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Regard médias

Il y en a des choses à dire sur les médias en Belgique…

30 décembre 2024

Pourquoi le JT de 13H de La Une a-t-il été l'émission la plus regardée la veille de Noël ?


Alors qu'il est en général un des programmes les plus regardés en Belgique francophone, le JT de 19h30 de la RTBF de ce 24 décembre a attiré moins de monde que celui de 13h. Et ce dernier a été l'émission de tv la plus suivie de la journée ! Un étrange phénomène…

Spécificité de la Belgique francophone, les émissions recueillant chez nous le plus de téléspectateurs sont, quasi tous les jours, le RTL Info 19h et Le 19h30 de La Une (RBTF). Il faut vraiment des événements télévisuels exceptionnels pour que ces grand-messes de l'info soient détrônées par une autre émission. Cette généralité connaît ces derniers temps une exception : le 24 décembre. Depuis 2022 au moins, ce jour-là, le JT du soir de La Une est loin d'être à la fête. C'est son petit frère de la mi-journée qui fait le plein de téléspectateurs.

Chez son concurrent privé, on n'observe pas pareil paradoxe : sur RTL TVI, la veille de Noël, le JT de midi est, comme tous les autres jours, moins populaire que celui du soir.

NUMBER ONE

 La situation est d'autant plus étonnante que, en 2022 et en 2024, le 24 décembre, JT de 13h de la RTBF était l'émission n°1 au hit-parade du nombre de téléspectateurs (en 2023, il était n°2, la première place étant occupée, avec 3000 spectateurs de plus, par… le RTL Info 19h. [Ce qui, compte tenu de la marge d'erreur, ne veut pas dire grand-chose]).

Sur le temps de midi, l'audience du JT du service public précède quasiment toujours celui de la chaîne privée. Qu'il soit également l'émission la plus regardée de la journée a toutefois de quoi surprendre. Car rien ne distingue vraiment ce JT-là de celui des autres jours, à une exception près : la diffusion du discours royal de Noël, qui est proposé aussi bien sur le service public que sur le réseau privé. Mais peut-être pas précisément à la même heure. Ce qui ne justifie pas une telle différence entre l'audience du JT de La Une et celui des infos de 13H de RTL TVI, qui comptabilisent à peine plus de la moitié des auditeurs de La une.

 

LE DÉSERT DE NOËL

Sauf si l'on regarde les chiffres d'un peu plus près. La victoire du 13H est en fait moins due à un score d'audience mirobolant qu'au faible résultat d'audience des journaux télévisés du soir du 24 décembre. 

Du 1er au 23 décembre 2024, l'audience moyenne du JT du soir de La Une était d'environ 466000 téléspectateurs. Le 24/12, il était de 268000. Soit ± 200000 personnes de moins. Du côté de RTL TVI, l'audience moyenne du RTL Info 19h entre le 1er et le 23/12/2024 était de 500000 téléspectateurs. La veille de Noël, ils étaient 304000. Près de 200000 de moins que d'ordinaire également.

La victoire à la Pyrrhus du 13H de La Une trouve donc sa source dans le désert télespectatorial de la soirée du 24 décembre. Une désaffection qui constitue une tradition les soirs de réveillon. La veille de Noël, les programmes du soir ne réunissent jamais la foule devant le petit écran. On ne peut pas à fois être à la dinde et à l'écran…

SUPRISE DE L'AN ?

Qu'en sera-t-il le 31 décembre ? Ces deux dernières années, il ne s'est rien produit de spécial le jour de la Saint-Sylvestre. Comme la plupart des autres jours de l'année, le JT de 19H de RTL TVI a été le programme qui a recueilli le plus d'audience de la journée, précédant de peu l'an dernier celui de la RTBF. En 2023, les 3e et 4e places du podium étaient occupées par les JT de 13H de la RTBF et de son concurrent privé. En 2022, le 13H de RTL n'occupait que la sixième place des audiences du jour, les places 4 et 5 étant prises par le jeu qui précède le RTL Info 19h et par l'émission d'humoristes qui le suivait. 

À croire que les "miracles" de la veille de Noël ne se produisent pas nécessairement à la Saint-Sylvestre…

Frédéric ANTOINE


24 décembre 2024

"Makro fermé": Le Soir remet le couvert pour Noël

À force de nourrir ses pages d'articles en couper-coller, un journal de qualité peut perdre un peu de sa crédibilité. Le cas de ce journal bruxellois à propos des « Makro fermés » en est une parfaite illustration. Joyeux Noël !

Le 11 novembre dernier, nous nous étonnions su ce blog (1) que le journal Le Soir annonce que, comme d'autres supermarchés, les magasins Makro seraient fermés le jour de l'Armistice… alors que, précédant la faillite du groupe le 10 janvier 2023, les Makro de Belgique ont tous fermé leurs portes le 31 décembre 2022 ! (2)

REBELOTE

Eh bien, à l'occasion de la Noël, le vespéral journal bruxellois remet le couvert. Dans des articles publiés en ligne ces 23 et 24 décembre sous le titre Centres commerciaux, supermarchés… ce qui est ouvert et fermé ce 24 décembre (3), on peut lire :

On serait curieux de savoir à quelle source les fins limiers du Soir se sont adressées non seulement pour apprendre que les magasins Makro seraient fermés le jour de Noël, mais aussi que, le 24 décembre, ils seraient ouverts de 8h30 à "environ" 17h, puisqu'il n'y a plus un seul Makro en activité en Belgique depuis bientôt deux ans.
 
En comparaison de ce que nous avions trouvé dans Le Soir dans l'annonce de la fermeture des Makro le 11 novembre dernier, la formule utilisée ici est, qui plus est, assez nouvelle. En effet, alors qu'en novembre, le quotidien de la rue Royale écrivait: « Les enseignes Aldi, Lidl, Cora, Makro, Okay et Colruyt seront notamment fermées », ici l'article parle d'un « même scénario », et aussi d'heures d'ouverture. En fouillant un peu dans les archives de ce grand journal, l'originalité de cette formule peut être confirmée. En effet, les 24 et 25 décembre 2023, l'article "marronnier" qui annonçait les fermetures pour les fêtes se contentait, là aussi, d'annoncer que « Les enseignes Aldi, Lidl, Cora, Makro, Okay et Colruyt seront notamment fermées… » (25/12/2023 et 24/1/2/2023). Pas question alors de scénario ni d'heures d'ouverture la veille de Noël.
 
