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Regard médias

Il y en a des choses à dire sur les médias en Belgique…

18 mai 2020

Covid et enseignement à distance : les (bonnes) surprises d’une petite révolution

« L’enseignement à distance, c’est super. Je peux suivre mes cours dans mon lit, en pyjama. Ou les regarder quand j’en ai envie. » Cette bribe de conversation, échangée il y a plusieurs mois entre étudiants attablés dans un café, n’évoquait alors qu’un vécu assez rare. Celui de (plutôt rares) cours dont les enseignants préféraient, pour diverses raisons, enregistrer leurs cours plutôt que les donner ‘en live’, ou qui souhaitaient ne pas limiter leur enseignement à une prestation ‘en direct’ en auditoire.

Le covid a banalisé cette pratique depuis que, le 13 mars, les autorités des universités décidaient de faire basculer les cours du ‘présentiel’ vers des formules d’enseignement à distance. En invitant plus que fortement leurs titulaires à les assurer en temps réel, en les donnant au moment à ceux-ci étaient prévus dans l’horaire des étudiants, afin que leurs rythmes de vie ne soient pas perturbés. Une chaude recommandation qui, selon quelques échos provenant d’étudiants, n’aurait pas toujours été suivie à 100%…

Il est par contre acquis que, sous diverses modalités, la pratique de l’enseignement à distance s’est, d’un coup, généralisée, en transformant subitement en profondeur la configuration pédagogique connue dans les universités et les institutions d’enseignement supérieur depuis leur création, pour certaines il y a plusieurs centaines d’années. Et ce pour le meilleur, mais peut-être pas que.

Seules de longues enquêtes approfondies qu’on ne manquera pas de mener dans les prochains mois à titre scientifique ou pédagogique permettront de dresser le bilan de cette petite révolution. La période de cours de l’année académique 2019-2020 étant arrivée à son terme, les quelques lignes ci-dessous n’auront comme seule ambition que de consigner l’une ou l’autre remarque issue d’une expérience personnelle, que rien ne permet bien sûr de généraliser, tant peuvent diverger d’un cas à l’autre les matières enseignées, les pratiques enseignantes (surtout pour les plus âgés•e•s…) et les cohortes étudiantes elles-mêmes.

ENFIN !

Il aura fallu que survienne le confinement pour que les universités libèrent leurs étudiant•e•s d’un fardeau dont le joug semblait ne jamais devoir disparaître : celui de l’assistance aux cours en un endroit déterminé et à un moment précis. Une pratique obsolète pour des générations chez qui l’essentiel de la consommation de contenus est délinéarisée, et relève largement d’une appropriation en mode self-service. Le covid a contribué à supprimer la contrainte de matérialité de l’enseignement universitaire. Reste toutefois que la recommandation de conserver les cours à leurs jours et heures habituels entretenait le maintien d’une obligation pour celles et ceux qui voulaient y assister (tout comme pour les enseignant•e•s qui devaient le prodiguer) : celle d’être au rendez-vous à l’heure dite.

Mais c’était sans compter sur les services proposés par la (ou les) plateforme(s) pour gérer ces enseignements à distance. Comme d’autres, Teams comprend en effet la possibilité d’enregistrer les ‘réunions’ qui y sont tenues et de les archiver ad vitam (chose que, pris dans la précipitation de devoir bifurquer vers l’enseignement à distance, certains membres du corps enseignant n’ont peut-être découvert qu’assez tardivement…).

L’enseignant qui pilote la réunion peut lui-même actionner l’enregistrement. Mais ce choix peut aussi être commandé par les autres utilisateurs de la réunion. Cette fonctionnalité supprime donc de facto l’obligation de suivre l’enseignement en temps réel. Dotant d’obsolescence la linéarité d’usage d’une séance de cours, elle rend les modalités d’apprentissage conformes aux modes contemporains d’appropriation de contenus par les étudiant•e•s.

Cette opportunité a, semble-t-il, été assez fréquemment saisie, notamment par des personnes qui, même confinées, n’étaient pas disponibles au moment d’un cours. Elle a aussi permis à celles et ceux qui voulaient réviser leurs notes de suivre plusieurs fois les mêmes enseignements. Ce qui est sans doute davantage envisageable lorsque l’on est contraint à ne pas bouger de chez soi qu’en période normale, où ces longues périodes de visionnement devraient être gérées au-delà des cours, dans des agendas souvent déjà chargés.

L’assistance

La diffusion à distance d’un cours a-t-elle eu un effet sur le volume du public que celui-ci recueillait lorsqu’il était donné en auditoire ? L’expérience personnelle semble ne pas le confirmer : de manière générale, l’assistance est restée la même. Lorsque la part de l’auditoire par rapport aux inscrits était élevée, celle-ci a continué à l’être après le passage en ligne. Et vice-versa pour les cours moins suivis.
Sur les petites cohortes, comme celles de séminaires, l’effet a été quasiment inexistant.
Le handicap que peut avoir la présence physique par rapport à la disponibilité sans déplacement ne paraît s’être fortement manifesté. Le fait que le basculement soit survenu en milieu de quadrimestre, et non au début de celui-ci, peut en partie expliquer ce phénomène.
Un élément permettant d’éclairer la question serait de savoir si la possibilité de visionner un cours en dehors du moment où il a été professé en a accru l’audience totale. Faute de données, la question reste, à ce stade, ouverte.

En dialogue ?

La pertinence de maintenir en période post-covid des enseignements en présentiel ne doit-elle pas être posée ? Quelle plus-value apporte l’enseignement d’un cours devant un grand auditoire par rapport à la dispense à distance du même contenu ? En ligne, les PowerPoint peuvent être mieux vus, la voix de l’enseignant•e peut être plus claire, et, normalement, la parole du professeur n’a aucune chance d’être couverte par le brouhaha de conversations entre étudiant•e•s. Pour un cours ex cathedra, l’avantage est donc ténu, sinon qu’il exige de la part du professeur•e un type d’exercice de communication pas en tous points comparable à ce qui se passe dans un cours en salle.

Mais l’enseignement n’est-il qu’un discours à sens unique ? Dans ses principes, même un cours donné sous forme de monologue peut comprendre une partie dialoguée, soit suite à des invites à poser des questions exprimées par l’enseignant•e, soit suite à une demande de prise de parole manifestée par un•e étudiant•e via le lever d’une main. Des modes plus marqués d’interaction en salle sont par ailleurs davantage suscités lors d’autres pratiques pédagogiques comme les cours inversés, les séances de séminaires ou les travaux pratiques.

Pour autant qu’il soit suivi en direct, l’enseignement à distance n’exclut pas ces moments d’échanges et de prises de parole (cf. ci-après). Si le cours est visionné à la carte, en dehors du temps de son déroulement, cette éventualité disparaît par contre complètement. L’étudiant•e ‘suit’ alors l’enseignement. Il/elle peut seulement y assister, comme à un spectacle. Si interaction il y a, celle-ci ne pourra être, elle aussi, que différée.

Prises de parole

Les plateformes sur lesquelles les cours ont été donnés offrent, en temps réel, d’évidentes possibilités d’interaction. À condition que la machine de chaque participant•e soit équipée de micro et de caméra, tout le monde est, potentiellement, capable d’intervenir lors de la ‘conférence’, et non seulement le ou la professeur•e.

Afin de garantir des conditions correctes de suivi, la plateforme offre aux animateurs de réunion la possibilité de couper tous les micros de l’assistance. Cette mesure peut être considérée comme une volonté d’y censurer l’expression. Il y a donc peu de chance qu’elle soit mise en œuvre. L’absence de brouhaha évoquée ci-dessus peut donc s’avérer relative.

