB et les institutions qui dépendent d’elles (dont la RTBF, les télévisions de proximité, l’ONE), avec tout le ressenti et la rancune que cela peut entraîner. Et avec tout l’esprit de reconquête, voire de vengeance, que cela peut laisser croître.

 

Est-ce une raison pour développer à propos du service public de l’audiovisuel et de ses journalistes des représentations quelque peu figées, voire peut-être stéréotypées ou obsolètes ?

Mais cela s’inscrit dans le dramatique air du temps d’une époque où l’histoire semble bégayer.

 

Frédéric ANTOINE

 [1] Merci à un  lecteur de ce blog d'avoir signalé cet oubli dans le texte original.

 

 

 

 

 

 



 

 

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