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Regard médias

Il y en a des choses à dire sur les médias en Belgique…

16 février 2021

INDISPENSABLE, LE DAB+ ? L'AUDIENCE NE SEMBLE PAS VRAIMENT LE PENSER

Le 13 février, à l'occasion de la journée mondiale de la radio, on s'est félicité des progrès du DAB+ en Belgique francophones. Mais ceux-ci sont-ils vraiment si prometteurs? Pas sûr, pas sûr… Alors, fallait-il passer au DAB+?

 

14% des Belges francophones écoutent aujourd'hui la radio en DAB+. C'est ce qu'affirme un sondage IPSOS rendu public par maradio.be (1) aux alentours de de la journée mondiale de la radio et du Digital Radio Day. Et le groupe de pression destiné à promouvoir le DAB+ de plastronner, en titrant la présentation de ces résultats "Le DAB+ cartonne". Si le carton est désormais atteint avec 14% de parts d'audience, qu'en sera-t-il du superlatif utilisé si, un jour, le DAB+ est utilisé par 50% des auditeurs?…

D'accord, en 2018, le DAB+ ne représentait selon la même source que 2% du "marché de la radio" et 6% en 2019. Il a donc progressé. Mais, malgré tout, la plupart des auditeurs n'ont pas encore en masse switché vers la RNT. Et ce malgré la pression publicitaire pesant sur eux. Rappelons-nous, par exemple, cette pub radio plutôt trompeuse qui affirmait « Les radios de la RTBF passent au DAB+ », laissant croire que, du au lendemain, le seul moyen d'encore entendre Arnaud Ruyssen ou C'est vous qui le dites serait de disposer d'un récepteur DAB+… Une affirmation tellement forte que de nombreuses personnes, et pas rien que des octogénaires, s'étaient alors réellement demandé si elles devaient en urgence aller acheter un nouveau "poste". Bien joué, mais un peu raté. Il n'y a pas eu de razzia dans les magasins et les ventes de récepteurs DAB+ n'ont pas explosé. 

La Quatrième oreille

Soyons de bon compte et regardons les chiffres les yeux dans les yeux : selon ce sondage, en 2020, 86% des Belges francophones n'écoutaient PAS la radio en DAB+. Quel carton pour les autres modes de réception!

Alors, bien sûr, on peut enrober les chiffres et leur faire dire un peu ce que l'on veut. Ainsi, l'interprétation de cette enquête IPSOS par maradio.be en arrive rapidement à dire que, ce qui est remarquable, est qu'aujourd'hui 34% de l'écoute radio se fait en numérique. Voilà en effet une donnée intéressante: désormais, 1/3 de la consommation radiophonique est digitale. Mais de ce tiers, le DAB+ ne représente que la moitié. 7% de l'écoute numérique se fait via la télévision et, surtout, 13% "via internet", c'est-à-dire en radio IP (rien ne disant qu'en plus, une partie de l'audience tv n'est pas, elle aussi, relative à l'écoute de radios IP).

(source: maradio.be)

Restons donc modestes. Et rendons hommage, notamment, à ces matamores de la production radio qui ont demandé et obtenu du CSA de lancer des stations ne diffusant que en DAB+. Quels courageux! Au mieux du mieux, ils ne s'adressent qu'à un septième de l'auditoire, tout en devant produire pour la RNT des programmes originaux… qui ne sont donc écoutés par quasi personne. Belle preuve de total désintéressement!

Un peu exagéré ?

 La radio analogique a encore de beaux jours devant elle. Sauf si on ne la laisse pas mourir de sa belle mort, mais qu'on lui prescrit une disparition médicalement assistée, comme l'a décidé la Flandre où, en 2023, tous les postes FM devront être équipés d'un récepteur numérique (2). On imagine déjà les inspecteurs du ministre CD&V Benjamin Dalle s'immiscer dans tous les foyers flamands, de la chambre à la cuisine, pour vérifier si les postes de radio sont bien adaptés pour le DAB+… C'est exagéré? Sûrement. Par contre, on attend vraiment de voir ce qui se passera pour nos amis flamands qui achèteraient un récepteur analogique à Bruxelles ou en terre wallonne. Sera-t-il interdit d'entrée sur le Heilige Vlaamse Grond ?

Tous unis comme un seul homme dans maradio.be, les grands opérateurs radiophoniques n'épargnent pas leurs efforts pour convaincre la population que le DAB+, il n'y a rien de meilleur. Peut-être. Mais, si la solution, en fait, n'était pas ailleurs ? Bien sûr, les PDM du DAB+ ont bondi de 2 à 14% en deux ans. Mais, pendant la même période, la radio IP, qui était déjà à 9% de parts de marché, est passée à 13%. Avec le gros avantage que l'écoute de la radio IP ne demande aucune acquisition de matériel nouveau. Et qu'elle est directement accessible sur les enceintes connectées, qui finiront bien aussi par se développer en Belgique. Se féliciter de la bonne part d'audience "numérique" de la radio n'est donc pas très honnête. Car cela laisse croire que les immenses investissements faits dans la diffusion, ainsi que les achats qui sont imposés à l'auditeur, ont déjà eu un grand écho dans les usages de la population. Or, ce qui n'est pas le cas.

Stop ou encore ?

Alors, stop au DAB+, technologie déjà dépassée? Et passons tous à l'IP, en conservant la FM classique afin que subsiste un mode de transmission hertzienne ? Certains en rêvent, d'autant que rien ne prouve le réel besoin de tous les services complémentaires à la diffusion sonore que propose le DAB+. Arrêter le matraquage pour la RNT, cela permettrait aussi de rapatrier au sein du Fonds d'aide à la création radiophonique (FACR) de la Fédération Wallonie-Bruxelles le tiers de ses ressources, qui lui est aujourd'hui retiré pour alimenter maradio.be. Mais est-ce réellement possible? Toute l'Europe s'est jetée dans la marmite de la RNT comme elle le fit dans celle de la TNT, en croyant que le switch opéré en télé serait tout aussi aisé en radio. On voit bien que ce n'est pas le cas. Et le récent choix britannique de renvoyer le big radio switch off en 2032 plutôt qu'en 2022 confirme cette difficulté, même dans un marché bien préparé où… 60% de l'audience radio se fait déjà en digital (3). Alors qu'on en est loin…

Qu'une partie de la transmission radiophonique reste hertzienne paraît indispensable. Au nom de la l'accessibilité universelle, de l'indépendance et de l'impériosité de disposer d'un mode de transmission médiatique qui ne soit pas cadenassé par les grandes sociétés des opérateurs mondiaux. Les ondes, c'est la liberté. Ce fut le cas en 1939-1944. C'est toujours le cas. Dans dix ou vingt ans, à l'aide de forceps et de contraintes d'utilisation imposées aux auditeurs, le DAB+ sera le seul modèle de radio hertzienne. Mais qui écoutera encore la radio via cette technologie? Cette question-là est ouverte. Et on peut être persuadé que les tous les grands chefs des radios RNT se la posent, ne serait-ce qu'inconsciemment.

Parce que le paquebot France a fini dans un arrière-port de Saint-Nazaire et que le Concorde a disparu. Alors qu'ils avaient coûté des sommes folles. Et qu'on croyait qu'ils étaient le top de leur secteur. Sans parler du minitel…

Frédéric ANTOINE.

(1) https://presse.maradio.be/etude-ipsos--le-dab-cartonne#
(2) https://www.mediaspecs.be/fr/les-recepteurs-numeriques-pour-le-dab-obligatoires-pour-les-radios-des-2023-en-flandre-le-ministre-dalle-envisage-des-licences-temporaires-de-diffusion-numerique-pour-les-radios-locales/
(3) https://www.dailymail.co.uk/news/article-8485629/Radio-fans-listen-FM-decade-digital-switchover-off.html

09 février 2021

LN24 SUR AUVIO: LA SUPRISE DU CHEF


La prochaine arrivée de LN24 sur la plateforme Auvio fait des vagues à la RTBF. Mais n'est-elle pas d'abord un coup de maître, et pour Auvio et pour LN24?