Cette possibilité de prise de parole n’est pas anonyme. Le nom de chaque intervenant s’affiche sur l’écran. Mais, lorsque l’on supprime son image, l’expression tout de même s’opère dans un anonymat relatif. Et, en tout cas, loin du type de rapport de force qui organise la communication de groupe au sein d’un auditoire physique. Chacun•e étant seul•e chez soi, les prises de parole deviennent autonomes, et se libèrent. En l’absence d’image et du regard des autres, on ‘ose’ s’exprimer, alors que l’on aurait hésité à le faire ‘en public’. Cette pénombre communicationnelle fait par exemple jaillir des questions orales, surgissant au cours de l’exposé magistral. Elle dynamise le cours, et peut parvenir à générer des échanges qui n’auraient pu voir le jour devant un grand groupe, où s’exprimer peut provoquer la réprobation des tiers. Mais la pénombre peut aussi inviter à d’autres types de prises de parole, en libérant tant les contenus qu’elles véhiculent que leur mode d’expression. Jusqu’à la situation où l’espace d’un cours se transforme en agora, avec les risques de débordement que peut entraîner une totale liberté d’expression…

Comme sur les réseaux sociaux

Cette libération de la parole peut non seulement se réaliser sur les plateformes par voie orale, mais aussi écrite. Les outils d’enseignement à distance comprennent en effet un volet ‘chat’ (‘conversation’ dans les versions françaises), sous forme de texte. Lors de ‘conférences’ en grand groupe, ce passage par l’écriture permet de modérer les interventions. Il laisse le pilotage à l’animateur de la réunion qui a le loisir de tenir compte ou de répondre lorsque bon lui semble aux propos ou questions tenus dans le ‘chat’.

L’usage de ce mode d’expression est identique à celui à l’œuvre sur les réseaux sociaux. Une intervention d’une personne peut être suivie de réactions appréciatives de tiers sous forme d’émoticons, qui confèrent à toute prise d’expression un aspect référendaire. Ces règles du jeu peuvent avoir de quoi surprendre dans une configuration de communication comme celle d’un cours, où ni la parole de l’enseignant•e, ni celle d’éventuels autres intervenant•e•s, n’ont coutume à être ouvertement évaluées et appréciées.

Lorsque certain•e•s participant•e•s à un cours en viennent à dialoguer entre eux/elles à coup de messages via le ‘conversation’, le brouhaha parfois rencontré dans certains amphis physiques, peut aussi être remplacé par celui du ‘chat’…

La révolution amenée dans l’enseignement par la généralisation de l’enseignement en ligne n’a pas nécessairement été douce. Elle a, en tout cas, été profondément interpellante. Et, là comme ailleurs, rien ne sera sans doute demain plus jamais pareil. Et en tout cas pour celles et ceux qui, dans la ‘vieille’ génération des enseignant•e•s, croyaient jusqu’ici maîtriser les codes de ce type de communication…

Frédéric ANTOINE

16 mai 2020

Plus nombreux lors du covid devant les "Douze coups de midi". Mais…


Plus nombreux devant leur écran de télé pendant les journées de confinement covid, les Belges l'ont aussi été sur le temps de midi devant le jeu de TF1 qui réalise des audiences historiques pendant cette période. Jusquà ce que…
L'audience de ce jeu quotidien, diffusé même le dimanche, est quelque peu erratique. En Belgique, elle était en moyenne d'environ 208.000 spectateurs par émission en 2019. Mais, en période de vacances scolaires, ils peuvent être beaucoup plus nombreux. L'an dernier, les émissions ayant attiré les plus grandes audiences furent diffusées les 29 et 26 décembre ( 278.000 et 272.000 personnes). Le volume de l'auditoire varie aussi selon les jours de la semaine. Si l'on peut comprendre que, en 2019, les jours ayant attiré le maximum de téléspecteurs belges étaient, le plus souvent, été ceux du week-end, la variation des niveaux d'audience des autres jours de la semaine est moins évidente à expliuer. En Belgique, des audiences plus de 240.000 personnes ont régulièrement été enregistrées l'an dernier hors des samedi-dimanche.
En 2020, avant la crise covid, l'audience moyenne était en très légère croissance (1) : +10.000 spectateurs par rapport à l'an dernier environ. Le confinement va modifier cette situation. Sur la période 18 mars - 14 mai, l'audience moyenne du programme frise les 250.000 personnes, soit environ 30.000 spectateurs/jour de plus qu'au début de l'année, et 40.000 de plus en comparaison de la moyenne 2019. Le programme dépasse même à deux reprises les 300.000 spectateurs belges (mardi de Pâques et jeudi 26/03), et se situe au-dessus des 290.000 à cinq reprises pendant la période de fin mars-début avril. Le programme a clairement conquis un nouveau public, différent de ceui qui compose l'auditoire habituel de la télévision sur le temps de midi.

Mais, comme le révèle le graphique, la courbe d'audience retombera ensuite aux environs des 250.000 personnes la dernière semaine d'avril, et s'effondrera en début mai. Le programme perd alors jusqu'à 100.00 spectateurs. Cette désaffection soudaine n'est pas étrangère au changement de programmation survenu le 29/4. A partir de cette date, faute de nouveaux enregistrements, l'émission se met en mode rediffusion. L'auditoire résiduaire est sans doute plutôt composé de membres du public additionnel que le programme avait conquis lors de la crise, une partie de ses habitués n'ayant pas souhaité revoir une seconde fois le parcours du "maître du jeu" Paul, déjà diffusé l'an dernier exctement à pareille époque.

Les victoires d'audience dues au covid peuvent s'avérer fragiles. Et peu résistantes lorsque la matière fraîche vient à manquer…

F.A.

(1) Pour autant que cette différence soit statistiquement significative dans l'échantillon de base de la mesure audimétrique.

Le « doute systématique du journaliste » face au grand incendie : Suite et fin…

(suite du récit du post précédent)

Variante 1.

Vers minuit, les flammes commencèrent à attaquer l’autoroute sud, mais elle peinèrent à traverser la large saignée que le ruban de bitume avait opéré au milieu de la forêt. L’incendie se propageait de voiture en voiture, et seules les explosions de réservoirs permettaient au feu de progresser. Quasiment tous les occupants des véhicules avaient pris la fuite lorsqu’ils avaient vu l’impossible devenir réalité. Seuls quelques-uns n’avaient pu sortir à temps. À l’extérieur, des familles entières s’étaient retrouvées cernées par l’incendie, d’autres n’avaient pas résisté et avait succombé aux fumées et au manque d’air.
À 3h du matin, un orage survint. La pluie fut torrentielle. En quelques minutes, les attaques de feu qui avaient traversé l’autoroute  s’éteignirent. À l’autre bout de la forêt, dans les tours de logements sociaux récemment rénovés qui constituaient la dernière banlieue de la ville, les habitants qui n’avaient pas fui n’avaient pas dormi. La plupart étaient restés sut leur balcon, les yeux rivés vers le sud, comme fascinés. L’orage les sortit de leur hébétement. Ils comprirent en quelques minutes que la catastrophe n’arriverait pas jusqu’à eux.
Les stations de télévision qui avaient placé des caméras sur les toits des immeubles avaient capté, de loin, l’arrêt de la tragédie. En ville aussi, ceux qui n’étaient pas partis ressentirent un immense soulagement. On se mit à sortir dans la rue. « Je savais que cela n’arriverait pas, qu’on n’aurait pas à partir ! », entendait-on souvent. « C’était impossible, ils avaient imaginé cela pour nous faire peur, pour nous forcer à fuir », disaient de leur côté des membres des comités citoyens. 
Au matin, la vie avait repris quasiment normalement. La pluie séchée, les terrasses étaient pleines, les gens faisaient leurs courses dans les magasins. À peine percevait-on au fond de l’air une très  légère odeur un peu âcre.
Au sud de la ville, le gouvernement dépêcha rapidement des forces de sécurité pour évacuer au plus vite les corps carbonisés des familles prises au piège sur ou près de l’autoroute. L’affaire fut rondement menée. La remise en circulation de la large voie rapide prit, elle, beaucoup plus de temps que prévu. Les médias, qui avaient continué à passer au crible de la critique systématique toutes les communications officielles, ne manquèrent pas de le relever. Ils s’interrogeaient sur la non-tenue d’une promesse qui entraînait des encombrements de circulation importants, tout l’accès sud de la capitale devant se reporter sur d’autres axes, ainsi que tout le trafic de transit. Plusieurs journaux mirent en avant l’incurie des pouvoirs publics et dénoncèrent le manque de moyens mis en œuvre par les autorités pour que la ‘normalité’ revienne au plus vite. On se demanda quel intérêt le gouvernement avait à faire traîner les choses.
D’autres médias s’intéressèrent plutôt à la manière dont les victimes décédées auprès et sur l’autoroute avaient été traitées, le gouvernement s’étant dès la fin de l’incendie engagé à prendre tous les frais à sa charge. L’enquête menée par un collectif de journalistes mit au jour que les  juteux contrats des mises en bière et de la fourniture des cercueils, notamment, avaient été passés en urgence, sans appel d’offre international. Et qu’ils avaient été attribués à une société dirigée par le frère de la cousine de la sœur du nouveau compagnon de la ministre de l’Enseignement. L’affaire fit énormément de bruit. Le Premier ministre eût beau déclarer que, cette liaison étant très très récente (on parlait de trois à quatre jours avant l’incendie), personne au gouvernement n’en avait connaissance. Il affirmait qu’il était impossible de faire le rapprochement. Rares furent ceux qui le crurent. La collusion de l’État avec un acteur privé, voire l’intérêt que le gouvernement avait dû avoir à ce que les choses se passent ainsi, était sur toutes les lèvres. Quelques mois plus tard, l’équipe ministérielle le paya cash lorsque se tinrent des élections.

