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Regard médias

Il y en a des choses à dire sur les médias en Belgique…

30 décembre 2024

Pourquoi le JT de 13H de La Une a-t-il été l'émission la plus regardée la veille de Noël ?


Alors qu'il est en général un des programmes les plus regardés en Belgique francophone, le JT de 19h30 de la RTBF de ce 24 décembre a attiré moins de monde que celui de 13h. Et ce dernier a été l'émission de tv la plus suivie de la journée ! Un étrange phénomène…

Spécificité de la Belgique francophone, les émissions recueillant chez nous le plus de téléspectateurs sont, quasi tous les jours, le RTL Info 19h et Le 19h30 de La Une (RBTF). Il faut vraiment des événements télévisuels exceptionnels pour que ces grand-messes de l'info soient détrônées par une autre émission. Cette généralité connaît ces derniers temps une exception : le 24 décembre. Depuis 2022 au moins, ce jour-là, le JT du soir de La Une est loin d'être à la fête. C'est son petit frère de la mi-journée qui fait le plein de téléspectateurs.

Chez son concurrent privé, on n'observe pas pareil paradoxe : sur RTL TVI, la veille de Noël, le JT de midi est, comme tous les autres jours, moins populaire que celui du soir.

NUMBER ONE

 La situation est d'autant plus étonnante que, en 2022 et en 2024, le 24 décembre, JT de 13h de la RTBF était l'émission n°1 au hit-parade du nombre de téléspectateurs (en 2023, il était n°2, la première place étant occupée, avec 3000 spectateurs de plus, par… le RTL Info 19h. [Ce qui, compte tenu de la marge d'erreur, ne veut pas dire grand-chose]).

Sur le temps de midi, l'audience du JT du service public précède quasiment toujours celui de la chaîne privée. Qu'il soit également l'émission la plus regardée de la journée a toutefois de quoi surprendre. Car rien ne distingue vraiment ce JT-là de celui des autres jours, à une exception près : la diffusion du discours royal de Noël, qui est proposé aussi bien sur le service public que sur le réseau privé. Mais peut-être pas précisément à la même heure. Ce qui ne justifie pas une telle différence entre l'audience du JT de La Une et celui des infos de 13H de RTL TVI, qui comptabilisent à peine plus de la moitié des auditeurs de La une.

 

LE DÉSERT DE NOËL

Sauf si l'on regarde les chiffres d'un peu plus près. La victoire du 13H est en fait moins due à un score d'audience mirobolant qu'au faible résultat d'audience des journaux télévisés du soir du 24 décembre. 

Du 1er au 23 décembre 2024, l'audience moyenne du JT du soir de La Une était d'environ 466000 téléspectateurs. Le 24/12, il était de 268000. Soit ± 200000 personnes de moins. Du côté de RTL TVI, l'audience moyenne du RTL Info 19h entre le 1er et le 23/12/2024 était de 500000 téléspectateurs. La veille de Noël, ils étaient 304000. Près de 200000 de moins que d'ordinaire également.

La victoire à la Pyrrhus du 13H de La Une trouve donc sa source dans le désert télespectatorial de la soirée du 24 décembre. Une désaffection qui constitue une tradition les soirs de réveillon. La veille de Noël, les programmes du soir ne réunissent jamais la foule devant le petit écran. On ne peut pas à fois être à la dinde et à l'écran…

SUPRISE DE L'AN ?

Qu'en sera-t-il le 31 décembre ? Ces deux dernières années, il ne s'est rien produit de spécial le jour de la Saint-Sylvestre. Comme la plupart des autres jours de l'année, le JT de 19H de RTL TVI a été le programme qui a recueilli le plus d'audience de la journée, précédant de peu l'an dernier celui de la RTBF. En 2023, les 3e et 4e places du podium étaient occupées par les JT de 13H de la RTBF et de son concurrent privé. En 2022, le 13H de RTL n'occupait que la sixième place des audiences du jour, les places 4 et 5 étant prises par le jeu qui précède le RTL Info 19h et par l'émission d'humoristes qui le suivait. 