Ça s'excite un peu, du côté des journalistes de la RTBF, depuis qu'a été annoncée hier le prochain débarquement de LN24 sur Auvio. Comment, la concurrence va occuper "notre" espace sur "notre" plateforme! Est-on sûr, d'abord, que LN24 partage nos valeurs, voire notre conception du journalisme? Bonnes questions, mais peut-être pas toutes pertinentes. Oui, Auvio a le goût et les couleurs de la RTBF. Mais, même si le logo de la RTBF est intégré dans celui d'Auvio et que son adresse web est www.rtbf.be/auvio, ce n'est pas la plateforme de la RTBF. Elle n'a jamais été voulue comme telle par la hiérarchie. Ses concepteurs l'ont dès le départ rêvée comme une sorte d'alternative belge francophone à Netflix, rassemblant le maximum de contenus possible.

Considérer que c'est aussi la plateforme maison est oublier que AB3, Xplore et Arte y consignent aussi déjà leurs émissions. Bien sûr, sur AB3, cela fait belle lurette qu'il n'y a pas de journaux télévisés. Mais la chaîne ne diffuse-t-elle pas des magazines d'enquêtes-reportages, comme Reporters, par exemple, aux sujets pas toujours reluisants… dont on trouve parfois des déclinaisons comparables dans l'offre des chaînes de la RTBF. Les magazines d'AB3 ne constituent-ils pas une menace pour le journalisme made in service public de la RTBF? En tout cas, ils ne touchent pas au sacro-saint tabou: l'information quotidienne. Le JT, pour parler simple. Arte en produit. Mais, subtilement, la "sélection d'Arte" que propose Auvio ne les comprend pas. Le seul JT concurrent aujourd'hui présent sur la plateforme est celui de la RTBF. Mais cela, ce n'est pas grave. VRT et RTBF ne sont-ils pas les deux enfants du même service public? Avec l'arrivée de LN24, ça change tout: dans la chasse gardée de l'actu.


Chacune chez soi


N'avait-on même pas un jour rêvé de voir RTL rejoindre Auvio plutôt que de lancer en catastrophe de son côté une plateforme ersatz technique de celle concoctée par M6? Si ce projet-là avait vu le jour, nul doute que des cohortes de journalistes de la RTBF se seraient immédiatement mises en grève illimitée. Car là, le tabou de toucher à l'actu n'aurait pas été menacé. Il aurait été piétiné. Mais, grâce à Dieu, les responsables de l'avenue Georgin n'ont jamais choisi de franchir ce Rubicon-là. Jamais les JT de La Une et ceux de RTL-TVI ne se retrouveront côte à côte sur une même plateforme. Sur un téléviseur, il suffit de switcher sur sa télécommande pour passer de l'un de l'autre, et ce n'est compliqué ni sur une appli ni sur internet. Mais ils ne sont pas là ensemble. Ils ne doivent pas se côtoyer. Chacun chez soi. Sauf que, comme écrit plus haut, Auvio, ce n'est pas vraiment "la RTBF chez soi". Même si cette image, bien entretenue par l'image de marque, est ancrée dans la tête de pas mal de gens.

 

Du journalisme, tout de même

 

On peut s'interroger sur le type de journalisme pratiqué sur LN24 par rapport à celui du service public, sur ses choix rédactionnels, sur ses angles parfois idéologiques, voire politiques, sur sa propre conception de la déontologie, sur les mélanges de genres que l'on peut retrouver dans certains de ses programmes… mais c'est du journalisme. Les fondements du journalisme sont partout les mêmes, et d'ailleurs, ceux qui pratiquent sur la RTBF et sur LN24 sortent des mêmes écoles ou universités, ont été formés par les mêmes professionnels, et ont eu les mêmes profs. Évidemment, journalistes de LN24 et de la RTBF ne fonctionnent pas dans le même environnement. Sur LN24, le personnel en CDI n'est pas foison. À la RTBF, il est beaucoup plus courant. Dans une petite PME toujours en période de lancement, où l'on perd encore de l'argent, chacun craint chaque jour pour sa place. À la RTBF, il y a bien de plus en plus de CDD, mais on connaît quand même aussi une certaine stabilité d'emploi.
À la RTBF, on regorge aussi de moyens techniques, au point d'envoyer des journalistes faire des in situ là où il ne se passe rien. Sur LN24, on s'inspire de chaînes all news comme BFM pour miniaturiser le matériel et charger aussi le journaliste de gérer lui-même la technique, mais on ne joue pas (encore) dans la même cour que le service public. Alors, pourquoi le grand frère redoute-t-il autant l'arrivée du petit rejeton?

 

Concurrence loyale


N'est-ce pas simplement parce que le grand frère redoute la concurrence, la possibilité de comparer sans devoir zapper. Et que, si LN24 n'a aucune chance théorique d'être meilleure sur l'info que la RTBF, elle n'en occupe pas moins de plus en plus de créneaux. La RTBF a deux bastions: ses JT de 13h et de 19h30. Dans l'un, elle domine le marché, dans l'autre, son ambition de battre RTL définitivement est toujours de l'ordre de l'ambition. Mais, le reste de la journée, comment fait-on pour s'informer sur la RTBF, enfin RTBF Télévision, car jusqu'à plus ample informé les ambitions de LN24 en radio ne sont encore aujourd'hui qu'au stade de projet. 

En télé, le matin, l'info est incluse dans la sorte de mi-radio filmée, mi-télévisé, du 6-8 et du 8-9. Soit pas quelque chose qui soit vraiment de la télé. Alors que sur LN24, il y a une vraie matinale, qui se paie le luxe, comme La Première radio, d'avoir des invités politiques dont les déclarations sont parfois assez intéressantes pour être reprises ensuite par tous les médias. 

Et après dans la journée, sur la RTBF TV? Hormis le 13h, le 19h30 et Vews… au même moment sur Tipik, plus rien. Alors que LN24 est, elle, là en permanence. En fin de soirée, on ne sait jamais quand le microscopique Vews sera rediffusé sur Tipik. En face, LN24 est toujours-là, et propose même un grand journal en direct à 23h. 

 

Modèle à revoir


Alors, si tout LN24 débarque sur Auvio, on fera vite la comparaison. On comptera le nombre d'éditions de JT, le nombre d'émissions d'infos de l'une et de l'autre. Et il apparaîtra que, en Belgique francophone, la chaîne qui fait le plus d'infos et est la plus présente en permanence, ce n'est pas la RTBF. Pour adoucir le constat, on ajoutera aux productions Tv du service public toutes les vidéos des émissions de La Première, avec ses JP et ses magazines. Mais il sera vite évident que ce n'est pas la même chose. Quantité n'est pas qualité, dit-on souvent. Mais quand même. C'est là que cela pourrait faire mal. Avoir de si nombreux journalistes pour ne produire "que" quelques émissions de grande qualité, alors qu'en face on fait le job et on est au turbin en permanence, avec les compétences et les moyens du bord. 


