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Regard médias

Il y en a des choses à dire sur les médias en Belgique…

23 septembre 2020

Le télévie a-t-il vraiment été victime du Coronavirus?



 
Samedi dernier 19 septembre, l'opération Télévie de RTL Belgium s'est soldée par un résultat inférieur de 2.768.812€ par rapport à l'édition 2019 (-21%). L'opérateur avait de longue date annoncé que, covid olige, 2020 ne serait pas une année de records. Mais est-ce bien le virus seul qui est à la base de ce score en demi-teinte?

C'est la base de la mécanique de mobilisation du système Télévie : chaque année, l’Opération doit obligatoirement rapporter davantage que l'année antérieure. Il en est ainsi de tous les téléthons diffusés de par le monde depuis l'invention du genre charity television par Jerry Lewis en 1954, et reposant sur la subtile notion de la 'promesse de dons'. Sur RTL-TVI, il en est également ainsi : au cours de la soirée télévisée de clôture, la dynamique narrative de l'émission repose sur un unique suspens : dépassera-t-on cette fois (encore) le montant obtenu l'année dernière ? Si la réponse est toujours « oui », les chemins pour y arriver doivent nécessairement être tortueux, avec des risques d'échec dramatiquement mis en exergue par les animateurs afin d'inciter les spectateurs à donner encore et encore en appelant les standardistes bénévoles du 'centre de promesses'.

En fin de programme, la somme récoltée dépasse donc forcément celle de l'édition précédente. Tout le monde s'en congratule. Et on remercie la générosité de ceux qui ont permis cet exploit en faisant un don le jour même, alors que l'essentiel des montants permettant d'atteindre le résultat ne provient évidemment pas des quelques milliers de promesses enregistrées ce soir-là, mais de dons antérieurs faits par des organismes, des firmes et des services publics, ainsi que de l'argent récolté par les ‘Comités Télévie' qui « se mobilisent » douze mois durant.

Report programmé

Ce samedi 19 septembre, avec cinq mois de retard sur la date officielle, RTL-TVI clôturait son 32e Télévie. Pas en public et en conviant les bénévoles à la fête, comme cela se produisait d'ordinaire. Mais, afin de ne pas devoir gérer la distanciation sociale, en 'privé', en direct de la RTL House de Bruxelles, où plusieurs plateaux avaient été installés avec plus ou moins de bonheur. Les séquences au cours desquelles les donateurs et certains comités révélaient les montants donnés ou récoltés se déroulaient soit par visioconférence, soit via la présence en quatre lieux de Wallonie (et non à Bruxelles) d'animateurs de la station entourés de quelques membres de comités choisis.

Initialement, cet événement télévisuel annuel devait avoir lieu le 25 avril, c'est-à-dire en plein confinement. Mais, dès le 12 mars au matin, soit avant que ne soient réellement prises les premières mesures publiques officielles de lutte contre le covid (1), le service de presse de RTL Belgium annonçait déjà que la soirée de clôture serait reportée au 5 septembre. Le lendemain, la tournée du camion-tirelire destiné à recueillir des 'pièces rouges' aux quatre coins de Wallonie et à Bruxelles était annulée, mais on précisait que la récolte de pièces continuait dans les banques jusqu'au 5 septembre. En parallèle, les dix dernières représentations de la pièce du Télévie, initialement prévues en mars à Rouvroy, Marche-en-Famenne, Liège et Mons, étaient reportées à juin. Il faudra attendre le 24 avril pour que les organisateurs annoncent que la soirée de clôture serait finalement reportée au 19 septembre, et que la troupe de la pièce du Télévie ne remonterait pas sur les planches (2).

