User-agent: Mediapartners-Google Disallow: User-agent: * Disallow: /search Allow: / Sitemap: https://millemediasdemillesabords.blogspot.com/sitemap.xml

Regard médias

Il y en a des choses à dire sur les médias en Belgique…

14 février 2024

Dealer, un métier comme les autres ? Oui, selon RTL


Peut-on tout laisser dire aux personnes qu'on interviewe, sans nécessairement recadrer leurs réponses ? Cas d'école avec un témoignage à propos de Orlan, au 19H de RTL, ce 13 février.

Orlan Mélon, originaire de Huy, a disparu depuis plusieurs jours. Il aurait été enlevé dans la région d'Houffalize. 8 minutes ± après le début de son JT, le présentateur du 19H termine son lancement du sujet - que l'on peut retrouver sur le site RTL Info (1) - par ces mots : «  Sa famille est inquiète et craint aujourd'hui, aussi, un règlement de compte lié au milieu de la drogue. »

HEIN, MONSIEUR…

Le sujet en lui-même débute 8'22 après le début du journal. Il relate la disparition de Orlan, et donne à ce propos assez longuement la parole à son oncle, que l'on entend (sans voir son visage) dès le début du reportage, et que l'on retrouvera plusieurs fois par la suite. 

Au-delà de relater les frais, le membre de la famille essaie aussi d'expliquer la situation de son neveu. 1'05" après le début de la séquence, le journaliste commente en off : « Orlan est bien connu dans le milieu de la drogue. Sa famille redoute un règlement de compte. » La parole est ensuite laissée à l'oncle à partir de 1'19". Celui-ci déclare d'abord : « Dans ces milieux il y a des risques, et je pense qu’il était au courant des risques qu’il prenait. Maintenant voilà, chacun fait sa vie comme il la veut, mais… » Puis il enchaîne : « Dans chaque métier il y a des risques, hein monsieur. En tant que maçon, il y a des risques. En tant que toiturier, il y a des risques. Dans tout il y a des risques. » Sur images de la page facebook consacrée à la disparition du neveu, le journaliste poursuit directement en disant que, selon ses informations, Orlan a déjà effectué un séjour en prison (…).

A 10'05 après le début du JT, retour en studio. « Dans l'actualité de ce mardi, il y a aussi cette nouvelle agression… » commence immédiatement l'anchorman du JT. "Sans transition", comme l'on dit si souvent.

COMME UN AUTRE ?

Dans ce JT, on a donc clairement laissé une personne interviewée dans le cadre d'une séquence d'info prononcer cette phrase renversante, concernant un dealer ou un trafiquant de drogue :  « Dans chaque métier il y a des risques, hein monsieur. » Que l'oncle de la personne disparue considère que, être dealer ou trafiquant, c'est en fait un "métier" comme maçon ou toiturier, il y a déjà de quoi tomber de son fauteuil. Mais que ni le journaliste ni les responsables de l'édition du JT ne reprennent ces propos pour le recadrer et souligner leur caractère plus que discutable et même inacceptable, ce n'est plus rien comprendre. Ou à se pendre…

Oui, d'accord. C'est la parole de quelqu'un qu'on interviewe, ce n'est ni le reporter ni le présentateur qui ne prononcent ces paroles. Mais, dans le cadre d'un programme d'informations, peut-on laisser une personne s'exprimer sur un pareil sujet en légitimant que l'on soit dealer ou en trafiquant par le fait que, finalement, ce n'est qu'un métier comme un autre, avec des risques comme dans tous les métiers. Et que tout le monde a le droit de gagner sa croûte comme il l'entend, n'est-ce pas.

Non, les maçons et les toituriers ne sont, jusqu'à preuve du contraire, pas poursuivis en justice, trainés devant les tribunaux et mis en prison. Alors que les dealers et les trafiquants, eux, le sont.

VOULOIR LE FAIRE

Non, vendre de la drogue n'est pas reconnu comme une profession. Ce n'est pas un métier.

Laisser passer pareilles déclarations sans sourciller, n'est-ce pas (au moins un peu) s'en faire complice ? Un recadrage n'aurait pas été difficile à faire. Mais encore fallait-il vouloir le faire, ou en avoir réellement la possibilité.

Dans les sujets précédents du même JT, on s'émouvait des fusillades à répétition ayant lieu pour l'instant à Bruxelles dans les milieux du trafic de drogue. Mais comment s'en étonner si en vendre est simplement un métier, avec des risques comme dans les autres métiers ?

Peut-être aurait-il simplement fallu ne pas garder cette assassine phrase-là au montage ? Mais là aussi, encore fallait-il vouloir le faire, ou en avoir réellement la possibilité et les moyens. 

MAUVAIS POUR LA SANTÉ

On se gausse dans tous les épisodes du Grand Cactus du commentaire que François De Brigode avait osé exprimer à la fin d'un JT de juillet 2015 : « Je vous rappelle quand même que la drogue, c’est mauvais pour la santé ». Quoi qu'on puisse en dise, De Brigode avait, lui, pensé et osé faire un commentaire au terme d'un reportage sur le festival de Dour où un jeune festivalier déclarait notamment : « La drogue, c'est bien. » 

« Je trouvais que le reportage qui avait été diffusé ce soir-là avait été très mal ficelé, explique-t-il dans un article du site de la RTBF (2). Il faisait en fait l’apologie de la drogue. En plus, j’ai connu des gens qui ont sniffé ce qu’il ne fallait pas sniffer donc je savais que ce sujet n’était ni drôle pour eux ni pour ceux qui leur sont proches. Ma sortie de journal avait donc une explication. Mais à force de l’entendre sous forme de gag, j’ai malgré tout peut-être fait "œuvre utile". »

Et n'est-ce pas un des rôles du journalisme, que de faire œuvre utile ?…

Frédéric ANTOINE.

(1) https://www.rtl.be/actu/belgique/faits-divers/dans-ces-milieux-il-y-des-risques-selon-les-proches-dorlan-melon-sa-disparition/2024-02-13/article/637702

(2) https://www.rtbf.be/article/francois-de-brigode-nous-raconte-comment-est-ne-levenement-tres-controverse-bye-bye-belgium-11276808

Ce que vous avez le plus lu