La solution est-elle de s'opposer à l'arrivée de LN24 su Auvio? Ou de se questionner sur la nature et la fréquence de la couverture de l'info "télévisée" (ou "audiovisuelle") sur la RTBF. Pourquoi le service public ne se positionne-t-il pas, lui aussi, dans une sorte de créneau all news (à inventer) qui pourrait être compétiteur de LN24? Pourquoi la logique d'édition de contenus est-elle diluée dans un talk-show ± radiophonique le matin, et totalement absente en avant et après soirée? On répondra qu'il y a eu des tentatives, mais que ça coûtait cher et qu'il n'y avait personne au rendez-vous. Sauf que, aujourd'hui, c'est LN24 qui occupe ces déserts, et que, tout petit à tout petit, l'herbe commence à y pousser. Depuis quelques mois, la comm de LN24 est fière d'annoncer des gains en audience, sur des cibles très pointues, et plutôt dans le haut de gamme. En face, le service public ne s'écrie-t-il pas: "Du goujon ! c'est bien là le dîner d'un Héron !J'ouvrirais pour si peu le bec ! aux Dieux ne plaise !", comme disait le héron de La Fontaine…


Son arrivée sur Auvio est une consécration pour LN24. L'affirmation que le petit avorton sur lequel personne ne pariait un kopeck est arrivé dans la cour des grands. Et les démange tellement qu'ils en font une petite jaunisse. Pour Auvio, c'est l'affirmation du projet initial selon lequel, sous l'égide de la RTBF, la plateforme vise à rassembler au plus large, pour contrer ensemble les GAFAM, au nom de la devise nationale belge. Si, en plus, cette concurrence rapprochée amenait l'info RTBF à s'interroger sur elle-même, en conservant bien sûr sa différence et sa spécificité, tout le monde ne serait-il pas gagnant?


Frédéric ANTOINE.

08 février 2021

THE VOICE BELGIQUE N'A PAS PROFITÉ DE COUVRE-FEU. ET SON PUBLIC VIEILLIT…

Même avec un jury aimé par le public et, paraît-il, des candidats hors pair, les blinds n'ont pas fait décoller The Voice Belgique. La comparaison avec les années précédentes parle d'elle-même. Tout comme elle confirme que le programme attire toujours davantage des spectateurs ayant deux à trois fois l'âge des jeunes qui animent la compétition.

 

 

Autour des 404.000 téléspectateurs (mesure audience J+1) : telle est l'audience moyenne des blinds de The Voice Belgique 202. Un score assez stable depuis le début du programme, à la fin de l'année passée. Avec le couvre-feu, et donc l'obligation d'être chez soi pour 22h, on aurait pu croire que le public aurait eu tendance à se retrouver en plus grand nombre devant les prime times de la télé. Pour The Voice, en tout cas, cela ne s'est pas vraiment passé.

En les comparant à ceux des trois années précédentes, les blinds de The Voice 2021 font les moins bons scores. Mettons de côté l'édition 2020, The Voice Kids n'ayant pas autant de blinds que l'original, et les dernières semaines y représentant donc déjà les étapes suivantes du télé-crochet. Mais, pour 2019 et 2018, années "normales", les différences sont patentes. En 2019, les résultats hebdomadaires étaient un peu en dents de scie, mais en général supérieurs à ceux de 2021. En 2018, alors qu'au début l'audience ressemblait un peu à celle de cette année, à partir de la troisième semaine, elle s'était envolée, puis stabilisée.
En audience moyenne par émission, on est passé de 449.000 spectateurs en 2018 à 404.000 cette année. Un trend descendant d'année en année, mais on aurait pu s'attendre à une remontée en 2021. D'abord parce que la prod a mis le paquet sur la proximité et la notoriété des jurés (que serait The Voice B. sans B.J Scott?), ainsi que sur la manière particulièrement empathique dont le jury doit se comporter vis-à-vis des candidats. Mais aussi en fonction des circonstances particulières que nous vivons, et des contraintes de la crise sanitaire. 
De 2018 à 2021, la perte est significative, et commence à pouvoir être réellement appréciée, même en tenant compte d'un intervalle de confiance (marge d'erreur liée à la méthode de mesure). L'érosion parait donc inéluctable alors que les blinds sont normalement un des moments les plus forts du programme, puisqu'ils constituent les occasions d'accrocher le spectateur, de l'ancrer dans le programme et de l'y faire participer, comme s'il était membre du jury même si, pour l'audience, la mécanique du blind n'est pas de mise.
 
Pour quatre des cibles pour lesquelles la RMB livre quelques informations, la constance est ce qui marque le mieux les audiences 2021. Mis à part les PRP (principaux responsables d'achats), plus nombreux en semaines 3 et 4 puis 6 6, l'audience des autres groupes (les 12-34 ans les PRP avec leurs enfants, les femmes de 18 à 54 ans) ne subit que de très faibles variations. On entre dans The Voice et on une fois qu'on y est, la plupart regardent le programme toutes les semaines, en tout cas lors des blinds.
Par contre, ce tableau révèle aussi que, parmi les quatre groupes pour lesquels on dispose de résultats, les spectateurs les plus nombreux sont les PRP et les femmes "actives" '(ce qui est, en grande partie, un groupe identique…). Les jeunes (18-34 ans) sont particulièrement peu présents, ce qui peut paraître étrange pour une émission supposée plutôt destinée à les attirer devant le petit écran. 
 
D'autres données accessibles via la RMB confirment que les "jeunes" sont peu nombreux devant The Voice. Mais elles montrent aussi que, par contre, les "vieux" constituent une part importante de l'audience.
Sur la moyenne d'audience des six blinds, les enfants représentaient 3%, les jeunes adultes 15%, les adultes 30% et les plus de 55 ans 55%. 
Toujours sur la moyenne des six blinds, si l'on compare ces résultats avec ceux de 2018, on obtient d'autres indications concordantes.

Par rapport à il y a quatre ans, la proportion de spectateurs parmi la classe d'âge "enfants" est à peu près sable (-1%), et celle des jeunes adultes est en baisse (-3%). Les adultes 35-54 ans sont stables. Ce qui augmente, c'est seulement la part d'audience des plus de 55 ans (+ 6%). Non seulement l'audience de The Voice est structurellement plus âgée sur la RTBF, car l'audience de cette chaîne est toujours plus âgée, mais la part de ce public âgé croît avec le temps. Au risque d'un jour ne plus rassembler que des séniors…

Les données comparatives indiquent aussi que, en quatre ans, la proportion d'audience féminine a augmenté, ce qui devrait plaire aux publicitaires. De même que la proportion de membres de l'auditoire appartenant plutôt aux catégories sociales supérieures (celles que l'on place de 1 à 4 sur une échelle de 8), qui a crû de près de 10%, et explique pourquoi, déjà cette année, un des deux placements de produits déclarés  dans The Voice est… BMW. 

Sur la RTBF, The Voice est donc ces derniers temps encore moins regardé par les jeunes, les hommes et les membres des classes sociales les moins privilégiées de la société. Son public, c'est d'abord un public âgé, féminin et aisé. Tous les jeunes espoirs qui y participent s'imaginent-ils vraiment d'abord s'adresser à leurs grands-parents, et ensuite à leurs parents? Et se rendent-ils compte que, si les fan-clubs n'étaient pas mobilisés aux moments où le public vote, la meilleure voix serait choisie par des gens deux à trois fois plus âgés qu'eux. Mais, à voir le profil de nombreux candidats des blinds, pas nécessairement (beaucoup) plus friqués qu'eux…

Frédéric ANTOINE.

07 février 2021

INVITER LES SCIENTIFIQUES À ALLER SE RHABILLER, EST-CE LE RÔLE D'UN PRÉSENTATEUR D'UNE CHAÎNE ALL NEWS?

Est-il normal que, au début de son émission, un animateur d'une chaîne All News s'adresse directement aux scientifiques, et les invite en termes polis à aller se rhabiller? C'est en tout cas ce qui est arrivé près de chez nous fin janvier. Est-ce cela qu'un présentateur d'une chaîne consacrée à l'info est là pour donner son opinion ?