À FORCE DE COPIES…

On ne saura sans doute jamais ce qui a inspiré « La rédaction », mentionnée comme auteur de l'article, à supposer des horaires d'ouverture pour une chaîne de magasins fermés à jamais. Par contre, un petit récapitulatif fait sur plusieurs années confirme ce que nous pointions déjà sur notre blog en novembre dernier : dans ce type d'article, le couper-coller est devenu plus qu'un art. On dirait presque une sublimation.
Le relevé ci-après permet d'apprécier la créativité des journalistes quand il s'agit de fournir aux lecteurs des infos service de qualité:
 
Hormis la mention trouvée pour la Noël 2024, depuis l'Assomption 2022, la formule utilisée dans l'article est quasiment toujours la même (seule différence : les lundis de Pentecôte 2024 et 2023, l'auteur écrit que « Les magasins Aldi, Makro et Lidl sont fermés », alors que, toutes les autres fois, on retrouve exactement les mêmes mots qui commencent par : « Les enseignes ». Avec, à partir de 2023, l'évocation erronée de l'enseigne Makro. Alors que sa citation, en 2022, n'a, à ce moment-là, rien de problématique.

Que ne ferait-on pas pour informer son lecteur tout en devant travailler à l'économie… 

Peut-être serait-il alors plus simple de recourir à l'IA ? 
 
Nous avons fait le test, en demandant à chatGPT si, en Belgique, les magasins Makro seront fermés ce jour de Noël.
Voici son extraordinaire réponse:
 
C'est à croire que l'IA est lectrice du journal Le Soir. Mais qu'elle ne connaît pas l'histoire récente de la grande distribution dans notre petit royaume, puisque pour elle, comme pour quotidien vespéral, l'enseigne qui était si fière de ses promotions "Fleuron" est toujours de ce monde…
 
Alarmant, non ? À moins que ce ne soit là qu'un des miracles de Noël…
 
Frédéric Antoine

(merci quand même à l'IA pour l'illustration)


(1) https://millemediasdemillesabords.blogspot.com/2024/11/le-soir-ressuscite-les-makro.html
(2) lire notamment : https://www.rtbf.be/article/les-magasins-makro-fermeront-definitivement-le-samedi-31-decembre-11125934
(3) https://www.lesoir.be/644472/article/2024-12-24/centres-commerciaux-supermarches-ce-qui-est-ouvert-et-ferme-ce-24-decembre

 

 




04 décembre 2024

Présidence du CA de la RTBF : un miroir aux alouettes ?


Céder la présidence du Conseil d'administration de la RTBF aux Engagés n'est pas une concession de la part de son partenaire à la FWB. Car il y a gros à parier que c'est ce parti qui choisira, en 2026, le successeur de l'actuel Administrateur général de l'entreprise publique. Celui qui, quoi qu'on dise, a en main les destinées de l'opérateur audiovisuel.

Après ce qui semble avoir été de longues palabres, la nouvelle majorité à la FWB a annoncé ce 3 décembre son choix pour le poste, semble-t-il tant convoité, de président du Conseil d'administration de la RTBF. Preuve de l'imposant renouvellement survenu entre l'apparition des Engagés, l'ancien parti social-chrétien et le CdH, Joëlle Milquet, qui commença jadis sa carrière comme assistante parlementaire PSC au Sénat,  a finalement recueilli l'assentiment des instances des deux partis pour être prochainement élue à ce perchoir.

Face aux récents roulements des mécaniques (pour ne pas dire face aux menaces) des ténors du parti libéral à l'égard de la RTBF, confier la présidence de son CA à une figure tutélaire de l'autre gagnant des élections de juin pourrait avoir de quoi rassurer.

À lire la lettre ouverte que les deux anciens présidents de cette assemblée ont récemment publiée dans la presse (1), le rôle de cette instance serait en effet déterminant dans le fonctionnement de l'institution, et celui de son président comparable à celui du timonier à la manœuvre d'un immense paquebot.
 

CLÉ DE VOÛTE

 
Ce serait toutefois un peu vite perdre de vue que, comme le rappellent les signataires de la carte blanche précitée, le pouvoir de fait est partagé, au sein de ce qu'on appelait jadis la Kasa Kafka (2), entre le CA et son président d'une part, et l'Administrateur général de l'entreprise publique de l'autre. Sans être membre du Conseil, ce dernier siège avec le président et les vice-présidents du CA dans le “comité permanent” qui gère l'institut au quotidien. Il pilote aussi, par ailleurs, son “comité exécutif”, qui « réunit, au côté de l’Administrateur général, 6 directions : Pôle Contenus, Pôle Medias, Info & Sports, Ressources Humaines, Finances, Technologies ». (3).

L'Administrateur général est la clé de voûte à la jointure de la structure de direction interne de l'institut et sa structure de pilotage externe.

Sans aller jusqu'à partager la lecture de certains politiques qui ont récemment pu considérer que l'Administrateur général était une sorte de Deus ex machina, on doit tout de même reconnaître que son pouvoir est énorme, et que c'est lui qui, notamment, impulse les grandes réformes et suggère les orientations que l'entreprise devrait prendre. Qu'il reçoive à ce propos l'aval du CA (et du ministre de tutelle) est évident. Mais qu'il joue un rôle déterminant dans la fixation des axes de développement de l'opérateur audiovisuel est indéniable. Le cas de l'actuel Administrateur général en est la plus parfaite illustration : ce que la RTBF est aujourd'hui devenue et les tournants que la poussive administration publique de jadis a opérés, elle les doit grandement à la vision que celui-ci a développée pour elle, et à son expérience de gestionnaire d'institutions publiques.

