Regard médias

Il y en a des choses à dire sur les médias en Belgique…
Affichage des articles dont le libellé est M6. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est M6. Afficher tous les articles

30 mars 2026

MARIÉS AU PREMIER REGARD, DIVORCÉS AU DEUXIÈME


La saison 2026 de Mariés au premier regard vient de se clôturer sur RTL-TVI. Un seul des six couples formés au départ a souhaité rester marié. Et ce n’est pas la première fois. Faut-il y voir l’échec de « la science » ? Reflet de la société ? Ou des échecs qui nourrissent plutôt la dynamique de l’émission ?

 

Mélanie et Vincent sont les seuls ex-célibataires, unis « au premier regard » à la maison communale de Châtelet, à avoir décidé de rester mariés au terme de l’émission de télé-réalité de RTL-TVI version 2026. Sachant qu’il y avait six couples formés par « les experts » sur base de « la science » et de ses tests, cela signifie que le taux de réussite de l’émission a été de 17 %.

Cet échec n’est pas une première. L’an dernier, la proportion de « réussite » n’avait pas été fameuse non plus, mais avec moins de candidats au départ. 2026 est la première année où l’émission parie sur 6 couples. En 9 ans, il n’y a eu que trois fois 50 % de couples restés mariés à la fin du programme (ce qui ne veut pas dire qu’ils le seront encore ensuite…).

Alors que le nombre de couples formés par « les experts » a crû avec le temps, la courbe du nombre de ceux qui sont restés mariés n’a pas suivi la même tendance.

 

CARAMBA ENCORE  RATÉ

 

Est-ce un phénomène belge ? Une comparaison avec la formule française, qui a inspiré la version belge, fournit des résultats un peu plus réjouissants.

La proportion de 50 % ou plus de « restés mariés » dans la version française est plus fréquente que dans la version belge francophone. Mais, ces dernières années, la tendance est la même : même si « les experts » créent plus de couples, le nombre des « restés mariés » est des deux côtés devenu fort faible. En France, la première édition où l’émission s’est soldée par le maintien d’un seul couple ne survient qu’en 2024. Alors que, sur RTL-TVI, on comptabilisait déjà une seule réussite en 2019, la chose se répétant plusieurs fois par la suite à partir de 2022.

Tandis que le principe du programme repose sur le fait de pouvoir se marier grâce à des études de compatibilité et non lors d’un coup de foudre vécu « en vrai », pas sûr qu’il soit tout à fait recommandé aux âmes seules de recourir à cette mise à nu télévisuelle de leurs sentiments pour s’assurer de trouver leur conjoint pour la vie…

 

Est-ce étonnant ? On pourrait comparer ces immenses taux d’échec d’un mariage express avec celui des divorces dans la société, en tenant compte du fait que ces données statistiques-là ne mesurent pas à quel moment du mariage les couples se sont séparés, alors que, dans l’émission, quelques semaines s’écoulent seulement entre le « oui » officiel et le moment de la confirmation/renonciation lors du dernier épisode.

  

PLUS FORT QU’EN VRAI

 

Ces dernières années, on compte en Belgique entre 34 et 38 % de divorces par rapport au nombre de mariages célébrés la même année. La France affiche de longue date des pourcentages plus élevés. Dans ce pays, le taux de divorce s’est stabilisé autour de 46 % (soit un peu moins d’un divorce pour un mariage), tandis qu’en Belgique celui-ci est de 38 % (soit un peu plus d’un divorce pour trois mariages).

Mais les données belges recèlent de grandes diversités selon les régions.

C’est en Flandre qu’on divorce le moins, et en Wallonie qu’on se sépare le plus : 35 % d’un côté, 42 % de l’autre. Lorsque, dans Mariés au premier regard, un couple sur deux reste marié, l’émission se situe ± dans la norme des divorces dans la société. Mais, à de nombreuses reprises, on a pu constater que l’on était plus bas que cela… Il faut toutefois relativiser cette comparaison, puisque les divorces dans le programme de télé-réalité surviennent la même année que le mariage. Les statistiques officielles montrent que la proportion des couples qui divorcent l’année de leur mariage (ou juste après) est assez faible, et elle est plus élevée en France qu’en Belgique.