« Je m'adresse aussi pour terminer aux experts. Alors, messieurs les experts, ça fait un an que vous êtes sur tous les plateaux de télévision et y a rien qui a changé. Alors, s'il vous plaît, retournez dans vos laboratoires trouver nous une solution et laissez le politique qui est payé pour ça nous l'annoncer. » C'est ainsi que le présentateur (ou l'animateur, ou le journaliste?) d'une émission de LN24 a ouvert son programme le 30 janvier dernier. En termes plus un peu plus choisis, ce dernier a bien signifié aux chercheurs, aux médecins, aux épidémiologistes… de retourner à leurs casseroles et de ne plus nous embêter. Qu'à titre privé, on puisse exprimer de telles opinions est une chose. Mais que cela soit affirmé, en ouverture de programme, par celui qui le présente, peut poser davantage de questions. (le texte complet figure en fin d'article)

D'accord, l'émission en question s'appelle un "Late Show", et essaie peu ou prou de s'inspirer des talk-shows de fin de soirée des télévisions américaines. Mais, dans le cadre de l'émission précitée, cela veut-il dire qu'on n'y exercice pas le journalisme, et que la pratique déontologique appliquée dans l'ensemble des autres programmes de la chaîne, 100% info, n'est ici pas de mise? La personne qui anime cette tranche horaire est-elle dispensée des règles qui régissent le monde de l'information? 

Une question de statut

Aux USA, les présentateurs des late shows ne sévissent pas sur des chaînes d'info, et ils animent clairement leur show dans le contexte d'un programme de divertissement. Ils y jouent un rôle mêlant la fonction d'animateur-présentateur et celui d'humoriste. Ils sont là pour être des pince-sans-rire, pas des journalistes. Le stand-up qu'ils réalisent en début de chacun de leurs shows est d'ailleurs une sorte de sketch humoristique, souvent grinçant, certes basé sur de l'actu, mais dont tout le monde maîtrise le fonctionnement et les règles. Le cadre et le contexte se prêtent à ce genre d'exercice. On n'a pas là affaire à une sorte de billet d'opinion présenté en pré-programme, avant le générique de l'émission. Le québécois Dan Gagnon, lorsqu'il animait le Dan Late Show sur la RTBF, était dans cette veine américaine. Ici, c'est autre chose.

D'accord, la pratique du journalisme inclut l'éditorialisation. Et, dans les médias écrits, l'expression d'opinions par des journalistes-éditorialistes est une tradition bien ancrée. Mais est-on ici dans ce cadre-là? Est-on face à un éditorial, qui pose le pour et le contre, analyse et puis conclut par l'expression d'un avis? En entendant les propos reproduits ci-desus en ouverture de ce programme, le spectateur ne peut-il pas se demander : « Mais qui est ce personnage pour prononcer de tels propos ? D'où vient-il pour parler ainsi aux scientifiques ? Pourquoi se permet-il ce ton-là ? Sur quoi se base-t-il, par exemple, pour affirmer que rien n'a changé ? » Le présentateur de ce programme a-t-il sur la chaîne un statut d'éditorialiste? Le générique de l'émission précise-t-il que les propos du présentateur n'engagent que lui-même et pas l'identité éditoriale de la station? Sauf erreur, cette émission n'a pas de générique…

Une question de genre

D'accord, le présentateur de ce show ne manque pas de talent. Dire qu'il ne pratique ce genre d'exercice que depuis septembre dernier, et qu'il n'avait auparavant pas fréquenté les cénacles de l'audiovisuel, démontre une incontestable capacité à assimiler les codes télévisuels en un temps record et un art de la présence à l'écran que certains doivent lui envier. Mais cela ne démontre-t-il pas que ce show s'inscrit dans un registre étranger aux formats conventionnellement utilisés sur une chaîne consacrée à l'information? Si l'on se branche sur une all news, c'est parce qu'on a confiance en elle, en la qualité et en la véracité de l'info qu'elle va délivrer. Comme le disent les sociologues des médias, c'est là-dessus que repose contrat de lecture qui lie le spectateur et la station. Le programme évoqué ici correspond bien à ce qu'on appelle un talk show, c'est-à-dire un programme ‘à invités’ où tout tourne autour de la personnalité du présentateur. Sans lui, l'émission n'existerait pas. Mais ce n'est pas un talk-show d'information comme, par exemple, C'est pas tous les jours dimanche sur RTL-TVI.

La question de fond est donc de savoir si, sur une chaîne d'infos, le mélange des genres est de mise, le spectateur n'ayant qu'à se débrouiller seul devant la diversité des codes sur lesquels fonctionnent des programmes de nature différente. Une all news, ce n'est pas une télévision thématique comme les autres, où tout est bon pourvu que l'audience suive. C'est un maillon de la chaîne des connaissances qui nous permettent notre être au monde.

D'accord, on dira qu'il suffit de faire confiance à l'intelligence du spectateur, bien formé par une éducation aux médias tellement pratiquée en Belgique que le monde entier nous l'envie. N'empêche. Quand on entend le présentateur d'une émission d'une chaîne info affirmer tout de go sa propre opinion, en invitant les scientifiques à retourner dans leurs labos et foutre la paix au monde, ça cause comme un malaise…

Frédéric Antoine

Pré-Ouverture de l'émission du 30/01/2021

"Je m'adresse à vous les jeunes, pas ceux qui sont avachi devant leur télévision. Avec Netflix, les GAFA, YouPorn, Deliveroo, mais à ceux qui se rebellent, aux résistants. A nos jeunes qui aux Pays-Bas se rebellent. A ceux qui veulent se rebeller ici, en Belgique. Je devrais pas le dire, je devrais pas vous conseiller de le faire. D'ailleurs, je vous conseille pas de le faire. Mais comme dirait Frank Vandenbroucke, je ne vous l'interdis pas parce qu'on comprend votre mécontentement. Je m'adresse aussi aux pontes de l'Europe et du fédéral. Messieurs, nos séniors ont cotisé 40 ans pour se retrouver depuis un an dans une prison. Prison dorée peut être, mais une prison tout de même. Notre classe moyenne est à L'a-go-nie. Elle n'existera peut être plus après cette crise et c'est elle qui fait tourner la baraque. Je m'adresse aussi pour terminer aux experts. Alors, messieurs les experts, ça fait un an que vous êtes sur tous les plateaux de télévision et y a rien qui a changé. Alors, s'il vous plaît, retournez dans vos laboratoires trouver nous une solution et laissez le politique qui est payé pour ça nous l'annoncer. Et pourquoi pas un jour de bonnes nouvelles. Mesdames et messieurs, bienvenue dans le …"

06 février 2021

TFI : COMMENT, SOUS UN PRÉTEXTE MENSONGER, METTRE DES « STARS À NU »


Des "stars" qui se montrent nues afin d\"inciter les téléspectateurs… à accepter d\"en faire autant chez le médecin lors d\"un dépistage du cancer de côlon: tel est le louable pitch de Stars à nu, diffusé ce vendredi 5/2 sur TF. Mais quel motif hypocrite pour diffuser en primetime un programme un peu voyeur! En effet, pour dépister le cancer du colon, on ne se dénude pas devant un médecin. En tout cas, pas à l\"état conscient.

Il n\"y a qu\"un moment où, dans Stars à nu, on dit la vérité: quand un médecin vient y expliquer aux "stars" participant au programme ce qu\"est le cancer du côlon et comment on le débusque. Il précise ainsi la première étape: un test à mener chez soi sur un échantillon de selles afin d\"y repérer l\"éventuelle présence de sang. Un test immunologique proposé à tous les Français de plus de 50 ans (en Belgique, ce test n\"est pas généralisé). Et il ajoute bien que, Si ce test s\"avère positif, le médecin traitant invitera son patient à faire une endoscopie. 

Soyons clair. L\"endoscopie se pratique en hôpital de jour. Préalablement a lieu un premier rendez-vous avec un gastro-entérologue, où on ne se déshabille pas du tout, mais où le médecin définit l\"utilité de l\"examen et ses modalités pratiques. Il y a ensuite un contact avec un anesthésiste, comme cela se passe avant toute intervention hospitalière. Là non plus, on n\"enlève pas le moindre vêtement. Enfin, le jour J, on est admis en hôpital de jour, on a accès à une chambre où une infirmière donne au patient une chasuble qu\"il portera pendant l\"examen, et l\"invite à la revêtir un fois qu\"il se sera déshabillé, bien sûr en son absence. Ensuite, l\"anesthésie commence, le patient s\"endort… et quand il se réveille, il est de nouveau dans sa chambre, l\"endoscopie est terminée. Il a devant lui une petite collation pour le remettre d\"aplomb (car avant l\"endoscopie, il a dû prendre pendant plusieurs jours d\"horribles boissons pour se vider les intestins, et n\"a rien pu manger depuis la vielle). Il se rhabille, seul. L\"infirmière vient voir si tout va bien, le chirurgien passe donner des nouvelles. Et le patient s\"en va avec la personne chargée de le ramener chez lui.