Variante 2.

Pendant le reste de la nuit, la force du vent décupla. Le feu joua à saute-mouton avec les voitures immobilisées sur l’autoroute, et passa sans embûches cette frontière naturelle, l’explosion des réservoirs lui permettant de rebondir rapidement.

Avant l’aube, toute la forêt précédant les premières banlieues avait été mangée. L’incendie se mit à attaquer les immeubles tours de logements sociaux des quartiers sud. Les matériaux bon marché qui avaient servi à leur rénovation n’étaient pas résistants au feu. Des bâtiments s’enflammèrent comme des torches. Très longtemps, les habitants qui étaient restés sur place avaient cru que le brasier ne les atteindrait pas. Même devant sa progression fulgurante, certains restèrent comme hébétés. Les cages d’escaliers des immeubles furent prises d’assaut au dernier moment. Ou s’y bouscula. Les plus vieux furent écartés par les plus jeunes. Des enfants furent perdus. Arrivés à l’extérieur, les occupants devaient encore trouver vers où fuir les flammes qui ne cessaient de progresser. Tout le monde se précipitait dans la même direction. Là aussi, il y eut des morts et des blessés. D’autant que, au fil des minutes, la foule des fuyards était rejointe par les habitants d’autres quartiers, d’autres rues, que les flammes commençaient aussi à attaquer. Les comités citoyens avaient branché leurs tuyaux d’arrosage un peu partout, et faisaient de leur mieux pour ralentir l’avance du feu. Mais la petite section des tuyaux et la faible pression de l’eau sur le réseau rendaient ces efforts surhumains quasiment inutiles…

Pendant tout le début de la matinée, le feu remonta la ville vers le nord. Au milieu de la capitale, le fleuve coupait la cité en deux. Son lit était ici particulièrement large. Seuls quelques ponts le traversaient. Les experts consultés par le gouvernement avaient misé sur cette frontière physique pour arrêter le sinistre. L’information avait été communiquée aux médias, mais ceux-ci étant dans l’incapacité d’en vérifier l’exactitude, elle avait été à peine mentionnée. Une partie de la population étant persuadée que jamais l’incendie n’arriverait en ville, à quoi bon bâtir des scénarios liés à l’hypothèse inverse ?

À midi, le feu était au bord du fleuve. Comme prévu, il ne tenta de la traverser que via les ponts. Sur l’autre rive, les autorités avaient rassemblé toutes les forces de secours disponibles, ainsi que l’ensemble des renforts des casernes de pompiers. Le combat fut rude, mais finit par être remporté. La progression de l’incendie se limita à une rive. L’autre fut sauvée.

Réfugiée dans un bunker ignifugé bâti jadis en cas de conflit nucléaire, la cellule ultime de crise du gouvernement essayait de suivre les événements à distance, via des caméras de surveillance encore en fonction. Celles-ci montraient aussi les foules de gens perdus, rattrapées par l’incendie, les personnes surprises dans les encoignures où elles se pensaient à l’abri, les enfants piétinés lorsque tout le monde se ruait dans la même direction…

Plusieurs entreprises de presse, dont le siège se trouvait sur la mauvaise rive du fleuve, avaient évacué leur personnel en urgence, et leurs bâtiments avaient été attaqués par le feu. Seules les grandes sociétés multimédias, qui avaient bâti de nouvelles infrastructures sur l’autre rive, purent continuer à couvrir une actualité que, de toute manière, plus personne ne pouvait suivre dans les quartiers sinistrés privés d’électricité, de téléphone et de wifi.

Le lendemain de la fin de l’incendie, le gouvernement engagea d’immenses moyens afin d’évacuer les corps des victimes brûlées, écrasées ou asphyxiées dans leur fuite. L’armée fut chargée de l’opération. Des contrats furent passés en urgence avec des entreprises de terrassement pour évacuer les parties d’immeubles effondrés, ainsi que tout ce qui avait brûlé. Des sociétés de démolition détruisirent ce qui menaçait de s’effondrer. Sauf dans les banlieues sud, que le gouvernement décida de ne pas raser mais de laisser plus ou moins en état, sous forme d’un « Parc-mémorial du souvenir ». Les journalistes ressortirent alors les vieux projets qu’ils avaient redécouverts avant l’incendie. Cela suscita un trouble dans les esprits. En effet, au même moment, le gouvernement proposait aussi de remodeler l’allure des quartiers plus centraux du sud la capitale, eux aussi touchés par le sinistre. Un nouveau plan d’aménagement fut commandé à un bureau d’experts. L’un ou l’autre média osa la formule : « Décidément, il n’y a jamais de fumée sans feu… »

Un groupe de journalistes-investigateurs éplucha aussi tous les contrats passés suite à l’incendie. Des irrégularités furent constatées à plusieurs endroits. Notamment suite à l’attribution de certains marchés à une société dirigée par le frère de la cousine de la sœur du nouveau compagnon de la ministre de l’Enseignement. L’affaire fit énormément de bruit. Le Premier ministre eut beau déclarer que, cette liaison étant très très récente (on parlait de trois à quatre jours avant l’incendie), personne au gouvernement n’en avait connaissance. Il affirmait qu’il était impossible de faire le rapprochement. Rares furent ceux qui le crurent. La collusion de l’État avec un acteur privé, voire l’intérêt que le gouvernement avait dû avoir à ce que les choses se passent ainsi, était sur toutes les lèvres. Quelques mois plus tard, l’équipe ministérielle le paya cash lorsque se tinrent des élections.


15 mai 2020

Le « doute systématique » du journaliste face à la menace du grand incendie


Poussé par des vents violents, impossibles à maîtriser, l’incendie de forêt s’était rapproché de hameaux situés à une cinquantaine de kilomètres au sud des premières cités de la banlieue.
« Vus la vitesse et le sens du vent, les experts estiment qu’il sera sur la capitale dans mois de 48h » a commencé par affirmer la ministre de la Sécurité dans un communiqué. Quelques heures plus tard, le Premier ministre convoquait un comité interministériel qui prenait des mesures d’urgence. À la sortie, le chef du gouvernement tenait une conférence de presse.
« Pour l’heure, il n’y a qu’un conseil à donner. Dans un rayon de 30 km autour du centre-ville, tout le monde doit arrêter ses activités et fuir son domicile, en direction du nord ou de l’est du pays. Un plan d’exode par quartier, heure par heure, a été établi. Il faut strictement s’y respecter. C’est la seule chose à faire si vous voulez échapper à la mort. »

C’est en petit nombre que les journalistes avaient assisté à la conférence de presse. Les communications du gouvernement, ils en connaissaient la musique ainsi que la propension aux ‘effets d’annonce’. Leur fréquence les rendait toutes moins intéressantes les unes que les autres. Et que cette dernière clôture une réunion spéciale n’y changeait pas grand chose.

Dans l’audiovisuel, cet événement n’avait pas interrompu les programmes habituels. Séries, jeux, divertissements et musique occupaient les antennes. Au cours des flashs infos horaires, les radios se contentaient d’annoncer, de manière laconique, que le gouvernement avait tenu une conférence de presse pour inviter la population à quitter la capitale, et justifiait la mesure par la présence d’un incendie en province. Sur le fil info des quotidiens en ligne, la conférence de presse avait été traitée parmi les autres nouvelles, entre le transfert d’une vedette d’un club de foot brésilien et un accident d’autocar en Arizona, où deux habitants de Phoenix avaient trouvé la mort, une quarantaine ayant été blessés.