Un résultat fort anticipé

Bien avant le jour prévu pour la clôture de l'Opération, le discours des organisateurs avait fait comprendre que l'année 2020 ne serait pas celle des records. Le 7 avril déjà, l'administrateur général de RTL Belgium déclarait à l'Écho : « À n’en pas douter, il y aura un impact sur les dons. Il sera difficile de battre une nouvelle fois un record. » Néanmoins, il se montrait confiant : « Même lors de la crise de 2008-2009, alors qu’on s’attendait à un impact, le Télévie a constitué une priorité pour les Belges. À l’instar des étrennes de la Nouvelle année ou des anniversaires. » Plus récemment, lors de la conférence de presse de rentrée de la télévision privée, le patron de RTL confirmait son impression première : « On ne battra pas le record cette année-ci avec le nombre de choses annulées. Mais, on n'est là avec un cœur grand comme ça. » (3)

Le ton était donné. Et repris comme en refrain dès le début de l’émission de clôture par l'animateur principal du show, qui s'empressa de déclarer que « ce soir, nous ne serons pas dans une logique de record » et qu'on avait été « dans des conditions hyper difficiles pour recueillir de l'argent ». Dans cette perspective, le résultat final, inférieur de plus de 2,7 millions € à celui de 2019, était donc logique, et permettait même à certains membres du personnel de RTL d'estimer à l’antenne que ce, finalement, eh bien, ce Télévie était une réussite. Car il avait atteint un résultat qui n'était pas prévu, et avait dépassé tout ce que l'on pouvait espérer. Un commentaire dont on pourra qu'apprécier le caractère spontané et improvisé, alors que l'émission étant construite sur base d'un scénario bien huilé, tout y est écrit à l'avance. Hormis une promesse surprise d'un don de plusieurs millions d'euros qui serait miraculeusement tombée pendant la soirée, tous ceux qui ont pris part à ce show télévisé en connaissaient l'issue dès le commencement…

Peu de covid, beaucoup d’autres choses ?

Mais quelle est donc la culpabilité exacte du covid dans le résultat obtenu? La question pourra paraître déplacée, voire intolérable, tant certains considéreront que la réponse est d'évidence. Sauf qu'il faut peut-être replacer les choses dans leur contexte. Initialement, le Télévie devait se terminer le 25 avril. La mise sous confinement de la Belgique commence le 18 mars. Il y a donc moins de quarante jours entre l'arrêt des activités sur le territoire et la date fixée pour la clôture. Or, comme se plaît à le déclarer l'administrateur délégué de RTL Belgium à la fin de chaque soirée annuelle de clôture de l'Opération, le Télévie de l'année suivante commence le lendemain du jour où se termine le précédent. Le Télévie 2020 a donc démarré le 28 avril 2019, et non début 2020. Si l'on ajoute à cela que, dans les quarante jours problématiques précédant la clôture 2020, figuraient les quinze jours des vacances de Pâques pendant lesquelles les activités sociales tournent naturellement au ralenti, on peut considérer qu’une toute grande majorité des activités caritatives liées au Télévie avaient déjà eu lieu avant la mise en confinement. Lors de l'émission de clôture du 19 septembre, de nombreuses images d'illustration ont confirmé cette tenue antérieure d'un grand nombre d'événements. C’est d’ailleurs ainsi qu’une présentatrice a justifié le fait que, sur les images, personne ne portait de masque ou ne pratiquait de mesure de distanciation. Expliquer le montant récolté par l'impossibilité d'organiser des activités en temps de covid ne peut donc se justifier que pour une petite part de ce qui était prévu avant le 25 avril. 
 
À moins que, en déplaçant la clôture début septembre, l'idée n'eût été de laisser l'Opération ouverte tout l'été? Cette hypothèse peut en tout cas être confirmée à propos de la collecte des 'pièces rouges': celle-ci s'est bien prolongée dans les banques partenaires jusqu'en septembre 2020, et ne s'est donc pas arrêtée fin avril.

Enfin, côté production, la conception même de la soirée de clôture prévue le 25 avril était déjà bien en route avant le confinement. Les comptes étaient donc déjà sur le point d’être alors (pré)clôturés. Pour preuve, les séquences en voiture diffusés dans le show du 19 septembre, où Sandra Kim et Christophe Deborsu poussent à la chansonnette les représentants de plusieurs firmes donatrices du Télévie. Ces petits films ont manifestement été tournés à la fin de l'hiver et non en août ou en septembre 2020 : à l'arrière-plan des images, les arbres sont tous dépourvus de la moindre feuille…

Pas de chute libre

Un regard plus précis sur les montants récoltés tels qu’ils furent présentés lors des soirées 2019 et 2020 peut aussi amener à s'interroger sur l'argumentaire officiel. Mêmes si des comparaisons chiffrées systématiques entre les deux années sont impossibles (4), on dispose ainsi de quelques indicateurs significatifs.