Nu? Jamais devant le médecin

Voilà, c\"est tout. Quand est-ce que, pour prévenir du cancer du côlon, on doit se mettre nu devant un médecin? Ja-mais. Jamais ! Le seul moment où l\"on se déshabille, c\"est, comme pour toute intervention en hôpital avec anesthésie générale, avant de "passer sur billard", si l\"on peut dire. A aucun moment, on ne doit retirer ses vêtements devant un médecin. La justification de ce show du vendredi soir est donc un prétexte, qui plus est fallacieux, pour faire croire que quelques "stars" ont des complexes à se montrer nues devant des caméras. Ah, la pudeur, que ne ferait-on pas en son nom!

A la fin de l\"émission, dans un cabaret parisien non cité, et devant un public dont on se demande bien comment il a été invité à cela, les "stars" prestent enfin leur petit numéro de danse puis enlèvent le haut, puis le bas. Au public, ils osent enfin montrer "tout" montrer, y compris leur virilité. Hélas, les téléspectateurs et les téléspectatrices n\"auront droit qu\"à leurs fesse s: la caméra ne montrera  les héros que de dos. L\"honneur est donc sauf, et chacune des stars se félicitera d\"avoir ainsi convaincu le public de désormais accomplir un petit striptease chez le médecin quand il viendra y pratiquer un test contre le cancer du côlon. Tous ces super-héros du nu, ainsi que la présentatrice dévouée de l\"émission, le diront en substance à l\"antenne: "Cela a été dur! Mais si ce que je fait ne peut sauver qu\"une vie, je suis content!" Sauf que, si les Français se montrent ainsi nus à leur médecin, ce n\"est jamais de la sorte qu\"on pourra savoir s\"ils ont ce cancer. Seul le chirurgien du côlon, souvent affairé derrière ses écrans, aura peut-être l\"occasion d\"apercevoir un peu des fesses du patient, cachées sous la toile du champ opératoire…

Des fesses de stars pour tout le monde

Mais ça aura fait une bonne soirée de télé, un peu trash rien que par le titre, mais devenue un service public indispensable grâce à son faux motif. En prétendant motiver les troupes se tous ces mâles qui n\"osent jamais se mettre à nu (comment font-ils dans les douches, après un match ou un entraînement sportif?). Et, surtout, en apportant un peu d\"image de virilité(s) au public féminin pour qui, in fine et sans le dire, est bien sûr prioritairement destiné ce show, comme tous les primetime de TF1.

Soyons de bon compte: l\"an dernier, le même programme évoquait la nudité et le dépistage du cancer de la prostate. Là, effectivement, cela peut jouer un rôle. Mais faut-il convoquer tous les cancers sous prétexte de pouvoir montrer des "stars" à poils à la télé? Ah, justement, la semaine prochaine c\"est au tour des dames de passer dans le programme. Des "star(e)s" vont aussi se mettre à nu, cette fois pour convaincre les femmes de se dénuder chez leur médecin pour se prévenir du cancer du col de l\"utérus. Car, bien sûr, aucune femme ne se dénude, même partiellement, actuellement chez son gynécologue. Celui-ci ne fait que les auscultes à distance. C\"est bien, connu. Merci donc à l\"émission, qui convaincra enfin les femmes de montrer leur sexe à leur médecin, au terme d\"un striptease suggestif!

Allez, TF1, ne cache pas tes programmes pseudo-lestes par de beaux motifs. Les appeler par leur nom serait plus simple, et plus honnête. Ce qui sauverait des vies face au cancer du côlon, c\"est de convaincre les gens de faire, chez eux, un test de selles. Là se trouvent les vraies réticences du plus grand nombre. Mais ça, évidemment, c\"est beaucoup moins sexy…

Frédéric ANTOINE

22 janvier 2021

L'IN SITU DANS LES JT: VOYAGE EN ABSURDIE

 
« Nous rejoignons tout de suite notre journaliste sur place… » Ce jeudi, on a encore vécu un beau cas d'inutilité de l'usage de l'in situ dans un journal télévisé. Une maladie, elle aussi, devenue universelle et fort contagieuse. 
Dans ce cas-ci, on espère que l'envoyée spéciale n'en aura pas 'profité' pour attraper un gros refroidissement.

Il pleuvait sans cesse sur le bâtiment Charlemagne, ce soir-là. Et la journaliste était la, souriante, épanouie ravie, ruisselante Sous la pluie… Mais qu'avait-elle à y faire? Ce jeudi, à la vingtième minute de son Jt, la présentatrice annonce qu'il y a un « Sommet européen en cours à ce moment » et que « les dirigeants discutent via vidéo-conférence », notamment à propos des mesures à prendre contre les nouveaux variants de la covid. 

Ce lancement est suivi d'un billet assuré par une journaliste, en direct depuis les environs du rond-point Schuman et de l'extérieur du bâtiment de la Commission européenne. Belle occasion d'être-là au cœur de l'info se déroulant en direct. Non seulement, comme c'est généralement le cas, l'envoyé·e sur place n'est pas alors plus au courant des dernières nouvelles concernant son sujet que l'anchorwoman présente en studio. Mais ici, elle n'a, de plus, aucune raison de se trouver à cet endroit, sans le moindre parapluie, alors que l'averse débute. 

En effet, comme l'avait bien précisé sa collègue, le Sommet se déroule « en vidéo-conférence ». A moins qu'un des chefs d' État ou de gouvernement n'ait poussé le vice jusqu'à se rendre à Bruxelles, dans le bâtiment de la Commission pour s'y installer avec son PC, ou à moins qu'Alexander De Croo ait préféré passer la soirée au Berlaymont plutôt qu'à son bureau du 16 rue de la loi (ou dans le cocon de son domicile privé), il n'y a au moment-même aucun responsable européen aux alentours du rond-point Schuman. La journaliste est en train de se tremper sous la pluie totalement inutilement. Et, à la voir, elle n'en semblait pas particulièrement heureuse.

Si beau à voir

Bien sûr, il eût été plus simple de lui faire présenter son billet dans le studio du Jt, sauf que cela aurait, une fois de plus, imposé pour tous le port du masque, qui cache un peu l'expression des visages et étouffe légèrement le son des voix. Mais, à part cela, c'était la solution idéale. Mais, voyez-vous, ça fait vieille télé tout ça. Pire, on dirait même de la radio! Ce vieux média dépassé où les journalistes spécialisés lisent leurs billets en direct dans le journal parlé, à côté du présentateur (ou, souvent, l'enregistrent à l'avance). Ah, ce n'est pas eux qu'on enverrait se mouiller ou se geler l'une ou l'autre partie du corps pour les beaux yeux de l'image! C'est si beau de voir ces femmes et ces hommes sur le lieu même d'un événement, prêts à le faire vivre en direct live à leurs spectateurs. N'est-ce pas ce qui fait la quintessence de l'info télé, ce que jamais Netflix ne pourra proposer? Sans conteste, une belle mise en décor (ce que signifie en fait l'expression in situ). Toutefois, ces mises en scène en extérieur apportent-elles quelque chose de plus au contenu de l'info? Dans 99% des cas, strictement rien.