Le contenu de la conférence de presse était bien arrivé sur le desk de tous les médias, mais elle n’y avait pas échappé au filtre du « doute systématique » que tous les journalistes de la contrée avaient coutume d’appliquer aux communications gouvernementales. Un réflexe qu’on leur avait appris lors de leurs études, où leurs (vieux) professeurs avaient tout fait pour qu’une fameuse formule descartienne, détournée en « Dubito, ergo sum », devienne chez eux une attitude innée dès qu’ils auraient à appréhender et évaluer une source informationnelle.
« Quand une instance officielle communique, demandez-vous toujours à qui profite le crime », avait coutume de leur répéter un de ces mentors lors de ses enseignements.

La recommandation, vraisemblablement, avait fait mouche. Les générations de journalistes issues des universités et établissements d’enseignement supérieur semblaient toutes marquées au fer rouge par la maxime qu’on leur avait inculquée. Les gouvernements du pays ne faisant que passer tout en se ressemblant tous un peu, chaque fait, geste ou déclaration des ministres, hauts fonctionnaires, conseillers… bénéficiait dans les rédactions du même accueil, immanquablement dubitatif. Pour éclairer leurs doutes, les journalistes convoquaient à chaque fois les recommandations qu’on leur avait inculquées, à commencer par celle qui proposait de passer toute nouvelle à la moulinette de la critique historique. Et notamment de le soumettre à la « critique d’interprétation » qui recommande de dépasser la simple lecture factuelle  et évidente d’une nouvelle pour aller en rechercher le sens caché, en faire l’exégèse. « Ils ont dit cela. Mais que voulaient-ils réellement dire? Que se cache-t-il derrière la palissade leur communication? »

Les messages des politiques à propos de l’évacuation en 24h des cinq millions d’habitants de la région-capitale n’avaient pas échappé à la règle. Les médias n’avaient pu éviter de transmettre le contenu de la conférence de presse, mais l’avaient pris en considération au même titre que n’importe quelle autre information. En s’interrogeant sur le bien fondé de pareille évacuation. Ou en se questionnant sur les raisons réelles qui poussaient le gouvernement à faire vider la ville, en commençant par les quartiers moins favorisés de la banlieue. Le but final de la mesure était-il de réellement d’éviter qu’un grand nombre de citoyens périssent dans ou à cause des flammes?

Dans certains médias, des journalistes qui se voulaient plus aguerris ou plus foncièrement critiques disaient n’être pas prêts à relayer les injonctions des autorités. Ils avaient rapidement dressé un inventaire des moyens de lutte contre les incendies, et celui-ci démontrait qu’ils étaient peu nombreux. Un petit nombre de casernes. Des brigades de pompiers relativement peu entraînées. Et, surtout, un matériel vieillissant, pas remplacé depuis des années pour raisons d’austérité budgétaire et d’abandon des questions de défense civile par les autorités centrales. Sur base de ces premières infos issues d’enquêtes journalistiques, des chaînes de télévision s’étaient mises à réaliser des reportages dans les centres de secours. Ils révélaient leur aspect délabré et la non-préparation des équipes. Il suffisait de regarder l’une de ces séquences pour conclure que, face à la progression du feu dans des quartiers à l’abandon, les rares lances et autopompes ne feraient rapidement pas le poids. 

Ces émissions, complétées par les articles en ligne publiés sur les sites des quotidiens de la capitale, avaient été fort suivies, et avaient marqué la population. Nombreux étaient ceux qui en concluaient que, si le feu progressait et arrivait à proximité des quartiers d’habitations alors que les résidents avaient fui au loin, ils risquaient de tout perdre. Des discussions avaient ensuite pris le relais sur les réseaux sociaux. « Qui sont ceux qui sont les plus aptes à combattre en grand nombre pareille catastrophe? C’est nous, les habitants. Quand on lutte pour la défense de son bien, ne voit-on pas ses forces décupler ? Nous devons rester ici ! »

Toute la soirée et le début de la nuit, les forces de police avaient sillonné les artères de la ville et de ses banlieues pour enjoindre tout le monde de partir se réfugier ailleurs, en emportant le strict minimum. Mais, en petit nombre, les représentants de l’ordre n’avaient pas eu la force, ni les moyens, de sonner à chaque porte pour pousser chacun à passer à l’acte.

Le lendemain matin, il faisait plein soleil, l’air était pur et un léger vent rafraîchissait l’atmosphère. La circulation sur les boulevards extérieurs et les entrées d’autoroutes était plus dense que d’habitude, mais on ne recensait pas de réel blocage du trafic pour sortir de la ville.  Comme à l’accoutumée, les terrasses étaient bondées, et de nombreux chalands faisaient des courses dans les magasins. Les écoles et les bâtiments publics étaient fermés, mais cela ne semblait pas préoccuper grand monde. Les médias relataient cette étrange situation, donnant la parole à tous les citoyens : ceux qui avaient choisi de partir, la peur au ventre. Mais aussi ceux qui avaient préféré rester. Ces derniers reprenaient souvent les arguments entendus sur les réseaux sociaux, et affirmaient qu’ils allaient créer des milices civiles de protection locale qui, le cas échéant, protégeraient les maisons et les immeubles.

Dans les magasins de jardinage, le prix du mètre de tuyau d’arrosage se mit rapidement à grimper, et les extincteurs devinrent introuvables, tout comme les bêches et les pelles. Développant leur questionnement sur les véritables raisons de la décision gouvernementale, certains journalistes avaient remis la main sur des projets officiels, datant d’une dizaine d’années, qui avaient envisagé de transformer en parcs certains quartiers trop peuplés, de réaliser un lac à la place du centre d’une des banlieues de la capitale, et de transformer une cité d’anciennes maisons ouvrières en un quartier de villas avec piscine. Le dossier avait disparu lors d’un changement de majorité, et la dernière crise financière paraissait l’avoir enterré. Mais qui pouvait être sûr qu’il ne continuait pas à sommeiller dans un coin de la tête de l’un ou l’autre dirigeant ? Les articles reprenant ces projets suscitèrent un vif émoi chez tous ceux qui en avaient oublié l’existence, ou n’en avaient jamais entendu parler. C’était de plus en plus sûr : il y avait une face cachée à cette décision politique là.

En fin de journée, voyant qu’une part importante de la population ne se décidait pas à abandonner son domicile, le gouvernement demanda au ministre de la Défense de faire circuler quelques convois militaires dans les artères de la ville. Leur arrivée, prévenue par des alertes citoyennes sur internet, amena sur les boulevards une foule de plusieurs milliers de personnes qui se mirent à desceller des pavés et à les jeter sur les camions en criant qu’ils défendraient leur bien et ne partiraient jamais. Les forces armées n’insistèrent pas. L’événement étant factuel et marquant, il fut retransmis dans les JT du soir. On y apprenait aussi que, selon les autorités, l’incendie de forêt avait progressé de plusieurs kilomètres. Mais les témoignages recueillis localement étaient plutôt rassurants. Des pompiers affirmaient que le feu pourrait être circonscrit. Des fermiers témoignaient qu’ils avaient l’affaire à l’œil. Personne n’était inquiet. Dans la ville, le temps était doux et sec. La soirée fut paisible.

La nuit, le vent se leva d’un coup, avec de fortes bourrasques. À 7h du matin, le gouvernement essaya de lancer un message d’urgence via les médias : des premiers indices de l’incendie avaient été repérés au bord de la grande forêt qui entourait la banlieue sud. Il fallait impérativement partir. Prises d’un doute, comme il se devait, les rédactions essayèrent de recouper l’information. Mais il était impossible d’accéder à la zone, et tout survol était interdit. On tenta d’utiliser des drones. Les images recueillies ne furent pas convaincantes. Les médias dirent donc que, selon le gouvernement, le feu était en progression, et qu’il enjoignait les citadins à partir.
Mais que l’information sur la progression de l’incendie ne pouvait être vérifiée.

À midi, le vent fit planer une légère odeur de bois brûlé au-dessus des premières cités. Dans l’après-midi, des photos postées sur les réseaux sociaux et reprises par les sites des médias montraient un peu de fumée s’élever dans le lointain du ciel. Vers 18h, des journalistes dépêchés dans la zone confirmaient avoir vu de petites flammèches ramper dans quelques coins de la forêt. Vers 20h, des relents de feu commença à pénétrer dans la ville. Les citoyens qui avaient proposé de constituer des milices lancèrent via le web des appels aux volontaires. Quelques dizaines de personnes se retrouvèrent à divers points de rassemblement, amenant avec eux du matériel hétéroclite, puis se mirent à chercher des points d’eau. De nombreuses portes étaient closes.