Du côté des soutiens publics, ceux-ci semblent avoir été plutôt stables, voire en hausse : 'La Wallonie' (entendez : le gouvernement wallon) et la Loterie nationale ont offert la même somme les deux années. En 2020, le gouvernement de la Fédération Wallonie Bruxelles a donné pas moins de 100.000€, et le 'Département Recherche' de la Région Wallonne 150.000€ (5).

Les sponsors traditionnels Cora et Match n’ont réduit la somme versée en 2020 que de 6 à 8% par rapport à 2019. Et le sponsor Allan Sports a, lui, apporté en 2020 31% de plus que l'année précédente.

La situation des comités locaux est plus complexe à estimer, puisque seuls certains d'entre eux sont passés à l'antenne et ont été cités dans les émissions de 2019 et 2020. Parmi les cas comparables, certains comités se révèlent en situation d'équilibre, avec des résultats identiques ou quasi-identiques en 2019 et 2020. Pour de nombreux comités, il apparaît aussi que les résultats 2020 sont à peine inférieurs à ceux de l'année précédente (moins de 10% de différence). Ce qui confirme que la plupart des activités ont bien été organisées avant la crise du covid, et ont rapporté à peu près les mêmes montants que par le passé.


2019

2020

≠2019-2020

≠% 2019-2020

Clermont (Canaris)

20150

20289

+139

+0,1%

Semi-marathon Ourse

20500

20800

+300

+0,1%

Blegny

43000

43000

0

0%

Véronique Cornet

35000

35000

0

0%

Gembloux

21152

21000

-152

-0,7%

10 villages un cœur

51245

50059

-1186

-2%

Isières

22036

20748

-1288

-6%

ULG CHU

242019

228404

-13615

-6%

Tous en scène

32331

30171

-2160

-7%

UCL Cliniques

51000

47000

-4000

-8%

Le Roeulx

35222

32222

-3000

-9%

ULB Hôpitaux

70013

63878

-6135

-9%


Il y a certes aussi des comités en situation plus problématique, avec des pertes allant de 20 à 40%. Dans ces cas-là, il y aurait lieu s’interroger sur les raisons exactes de ces différences : sont-elles intrinsèquement liées à la période covid? Ou sont-elles liées à d’autres facteurs ? Car, si le covid en est la seule cause, cela signifierait que ces comités ont coutume d’axer une part déterminante de leurs actions au cours de la brève période précédant directement la soirée de clôture…

 

2019

2020

≠ 19/20

≠%

Rochefort

36600

30300

-6300

-17%

Sophie Allard

25591

20009

-5582

-22%

Beauvechain

35000

27000

-8000

-23%

Perwez

41527

31563

-9964

-24%

Stars Rallye

118555

90275

-28280

-24%

Bois de Breucq

36000

25500

-10500

-29%

Anthisnes

44200

29000

-15200

-34%

Martine Allard

55205

33040

-22165

-40%

Philippeville

50000

30000

-20000

-40%

 
Parmi les données étudiées, les comités en perte faible ou nulle représentent environ 2/3 des sommes récoltées, et ceux qui sont en fortes pertes 1/3. En 2019, la part de ces derniers comités était évidemment plus importante. Les comités figurant dans cadre de l’échantillon analysé avaient apporté ensemble 1.086.000€ en 2019, et 929.000€ cette année (soit une baisse de 15%).

Par ailleurs, et en opposition avec ce qui précède, d’autres chiffres ont été très positifs cette année. En 2019, l’opération ‘pièces rouges’ avait rapporté 379.071,48€. En 2020, malgré de (ou à cause du) covid, le montant s’élève à 486.288€ (+107.216,52€). Quant à la vente sur Bel RTL des disques d’or, annoncée comme ayant permis de récolter 750.000€ l’an dernier, un communiqué officiel en fixe l’apport à 1.000.000€ en 2020 (+250.000€).