 
Ces constructions médiatiques sont juste de l'habillage, de la construction de réel. Et de l'illusion. De la production d'impressions. Celle d'une rédaction et de super-journalistes toujours sur la balle, et bien sûr celle d'être aux premières loges. C'est-à-dire devant un bâtiment où rien ne se passe, sur le trottoir du carrefour le plus proche de l' Élysée où rien ne se passe non plus, ou devant les grilles érigées autour du Capitole où il y a juste deux badauds en train de prendre une photo
 
Juste du exemple

Évoquée en tête de ce texte, cette prestation nocturne et pluvieuse sur un lieu où l'actualité ne se déroulait pas, et la compassion qu'elle inspire, nous ont poussé à écrire ces quelques lignes. Mais elles auraient déjà pu être rédigées mille fois depuis la création de ce blog. Ne serait-ce que pour rendre hommage au courage et à la détermination (ou à l'obéissance?) de ces journalistes qui ne cessent de mettre leurs nerfs, leur santé et leur ouïe en danger pour faire croire à leur audience qu'ils étaient bien au cœur de l'info.

Parfois, cela a tout de fois tout son sens. Comme lorsque à la 33ème minute de ce même Jt, quand la présentatrice a redonné l'antenne à l'envoyée spéciale se trouvant au milieu d'une ruelle sombre, présentée comme le « Palais de justice de Liège ». Là, l'information de l'inculpation d'un homme d'affaires liégeois célèbre venait de tomber en plein journal télévisé. Bravo pour le réflexe. Mais, pour une séquence comme celle-ci, combien d'autres dont on ne peut que discuter de l'utilité (de même, dans certains cas, que le coût). Mais, voyez-vous, c'est cela l'info du XXIe siècle. De l'image, du show, et de la communion en temps réel. Avec CNN, les Américains avaient donné le ton depuis les années 1980. Désormais, toute la planète est à l'unisson. Pour le meilleur. Et souvent pour le pire. Ce ne sont pas les chaînes info qui prouveront le contraire.

Frédéric ANTOINE.

20 janvier 2021

PRESSE RÉGIONALE: IPM DÉCLARE LA GUERRE, ROSSEL RIPOSTE EN SORTANT LA GROSSE ARTILLERIE



ll n’aura pas fallu huit jours pour que les deux groupes de presse quotidienne encore en présence dans le sud du pays se déclarent plus ou moins la guerre avec, comme enjeu, la suprématie définitive sur l’ensemble du territoire wallon.

Dans une interview subtilement publiée par le journal L’Avenir ce 9 janvier, jour officiel du rachat du titre par une coopérative pilotée par le groupe IPM, l'administrateur-délégué du groupe bruxellois déclarait : « Notre ambition, c’est de faire de L’Avenir le leader en Wallonie, sur le marché papier et sur le web » (1). Une phrase qui, dans le titre de l’article, et assurément avec la bénédiction du racheteur, est devenue : « Notre objectif est de faire de L’Avenir le premier titre de Wallonie », ce qui est légèrement différent. Mais qui, dans chaque cas, désigne incontestablement l’ennemi à combattre: Sud-Presse.

Guerre de chiffres

Selon les données CIM actuellement disponibles, et qui se limitent à la mesure authentifiée en 2019, en cumul diffusion papier print payante + diffusion digitale payante, L’Avenir précédait déjà Sud Presse d’un peu plus de 1.900 ventes. En a-t-il été de même en 2020? Les groupes de presse le savent sans doute déjà, mais l’info n’est pas encore publiquement disponible. Partons donc sur l’idée qu’en diffusion payante, L’Avenir est déjà leader. Il n'y a pas là d'ambition à affirmer.

Oui mais voilà, en ce qui concerne le lectorat, l’AIR (Average Issue Readership) Print+Digital de Sud Presse en 2019 était de 611.738 personnes, alors que celui de L'Avenir n’était que de 495.579. En « total reach of total brand », le régional de Rossel était aussi largement au-dessus du nouveau fleuron du groupe IPM.

On sait qu’il ne s’agit-là que d’extrapolations réalisées sur base d’un sondage annuel et reposant sur des éléments déclaratifs, mais quand même: côté lecteurs, Sud-Presse l’emporte bien sur L’Avenir… Un partout donc? Pas tout à fait car, côté lectorat, les deux groupes ne jouent pas sur le même territoire. Sud-Presse comprend un titre bruxellois, La Capitale, alors que L’Avenir ne dispose pas d’édition bruxelloise. Enfin, pas vraiment. En ligne, le quotidien namurois affiche bien, dans son onglet Régions, un sous-onglet « Bruxelles », qui présente quelques informations. Mais, quand dresse l’inventaire des éditions que le quotidien affirme assurer, et qui correspond à sa présence réelle sur le terrain, on a beau chercher : parmi les dix recensées, Bruxelles n’existe pas. Mais il y a, par contre, une étrange édition Wallonie… qui ne figure pas sur la carte dressée par le journal pour illustrer ses zones de couverture.


source: https://www.lavenir.net/extra/services/qsn/presse

Carte blanche

Cette carte marque aussi les « manques » de couverture du territoire belge par le quotidien namurois. Outre le fait que la région bruxelloise n’y apparaît pas, le centre Hainaut y est coloré… en blanc, avec aux extrémités de cet espace sans couleur, des zones hachurées, certaines rattachées à la région de Tournai, l’autre à la Basse-Sambre.

En clair, ces marques signifient qu’il n’y a pas d’édition du journal en Borinage, de Mons à Charleroi, mais qu’une petite couverture (au-delà de Mons) est assurée par l’édition tournaisienne du titre, et que la région de Charleroi est, elle, « surveillée » par l’édition Basse-Sambre. Mais quel Montois se revendiquera jamais d'être du Tournaisis, et et quel Carolo de la Basse-Sambre?

Une situation presque identique se retrouve à l'autre bout de la carte. Là, étonnamment, pas de zone blanche, mais du hachuré sur la Belgique germanophone et une répartition affirmée de la couverture de la province de Liège entre l’édition Huy-Waremme et celle de Verviers, la partie ouest de la région liégeoise étant supposée être couverte par Huy, et l’est par Verviers. Mais, à nouveau, quel Liégeois se définira jamais comme hûtois ou waremmois, ou comme verviétois?

C'est en fait bien connu : il y a deux « trous » dans l’occupation du territoire wallon par L’Avenir : la région du centre et celle de Liège. Ce n’est pas que le journal n’a pas cherché à les conquérir. En 1987, il avait ainsi racheté l’exsangue journal catholique de Charleroi, Le Rappel. Mais, face au rouleau compresseur de La Nouvelle Gazette, l’édition n’a jamais décollé et on a rapidement arrêté les frais. Même scénario en janvier 2005 à Liège, sans rachat de titre cette fois, mais en cherchant d’imposer dans la Cité ardente… une édition locale du Jour de Verviers. Un an et demi plus tard, incapable de concurrencer l’impérial journal La Meuse, les patrons feront mettre clé sous le paillasson sans autre forme de procès (ou d'effort).

La bataille des Bassins

L’Avenir est donc bien absent des deux grands bassins industriels de Wallonie, où règnent en maître les régionaux du groupe Rossel, tous deux jadis rachetés à leurs propriétaires locaux, qui ne cachaient pas être (très) proches des milieux libéraux et réactionnaires de Liège et Charleroi…
L'Avenir n'a jusqu'à présent jamais réussi à être un quotidien d'agglomération. Il s'est toujours imposé dans les villes moyennes, plutôt bourgeoises, ainsi que dans les petites villes et les zones plus rurales. C'est-à-dire là où, jadis, la pratique religieuse était importante (alors qu'elle était morte dans les conurbations industrielles) et où le clergé exerçait un réel pouvoir (ce n'est pas pour rien que les curés étaient souvent les représentants de commerce du titre dans leur paroisse). Si cela n'est plus, ou presque, l'implantation, elle, na pas changé.