CHANGEMENT DE COULEUR

Si le CA et son président sont supposés représenter “le public” au service duquel la RTBF est chargée de se mettre, et sont pour cette raison élus par le Parlement de la FWB, le rôle de son Administrateur général se situe bien au-delà de celui de simple gestionnaire des affaires intérieures de la boîte. Il n'est pas loin de représenter “l'âme” du système.

Jean-Paul Philippot, étiqueté socialiste, est ce poste depuis 2002, c'est-à-dire depuis plus de vingt ans. Lors de chaque échéance de son mandat, le PS était aux affaires en FWB, la présidence du CA de la RTBF n'étant pas entre ses mains, mais dans celles d'un de ses partenaires de majorité. La reconduction systématique du détenteur du poste allait donc quasiment de soi (4) (pour rappel, la composition du CA et sa structure dirigeante changent après chaque élection, alors que le calendrier de l'Administrateur général n'est, lui, pas fixé sur celui des échéances électorales). 

En 2020, l'actuel Administrateur général a été reconduit pour un quatrième mandat de six ans. Dans une grosse année, l'ère Philippot prendra donc fin pour l'opérateur public. Qui succédera à cet ingénieur commercial diplômé de l'ULB et maître de conférences invité à l'UCLouvain ?

Une saine gestion publique devrait sans doute veiller à choisir pour ce poste une personne au profil proche de son prédécesseur, c'est-à-dire un féru de gestion, soucieux de la défense de la place du service public dans une société de plus en plus mercantile, et conscient que l'audiovisuel public doit disposer d'une réelle légitimité pour s'assurer une place indiscutable dans le paysage médiatique de l'État aussi grand qu'un timbre-poste qu'est la FWB.

HIS MASTER'S VOICE ?

En sera-t-il ainsi ? Comme écrit plus haut, la tradition du partage des postes (et des influences) au sein des majorités a permis depuis les années 1960 au PS de placer à la tête la de la RTB(F) une personne qui disposait de sa confiance (et de sa fidélité). Mais, en 2026, le PS ne fera pas partie de l'attelage dirigeant la Fédération. Les Engagés tenant la présidence du CA de l'institution, le MR aura tout loisir d'imposer son choix d'Administrateur général, le candidat retenu ayant sans doute présenté pour la RTBF un projet d'avenir en phase avec celui que ce parti politique entend assigner aux médias publics. Une vision que devrait aussi plaire à la majorité politique du Parlement de la FWB. Alors surviendra peut-être le véritable virage souhaité par le MR, et dont diverses déclarations politiques dans les médias et au Parlement de la FWB révèlent depuis quelques semaines le visage. Avec, notamment, la réduction des missions de la RTBF à l'information et à l'éducation permanente, ou l'abandon total du divertissement, l'opérateur public n'étant pas là pour fournir (à la plèbe ?) « du pain et des jeux », alors que telle serait bien l'édifiante mission des médias privés.

Accorder la présidence du CA de la RTBF à son partenaire permet à l'autre parti au pouvoir de reculer pour mieux sauter.  Être à la tête du Conseil ne lui aurait rien rapporté. Tandis qu'être à la manœuvre du bateau Reyers...

Frédéric ANTOINE.

(1) https://www.lalibre.be/debats/opinions/2024/11/30/le-ca-de-la-rtbf-repond-a-la-ministre-galant-vous-avez-remis-en-cause-notre-gouvernance-vous-avez-tenu-des-propos-simplistes-et-offensants
(2) Nom qu'a subtilement repris la boîte de prod filiale de la RTBF
(3) https://www.rtbf.be/entreprise/a-propos/gouvernance
(4) Si la reconduction a parfois été discutée au Parlement, notamment pour des questions de clauses de contrat, le bateau au pu tanguer mais l'issue de ces discussions n'a jamais de fait de doute.

(l'illustration de cet article est un "dessin d'artiste" fait par Chatgpt)

11 novembre 2024

Le Soir ressuscite les Makro

 Le 11 novembre n'est pas seulement un jour d'hommage pour les soldats victimes des deux guerres. Il semble l'être aussi pour certains magasins disparus. Du moins est-ce ce qu'écrit un grand quotidien vespéral bruxellois…

Dans son édition en ligne datée de ce 11 novembre, Le Soir a publié à 10h00 du matin un article sur "ce qui est ouvert et fermé ce 11 novembre". Dans le paragraphe consacré aux supermarchés, on lit que "de nombreux supermarchés seront fermés", le texte précisant ensuite que "Les enseignes Aldi, Lidl, Cora, Makro et Colruyt seront notamment fermées."


En voilà une nouvelle ! Les Makro de Belgique sont donc fermés en ce jour de l'Armistice. Concrètement, l'information n'est pas fausse. Mais à un détail près : elle est vraie tous les jours depuis… le 31 décembre 2022. C'est en effet ce samedi-là que tous les Makro du pays ont définitivement fermé leurs portes. Donc, oui, les Makro sont bien clos ce 11 novembre. Mais ils le sont aussi les 12, 13, 14, 15 novembre, etc. et ce, pour l'éternité.

Il est étonnant que Le Soir publie cette info exclusive en 2024, car le quotidien l'avait déjà mise en ligne auparavant, il y a un an jour pour jour, le 11 novembre 2023. On pouvait alors y lire:

Un texte mot pour mot identique à ce qui figure dans l'article publié ce 11 novembre 2024. Seule différence :  en 2024, les mots "Delhaize" et "Carrefour" ne comprennent pas d'hyperliens. Et, il y a un an, le soldat Makro avait déjà passé l'arme à gauche (mais cette année-là, nous ne l'avions pas remarqué…).

LE GOÛT DES MARRONS FROIDS

Si l'on remonte encore un peu dans le temps, que trouve-t-on dans Le Soir du 11 novembre 2022, à un moment où on pouvait encore sauver le soldat Makro ?