Du côté des boulevards, la circulation prit subitement une ampleur inégalée. Engorgées, les bretelles d’autoroute ne parvenaient plus à absorber le flux des voitures. Aux quatre coins de la capitale, sur des dizaines de kilomètres, des véhicules bondés étaient à l’arrêt. Rien n’avançait. Le blocage semblait total. Au sud de la capitale, dans la noirceur de la nuit, près de l’autoroute, les automobilistes naufragés pouvaient apercevoir comme une lueur orangée, un peu scintillante, qui semblait chaque minute se rapprocher davantage. Sur la brèche, les médias se mirent à couvrir la situation en direct. En studio, les éditeurs se demandaient quels conseils donner à ces milliers de citadins perdus dans leur fuite.


Quelle sera la fin de ce récit purement imaginaire ? Un autre post en imagine deux…

F.A.

10 mai 2020

Un peu de télé-réalité dans ce monde confiné


S'évader de son univers étriqué en période confinée assure évidemment en prime-time le succès de Koh-Lanta (voir un post antérieur), mais pas que. RTL-TVI décline depuis quelques années deux programmes du genre qui s'inscrivent souvent dans le peloton de tête des audiences de chaque semaine. La crise du coronavirus leur a-t-elle profité? Petit coup d'oeil sur Top Chef (lundi soir) et Marié au premier regard (mardi soir).

Top Chef est une production implantée depuis 2010 sur RTL-TVI, même si c'est en fait un programme conçu et réalisé depuis la même année pour la chaîne française M6 et que, depuis que celle-ci a choisi de le proposer en première diffusion, sa petite sœur belge ne peut l'offrir qu'avec retard à ses spectateurs (1). Afin de le rendre proche de l'audience belge, le programme intègre chaque année des candidats venant de Belgique et, la plupart du temps, on veille à en conserver au moins un jusqu'aux dernières étapes de cette télé-réalité.

Marié au premier regard, qui est comme l'autre émission une adaptation d'un format international, a entamé sa carrière sur M6 à l'automne 2016. Se basant sur la manière dont la chaîne avait formulé l'émission pour le public français, RTL-TVI a ensuite produit une première version belge francophone, diffusée à l'automne 2017. Suite aux remous suscités dans cette partie du territoire par le concept (déjà existant en Flandre), mais aussi en raison du succès d'audience de cette première édition, une deuxième série de cette télé-réalité a été proposée en 2019 et la troisième à partir de fin février 2020.

Avant et pendant la crise

L'intérêt de ces deux programmes vis-à-vis de la crise covid-19 est d'avoir entamé leur diffusion avant le confinement officiel (le mercredi 18 mars), et d'avoir occupé le prime-time de la chaîne privée chaque semaine depuis lors (ou jusqu'à la fin du 'feuilleton 2020' pour Marié au premier regard, dont l'épisode final a été proposé le mardi 21 avril).


L'audience, incontestablement, a été au rendez-vous pour les deux programmes.

De manière générale, les deux émissions rassemblent en période de crise covid entre 500.000 et 600.000 téléspectateurs, et ils dépassent clairement les 600.000 si l'on prend en compte ceux qui ont non seulement suivi ces télé-réalités au moment de leur diffusion linéaire (et J+1), mais aussi au cours des six jours qui ont suivi.

Partant du fait que ces télé-réalités sont diffusées les lundi et mardi soir et que le confinement a débuté un mercredi, il faut considérer que l'impact de l'enferment sur l'audience a été effectif à partir de la semaine suivante, soit celle  commençant le 23/3. Mais il est évident que des restrictions d'accès et de circulation étaient déjà de mise au début de la semaine précédente, et ont inféré sur l'usage de la télévision par son public.

Après avoir connu plusieurs semaines de baisse, l'audience Live+vosdal de Top chef remonte dès ce premier moment au niveau de son émission de lancement, soit près de 500.000 spectateurs. Elle diminuera un peu lors de la 'vraie' première semaine de confinement, mais recommence ensuite à croître pour se stabiliser au-dessus de 500.000 spectateurs par semaine. La course de l'audience Live+7 présente une configuration identique.

Pour Marié au premier regard, la croissance de l'audience Live+vosdal se manifeste à partir de la semaine du 23/3. Auparavant, le programme avait débuté sur un mode mineur, aux alentours de 350.000 spectateurs. Il frise les 500.000 à partir du 24 mars, et dépassera les 550.000 pour ses ante-pénultième et avant-dernière diffusions. Etonnamment, l'audience de l'épisode final où réside la 'résolution' du programme ("vont-ils ou non rester mariés") attire un peu moins de spectateurs. Sans doute parce que les principaux rebondissements du scénario (et notamment le refus de se marier exprimé devant le bourgmestre par un des candidats lors de la cérémonie elle-même) avaient déjà donné le ton lors des épisodes antérieurs.
Ce même léger effritement se retrouve aussi dans l'audience Live+7.





 Divergences dans l'apport de spectateurs

L'impact du confinement est-elle déterminante sur le volume d'audience de ces moments de divertissement?
Sur l'ensemble des émissions diffusées de son lancement au début mai, la moyenne d'audience Live+vosdal de Top Chef est de près de 500.000 téléspectateurs. Si l'on ne prend en compte que la période de confinement, l'audience gagne 65.000 personnes par rapport au temps d'avant, soit une peu plus de 10%. Pour Marié au premier regard, la hausse est plus marquée: + 115.000 spectateurs environ, ce qui représente une peu plus de 20%. Mais il faut nuancer ces données par le fait qu'elles s'étalent sur moins de semaines, et que la période hors confinement y est plus brève.


En ce qui concerne l'apport de l'audience différée, celle-ci ne varie pas en pourcentage de manière significative. Top Chef compte une audience importante, et fidèle. Environ 15% de ses spectateurs  regardent toujours l'émission plus de 24h après sa diffusion. Ne pas être présent au moment de la transmission linéaire ne paraît pas empêcher une part de l'audience de suivre le programme. Il n'y a que deux semaines, autour du début du confinement, où le public augmente d'une vingtaine de pourcent quand on tient compte de l'audience différée. Le contenu permanent de l'émission (l'élaboration des productions culinaires) peut y être considéré comme plus déterminant que les rebondissements de sa composante compétitive.

Le comportement du public de Marié au premier regard est plus erratique. L'émission est moins regardée en différé, et la part d'audience à plus de J+1 varie selon les semaines. L'audience semble réagir au fur et à mesure de l'évolution de l'histoire. Les rebondissements de la narration y jouent un rôle essentiel, et le fait de suivre ceux-ci au moment de la diffusion linéaire paraît important.

Grâce à l'enfermement?

L'audience 2020 est-elle exceptionnelle? En comparant par n° d'épisode l'audience des deux programmes cette année et celle de 2019, les résultats obtenus en fin de période, c'est-à-dire sous confinement, s'avèrent plus élevés que ceux recueillis en 2019.  



Cette année-là, après une période de relative stabilité, l'audience de Top Chef avait décru, sans doute par usure et suite à la disparition de compétiteurs belges. Mais elle n'a quasiment jamais cessé de dépasser les 500.000 spectateurs. Au cours de cette année-ci, la morphologie de la courbe des première semaines est assez similaire à celle de 2019. Ensuite, l'inversion des tendances entre les deux années correspond à l'étalement de la période de confinement.

La comparaison est moins aisée pour Marié au premier regard car la télé-réalité comptait moins d'épisodes l'an dernier. Dans les deux cas, la tendance générale de la courbe est cependant identique: l'audience croît d'émission en émission, au fil de la construction du récit global et de l'entremêlement de plus en plus complexe entre les récits liés aux histoires propres aux différents couples. Une sorte de 'bouche à oreille' semble contribuer à construire la réputation du programme et à en gonfler l'audience. L'an dernier, celle-ci avait augmenté quasiment chaque semaine. En 2020, les 600.000 spectateurs atteints, ce résultat paraît constituer le plafond que l'émission ne peut dépasser.

Ces données figurent évidemment en chiffres absolus. La part de l'audience attirée par ces programmes a-t-elle suivi la même audience?