Il faut enfin ajouter à cela une autre donnée de taille : l’argent récolté par ce que l’on appelle dans le langage officiel ‘le personnel’ de RTL Belgium. Grâce à des activités menées tout au long de l’année, le montant récolté en 2019 était de 1.421.549€. Il fut cette fois de 1.293.047€ (-128.502€, soit une baisse de 9% seulement).

Des causes (beaucoup) moins évidentes ?

Tous ces éléments permettent-ils d’expliquer une chute finale de 21% des dons, baisse annonce à l’antenne comme étant inespérément faible ? Un élément complémentaire peut, peut-être, contribuer à lever un petit coin du voile : la performance de l’Opération au Luxembourg. En 2019, les responsables grand-ducaux s’étaient félicités du record atteint : plus de deux millions d’euros (2.005.842€). Cette fois, le Duché n’a pas atteint la moitié de ce résultat (975.136€). La perte de 1.030.706€ (-51%) est importante. Mais est-elle la seule cause d’un résultat 1/5 plus faible qu’en 2019 ?

Il semble en effet clair que l’émission 2020 a été conçue sur base d’un scénario préétabli reposant sur un obligatoire 'mauvais score' dû au covid. Comme s'il s'agissait de prouver que l'absence de record ne pouvait être dû qu'à la pandémie. Ainsi, lors des premières images du show 2019, c’est-à-dire vers 20h, le score affiché à l'écran était de 2.447.685,11 €. En 2020, il fut de 1.831.540,85€. Il est impossible de savoir ce que représente ce montant : est-il celui de promesses déjà récoltées ? Comprend-il déjà certains dons ? En tout cas, l'émission 2020 se positionnait dès le départ à -616.144,26€ par rapport à 2019, soit -25%.

Nous ne disposons pas de suffisamment d’éléments pour déterminer l’impact réel du covid sur les dons récoltés. Mais les indices pointés ci-dessus nous poussent à nous demander si la tendance à un résultat 2020 inférieur (ou légèrement inférieur) aux années précédentes n’était pas déjà attendu par les organisateurs dès avant la crise du coronavirus. Et ce d’autant que, dans les faits, la période de collecte d’argent du Télévie 2020 n’a pas été d’un an mais… de 16mois ½. Sur base des seuls contenus diffusés, il est difficile de déterminer quelles seraient les causes d'une baisse de dons moins conjoncturelle qu’affirmé. Serait-elle liée à la situation de RTL par rapport à ses audiences, que l’on recense moins nombreuses ces derniers mois ? On pourrait en trouver un indice dans le fait d’avoir mentionné, lors de l’émission 2020, que Radio Contact se joignait pour la première fois à l’opération. Comme s’il y avait désormais lieu de rallier aussi à la cause ce public-là, pour pallier la chute de l’audience de Bel RTL.  
 
Le Télevie deviendrait-il moins l'affaire de tous les auditeurs et spectateurs de l'opérateur privé, et davantage celle de personnes directement touchées par les causes que l'Opération entend soutenir?

Changer le scénario?
 
Il restera demain à voir combien de temps durera réellement l’année du Télévie 2021. Si l’opérateur audiovisuel en revient à sa tradition, pour éviter de concurrencer Cap 48, celle-ci devrait se clôturer en avril de l’an prochain, et donc ne durer que huit gros mois. Avec, jusqu’à présent, moins de liberté que par le passé pour organiser des actions de bienfaisance rassemblant un grand public. Par rapport à 2020, le pari du record sera beaucoup plus périlleux encore à réaliser. À terme, cela posera question sur la nature du ressort dramatique sur lequel repose le Télévie : pourrait-il dès lors ne plus reposer sur la mécanique annuelle du dépassement du record antérieur ? La question, à tout le moins, peut être posée.

Frédéric ANTOINE 

(1) Pour rappel, c'est le 12 mars en soirée que le CNS a pris les premières mesures de lutte contre la propagation du virus, à partir du 13 que les universités ont décidé de mettre en œuvre l'enseignement à distance, et ce n'est que le 18 mars à midi que des mesures strictes de confinement ont été imposées à la population belge.