In-croy-able ! Le  texte que celui des 11 novembre 2023 et 2024. Sauf que, en 2022, l'info concernant la fermeture des Makro le jour de l'Armistice était cette fois-là pertinente, puisque le supermarché en gros était normalement ouvert les autres jours.

En 2020 et 2021, sans doute pour cause de covid, les archives du Soir ne comprennent pas d'article sur ce qui est ouvert et fermé le 11/11, donc pas mention de Makro. En 2019, par contre, cette info service était bien déjà au rendez-vous, mais sous une autre formulation :

Qu'ils ont bon goût, ces articles que la presse réserve aux "marronniers", ces événements récurrents à propos desquels on est à peu près sûr que l'année suivante ou pourra écrire la même chose que celle d'avant. Alors, pourquoi se fatiguer ? Même l'IA ne ferait pas mieux. Mais elle, elle écrirait sans doute un texte différent tous les ans, et elle vérifierait ses sources. Alors que le préposé à l'alimentation du site web du journal… 

Un préposé ? L'auteur de cet article est aussi inconnu que le soldat qu'on honore aujourd'hui : au moins depuis 2019, ce superbe texte qui reprend sans les vérifier les mêmes infos d'année en année est modestement signé "la rédaction". Ce qui pourrait laisser supposer que la qualité de son contenu est validée par toute "la rédaction"…

 MISES À JOUR ET QUALITÉ

Si l'on peut aller plus loin dans la mise à jour d'infos contenues dans cet article, il semble qu'il aurait été utile de davantage informer le lecteur sur les ouvertures des Delhaize et des Intermarché, cette dernière marque de grandes surfaces étant totalement absente de l'article 2024 (comme des précédents), ce qui démontre la date à laquelle remonte sa première rédaction. En effet, tous les Intermarché sont ouverts aujourd'hui, comme ils le sont le dimanche. Quant aux Delhaize (on ne parle pas des Proxy, mais des supermarchés), depuis qu'ils sont franchisés, ils ouvrent tous les dimanches et, pour eux, la situation varie selon les cas : certains super Delhaize ont ouvert toute la matinée de ce 11 novembre, d'autres sont ouverts toute la journée. Si l'on voulait vraiment aider le lecteur, cela valait peut-être la peine de l'écrire.

Mais voilà, cela aurait demandé plus de travail que de reprendre un texte vieux de deux ans.

On dit souvent que la presse ne s'en sortira par rapport aux réseaux sociaux qu'en fournissant une info de qualité à laquelle le lecteur pourra se fier les yeux fermés. Le petit cas d'école relevé ici tendrait à montrer que, dans les détails, ce n'est pas toujours le cas. Mais qui va lire le 11 novembre un article qui annonce énumérer ce qui est ouvert et fermé ce jour-là ? Pas grave, donc ? "De minimis non curat praetor" dit depuis l'antiquité l'adage latin. Pas sûr, toutefois, qu'il s'applique parfaitement dans ce cas-ci.

Évidemment, c'est sûrement un cas isolé. Il ne remet pas en cause la réputation du quotidien vespéral bruxellois. Et on s'est arrêté sur lui  au hasard d'une lecture paresseuse de la presse en ligne un jour de congé légal. Pas de chance. Le Soir "peut là-contre", comme on dit dans la capitale. D'autant que nous n'avons pas vérifié ce que les autres sites de presse avaient écrit (ou pas) sur ce même sujet, en ce jour d'armistice.

Frédéric ANTOINE.

 

07 novembre 2024

Elections américaines : le rêve déformé des médias

Dans leur couverture de la campagne présidentielle américaine, les médias nous ont eus. Jouant une nouvelle fois "le mauvais" versus "la bonne", ils nous ont donné ce que nous voulions entendre : la possible victoire du bien contre le mal. Alors que, objectivement, "le Diable" avait tout pour réussir face à la "Bonne Dieue".

"L'une des élections présidentielles les plus serrées de l'histoire américaine", voire, pour certains médias, "la plus serrée". En tout cas, celle qui aura connu "les sondages les plus serrés". D'autres, un peu plus prudents, parlaient bien du "scrutin le plus incertain." Mais, la veille du vote, nombre des médias se demandaient encore : "Que se passera-t-il en cas d'égalité entre les deux candidats ?", expliquant à longueur de textes qu'au pays de l'oncle Sam, "le futur président pourrait être élu malgré un vote populaire défavorable".

Résultat des courses : à ce jour (07/11), Trump compte 295 grands électeurs et Harris 226, le candidat républicain recueillant près de 51% des suffrages, contre 47,6% pour sa challenger. Les médias n'avaient-ils pas eu raison ? Quelle course serrée, les amis ! Quelle bataille dont le résultat était incertain jusqu'au dernier vote !

TROP BEAU SCÉNARIO

Rarement sans doute on aura connu un aussi grand gap entre le scénario que les médias ont voulu nous faire croire et la réalité des urnes. Et ils y ont cru, les lecteurs, les téléspectateurs, les internautes. Pendant des semaines, ils se sont dit que non seulement tout n'était pas foutu, mais que Harris avait, en définitive, toutes les chances de l'emporter face à un grand méchant loup si horrible, dont la victoire ne pouvait pas seulement être impensable. Elle l'était. Tout simplement.

Les médias nous ont raconté une belle histoire, à coup de reportages et de documentaires élogieux sur la belle candidate démocrate, défenseuse de la veuve et de l'orphelin, sur ses électeurs issus des bas-fonds des minorités, et sur ses propagandistes si courageux. Et, à l'opposé, à coup d'autant de reportages et de documentaires catastrophistes sur l'horrible candidat républicain, à propos duquel il n'est pas utile de répéter ici tous les qualificatifs négatifs dont il a été affublé. Ni énumérer la liste des sujets de JT où les médias ont dézingué ses électeurs, dont on se demandait à chaque fois s'il pouvait réellement exister aux USA des gens aussi bêtes, imbéciles, sinon timbrés.