La comparaison par semaine des PDM (Live+7) de Top Chef révèle que celles-ci ne sont, la plupart du temps, pas supérieures à celles de 2019, sauf en début de confinement. L'an dernier, la moyenne de PDM était de 32%. Elle est au même niveau cette année, légèrement supérieure avant le confinement et légèrement inférieure pour la période du confinement.. La légère hausse du nombre de spectateurs n'infère que de manière infime sur la part d'audience du programme. L'intérêt pour cette production reste proportionnellement identique.
Pour Marié au premier regard, les parts d'audience 2020 avant covid sont inférieures à celles de l'an dernier. Par la suite, elles sont à peu près équivalentes. La moyenne de PDM de la télé-réalité a été de 28% cette année, soit à peine 1% de PDM de plus que l'an dernier. Mais la proportion du public de téléspectateurs ayant suivi le programme avant le confinement ne représentait que 25% de PDM, alors qu'après le début de la crise, la part de marché atteint 30%. L'intérêt pour cette émission a proportionnellement augmenté.

Si les chiffres absolus liés à la crise covid fournissent en 2020 de bons résultats à ces programmes, cet élément est, dans un des cas, à nuancer en se référant à la part de marché du programme. Mais c'est d'abord leur ADN télévisuel et narratif qui permet d'expliquer le comportement global de l'audience au cours de la diffusion de ces télé-réalités.
Hors crise covid, il n'est pas certains que les résultats d'audience 2020 auraient été aussi élevés que ceux de 2019.

Frédéric ANTOINE.





(1) sur M6, Top Chef est diffusé le mercredi à partir de 21h05, et le même épisode est proposé sur RTL-TVI le lundi suivant en début de prime-time (soit avant 21h05). Cette pré-diffusion française, inaccessible à tous les Belges qui ne peuvent pas capter M6 par TNT et sont donc 'prisonniers' d'une transmission par câble de RTL-TVI, n'empêche pas le programme de réaliser de beaux résultats d'audience. En 2010 déjà, l'émission se plaçait en 51e place dans le Top 100 des meilleures audiences belges francophones du CIM.

08 mai 2020

Matinale radio : la "capitulaïsation" du mariage de la carpe et du lapin…

Le vendredi 8 mai voit se terminer sur la RTBF une expérience (en partie) radiophonique peu commune, entamée le lundi 23 mars, premier jour de la première semaine complète de confinement en Belgique : la réalisation de l'émission Le 6-9 ensemble. Le bilan de l'expérience permet de tirer quelques leçons sur ce qui fut en quelque sorte le mariage d'une carpe et d'un lapin.

Un produit hybride

Imaginée pour n'être diffusée qu'en période de confinement, et essentiellement conçue pour continuer à produire avec de petits effectifs deux programmes à l'origine totalement différents, cette émission à la fois radiophonique et télévisuelle peut être perçue comme un produit hybride de deuxième génération, fruit d'une greffe entre la matinale de la chaîne de radio La Première et une production antérieure, elle-même déjà issue d'une hybridation entre une partie de la matinale de la radio Vivacité et une émission de télévision diffusée sous la marque Vivacité, mais dont la majeure partie n'est pas diffusée sur les ondes de ce réseau radiophonique.…

Pour rappel, ce produit audiovisuel quasiment indéfinissable était jusqu'à l'arrivée du confinement divisé en deux parties: entre 6 et 8h du matin, Le 6-8, une émission de télévision à mi-chemin entre talkshow et info service, plutôt low-cost, diffusée sur le réseau de La Une télé, mais produite sous la marque Vivacité, et réalisée sur un plateau conçu comme un mix entre studio de radio et de télévision. Et, de 8h à 10h30, la diffusion simultanée sur les ondes de Vivacité et sur La Une télé, de deux émissions réalisées sur ce même plateau: de 8 à 9h, l'émission de divertissement Le 8-9, puis jusqu'à 10h30 le talk avec les auditeurs C'est vous qui le dites.

On a déjà beaucoup commenté ce concept quasiment inédit (1), dont on ne rencontre pas beaucoup d'exemples comparables à l'extérieur de la Fédération Wallonie-Bruxelles, où se mêlent codes de la radio de la télévision, mais dont la particularité est de ne pas modifier ces codes alors que la première tranche diffusée n'est proposée qu'en télévision, et que la deuxième fait, elle, l'objet d'une transmission à la fois radiophonique et télévisuelle.

De info ou du talk-show?

L'originalité 'au carré' du 6-9 ensemble est d'ajouter une troisième dimension à ce mille-feuilles, en y intégrant jusqu'à 9h du matin la tranche matinale de La Première, qui n'a a priori aucun point commun ni avec le contenu talk-service du 6-8, ni avec celui de l'offre de divertissement du 8-9. On peut comprendre que, en situation de crise, la solution choisie par l'opérateur public ait été de réduire son offre afin de concentrer ses moyens. Au cours de la période de confinement, la même situation a été vécue dans d'autres secteurs médiatiques. En France, par exemple, de nombreux quotidiens régionaux ont drastiquement réduit leur offre d'éditions régionales pendant la période de confinement.
Mais l'option choisie ici est de nature quelque peu différente.

Le site Auvio de la RTBF situe Le 6-9 ensemble dans sa rubrique "divertissement", et classifie l'émission comme un "talk-show". Ces caractéristiques sont celles qui étaient aussi utilisées pour définir Le 6-8 et Le 8-9. Mais cette catégorisation ne correspond toutefois pas à celle de la matinale de La Première qui, sous la dénomination Matin Première, présente en fait deux tranches différentes: un 6-7h présenté par une journaliste, et un 7-9 animé par un autre journaliste. Toujours sur Auvio, la RTBF positionne elle-même cette émission dans sa rubrique "info", et la qualifie de "magazine". Ce qui ne manifeste pas vraiment une même nature que le 6-8 et le 8-9.
Il est marquant de constater que ce sont les caractéristiques de ces derniers programmes qui ont, in fine, été utilisés pour identifier Le 6-9 ensemble.

Des tonalités sur tranche

Pourtant, sur Auvio, le texte de présentation de ce nouveau programme se termine par la phrase « Un rendez-vous qui sera autant informatif que "feel good". » L'intention du présent petit article n'est pas de mener une analyse de contenu approfondie de l'émission. L'inventaire des rubriques qui constituent l'essentiel des deux programmes permet toutefois d'apprécier la manière dont le 'cocktail' a été réalisé.
La première impression est que, dans Le 6-8, la tonalité des tranches 6-7 et 7-8 diffère sensiblement. La première tranche, où l'animation reste entre les mains de la présentatrice habituelle du programme télévisé, s'apparente plutôt dans sa première demi-heure à un programme de talk-show service, où la connivence est manifeste avec les invités, à qui on s'adresse de façon amicale. Au cours de la deuxième demi-heure y apparaissent par ailleurs des séquences classiques de type 'news', comme une revue de presse ou une chronique économique, qui conservent (sauf dans leur mécanique de relance) une morphologie assez conventionnelle.
Dans la seconde tranche, où l'animatrice joue en duo avec le présentateur attitré de la tranche 7-9 de Matin Première, la part d'éléments de nature informationnelle semble prépondérante, et l'adjonction du côté 'service', qui ne figure pas d'ordinaire dans la matinale de La Première, est plus faible. Dans Le 8-9, les choses s'inversent. Les chroniques légères et le divertissement prédominent largement. L'information n'est plus présente que de manière ténue. Entre 6 et 8 heures, le modèle s'apparente à un magazine d'informations, en version light par rapport au contenu habituel de la matinale de La première. De 8 à 9 heures, l'émission s'inscrit dans les rails du 8-9 habituel. Le seul élément de continuité entre les deux programmes, désormais réunis sous la seule bannière du 6-9 ensemble, est le ton de l'animation, assurée de 7 à 9 heures par la présentatrice habituelle du 6-8 et par le journaliste-présentateur de Matin Première. Mené de manière dialoguée, le ton se veut léger, enjoué, et ne mise pas trop sur le caractère 'sérieux' que l'on retrouve plutôt, du moins jusqu'à 8 heures, au sein-même des rubriques, chroniques et interviews.

Pour l'audience la plus forte

L'axe majeur de chacune des tranches ne paraît donc pas avoir été forgé en fonction de l'identité d'ensemble du produit, mais en tenant compte du volume d'audience potentiel dominant de chacune de ses composantes originelles. Dans ce cadre, la part de la consommation télévisuelle du programme restait bien inférieure à l'audience récoltée, en ce moment privilégié de prime-time radiophonique, par les deux chaînes de radio associées à l'opération.