Télécharger le graphique corrigé

Selon les données de Statbel, la plupart des mariages (le « taux de survie ») durent plus d’un an. Contrairement à ceux de Mariés au premier regard.

Télécharger le graphique (PNG)

 

MIROIR D'UN MONDE 

 

Est-ce lié au « spectacle télévisuel » qu’offre l’émission, ou a-t-on affaire à un indicateur de l’évolution des sociétés ? Sans doute un peu des deux. Comme les fermiers de L’amour est dans le pré, les participants à Mariés au premier regard ont fait le choix de participer à l’émission, la plupart du temps personnellement (et parfois poussés par des tiers). Il ne faut pas exclure les cas de « manipulation » du programme par un participant souhaitant quoi qu’il advienne sa petite heure de gloire télévisuelle, le « quinze minutes de célébrité mondiale » évoqué dès les années 1960 par Andy Warholl. Mais, pour un grand nombre, la motivation semble sincère : empêtrés dans leur parcours amoureux, ils considèrent souvent le recours à une recherche de partenaire « sur base scientifique » comme une dernière chance, après avoir erré sur les sites de rencontres et épuisé les occasions de contacts dans la vie réelle. L’échec de la plupart des couples constitués par « les experts » sur base d’indicateurs statistiques issus de tests et d’entretiens divers est-il anormal ? Eux-mêmes diront bien sûr que non, car ils misent sur la patience de la découverte de la compatibilité avec l’autre dans la durée, et sur base d’une attitude bienveillante et ouverte. Trompés par le titre de l’émission, certains participants s’imaginent-ils au contraire que, « au premier regard », on leur garantit un coup de foudre que viendraient ensuite consolider les fameuses compatibilités trouvées par les experts ? Il y a sans doute un peu de cela. Mais comme l’émission en est à sa 9e saison, rares sont ceux qui peuvent ignorer comment se sont déroulées les précédentes et pourraient être trompés sur la marchandise.

 

Cette baisse significative des « réussites », surtout visible après 2020, est un des indices de l’air du temps et de l’état des (jeunes) adultes dans la société post-covid. À la fois inquiets, instables, autocentrés, mais aussi avides du « tout, tout de suite » et nourris par l’idéologie du règne du temps présent qu’alimente à longueur de journée la consommation des réseaux sociaux. Alors que le monde ne vit plus que dans l’immédiateté, s’inscrire dans le temps long que nécessite l’élaboration d’une relation est devenu difficile, voire inacceptable. Surtout si cela demande de remettre en cause son image de soi, si importante de nos jours. Sociologiquement, ce que la télévision accentue et grossit ne manque pas de sens. Mais peut-être d’espoir.

 

PAS GRAVE 

 

Alors, devant tant d’échecs, pourquoi continuer ? Les « experts » n’ont-ils pas assez montré leur incapacité à trouver les atomes qui permettront à deux êtres d’entamer un bout de chemin l’un avec l’autre ? « La science », magnifiée dans ce programme de tv comme elle l’était dans la société du XIXe siècle, montre clairement ses limites. Surtout quand cette science est d’abord de type psychologique.

Mais ne pas réussir sa mission est-il grave pour l’émission ? Assurément non, sinon le programme aurait été arrêté de longue date. Si, comme dans Koh-Lanta, à la fin il n’en reste qu’un, ce n’est pas le plus important. Car, d’émission en émission, on a découvert des personnes auxquelles on a pu s’identifier ou, au contraire, s’opposer. Des femmes et des hommes de chair et d’os, aussi socialement diversifiés que l’auditoire de RTL-TVI, tant et si bien qu’on peut se demander si une symbiose entre les participants et le public n’est pas aussi un des critères pris en compte lors du casting.