Depuis l'été, on en a été servis, en reportages recueillis aux quatre coins de cet immense pays. Et plus on en voyait ou on en lisait, plus le pronostic devenait indiscutable : dans cette bataille de l'ange contre le démon, Kamala ne pouvait que l'emporter. Les sondages, d'ailleurs, ne disaient pas autre chose. Il y avait bien cette foutue question de la marge d'erreur, qui faisait qu'en finale ces sondages ne pouvaient rien prédire, mais on s'en foutait. Considérer quelque chose qu'on redoute comme impossible est d'un rassurant incontestable.

 UNE HISTOIRE SI BELLE. ET POURTANT…

Nos médias n'ont pas joué le suspense, comme ils le font parfois, posant dans la balance le pour et le contre et se gardant bien de dire vers qui allait leur cœur. Cette fois, ils y ont été franc-jeu. Leur public voulait la victoire du bien contre le mal ? Ils ont bâti leurs récits dans ce but. Pour aller dans le sens de leurs audiences, certainement. Mais aussi, plus prosaïquement, parce que les médias eux-mêmes rêvaient de la même chose. Emportés par leurs propres narrations, journalistes, présentateurs, documentaristes ont tous choisi de magnifier la geste de Kamala et de présenter avec noirceur l'impitoyable univers de son adversaire. L'histoire était trop belle pour ne pas être celle qui devait survenir.

Et pourtant… N'est-ce pas oublier un peu vite que, jusqu'à cet été, tout le monde ou presque était persuadé que l'élection américaine était pliée d'avance. Que, face à un vieillard qui s'accrochait à son perchoir mais désespérait chaque jour davantage ses supporters, Trump avait déjà gagné. Malgré ses outrances, ses procès, ses condamnations et ses incroyables électeurs. Jusqu'au 21 juillet dernier, il n'y avait pas d'espoir. Biden avait beau présenter un bilan économique positif, cet homme en fin de course faisait simplement pitié. 

Tout s'est renversé le jour où le vieux président a annoncé son retrait de la course. Comme s'il craquait alors une allumette dans une pièce plongée dans le noir, la petite lueur d'un autre chose est apparue. Cela changeait tout. À la nuit succédait la lumière du jour, qui plus est incarnée s'il vous plaît par une femme plus jeune, plutôt avenante, toujours bien habillée, avec un beau collier de perle, "libérée, délivrée", à l'histoire incertaine certes, mais emblématique de ce que doit être "le rêve américain".  Que du bonheur. Et tout le monde y a cru. 

LA FIN DU SORTILÈGE

Il est incroyable qu'il ait fallu que la reine des Neiges s'écrase face à l'horrible Hans pour que le sortilège s'arrête et que, tout à coup, les commentateurs politiques retrouvent un peu de distance face aux événements. 

C'est vrai, finalement, que le programme de Kamala Harris, on n'en a jamais rien su. Alors que Trump, préparé au combat pendant quatre ans, avait clairement défini les quelques axes sur lesquels il allait faire campagne à grand renfort de slogans simples et compréhensibles. Petit indice significatif : dans les bandes-annonces des radios et des télévisions à propos de ces élections, illustrer les dires de Trump par quelques mots ne posait aucun problème, à commencer par le célèbre "Kamala you're fired" (dont plus personne n'a relevé que Trump l'avait utilisé parce que c'était sa phrase favorite quand il jouait dans la télé-réalité The Apprentice). Pour Kamala, impossible par contre de trouver une phrase clé. Alors, on choisissait les seuls propos qui semblaient la représenter : "Thank you, thank you"…

Devant cette carence de programme clair, rares ont aussi été les commentateurs à relever avant le krach du 5 novembre que, pendant la campagne, Harris et tout le camp démocrate avaient passé la majeure partie de leur temps à réagir aux outrances et aux déclarations de Trump, et non à lancer des messages sur leur propre projet. Dans ce match, Kamala a rarement gardé la balle très longtemps. C'était Donald qui était à l'attaque. En réagissant à ses dires, les démocrates faisaient plus grandir leur adversaire que marquer des points…

C'est après le désastre qu'on s'est aussi souvenu que la candidate démocrate n'avait eu que trois mois pour faire campagne, sans incarner autre chose que le rôle d'une remplaçante de dernière minute, dont on se demande toujours pourquoi Biden l'avait si mal mise dans la lumière tout au long de son mandat. Qui se rappelle que, lorsqu'il avait été élu, on avait dit que Biden, reconnaissant son âge, s'était engagé à démissionner à mi-mandat en faveur de sa vice-présidente ? L'expérience Kamala sur le terrain l'avait-elle dissuadé de mettre cet engagement à exécution ? Ou, grisé par le pouvoir, avait-il préféré oublier Kamala, jusqu'à se déclarer prêt à briguer lui-même un second mandat ? Le président sortant, en tout cas, n'a rien fait pour aider sa vice-présidente à lui succéder. Quand les correspondants de presse aux USA se sont contentés de dire que "si on ne connaît pas Kamala, c'est que le rôle d'un vice-président est juste de s'apprêter à remplacer le président", c'était aller un peu vite en besogne. Un vice-président ne se trouve pas pendant quatre ans dans un placard en attendant de sortir du trou en cas d'urgence…

TABASCO KAMALA

Qui a osé dire que l'ancien procureur de Californie était peut-être en fait un second couteau, loin de cocher toutes les cases pour être le meilleur candidat contre Trump ? Le conte de fées bâti à son propos ne l'aurait pas supporté.

C'est aussi au lendemain de la catastrophe qu'on s'est remis à parler du "plafond de verre" que les femmes politiques rencontrent aux USA. Comme si on avait imaginé pendant la campagne qu'il n'existait plus, à défaut de n'avoir jamais existé.

Qui avait eu le courage de reconnaître que, moins que Hillary Clinton mais quand même, Kamala Harris appartenait à cette intelligentsia de gens très éduqués qui constitue l'essentiel des hautes sphères du parti démocrate, et que le fossé entre ces élites et l'électorat traditionnel de ce parti ne cessait de s'agrandir ?