À croire que les "miracles" de la veille de Noël ne se produisent pas nécessairement à la Saint-Sylvestre…

Frédéric ANTOINE


24 décembre 2024

"Makro fermé": Le Soir remet le couvert pour Noël

À force de nourrir ses pages d'articles en couper-coller, un journal de qualité peut perdre un peu de sa crédibilité. Le cas de ce journal bruxellois à propos des « Makro fermés » en est une parfaite illustration. Joyeux Noël !

Le 11 novembre dernier, nous nous étonnions su ce blog (1) que le journal Le Soir annonce que, comme d'autres supermarchés, les magasins Makro seraient fermés le jour de l'Armistice… alors que, précédant la faillite du groupe le 10 janvier 2023, les Makro de Belgique ont tous fermé leurs portes le 31 décembre 2022 ! (2)

REBELOTE

Eh bien, à l'occasion de la Noël, le vespéral journal bruxellois remet le couvert. Dans des articles publiés en ligne ces 23 et 24 décembre sous le titre Centres commerciaux, supermarchés… ce qui est ouvert et fermé ce 24 décembre (3), on peut lire :

On serait curieux de savoir à quelle source les fins limiers du Soir se sont adressées non seulement pour apprendre que les magasins Makro seraient fermés le jour de Noël, mais aussi que, le 24 décembre, ils seraient ouverts de 8h30 à "environ" 17h, puisqu'il n'y a plus un seul Makro en activité en Belgique depuis bientôt deux ans.
 
En comparaison de ce que nous avions trouvé dans Le Soir dans l'annonce de la fermeture des Makro le 11 novembre dernier, la formule utilisée ici est, qui plus est, assez nouvelle. En effet, alors qu'en novembre, le quotidien de la rue Royale écrivait: « Les enseignes Aldi, Lidl, Cora, Makro, Okay et Colruyt seront notamment fermées », ici l'article parle d'un « même scénario », et aussi d'heures d'ouverture. En fouillant un peu dans les archives de ce grand journal, l'originalité de cette formule peut être confirmée. En effet, les 24 et 25 décembre 2023, l'article "marronnier" qui annonçait les fermetures pour les fêtes se contentait, là aussi, d'annoncer que « Les enseignes Aldi, Lidl, Cora, Makro, Okay et Colruyt seront notamment fermées… » (25/12/2023 et 24/1/2/2023). Pas question alors de scénario ni d'heures d'ouverture la veille de Noël.
 
À FORCE DE COPIES…

On ne saura sans doute jamais ce qui a inspiré « La rédaction », mentionnée comme auteur de l'article, à supposer des horaires d'ouverture pour une chaîne de magasins fermés à jamais. Par contre, un petit récapitulatif fait sur plusieurs années confirme ce que nous pointions déjà sur notre blog en novembre dernier : dans ce type d'article, le couper-coller est devenu plus qu'un art. On dirait presque une sublimation.
Le relevé ci-après permet d'apprécier la créativité des journalistes quand il s'agit de fournir aux lecteurs des infos service de qualité:
 
Hormis la mention trouvée pour la Noël 2024, depuis l'Assomption 2022, la formule utilisée dans l'article est quasiment toujours la même (seule différence : les lundis de Pentecôte 2024 et 2023, l'auteur écrit que « Les magasins Aldi, Makro et Lidl sont fermés », alors que, toutes les autres fois, on retrouve exactement les mêmes mots qui commencent par : « Les enseignes ». Avec, à partir de 2023, l'évocation erronée de l'enseigne Makro. Alors que sa citation, en 2022, n'a, à ce moment-là, rien de problématique.

Que ne ferait-on pas pour informer son lecteur tout en devant travailler à l'économie… 

Peut-être serait-il alors plus simple de recourir à l'IA ? 
 