Comme dans toute télé-réalité, il y a des « vrais gens » qui vivent des « vraies choses » dans un contexte un peu contraint (obligation de se marier, d’aller en voyage de noces et de faire un bilan avec son conjoint devant « les experts » lors du dernier épisode). Parfois, certains abandonnent en cours de route, mais, devant le maire, les cas de refus de mariage sont rares. En France, sur 59 couples formés, il y a eu 5 annulations avant mariage et 2 refus devant le maire. En Belgique, il y a eu au moins 2 abandons avant le mariage mais, semble-t-il, un seul refus devant l’officier d’État civil.

Une télé-réalité est aussi un récit. Avec une trame narrative, une quête remplie d’épreuves à accomplir, ainsi que les histoires de tous les participants qui se croisent et s’entremêlent d’épisode en épisode, comme dans une série. Et des « adjuvants » (les « experts ») et des « opposants » (la famille, les amis…) comme dans toute structure narrative.

Qu’importe alors qu’il y ait un ou plusieurs couples vainqueurs. Ce qui fait le succès du programme (entre 400.000 et 450.000 spectateurs/semaine en 2023 comme en 2026[1]), c’est sa durée dans le temps, son intrigue et sa proximité. Même si chaque saison a un fort goût de même chose, elle est toujours différente. Le mécanisme peut donc durer longtemps encore. Sans trop se soucier des dégâts « collatéraux » que l’émission peut laisser chez celles et ceux qui acceptent de s’y montrer…

 

Frédéric ANTOINE

 

[1] Audiences J+7, donc sans l’audience de la finale 2026. On sait qu’en J+1 elle a fait 363.252 téléspectateurs. L’émission se classe le plus souvent en 5e place des programmes les plus regardés lors d’une semaine.

 


01 mars 2024

LA PLACE EST-ELLE TOUJOURS ROYALE ?

Depuis la mi-janvier, l'emblématique Place Royale a retrouvé sa Place dans la grille de RTL TVi. Avec plus ou moins de bonheur. La monarchique émission du samedi sur la chaîne privée fait mieux que, le vendredi, C'est du Belge, sur La Une. Mais fédère-t-elle toujours autant de téléspectateurs que par le passé ?

La chaîne premium propriété de Rossel et DPG est redevenue royale depuis quelques semaines. Son émission hebdomadaire consacrée aux membres du gotha et des royautés s'est à peu près reglissée, ce 20 janvier dans la case dont elle avait été expulsée (de force plutôt que de bon gré) à la rentrée 2018. Une parenthèse de plus de cinq annM6ées pendant lesquelles ce programme plutôt court de début de primetime avait été mis de côté afin de faire débuter plus tôt la véritable émission longue du primetime du samedi. Des formats en grande majorité achetés à M6 France, dont certains eurent l'heur de plaire aux téléspectateurs (notamment : Cauchemar en Cuisine). Mariés au Premier regard, version belge, en a aussi fait les beaux jours. Alors que d'autres productions de même type, diffusées dans cette case, ne se sont jamais hissées dans la liste des belles audiences du samedi soir [1].

DÉGAGER LA PLACE

Supprimer Place Royale revenait à donner un bon coup de pied dans la fourmilière du RTL TVi telle que l'avaient à peu près conçu ses fondateurs (Place Royale a en effet débuté en 1994 alors que RTL comme chaîne privée belge n'avait entamé ses émissions que le 13 septembre 1987). Il faut dire que l'image de Place Royale collait un peu (trop) aux chaussures de TVi, à la fois par ses types de contenu, les comportements de ses présentateurs et présentatrices, et son merchandising parfois un peu envahissant. Il était peut-être temps de s'en dépêtrer à une époque où le règne sans partage des chaînes premium mainstream était clairement ébranlé par les acteurs de la nouvelle économie des médias.

Supprimer Place Royale permettait aussi à la chaîne de ne plus démarrer vers 21h10 sa soirée du samedi, et de ramener ce début vers 20h35. La station belge évitait ainsi de se retrouver à l'heure du carrefour du primetime des chaînes françaises, trop belle occasion pour les amateurs de têtes couronnées de quitter TVi pour TF1, Fr2, Fr3 ou toutes les autres. Entre 20h25 et 20h35, il n'y a pas de carrefour de primetime : sur La Une, Une brique dans le ventre n'est pas encore fini, et les JT de TF1 et FR2 sont toujours en cours.