À l'époque où les films de Noël commencent déjà à revenir sur les écrans des télés, l'histoire de Kamala était trop belle. Elle ravivait d'une belle dose de Tabasco le Bloody Mary aqueux et sans goût que devait être l'élection 2024. Il faut dire que, de ce point de vue en tout cas, la recette a plus que réussi. D'un duel perdu d'avance, les médias ont réussi (ou presque) à faire The Biggest Story Ever Told. Et tout le monde est rentré dans le jeu.

Mais lorsqu'on joue ce petit jeu plus dure est la chute, et plus pénibles sont
les réveils. Alors que si, au lieu de se laisser bercer par cette féérie, on avait gardé les yeux grand ouverts en permanence, on n'aurait pas eu besoin de se pincer bien fort le 6 novembre au matin et de se dire : "Trump président ? Mais je rêve !". Non, vous ne rêviez pas…

Frédéric ANTOINE.

PS: Ceci est une réflexion médiatique générale, pas l'analyse scientifique d'un corpus précis. Que les médias qui ne se reconnaitraient pas dans les commentaires apportés ici ne se sentent pas visés par les appréciations contenues dans ce texte.


28 octobre 2024

Exactitude de l'info : il peut suffire d'un mot

Livrer une info exacte ou pas ne tient parfois qu'à un (ou quelques) mots. Les titres publiés par les médias lors de la fin du synode de l'Église catholique, samedi dernier, en livrent un exemple édifiant.

Alors, les femmes seront-elles autorisées à être prêtres dans l'Église catholique un jour ou l'autre ? Pour les médias, c'était un peu cela la seule et unique question qui valait que l'on porte un peu d'attention au dernier synode catholique qui se déroulait au Vatican. Alors, quand le document final produit par la docte assemblée a été rendu public samedi en fin d'après-midi, c'est là-dessus que tout le monde s'est focalisé. Avec (comme s'il pouvait en être autrement) une grosse déception à la clé. Naïfs, les médias avaient sans doute imaginé que prélats et autres dignitaires s'étaient rendus à Rome pour non seulement y faire la révolution, mais aussi en quelque sorte pour signer leur propre arrêt de mort de mâles dominants. À Rome, il ne suffit pas de rêver…

Quoi qu'il en soit, à la lecture de ces célestes conclusions, les médias sont restés sur leur faim. Le 26/10 en fin de journée, ils se sont donc fendus de titres qui disaient, sans vraiment le dire, quels étaient leurs sentiments ou leurs espoirs. Il n'y a rien là qu'il ne puisse leur être reproché, sauf que, dans beaucoup de cas, l'info ainsi transmise avait un petit air de nouvelle tronquée, voire pas franchement inexacte.

« OUVERTE »

Une première catégorie de titres (relevés dans l'univers des médias francophones), optimistes et positifs, annonce que l'Église catholique « laisse “ouverte” la question de l’ordination des femmes ». Une autre catégorie, quasiment aussi nombreuse, est plus nuancée. On y lit que l'Église catholique « laisse en suspens la question de l’ordination des femmes ». Fameuse nuance : laisser une question “en suspens” n'est pas synonyme de dire qu'elle est “ouverte”. Car, “en suspens”, on ne sait pas si la question est en définitive ouverte ou fermée. 

Comme l'écrit Le Robert, “en suspens” signifie : « Dans l'indécision ; sans solution, sans achèvement. ». Ce qui n'a pas de rapport avec le fait d'être ouvert (dans le sens de « être ouvert au dialogue », c'est-à-dire « accepter la discussion » (1). Ce qui permet de rappeler ici que si, en ordre général, on considère qu'une porte est “ouverte” ou “fermée”, les Belges (et surtout les Bruxellois) savent qu'il existe aussi des cas où elle n'est ni l'un ni l'autre, mais “contre”.

Alors, que dit vraiment le fameux texte à ce propos ? Dans sa version anglaise, ont y lit au §60 "Additionally, the question of women's access to diaconal ministry remains open." Ce qui se traduit incontestablement par : « De plus, la question de l'accès des femmes au ministère diaconal reste ouverte. » Rome a écrit « reste ouverte », et pas « est en suspens », ce que le texte anglais aurait dû mentionner par les expressions "The question is pending" ou "The issue is unresolved." 

DIA (DE) CONAL ?

Peut-on dire que les médias qui ont opté pour “en suspens” ont été plus proches du commentaire que ceux qui ont utilisé l'expression “reste ouverte” ? Sans doute. Mais il n'y a pas que cela. Et c'est là qu'intervient l'art de la précision. Le fameux §60 parle en effet de « la question de l'accès des femmes au ministère diaconal ». Or, la plupart des titres font référence à « l’ordination des femmes », ce qui n'est pas tout à fait la même chose ! Pour le grand public, à supposer qu'il signifie encore quelque chose (2), le mot “ordination” est associé au terme “prêtre”. On parle de l'ordination à la prêtrise, du fait de devenir prêtre. L'ordination au diaconat est certes une ordination, mais un(e) diacre n'est pas un prêtre, loin de là. En utilisant les termes “ordination des femmes”, les médias pratiquent la métonymie, et même plus précisément une synecdoque : ils utilisent le tout pour désigner une partie. Avant de devenir prêtre, le candidat est bien d'abord ordonné diacre. Mais ce n'est pas parce qu'il devient diacre qu'il est ordonné prêtre. En l'occurrence, le tout (“ordination à la prêtrise”) n'est pas synonyme de la partie du tout (“ordination au diaconat”).