Nous avons fait le test, en demandant à chatGPT si, en Belgique, les magasins Makro seront fermés ce jour de Noël.
Voici son extraordinaire réponse:
 
C'est à croire que l'IA est lectrice du journal Le Soir. Mais qu'elle ne connaît pas l'histoire récente de la grande distribution dans notre petit royaume, puisque pour elle, comme pour quotidien vespéral, l'enseigne qui était si fière de ses promotions "Fleuron" est toujours de ce monde…
 
Alarmant, non ? À moins que ce ne soit là qu'un des miracles de Noël…
 
Frédéric Antoine

(merci quand même à l'IA pour l'illustration)


(1) https://millemediasdemillesabords.blogspot.com/2024/11/le-soir-ressuscite-les-makro.html
(2) lire notamment : https://www.rtbf.be/article/les-magasins-makro-fermeront-definitivement-le-samedi-31-decembre-11125934
(3) https://www.lesoir.be/644472/article/2024-12-24/centres-commerciaux-supermarches-ce-qui-est-ouvert-et-ferme-ce-24-decembre

 

 




04 décembre 2024

Présidence du CA de la RTBF : un miroir aux alouettes ?


Céder la présidence du Conseil d'administration de la RTBF aux Engagés n'est pas une concession de la part de son partenaire à la FWB. Car il y a gros à parier que c'est ce parti qui choisira, en 2026, le successeur de l'actuel Administrateur général de l'entreprise publique. Celui qui, quoi qu'on dise, a en main les destinées de l'opérateur audiovisuel.

Après ce qui semble avoir été de longues palabres, la nouvelle majorité à la FWB a annoncé ce 3 décembre son choix pour le poste, semble-t-il tant convoité, de président du Conseil d'administration de la RTBF. Preuve de l'imposant renouvellement survenu entre l'apparition des Engagés, l'ancien parti social-chrétien et le CdH, Joëlle Milquet, qui commença jadis sa carrière comme assistante parlementaire PSC au Sénat,  a finalement recueilli l'assentiment des instances des deux partis pour être prochainement élue à ce perchoir.

Face aux récents roulements des mécaniques (pour ne pas dire face aux menaces) des ténors du parti libéral à l'égard de la RTBF, confier la présidence de son CA à une figure tutélaire de l'autre gagnant des élections de juin pourrait avoir de quoi rassurer.

À lire la lettre ouverte que les deux anciens présidents de cette assemblée ont récemment publiée dans la presse (1), le rôle de cette instance serait en effet déterminant dans le fonctionnement de l'institution, et celui de son président comparable à celui du timonier à la manœuvre d'un immense paquebot.
 

CLÉ DE VOÛTE

 
Ce serait toutefois un peu vite perdre de vue que, comme le rappellent les signataires de la carte blanche précitée, le pouvoir de fait est partagé, au sein de ce qu'on appelait jadis la Kasa Kafka (2), entre le CA et son président d'une part, et l'Administrateur général de l'entreprise publique de l'autre. Sans être membre du Conseil, ce dernier siège avec le président et les vice-présidents du CA dans le “comité permanent” qui gère l'institut au quotidien. Il pilote aussi, par ailleurs, son “comité exécutif”, qui « réunit, au côté de l’Administrateur général, 6 directions : Pôle Contenus, Pôle Medias, Info & Sports, Ressources Humaines, Finances, Technologies ». (3).

L'Administrateur général est la clé de voûte à la jointure de la structure de direction interne de l'institut et sa structure de pilotage externe.

Sans aller jusqu'à partager la lecture de certains politiques qui ont récemment pu considérer que l'Administrateur général était une sorte de Deus ex machina, on doit tout de même reconnaître que son pouvoir est énorme, et que c'est lui qui, notamment, impulse les grandes réformes et suggère les orientations que l'entreprise devrait prendre. Qu'il reçoive à ce propos l'aval du CA (et du ministre de tutelle) est évident. Mais qu'il joue un rôle déterminant dans la fixation des axes de développement de l'opérateur audiovisuel est indéniable. Le cas de l'actuel Administrateur général en est la plus parfaite illustration : ce que la RTBF est aujourd'hui devenue et les tournants que la poussive administration publique de jadis a opérés, elle les doit grandement à la vision que celui-ci a développée pour elle, et à son expérience de gestionnaire d'institutions publiques.