(2) Au total, il devait y avoir 23 représentations de la pièce, réparties dans 9 villes différentes. L'annulation concerne donc un peu moins de la moitié de la tournée. Il faut toutefois aussi rappeler que, avant le covid, la pièce avait déjà été diffusée en direct sur RTL-TVI le dimanche 16 février en soirée.

(3) La DH, 03/09/2020.

(4) Certains comités ont-ils disparu entre 2019 et 2020? Leurs résultats 2020 n'ont-ils pas été jugés suffisants pour être mis à l'antenne (il faut rappeler que seuls les comités atteignant une somme récoltée appréciable sont retenus pour un passage devant les caméras). Il y a eu aussi de nouveaux comités en 2020 par rapport à 2019. La petite observation réalisée dans le cadre de ce texte repose uniquement sur les données comparables. Il faut ajouter qu'une petite partie de l'émission de clôture 2019 n'étant plus accessible en ligne à l'heure actuelle, l'un ou l'autre point de référence théoriquement possible n'a peut-être pas pu être utilisé.

(5) Dans les documents audiovisuels disponibles, nous n'avons sauf erreur pas trouvé de trace de pareils dons en 2019.




19 septembre 2020

RTL SE DÉFILE… DE L'AIR


Un communiqué de presse tombé le 18 septembre en début d'après-midi annonçait que le Conseil d'administration RTL Belgium avait décidé de « renoncer à l’aide du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles et de là, au projet dans son ensemble ». La filiale belge de la multinationale luxembourgo-allemande préfère ne pas toucher le jackpot plutôt que de devoir rendre des comptes…

Alors que le 30 juin dernier RTL Belgium criait au loup et au secours, clamant haut et fort que, sans un soutien financier des pouvoirs publics belges, l'entreprise était menacée d'économies drastiques, voire de disparition, moins de trois mois plus tard, la même entreprise renverse son discours du tout au tout et dit que, finalement, eh bien elle n'a pas besoin de cet argent.

On croit rêver

On savait qu'avec le covid, des êtres fragiles pouvaient frôler la mort et, parfois, s'en sortir ensuite. Mais qu'un géant de la communication affecté par le virus s'annonce lui-même guéri quelques semaines après s'être diagnostiqué exsangue relève du miracle (industriel). La raison officielle, expliquée dans le communiqué: « Depuis le mois d’août, les signes d’une reprise économique tendent à faire disparaître une des raisons de l’accord de principe. En effet, contrairement aux prévisions, la situation financière dramatique de RTL ne semble pas s’être installée dans la durée. »

RTL était-elle donc aussi souffrante qu'elle ne disait au début de l'été? Ou sa maladie n'était-elle pas d'abord imaginaire et non 'dramatique'?

À moins que les prévisionnistes de l'entreprise n'aient été ce point aveugles qu'il leur était alors impossible de percevoir que, dès le mois d'août, les annonceurs seraient à nouveau au rendez-vous?

Il est fortement tentant de considérer le volte-face du Conseil d'administration de la société comme un aveu. Une reconnaissance du fait que sa situation financière n'avait jamais été si grave qu'elle l'avait dit. Début juillet, plusieurs voix s'étaient exprimées pour rappeler que RTL Belgique n'était pas un radeau de la Méduse isolé, mais constituait un des esquifs d'une immense flotte dont le navire amiral, le RTL Group, était largement bénéficiaire. Ces commentaires ont peut-être contribué à rappeler aux responsables de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) qu'on ne pouvait comparer cette entreprise au sort des 'petits' médias belges comme les TVLC ou LN24 touchés par le covid.

Les informations qui ont alors été révélées sur l'état des bénéfices réalisés par IP Belgique, qui est intimement associé à RTL Belgique, ont sans doute de même contribué à relativiser la réalité de la catastrophe économique qu'annonçaient les hérauts de l'entreprise.

Dividendes or not

Dans ces conditions, on peut supposer qu'une des conditions émises par la FWB pour accorder un substantiel prêt à l'opérateur privé a rapidement posé problème. Pour rappel, les aides publiques étaient subordonnées au fait que l'entreprise soutenue n'alloue par de dividendes à ses actionnaires pour l'exercice 2020. Si RTL Belgique avait été au bord du gouffre, elle aurait tout fait pour obtenir la subsidiation, quitte à aller à Canossa. Le fait de renoncer au soutien lève immédiatement une question: l'aide demandée à la FWB n'avait-elle pas comme fonction non de contribuer à maintenir des emplois, mais d'aboutir dans l'escarcelle des actionnaires de la société, c'est-à-dire in fine le RTL Group et les groupes de presse de Belgique francophone?