Voilà comment on laisse croire que l'Église catholique laisse ouverte la discussion sur l'ordination de femmes prêtres, alors qu'il s'agit juste de savoir si elles pourraient un jour devenir des petits sous-prêtres, c'est-à-dire des diacres (3)…

Les titres auraient mentionné que le sujet concernait l'ordination diaconale, il n'y aurait rien eu à redire. Mais c'était sûrement moins sexy et accrocheur, d'autant que, si déjà peu de gens peuvent dire ce qu'est un diacre, personne ne sait ce qu'est une ordination diaconale…

Dans ce micmac, il y en a qui s'en tirent : les médias qui apportent bien cette précision. Nous avons ainsi trouvé la formule « laisse “ouverte” la question de l’ordination diaconale des femmes » dans un titre du Figaro, qui s'adresse à un public plutôt catho bien élevé. « Laisse “ouverte” la question de l’ordination des femmes comme diacres », notamment dans La Provence, presse régionale qui doit être plus concrète. Ou, sur le site Info de la RTBF, « Au terme d’un sommet au Vatican, l’Église catholique laisse “ouverte” la question de l’ordination des femmes comme diacres ». Là tout est dit sauf qu'il ne faut pas confondre “sommet de l'OTAN” et “réunion finale” du synode…  

A contrario, on notera qu'un vénérable et vénéré quotidien français comme La Croix n'a pas, lui aussi, hésité à titrer « laisse en suspens la question de l’ordination des femmes ». Les assomptionnistes sont parfois aussi mal chaussés…

TOUS LES MÊMES…

Mais alors, pourquoi tant de similitudes ? Eh bien parce que, comme nous l'avons déjà pointé par le passé ici, tous ces titres sont simplement ceux… des dépêches des agences de presse, qu'en ce samedi fin de journée, les préposés chargés de mettre de l'actu dans les médias se sont contentés de repiquer pour en faire des articles sans se mouiller. 

En France, l'AFP est l'auteure de la formule « laisse en suspens la question de l’ordination des femmes ». En Belgique, Belga titrait « laisse ouverte la question… ». D'où les deux formules retrouvées dans les médias, et l'extension généralisée du sujet à la question de l'ordination, sans plus de précision. Pas plus compliqué que ça…

Ah, pour être de bon compte, reconnaissons tout de même que la dépêche de Belga débutait en indiquant que « L’Église catholique laisse “ouverte” la question de l’ordination des femmes comme diacres, une fonction précédant celle du prêtre, sans aborder la question de la prêtrise, au terme d’un sommet mondial sur l’avenir de l’Église au Vatican », ce qui donne bien toutes les bonnes informations et les contextualise utilement. 

Alors que la dépêche de l'AFP s'ouvre elle sur beaucoup plus de flou : « L’Église catholique a reconnu samedi le manque de visibilité des femmes dans sa gouvernance tout en laissant en suspens la question de leur ordination, une déception pour les militantes qui espèrent voir bouger les lignes de l’institution deux fois millénaire. » Toujours pas ici de précision exacte sur la question de l'ordination, mais un début de décentrement qui met l'accent sur un des autres éléments de ce fameux §60 où la question du diaconat féminin n'occupe en réalité qu'une phrase : le manque de visibilité des femmes dans l'institution romaine.

Tout cela n'est-il pas, en définitive, une simple nouvelle discussion sur le sexe des anges, alors, que sur le fond, rien ne change ? Pas sûr, quand on rêve de médias précis, éclairants et diversifiés.

Frédéric ANTOINE.

(L'illustration de ce texte a été générée par l'AI)

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(1) https://www.linternaute.fr/dictionnaire/fr/definition/ouvert/
(2) Ce dont on peut franchement mettre en doute pour une très grande partie de la population .
(2) Voir à ce sujet le procès gagné récemment par la belge Veer Dusauchois qui s'était vu refuser l'accès à une formation au diaconat par la hiérarchie religieuse catholique.


23 octobre 2024

Audiences radio : tout le monde a-t-il vraiment gagné ?


La publication de la dernière vague d'audiences radio a ravi tous les opérateurs. Comme d'habitude, tout le monde se félicite d'avoir gagné. Mais à y voir de plus près, est-ce si vrai que cela ?

La vague de mesure de l'audience radio que le CIM vient de rendre publique concerne les mois de mai à août, c'est-à-dire une période largement marquée par la présence des mois d'été et les vacances, moment où les radios allègent traditionnellement leur programmation. Ce n'est donc sans doute pas le meilleur moment pour évaluer la situation réelle de l'auditoire des radios, par rapport à une moyenne lissée sur l'année. Mais bon, allons-y quand même…

Pour apprécier les scores des stations, la première réaction est de se pencher sur leurs parts de marché. Une lecture stricte classe les stations selon leur pourcentage de PDM. Nostalgie précède ainsi Vivacité et Radio Contact, puis viennent Bel RTL et Classic 21. Mais, à y regarder de près, l'écart entre les trois premiers est insignifiant. Il se mesure en dixième de % de PDM, c'est-à-dire totalement à l'intérieur de la marge d'erreur statistique. On peut donc dire que les trois premières stations sont à égalité en termes de parts de marché, et que Bel RTL n'est pas loin derrière. Mais évidemment, comme lorsqu'on analyse des sondages électoraux, il est toujours plus agréable de dire "qui a gagné" et "qui a perdu", même si c'est à deux dixièmes de %…

CHANGEMENTS D'ORDRE

Les PDM ne disent pas tout. La mesure de l'audience moyenne, c'est-à-dire du nombre d'auditeurs/jour des stations, constitue aussi un indicateur significatif, même s'il ne tient pas compte du temps que chacun de ces auditeurs est resté en contact avec la station. Ce relevé-là inverse l'ordre des gagnants, puisque Vivacité l'emporte alors sur Nostalgie, les autres stations conservant la place qu'elles occupaient dans le classement PDM.
En chiffres absolus comme en pourcentages, il apparaît à nouveau clairement que cette velléité de classer par ordre les stations les plus fréquentées doit être écartée en raison des lois statistiques : les différences entre le nombre d'auditeurs des trois premières radios est si faible qu'à nouveau on doit les considérer comme étant à égalité. La distance par rapport aux suivantes (Bel RTL, Classic 21), est toutefois ici plus manifeste.
La mesure du temps passé par chaque auditeur sur les radios qu'il écoute, troisième indicateur d'audience, renverse plus profondément l'ordre des classements, ce qui est compréhensible puisque des auditeurs assidus peuvent déclarer passer plusieurs heures par jour à l'écoute d'une station qui n'accueille toutefois qu'un très faible public. Tel est le cas des radios musicales thématiques, par exemple, comme le démontre Jam. dans cette vague de mesure d'audience : en moyenne, ceux qui écoutent ce programme le suivent près de 4 heures/jour. Alors que cette station n'a qu'un nombre d'auditeurs infime. On pourrait en dire presque autant de LN Radio, qui a toutefois un public un peu plus nombreux que Jam.
 