La « guerre » pour être le premier titre en Wallonie passera-t-elle par de nouvelles campagnes de conquête des deux sous-régions de la Wallonie industrielle historique? Si c’est le cas, cela demandera à IPM d’importants investissements et beaucoup d'efforts. Surtout que, du côté de Rossel, on semble déjà avoir prévu l’attaque. Pas plus tard que le samedi 16 janvier dernier, le groupe a en effet lancé, à Liège et Charleroi, des « éditions métropolitaines » qui ont comme but de renforcer la présence de Sud-Presse dans les deux agglomérations, en jouant davantage encore sur la proximité. Le rédacteur en chef de Sud Presse a été clair à ce propos, parlant d’une « une étape importante dans cette stratégie gagnante » et présentant ces nouvelles éditions comme « un média encore plus ancré dans la vie des Carolos, des Liégeoises et des Liégeois. Un média qui se pose clairement comme la référence indispensable et utile de la région » ainsi que « un média qui utilise les codes propres à une information métropolitaine dynamique, ambitieuse et moderne, tant sur le digital que sur le print » (2).

IPM n’a donc qu’à bien se tenir. Rossel a sorti ses Grosses Bertha et a tiré ses premières pièces. Assurément, la bataille risque d’être sanglante. Il faut juste espérer qu’elle ne fera pas trop de morts. A moins qu'elle se conclue vite par une "paix des Braves" où, sous forme d'un condominium, les deux groupes décident de se partager le territoire, pour régner seul, chacun sur ses forteresses. Vous avez dit "monopole" ou "duopole"? Non, juste une entente entre partenaires de bonne volonté, évidemment.


Frédéric ANTOINE.

(1) https://www.lavenir.net/cnt/dmf20210108_01543744/video-francois-le-hodey-ipm-notre-objectif-est-de-faire-de-l-avenir-le-premier-titre-de-wallonie
(2) https://twitter.com/demetrioscag?lang=fr




11 janvier 2021

LA HIÉRARCHIE DE L'INFO PEUT ÊTRE ÉTRANGE DANS UN JOURNAL PARLÉ. PETITE ÉTUDE DE CAS.

(Image d'illustration)
"Changer de ton pour obtenir une meilleure adhésion du public aux règles sanitaires, c'est le but des Covid Boys, deux hommes qui sillonnent les rues de Bruxelles pour attirer l'attention des passants sur ce thème. C'est une initiative privée. La ministre française de la Défense, Florence Parly, s'inquiète de la résurgence de l'Etat islamique en Irak et en Syrie, alors que les USA projettent de retirer 500 soldats de la zone." Tels étaient les deux titres du journal parlé de La Première, ce dimanche 10 janvier à 17h…

 Ce journal parlé de 17h de La Première, d'une durée d'un peu moins de 9 minutes comprenait neuf infos, dont certaines plutôt… étonnantes. Face au brouhaha et aux convulsions de l'actu dans le monde et en Belgique, il commençait en effet, comme l'annonçait le premier titre du sommaire, par un sujet d'une actualité brûlante : dans les rues de Bruxelles, depuis deux mois, deux jeunes hommes esssaient de sensibiliser les passants à la prophylaxie anti-covid. Ce sujet est essentiellement constitué  d'un reportage, d'une durée d'environ une minute trente. La deuxième info, après avoir fait une très rapide allusion à la tempête de neige que connaissait l'Espagne, concerne… le Japon, lui aussi touché par des intempéries.

La troisième info évoque une déclaration faite à France Inter par la ministre française de la défense à propos de la résurgence de la présence de Daesh au Moyen-Orient. Elle est  un principalement composée d'un extrait de déclarations de la ministre sur la radio publique parisienne. Restant en France, le titre suivant traite du variant anglais du covid présent à Marseille là aussi à partir de propos : ceux tenus par "la première adjointe au maire de Marseille chargé de la santé".

 On passe ensuite en Belgique, où une info sur un enlèvement à Hal est brièvement traitée, avant que l'on s'attarde sur l'histoire d'une jeune fille qui a décidé d'élever des chèvres et d'en exploiter le lait. Cette information très originale fait l'objet d'un long reportage. Puis comme le veut la traditionnelle hiérarchie journalistique, les infos sportives clôturent le contenu du journal. Celles-ci, au nombre de trois, survolent trois sports et incluent l'annonce du décès d'Hubert Auriol.
 
La hiérarchie de l'info de ce journal parlé débute donc par un sujet hors actualité, mais que l'on peut considérer comme "une nouvelle positive desociété". Il accorde une place appréciable à l'étranger, puisque trois sujets sur neuf (et trois sur six hors sports) concernent l'international. 
 
Choix et hiérarchie
 
En étudiant la répartition du temps consacré à chaque sujet, d'intéressantes observations se dégagent.
Deux sujets occupent en effet à eux seuls 42% du temps de cette émission d'informations sensée faire le tour des nouvelles de Belgique et du monde : l'action des deux Covid-boys bruxellois et le projet d'une Gerpinnoise de 18 ans qui compte se lancer dans l'élevage de chèvres (voir ci-dessous la retranscription du contenu de ce sujet). Le succès sportif de Wout Van Aert et les déclarations de la ministre français suivent en ordre d'importance, ainsi que le sujet sur la variante anglaise du covid à Marseille. L'international représente ainsi 30% du temps de ce JP.

Celui-ci comprend bien quelques-unes des infos diffusées ce jour-là entre 13 et 17h par les fils infos de médias comme la RTBF elle-même ou Le Soir (la RTBF faisant de la jeune chevrière un de ses titres), mais une comparaison (voir tableau ci-dessous) confirme que ce journal parlé était plutôt original. Certaines nouvelles des fils info se retrouvent dans le JP (notamment en sports) de fin d'après-midi, mais celui en comprend d'autres, et les hiérarchise autrement. Une autre manière de faire de l'info radio? Assurément. Un nouveau style pour La Première, loin des nouvelles institutionnelles et de la politique ? Peut-être. Ou un petit effet contamination du style d'infos d'autres chaînes (ou stations) ? A réflechir.

Frédéric ANTOINE.
 
__________
 
Sujet "La jeune chevrière"

Speaker 2: Elle s'appellent Marguerite, Sarah, Belle. Ou encore Nutella, ces petites chèvres. C'est le point de départ du pari professionnel de Chloé Clémerie, qui va se lancer dans la fabrication du fromage de chèvre.

Speaker 1: Il y a deux ans, j’étais à Ciney à l'école et j'ai dû aller en stage de fabrication de fromage et j'adorais faire du fromage. J'ai voulu commencer à en produire, mais je ne voulais pas prendre de vaches, donc j'ai choisi les chèvres.
Speaker 2: Le monde agricole, pour Chloé, c'est loin d'être un monde inconnu. C'est soutenue par ses parents qu'elle s'est installée dans la ferme familiale. Sa maman,Anne Clémerie.

Speaker 3: oui oui on est fiers, surtout qu'elle n'a que 18 ans et qu'elle veut se lancer là-dedans. On est très fiers d'elle. Quand elle nous en a parlé, on l'a suivie tout de suite dans son projet. On va essayer que ça fonctionne au mieux.
Speaker 2: Les premières traitent des chèvres, c'est pour fin mars et ce sera alors à Chloé de jouer et de proposer toute une gamme de produits.

 pour de la glace, du fromage frais principalement.
Speaker 1: 
Du yaouet, de la glace, du fromage frais principalement. Et on va ouvrir un petit magasin où on veut aussi vendre des produits locaux d'autres producteurs.
Speaker 2: Vente à la ferme, mais aussi, via une coopérative, sont déjà prévues. Autre projet proposer dès cet été : des glaces au lait de chèvres locales aux promeneurs qui se baladent sur le Ravel, juste à côté de la ferme.

_____________
 
Fil info du Soir et de La Première, dimanche 10/01/2021 de 12h50 à 17h00
 

PAYSAGE MÉDIAS : ÇA S'ÉCLAIRCIT DU CÔTÉ DES PROPRIÉTAIRES…

Participations croisées, co-actionnariat, partages nord-sud… Le marché belge des médias s'est longtemps distingué par la complexité de ses structures de propriété. En quelques mois, ça pas mal changé. Dernier élément en date : Rossel, désormais seul patron du quotidien gratuit Metro.