CHANGEMENT DE COULEUR

Si le CA et son président sont supposés représenter “le public” au service duquel la RTBF est chargée de se mettre, et sont pour cette raison élus par le Parlement de la FWB, le rôle de son Administrateur général se situe bien au-delà de celui de simple gestionnaire des affaires intérieures de la boîte. Il n'est pas loin de représenter “l'âme” du système.

Jean-Paul Philippot, étiqueté socialiste, est ce poste depuis 2002, c'est-à-dire depuis plus de vingt ans. Lors de chaque échéance de son mandat, le PS était aux affaires en FWB, la présidence du CA de la RTBF n'étant pas entre ses mains, mais dans celles d'un de ses partenaires de majorité. La reconduction systématique du détenteur du poste allait donc quasiment de soi (4) (pour rappel, la composition du CA et sa structure dirigeante changent après chaque élection, alors que le calendrier de l'Administrateur général n'est, lui, pas fixé sur celui des échéances électorales). 

En 2020, l'actuel Administrateur général a été reconduit pour un quatrième mandat de six ans. Dans une grosse année, l'ère Philippot prendra donc fin pour l'opérateur public. Qui succédera à cet ingénieur commercial diplômé de l'ULB et maître de conférences invité à l'UCLouvain ?

Une saine gestion publique devrait sans doute veiller à choisir pour ce poste une personne au profil proche de son prédécesseur, c'est-à-dire un féru de gestion, soucieux de la défense de la place du service public dans une société de plus en plus mercantile, et conscient que l'audiovisuel public doit disposer d'une réelle légitimité pour s'assurer une place indiscutable dans le paysage médiatique de l'État aussi grand qu'un timbre-poste qu'est la FWB.

HIS MASTER'S VOICE ?

En sera-t-il ainsi ? Comme écrit plus haut, la tradition du partage des postes (et des influences) au sein des majorités a permis depuis les années 1960 au PS de placer à la tête la de la RTB(F) une personne qui disposait de sa confiance (et de sa fidélité). Mais, en 2026, le PS ne fera pas partie de l'attelage dirigeant la Fédération. Les Engagés tenant la présidence du CA de l'institution, le MR aura tout loisir d'imposer son choix d'Administrateur général, le candidat retenu ayant sans doute présenté pour la RTBF un projet d'avenir en phase avec celui que ce parti politique entend assigner aux médias publics. Une vision que devrait aussi plaire à la majorité politique du Parlement de la FWB. Alors surviendra peut-être le véritable virage souhaité par le MR, et dont diverses déclarations politiques dans les médias et au Parlement de la FWB révèlent depuis quelques semaines le visage. Avec, notamment, la réduction des missions de la RTBF à l'information et à l'éducation permanente, ou l'abandon total du divertissement, l'opérateur public n'étant pas là pour fournir (à la plèbe ?) « du pain et des jeux », alors que telle serait bien l'édifiante mission des médias privés.

Accorder la présidence du CA de la RTBF à son partenaire permet à l'autre parti au pouvoir de reculer pour mieux sauter.  Être à la tête du Conseil ne lui aurait rien rapporté. Tandis qu'être à la manœuvre du bateau Reyers...

Frédéric ANTOINE.

(1) https://www.lalibre.be/debats/opinions/2024/11/30/le-ca-de-la-rtbf-repond-a-la-ministre-galant-vous-avez-remis-en-cause-notre-gouvernance-vous-avez-tenu-des-propos-simplistes-et-offensants
(2) Nom qu'a subtilement repris la boîte de prod filiale de la RTBF
(3) https://www.rtbf.be/entreprise/a-propos/gouvernance
(4) Si la reconduction a parfois été discutée au Parlement, notamment pour des questions de clauses de contrat, le bateau au pu tanguer mais l'issue de ces discussions n'a jamais de fait de doute.

(l'illustration de cet article est un "dessin d'artiste" fait par Chatgpt)

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