Mais cette logique touche aussi la tête du classement où Classic 21 paraît l'emporter sur ses concurrents, Bel RTL précédant alors le trio Nostalgie, Contact et Vivacité, belle dernière. Sauf que, à nouveau, la différence de temps d'écoute moyen entre ces 5 stations est infime : Classic 21 est seulement écoutée en moyenne 8 minutes de plus que Vivacité. Donc, là aussi, les règles méthodologiques poussent à considérer ces 5 radios comme étant dans le même intervalle. Elles sont toutes écoutées en moyenne entre 142 et 150 minutes par jour, alors que se mêlent ici des radios musicales dites "d'accompagnement", qu'on a tendance à écouter sur la durée, et des radios dites "de rendez-vous", dont l'offre de programme est diversifiée et que les auditeurs ne continuent pas naturellement à suivre lorsque qu'une émission succède à une autre.
 
Cette fidélité à un radio musicale de flux explique, de même manière, le bon classement de Viva+ ou de Inside, par exemple.
 
DANS LE RÉTROVISEUR
 
 Accès aux résultats publics oblige, cette brève analyse ne porte pas sur des cibles particulières, alors que les commentaires de victoire publiés par certains opérateurs reposent sur les résultats obtenus sur certaines cibles, dites "commerciales", et non sur l'ensemble de l'audience. Nous ne nous y attacherons pas ici.
 
Jusqu'à présent, il n'a donc pas été aisé de dire qui avait gagné ou perdu. Peut-être cela s'éclaircit-il si on se penche longitudinalement sur les audiences des radios.
Le graphique ci-dessus reprend les résultats en PDM mesurés depuis quatorze mois, soit de mai 2023 à août 2024. Il confirme l'existence de trois (ou quatre) sous-groupes : en tête, le trio Nostagie, VivaCité et Contact. Ensuite, le duo Bel RTL-Classic 21. Puis le duo La Première-NRJ. Et enfin le reste du classement, où se distinguent Tipik, Fun Radio et Musiq3.
 
L'élément le plus marquant des courbes de ce graphique est que, dans la plupart des cas, les pourcentages de PDM obtenus pour la vague 2 (mai-août) 2023 sont quasiment équivalents à ceux de la vague 2 (mai-août) 2024. Seule exception notoire : Bel RTL qui décolle en mai-août 2024 par rapport à ses résultats antérieurs. NRJ est, dans une moindre mesure, également dans une dynamique de croissance.
 
TOUT EST CALME
 
Le graphique démontre donc que, de 2023 à, 2024, les audiences de mai-août sont à peu près stables, et que c'est au cours de la "vraie" saison radio (septembre-avril) que les choses changent. Les données de la période péri-estivale ne constituent donc pas les meilleurs indicateurs.
 
Le calcul des différences de PDM entre mai-août 2023 et 2024 le confirme : entre ces 2 périodes, les seules stations ayant vraiment gagné en PDM sont Bel RTL et, dans une moindre mesure, Nostalgie, la seule radio ayant clairement subi une perte de PDM étant Fun Radio. 
 
L'audience moyenne quotidienne mesurée au cours de ces deux périodes complète nos données : pour les radios le plus écoutées, les chiffres 2024 sont équivalents ou légèrement inférieurs à 2023 (c'est-à-dire que, par exemple, Bel RTL qui gagne en PDM ne gagne pas en nombre d'auditeurs). Dans les premières stations du classement, seules La Première et NRJ comptent en mai-août 2024 davantage d'auditeurs que lors de la même période 2023.
 
PERDANTS ET GAGNANTS

Toutes stations confondues, La Première et… Maximum FM sont les deux qui gagnent le plus d'auditeurs (mais on ne dépasse pas les 15.000 personnes supplémentaires). Étonnant pour la première radio de contenu du service public (qui gagne 5% d'auditeurs), dont la grille d'été n'est pas particulièrement riche (et c'est un euphémisme). Pas d'explication évidente par contre pour Maximum FM, reprise par Rossel depuis 2021, qui double presque son nombre de contacts.
 
De nombreuses stations engrangent quelques milliers d'auditeurs de plus. Parfois, cela concerne des radios ayant une faible audience, ce qui revêt alors une signification particulière. Exemples : Viva Sport (±40% d'auditeurs/jour), Viva+ (±20%), Inside (±40%) ou Tarmac (±50%). Dans trois des cas cités, il faut noter qu'il ne s'agit pas de radios hertziennes, mais écoutables en DAB+ ou ipradio, ce qui pourrait indiquer une hausse de ces modes de consommation de la radio.
 
Du côté des pertes d'auditeurs, il y a quelques soucis à se faire à Classic 21 qui, malgré son bon classement en PDM, perd un peu moins de 10% de contacts par rapport à l'an dernier. Même préoccupation, chez Fun, qui ne semble pas profiter de son rachat par IPM et voit 20% de ses auditeurs la quitter. Fuite aussi chez VivaCité" qui, malgré son apparente bonne forme, enregistre aussi une perte de 4% de ses "écouteurs". Mais évidemment, ces chiffres sont ceux des mois d'été. Ils ne manifestent pas nécessairement des tendances sur l'année.
 
Pour les toutes petites audiences, les chiffres ne sont pas assez significatifs pour permettre des comparaisons fiables. Mais, finalement, oui, il y a donc bien des gagnants et des perdants… 
 
Frédéric ANTOINE.

 
 


 

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