Fin des histoires compliquées et de certaines des associations entre acteurs du Sud et du Nord du pays. Désormais on va y voir plus clair, et on saura qui est qui. Juste avant Noël, le groupe flamand Mediahuis annonçait ainsi avoir cédé ses 50% de Metro à son autre co-actionnaire historique, Rossel. Le groupe bruxellois devient ainsi le propriétaire unique du seul titre belge paraissant dans deux des langues nationales (mais avec des contenus plutôt différents). Le cas de 7sur7.be, édité par le groupe flamand PDG n'est donc plus unique : voilà un deuxième éditeur d'une des parties du pays à posséder seul un organe de presse quotidienne publié dans la langue de l'autre communauté.

Cet éclaircissement de propriété en suit d'autres. En mars dernier, l'actionnariat de Plus Magazine s'était lui aussi remodelé. Le groupe Bayard, qui avait fondé la formule en créant jadis Notre Temps, a alors cédé ses parts à Roularta. On pourrait y ajouter le rachat des éditions luxembourgeoises St-Paul par Mediahuis, survenu en avril 2020. Mais, dans ce cas, c'est plutôt la structure qui se complique, puisque l'éditeur flamand, qui avait tout fait pour se défaire de ses avoirs francophones (hormis participation dans l'audiovisuel) s'est là retrouvé propriétaire de médias, grand-ducaux certes, mais en partie au moins publiés en langue française…

On ne peut non plus exclure de cette énumération le rachat des éditions de L'Avenir par IPM, officialisé ces derniers jours. Finis les méli-mélo autour de Nethys et de son intercommunale faîtière. Il est maintenant clair que, comme en Flandre, il n'y a plus désormais que deux groupes de presse quotidienne généraliste en Belgique francophone. De quoi gérer le marché d'une belle manière oligopolistique.

Mais la plus grande opération de clarification de 2020 restera sans doute peut-être le rachat du solde de RTL Belgium par sa maison-mère, le RTL Group. Là aussi, les embrouillamini précédents, notamment autour de la nébuleuse Audiopresse, appartiendront bientôt au passé. 

Rares seront donc bientôt les médias belges dont l'actionnariat restera entre plusieurs mains, avec des intérêts partagés entre les acteurs. Les cas les plus patents subsistant sont liés au groupe Roularta, fondamentalement flamand mais bilingue dans les faits, avec Rossel pour Mediafin (L'écho, De Tijd)   et avec Bayard pour Belgomedia (Télépro). Mais pour combien de temps encore?

Frédéric ANTOINE

05 janvier 2021

Bilan TV 2020: l'audience différée profite à TF1 et aux télé-réalités. Mais aussi à Questions en Prime

En tenant compte de l'audience jusqu'à sept jours après après la diffusion linéaire, le Top 2020 (1) des audiences télé ne change pas fondamentalement: ce sont toujours les Jt qui ont eu la cote l'année passée. De même que Questions et Prime. Mais, hormis l'info quotidienne, ce sont Les enfoirés, L'amour est dans le pré, Mariés au premier regard ou Top Chef, qui ont été pas mal regardés après leur jour de diffusion.

Les Jt, même spéciaux, ça ne se regarde pas beaucoup après leur jour de diffusion. Normal : l'info se périme vite, donc la date de validité de chaque Jt est fort proche du moment de sa production. Comme les Jt avaient cartonné en audience J+1, ils font évidemment la même chose en J+7. On retrouve dès lors dans ce Top annuel un classement identique à celui des audiences (presque) en temps réel, avec la domination des Jt et des éditions spéciales, et une présence de Questions en prime.

Conséquence logique de ce qui précède, les différences entre les scores d'audience J+1 et  J+7 sont presque nuls (2), et en tout cas sans réelle signification.

Si l'on enlève le Jt mais que l'on conserve Questions en prime (et en tenant compte de la remarque méthodologique faite à la note 2), on retrouve de nouveau une situation à peu près comparable en J+7 et J+1: la plupart des mêmes émissions ont dans les deux cas réalisés des scores fort proches. (3)
 
Enfoirés et télé-réalités 
 
 Si l'on retire Questions en prime, la situation change quelque peu.
On voit en effet entrer dans le classement des meilleures audiences un programme de TF1 (Les enfoirés), et des émission de RTL-TVI (L'amour est dans le pré et Mariés au premier regard) qui ne figuraient pas dans le Top 20 que nous avions réalisé sur les audiences J+1, ou comme Top Chef, qui n'était présent qu'à une occasion dans le classement J+1, et qui occupe ici de nombreuses places. 
Le film Ni juge ni soumise, diffusé par la RTBF, n'aurait pas tout à fait dû figurer dans ce graphique, car il occupe la 21e place de ce classement, mais nous l'y avons intégré pour son caractère très significatif pour une analyse des usages d'audience entre J+1 et J+7. Comme Les enfoirés ou les télé-réalités de prime time de RTL-TVI, ce film n'a pas réalisé des audiences remarquables au moment de sa diffusion tv ou des heures qui ont suivi. C'est sur la distance que son auditoire a crû. Les enfoirés ou Ni juge ni soumise sont de vrais programmes de stock : on pourra encore les regarder plusieurs semaines, voire plusieurs mois après leur diffusion, ils n'auront pas pris une ride. Ce n'est pas tout à fait la même chose des télé-réalités et ses variantes de type 'compétition' de RTL-TVI et M6 dans la mesure où il ne s'agit pas là d'œuvres uniques, mais bien de prototypes reproduits au cours de de plusieurs épisodes. Leur échéance de validité de vision se situe donc bien quelque part : à la fin de leur semaine de diffusion, avant l'arrivée de l'épisode suivant.
Le programme qui bénéficie le plus de ce gain d'audience différée est sans conteste le grand show annuel de divertissement de TF1 au profit des Restos su Cœur, qui récolte au-delà de 200.000 spectateurs de plus en différé par rapport à sa diffusion linéaire. Résultat d'autant plus marquant que ce programme a été émis avant le confinement. Idem pour le portrait de la juge bruxelloise Anne Gruwez par Jean Libon et Yves Hinant, qui gagne près de 150.000 personnes au cours de la semaine qui suit sa diffusion. L'amour est dans le pré (2 épisodes à + 100.000 spectateurs), par contre, a été diffusé lors de la fin du second confinement, et en période de post-confinement. Marié au premier regard et Top Chef sont, eux, des programmes du premier confinement. Tout comme le show de François Pirette, dont nous avions relevé la relativement moyenne performance lors de sa diffusion linéaire, et qui remonte ici dans le classement. Les magazines d'info de RTL-TVI ne comptabilisent qu'une audience supplémentaire assez limitée, de même que la série docu-fiction Appel d'urgence. Quant aux matchs de foot, on les regarde très peu après coup. C'est bien sur le vif que l'émotion de l'exploit captive le spectateur.
 
Frédéric ANTOINE.

 

(1) Pour le J+7, l'analyse n'a comptablisé les résultats que jusqu'au 22/12. Pour rappel, il en est à peu près de même pour les J+1

(2) L'étude ayant été menée à partir des résultats publics du CIM, elle repose pour le J+7 sur le classement des meilleurs résultats hebdomadaires, dans lesquels ne sont retenus pour les émission quotidiennes que leur meilleur score sur la semaine. Pour les Jt, ce défaut méthodologique est compensé en partie par le fait que les éditions spéciales sont comptabilisées séparément. Toutefois, comme le démontre le graphique, il y a des jours pour lesquels la comparaison est impossible, et qui ne figurent donc pas dans le premier graphique présenté dans ce texte.

(3) Pour les commentaires, cf. un article précédent analysant ce type d'audience.

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