Quelques données disponibles sur 2018-2019 situent le reach du programme télévisé à un peu plus de 80.000 spectateurs pour Le 6-8, et à un peu moins pour Le 8-9. En radio, (31/08/2019-05/01/2020), Vivacité compte près de 70.000 auditeurs à 6h du matin, plus de 200.000 aux alentours de 8h et à peine moins vers 9h. La Première en totalise plus de 65.000 à 7h, près de 90.000 à 8h et 56.000 à 9h. Entre 6 et 8h, l'audience de Vivacité radio ne concerne pas Le 6-8, puisque à ce moment-là le réseau radio est à l'heure de ses décrochages régionaux. L'audience qui prime à ce moment est celle de La Première, et il est logique que Le 6-8 se mâtine des couleurs de cette station de radio. Mais cela ne peut plus être de mise au-delà de 8h, lorsque Vivacité rejoint La Une pour la diffusion du 8-9. D'autant que, à ce moment-là, l'auditoire radio de l'émission est beaucoup plus importante que celui de la télévision.

Pâte homogène ou brouet grumelé?

Nous ne disposons pas de données permettant de confronter ces data habituelles avec la situation vécue lors de la crise covid. On ne peut toutefois s'empêcher de se demander si, au final, le mélange conçu à partir du talk-show tv et du magazine d'infos de La Première, puis entre ce dernier et le talk-show commun de Vivacité et de La Une, a contribué à produire une pâte homogène, prête à lever.
Ou si le produit final n'est pas resté grumelé, voire dans l'impossibilité de réussir le mélange de ses composantes. En raison des circonstances, on aura tendance à être positif, et à considérer que chacun a fait contre mauvaise fortune bon cœur, en donnant du sien autant que faire se peu. Mais de bonnes intentions conduisent-elles à réaliser de bonnes productions, non seulement digérables par mais aussi goûteuses pour ceux qui les consomment? Permettons-nous de laisser la question ouverte.

Entre 6 et 8h, le profil de l'auditoire de La Première est-il compatible avec celui d'un programme télévisé de La Une labélisé 'Vivacité', alors que, par exemple, c'est sur La Trois qu'est diffusée l'émission de débat QCFD d'abord proposée chaque avant-soirée sur La Première? Entre 8 et 9h, peut-on mixer de manière compatible l'auditeur de La première et celui-de Vivacité en leur proposant un programme identique, par ailleurs visible en télévision?

Des (in)-cultures difficilement (re)conciliables

Au-delà de cela, les auditeurs s'y retrouvent-ils? Le mélange de journalistes, animateurs et chroniqueurs n'y contribue pas forcément. A certains moment, l'auditoire de Vivacité sera étonné du sérieux ou de l'intellectualisme de certaines chroniques. A d'autres, ce sera le cas de ceux de La première, qui ne se retrouveront sans doute pas tout à fait dans les allusions ou références culturelles évoquées, ainsi que dans les angles à partir desquels un sujet est traité ou abordé.

On s'étonnera peut-être de voir ce décalage ou cette méconnaissance culturelle exploitée par l'un des présentateurs, qui n'hésite pas à reprendre, si nécessaire, les propos de l'autre animateur en les corrigeant ou les recadrant. Le titre du présent petit texte y fait par exemple référence, lorsque le 8 mai 1945 fut dans l'émission dénommé sur le plateau le jour de la "capitulaïsation". Et ce n'est qu'un des nombreux cas où cela s'est produit, cette différenciation culturelle étant manifeste, et ayant été exploitée par les animateurs, mais aussi par certains chroniqueurs, dès les toutes premières émissions.

L'audience de la radio en matinée étant aussi morcelée, surtout quand l'auditeur ne se trouve pas sur le chemin du travail dans sa voiture, l'habitué d'un des deux programmes —et plutôt de La Première— peut aussi s'être senti perturbé par ce qui lui a été proposé au moment où il s'est branché sur le programme, ou par la couleur d'antenne (par exemple, l'identité du jingle de début de journal parlé)…

Labo en direct live

Dès le commencement, le terrain du 6-9 ensemble était manifestement miné. Ceux qui ont fait le pari de l'expérience ont tenté de désamorcer plus d'une bombe. Ils y sont souvent parvenu. Mais n'ont-ils pas aussi parfois eux-mêmes créé l'une ou l'autre petite explosion? A l'heure où le credo de la RTBF est de supprimer les silos pour prôner l'horizontalité, le pari pouvait être tenté. Seules de véritables enquêtes de réception permettraient de déterminer si l'auditeur lambda (et non celui qui occupe les réseaux sociaux) s'est à ce point senti dépaysé par le mélange qu'on lui a proposé au réveil qu'il a préféré changer de crémerie radiophonique. Tout comme il restera un jour à se demander si, tant qu'à chercher à protéger la santé de son personnel en économisant le volume des équipes mobilisables dans les studios et sur les plateaux, il n'eût pas été plus pertinent de réaliser cet objectif à des heures de relativement faible audience plutôt qu'au moment phare de la journée radiophonique qu'est la tranche matinale. A moins que la raison ultime de tout cela ait été de préserver à tout prix le soldat 6-8, ce représentant  d'une incomparable polymorphie médiatique ayant peut-être autrement dû être sacrifié sur l'autel du confinement. Le 6-9 ensemble a, en tout cas, été un très intéressant laboratoire. Notamment parce que tout s'y est déroulé en direct live. Et sans filet.

Frédéric ANTOINE.


(1) voir notamment: F. ANTOINE, "Le nouveau « 6-8 » de la RTBF : Quand la TV fait de la radio…", https://radiography.hypotheses.org/1708, 5/9/2015 et F. ANTOINE, "Neither radio nor television: multimedia radio as social media - a case study with the PMS in French-speaking Belgium",  presntation in Siena ECREA Radio Section Conference, septembre 29019.

07 mai 2020

Afflux d'aventuriers confinés sur Koh-Lanta




Qui n'a recherché de s'aérer par un peu de divertissement dans ce monde en confinement ? Face à un écran de télévision qui décline au fil de ses programmes les progrès de la pandémie et une impression d'enfermement généralisé, comment s'évader? Notamment, en regardant Koh-Lanta

Incontestablement, l'effet coronavirus a joué sur l'audience du programme, qui caracolait aux alentours des 300.000 spectateurs (Live+vosdal) lors de ses premières semaines, en février, et qui en a gagné plus de 100.000 dès le début du confinement, pour grimper jusqu'à mi-avril aux alentours des 450.000 personnes… jusqu'à la 'catastrophe industrielle' du vendredi 24 avril. Ce soir-là, l'audience du programme perd 160.000 téléspectateurs d'un coup. La faute à l'attente pendant une bonne partie de la soirée de la conférence de presse du CNS devant révéler les modalités de l'entrée en déconfinement (1). L'attente de la communication des autorités, qui occupera la première partie du prime-time,  et la conférence de presse qui arrive en fin de prime-time (voire en late-fringe) prive la télé-réalité d'aventure d'une partie de ses amateurs. Pour de bon? Ceux-ci ne seront en effet pas tous au rendez-vous la semaine suivante, puisque l'émission ne rassemblera qu'un peu plus de 400.000 personnes le 1er mai. Pourtant, ce soir-là, l'élimination des deux porteurs de colliers d'immunité avait de quoi relancer le suspens. Mais elle n'est évidemment intervenue qu'en fin de récit…


 Pour les 24/04 et 01/05, il sera intéressant de disposer des données Live+7, que le CIM n'a pas encore mises en ligne. Pour les semaines précédentes, celles-ci confirment que Koh-Lanta n'est pas seulement un programme que l'on suit en direct (ou en quasi-direct), mais qu'une partie des spectateurs le regarde lors d'un moment de disponibilité de son choix. L'apport de cette audience différée (en orange sur le graphique) permet à l'auditoire de Koh-Lanta de compter au total plus d'un demi-million de spectateurs lors de l'ouverture de la saison 2020, et plus de 450.000 les semaines qui suivent. A partir de l'arrivée du confinement, les deux types d'audience totalisent en moyenne 530.000 personnes, la barre des 550.000 étant dépassée à partir du début avril.



Le non-linéaire ne représente toutefois pas le même volume d'audience au cours de toute la période de diffusion de la télé-réalité. Les spectateurs regardant l'émission plus de 24h après sa diffusion étaient plus de 170.000 pour la première de l'émission. Ce nombre va ensuite décroître semaine après semaine. La diminution est constante et particulièrement sensible après le début du confinement (sauf à Pâques).
En début de saison, la part d'audience non-linéaire représente environ un tiers de l'audience totale. Cette proportion descend aux alentours de 20% lors de la crise du covid-19. Une partie de l'auditoire qui suivait d'ordinaire l'émission en catch-up tv semble alors avoir eu l'occasion de basculer sur le (quasi) direct.