En l'occurrence, renoncer à l'aide est une sorte d'aveu. De refus de se soumettre aux conditions imposées par l'Etat. Inutiles donc, ces dizaines de millions d'euros que les contribuables belges francophones allaient offrir à cette société. Désormais, ce sera comme par le passé: c'est en achetant des produits en tout genre que, sans le savoir vraiment, les consommateurs financeront la société audiovisuelle, les sommes payées par les firmes pour les écrans pub sur RTL faisant bien évidemment partie des coûts compris dans le prix de vente des différentes marchandises.

On avait cru à un retour au bercail de la brebis perdue. Que nenni. RTL Belgique préfère continuer à diffuser via sa si tolérante licence luxembourgeoise, à laquelle elle s'était engagée à renoncer… mais moyennant des conditions moins dures que celles qui l'attendaient. L'entreprise aurait reçu l'argent public sans aucune contrepartie, voire peut-être simplement en abandonnant sa licence grand-ducale, elle n'aurait sans doute pas fait la fine bouche.


Reste qu'un argument avancé fin juin était que, de toutes façons, l'opérateur privé devrait un jour ou l'autre rentrer dans l'orbite de contrôle du CSA belge, suite à l'imminente adaptation de la directive européenne SMA. Visiblement, de ce côté, le géant allemand a dû obtenir quelques informations, ou quelques garanties…

Frédéric ANTOINE

07 août 2020

Des films vendredi et samedi à la tv française: les week-ends des spectateurs vont changer d'allure. En Belgique aussi


Les chaînes de télévision française sont désormais autorisées à diffuser des films les vendredis et samedis. 
Cela va changer la donne sur les petits écrans aussi pour les Belges, et pour la RTBF et RTL-TVI.

 
 
 
 
 
 
 
Le Journal Officiel de l'État français a publié jeudi 6 août (1) deux décrets concernant la télévision. L'un d'eux supprime les jours d'interdiction de diffusion de longs métrages pour les chaînes fixés jusque là le vendredi, le samedi, et le dimanche après-midi. Cette mesure, prise en janvier 1990 (2), visait à protéger les salles de cinéma de la concurrence du petit écran pendant l'essentiel de la durée du week-end. Estimant que cette interdiction ne s'appliquait de toutes façons pas aux plateformes de type Netflix, le gouvernement français a considéré qu'elle était devenue obsolète et a rendu la liberté de programmation aux chaînes. Celles-ci sont dès lors autorisées à diffuser davantage de films par an que jusqu'à présent.

Cette mesure sonne peut-être le glas de la diversité programmatique de la télévision française généraliste. Les chaînes y avaient en effet souvent coutume d'occuper leurs cases de primetime par des productions de fictions, aujourd'hui essentiellement orientées vers les séries. Mais devaient être plus imaginatives en fin de semaine.




De longue date, sur TF1, seuls les fins de semaine échappaient à la loi des fictions, les deux jours fatidiques de l'interdiction étant dans un premier temps consacrés à des variétés, puis aussi à des télé-réalités, voire des jeux. Sur France 2, l'offre au long de la semaine était plus diversifiée, quoique aussi dominée par les fictions. Le vendredi était ainsi une case de type "téléfilm", mais le samedi était réservé aux "variétés".

Zone protégée


C'est ainsi que les télévisions françaises ont conservé, contre vents et marées, une offre de programmes de divertissement et de variétés. L'interdiction des films en début de week-end a permis que perdurent des productions originales incluant des genres aussi divers que des jeux d'aventure de type Fort Boyard, des télé-réalités comme Koh-Lanta, The Voice ou la Star Academy, et des multitudes d'émissions de chanson, des Enfoirés aux Victoires de la Musique à N'oubliez pas les parole en passant par le Plus grand cabaret du monde, vestige télévisuel du temps lointain du Music-Hall. Le tout s'inscrivait dans une tradition antérieure à cette interdiction, dont l'Histoire n'oubliera jamais les célèbres shows de Gilbert et Maritie Carpentier.