 Sur l'ensemble des émissions diffusées du 21/02 au 01/05, le programme réunit en moyenne un peu moins de 380.000 spectateurs (Live+vosdal). Pendant le confinement, la moyenne de l'audience croît légèrement, mais cette mesure est perturbée par le 'cas' que représente la soirée du 24 avril. En ne tenant pas compte de ce moment d'anormalité, la moyenne de l'audience covid se situe à environ 420.000 spectateurs. 


La moyenne de l'audience belge (Live+vosdal) de Koh-Lanta était d'un peu plus de 280.000 personnes en 2019. Les résultats 2020 sont donc largement supérieurs, mais cette hausse est aussi sensible hors de période de confinement. Le graphique ci-dessus compare les audiences des semaines 1 à 7 de la télé-réalité au cours des deux années. On y relève dans les deux cas un comportement identique de l'audience en début de période (un attrait de l'émission de lancement, suivie d'une baisse d'intérêt et d'une remontée de l'audience). En 2019, le nombre de spectateurs baisse à nouveau par la suite, ce qui n'est pas le cas cette année.

Le succès de Koh-Lanta sur les petits écrans belges n'est pas neuf. En 2007, par exemple, la finale du programme, qui avait eu lieu à la mi-septembre, avait rassemblé 384.000 téléspectateurs. Fin octobre 2012, on lui comptabilisait une audience de plus de 468.000 personnes. L'attrait pour les aventuriers de la tribu perdue avait ensuite plutôt baissé. Cette année semble permettre à l'émission de renouer avec les audiences de ses bonnes années.

(1) Cf. sur ce même blog les articles sur l'audience des JT et de Questions en prime ce même vendredi 24/04.

06 mai 2020

L'errance des pigeons confinés



Comment réaliser une émission quotidienne sur la consommation alors que l'on ne consomme plus ? Le dilemme a touché le programme On n'est pas des pigeons, émission quotidienne de semaine d'access-prime-time de La Une. A partir du 24/03, les pigeons se sont donc repliés dans leur pigeonnier, avec interdiction de sortir. Et en abandonnant en bonne partie le registre 'consommation' pour se consacrer à la vie au domicile en temps de confinement. Cet accompagnement a aussi été étendu des jours de travail de la semaine au week-end. Avec des succès plutôt variables.


Le début du confinement correspond à une hausse sensible de l'audience du programme, qui compte en moyenne 178.000 spectateurs de début mars à la veille du confinement, pour dépasser les 300.000 en tout début de crise, avant que l'émission ne devienne On n'est pas des pigeons à la maison. Sur l'ensemble de la période commençant le 16 mars et se clôturant le 4 mai, la moyenne d'audience du programme est d'environ 217.000 spectateurs. La version On n'est pas des pigeons à la maison, qui ne débute pas tout de suite lors du confinement, est pour sa part suivie par en moyenne 207.000 personnes. Ce résultat est bien sûr plus élevé que la moyenne réalisée en début de mois, mais est à peine au-dessus de la moyenne d'audience de janvier 2020, qui était de 193.000 spectateurs. La première impression serait donc que la crise du Covid-19 n'a pas fortement bénéficié à ce programme, que les événements ont obligé à repositionner son projet éditorial.

la pente de la courbe d'audience de l'émission manifeste l'irrégularité des résultats non seulement au fil des semaines, mais aussi des jours de la semaine. Il ne faut pas perdre de vue que, dans sa nouvelle formule, l'émission a quotidiennement occupé son créneau, week-end compris. Et c'est souvent au cours des samedis et des dimanches que le programme rassemble ses audiences les moins importantes, alors qu'il attire ses plus hautes audiences hebdomadaires en début de semaine (lundi, mardi, plus rarement mercredi).


Dans ce contexte, une occupation continue de l'antenne ne garantit pas nécessairement une meilleure présence.
La réouverture des commerces et des services permettra-t-elle à ONPP des retrouver l'essence de son ADN?








Un jardin à l'audience (presque) extraordinaire



A l'orée des vacances de Pâques, le dimanche 4 avril, l'émission Le jardin extraordinaire s'est transformée en Notre jardin extraordinaire. Cette version 'confinée' d'un programme qui part plutôt à la découverte de la nature hors du quotidien a duré jusqu'au dimanche 3 mai. Au cours de cette période, le présentateur-producteur est parti à la découverte de son propre jardin, mais a surtout fait appel à des images récoltées par les spectateurs au sein du leur. Le programme a été conçu sur base d'un fil narratif chronologique égrenant les jours de la semaine, et reposant sur des conversations par téléconférences avec des cameramen naturalistes ou animaliers amateurs des quatre coins de la Belgique francophone, ainsi que sur la diffusion d'une sélection des images que ces personnes avaient préalablement fait parvenir à l'émission. De fenêtre ouverte sur le grand monde, le programme s'est mué en fenêtre sur l'univers restreint de tous ceux qui étaient chez eux (généralement à condition qu'ils aient un jardin et un matériel un tant soit peu capable de saisir des images de bonne qualité en gros plans).

Cette version du programme a attiré une audience plus large que celle qui le suit habituellement. Entre janvier 2020 et le début du confinement, l'audience moyenne du Jardin extraordinaire (Live+vosdal) était de 404.000 spectateurs. Celle des émissions de mars, qui ont poursuivi la formule classique de l'émission, a été de 427.000. L'audience moyenne des cinq émissions de Notre jardin extraordinaire a, elle, été de 505.000 téléspectateurs. Soit 100.000 de plus qu'en temps de non-confinement. La courbe de tendance figurant sur le graphique confirme bien cette évolution.


Pour la période pour laquelle on dispose de l'audience Live+7 (vision différée de J+1 à J+7), il apparaît que celle-ci ne diffère pas fortement de l'audience Live+vosdal (direct et différé J+1). Hors période de confinement, depuis début janvier 2020, l'émission enregistrait une part de marché moyenne de près de 25%. Pendant le reste du mois de mars, celle-ci a été de 23%. Pendant les trois dimanches de la période de diffusion de Notre jardin extraordinaire dont on dispose des chiffres, la PDM de l'émission était de 28%. La hausse du nombre de téléspectateurs du programme n'est donc pas seulement due à l'accroissement du nombre total de personnes regardant la télévision en période de confinement (cf. situation en mars avec une baisse de PDM pour une légère hausse de spectateurs) mais aussi à l'attirance plus marquée exercée par ce programme dans une version de proximité interactive où le spectateur devient (en partie) acteur de la production.



Le jardin extraordinaire est une des émissions historiques de La Une. Elle y a occupé la case de début de prime-time du samedi soir depuis octobre 1965, et est passée du samedi au dimanche au tournant des années 2000. Certains observateurs estiment que ce changement de jour (imposé par l'obligation faite à la RTBF d'alors diffuser en direct le samedi soir un jeu de la Loterie nationale) a en réalité sauvé une émission qui s'enlisait dans le documentaire animalier et perdait en audience. Le programme a alors entamé un virage écologique, qui a été suivi d'une profonde remise à neuf du concept un peu avant le cinquantième anniversaire de l'émission, en septembre 2014, en s'orientant vers l'observation, la découverte et la protection de la nature. Elle est depuis lors pilotée par Tanguy Cortier.
Avant cette période de renouvellement, selon la RTBF (1), l'émission avait une part de marché moyenne de 18,6%, et une audience moyenne de 323.067 téléspectateurs. 
Au cours de l'année 2019, l'audience moyenne de l'émission a été d'environ 350.000 personnes. Le programme est apparu à 24 reprises dans le top 20 des meilleures audiences de la semaine établi par le CIM (Live+7), avec dans ces cas-là une audience moyenne d'environ 370.000 spectateurs et une part de marché moyenne de 24%.

Par rapport à l'an dernier, l'audience moyenne de l'émission depuis janvier est donc en hausse. Celle-ci a été renforcée par Notre jardin extraordinaire. Les parts de marché de l'émission, par contre, ont été relativement stables, sauf lors de la diffusion de Notre jardin extraordinaire.


Frédéric ANTOINE



(1) Source : www.rtbf.be, Le jardin extraordinaire, l'émission nature de la RTBF, a 50 ans (15/10/2015)

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