Qu'adviendront ces programmes maintenant que des films peuvent capter l'audience les vendredis et samedis soirs, et que l'on sait les diffusions de films porteurs de bonnes audiences, peut-être davantage que certaines émissions de variétés? Pour les chaînes qui avaient choisi de ne pas jouer ces jours bannis la carte de la fiction, la question va se poser. Elle pourrait être moins prégnante pour les autres, sauf que la présence de films sur certaines stations concurrentes obligera forcément les autres compétiteurs à se repositionner. Le succès des soirées cinéma proposée à tire larigot pendant le confinement en a été un bon indicateur.

Dans le même cadre, les blockbusters de divertissement jusqu'ici calés en fin de semaine n'auront-ils pas intérêt à changer de jour de diffusion, l'audience globale de la tv étant traditionnellement moins forte en début de week-end? Bien sûr, il sera toujours plus tentant de proposer Koh-Lanta la veille d'un samedi plutôt qu'avant un jour d'école. Mais sera-ce le cas pour tous les programmes porteurs des vendredis et samedis?
Enfin, la télévision généraliste française ne va-t-elle pas perdre cette tradition historique du film du dimanche soir, seule case permise pour proposer un morceau de cinéma en fin de semaine, qu'avait inaugurée la première chaîne de l'ORTF dès les années 1960, que TF1 n'avait jamais abandonnée et que France 2 avait, elle aussi, choisit d'exploiter à partir des années 1990. La fin du film du dimanche soir, ce serait comme les dernières images d'une longue histoire…

En Belgique aussi…

Alors que le marché de la tv de fin de semaine était plutôt stabilisé en France, il pourrait donc bien éclater. Et en Belgique itou. Il ne faut en effet pas perdre de vue qu'un tiers des spectateurs francophones belges, en moyenne, sont chaque soir sur une chaîne française, et que les variétés et les télé-réalités de fin de semaine de TF1 sont, dans ce petit pays, des programmes forts en termes d'audience.

Mais l'effet français pourrait être plus fort. Car l'éventuel repositionnement des grilles des vendredis et samedis aura aussi, par ricochet, un effet sur celles des chaînes belges, qui visent plutôt actuellement à jouer la complémentarité face à l'offre forte des stations parisiennes. Après son magazine de début de soirée, La Une (RTBF) avait jusqu'ici coutume de proposer un téléfilm le vendredi et une série le samedi.Si le cinéma s'empare ces jours-là des deux chaînes françaises les plus regardées en Belgique, que fera la chaîne publique? Même question pour RTL TVI, qui n'a jamais cessé de proposer des séries le vendredi, et occupe maintenant sa case du samedi par une télé-réalité (d'ordinaire rachetée à… M6). Mais, à certains moments, comme en 2017-2018, la chaîne privée diffusait aussi des films le samedi soir! Devant une éventuelle offre plus alléchante des opérateurs français, il lui serait difficile de tenir la concurrence.

Il se passe donc toujours quelque chose sur le marché de la télé. Même si celui-ci est désormais concurrencé, dans la fiction, par l'offre des plateformes. Le secteur du divertissement restait l'une des spécificités propres à une culture, ou un pays. Une sorte d'exception culturelle. Le décret français en annonce-t-il la fin? En tout cas, dans l'éventualité d'un nouveau confinement dû au covid, il permettra aux chaînes d'Outre-Quiévrain de ne plus devoir s'arracher les cheveux pour savoir quoi diffuser les soirs de fin de semaine…

Frédéric ANTOINE.

(1)https://www.legifrance.gouv.fr/
/affichTexte.do;jsessionid=AFC12F7C9471BC0F01B8665B68E091CA.tplgfr38s_3?cidTexte=JORFTEXT000042211247&dateTexte=&oldAction=rechJO&categorieLien=id&idJO=JORFCONT000042210887

(2)https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000342173&fastPos=1&fastReqId=938408427&categorieLien=cid&oldAction=rechTexte#LEGIARTI000025883985




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