T COMME TRUCIDÉ

Le retour de Place Royale n'a pas brouillé ces belles cartes, car celui-ci a été concomitant avec la suppression d'un autre programme historique de RTL, bien plus vieux celui-là que l'émission monarchique : I Comme. Un magazine créé au bon vieux temps de RTL-Télé Luxembourg (en 1984) par le journaliste Robert Diligent, et diffusé inaltérablement tout au cours de sa longue vie le samedi après le JT de 19h. La reprise de l'émission par RTL TVi, qui la confia en 1994 au journaliste belge Jacques Vanden Biggelaer, ne changera rien à ce cérémonial. Il durera jusqu'à ce que la direction de la  chaîne décide de procéder à la mise à mort du programme, quelques mois avant l'accession à la retraite du successeur de Robert Diligent. I comme et Place Royale, deux programmes courts en début de soirée, cela faisait fort pour un samedi, et expliquait pourquoi le "vrai" programme long de primetime ne débutait qu'après 21h00. 

En trucidant I comme, sous prétexte que les images originales dont le magazine se léchait les babines se trouvaient désormais sur les réseaux sociaux et que cela n'intéressait plus personne de les voir à la télé, on réduisait fameusement l'écart entre la fin du JT de 19h et le programme long du samedi soir. Dans sa nouvelle version, Place Royale enchaîne en effet directement après le RTL Info et le tunnel de pubs qui le suit, de telle sorte qu'elle débute vers 19h55 déjà. Rabotage supplémentaire, elle ne dure plus qu'une vingtaine de minutes. Elle se termine donc vers 20h15. Le "gros" programme de soirée peut dès lors débuter à 20h20, heure à peu près normale de démarrage de tous les primes de TVi [2]. Reste évidemment à déterminer quel blockbuster aspirateur d'audience TVi peut placer derrière Place Royale. Et là, ça n'est pas encore très clair. Lors des premières semaines du retour de magazine des têtes couronnées, on croyait que l'option serait de proposer des films populaires appréciés par le public familial du samedi. TVi a ainsi diffusé pour la  Xe fois la trilogie des Bronzés. Mais ça n'a pas attiré les foules. Alors, elle programme désormais après Place Royale la nouvelle édition de La France a un incroyable talent.On assiste ainsi au retour, le samedi soir, à l'emprunt de programmes de M6. Mais les résultats sont encore pires qu'avec les bons vieux films comiques. Ces dernières semaines, le samedi soir, RTL TVi est à peine au-dessus des 100.000 téléspectateurs. Ce n'est pas parce qu'un imitateur belge a atteint la finale de La France a un incroyable talent en décembre 2023 que l'audience se précipite désormais pour suivre cette émission… 

RÊVES DE ROIS, TOUJOURS  .

Côté audiences, justement, où en est-on ? Le graphique ci-dessous présente les six premières émissions de la New Place Royale, et les place face à l'émission qui lui est un peu proche, sans être comparable, sur La Une : C'est du Belge, ou les programmes de même type proposés par le service public le vendredi en début de soirée (en 2024, la case a été occupée début janvier par un documentaire sur le prince Laurent puis, à la mi-février, par le magazine "vraiment royal" de La Une : Gotha). 

Le démarrage du New Place Royale est impressionnant. La première édition de l'hebdomadaire recueille près de 400.000 téléspectateurs (mesure J+7). Mais sans doute une partie d'entre eux ont-ils fréquenté le magazine par curiosité, pour en rechercher l'originalité (ou la filiation) avec le programme arrêté il y a près de six ans. Les scores des épisodes suivants sont en effet plus modestes, et se situent plutôt entre 250.000 et 300.000. Ce qui, en comparaison des audiences des programmes longs qui suivent Place Royale, reste purement remarquable. Sur les épisodes 2024 mesurés, le nombre moyen de spectateurs de ce programme des Majestés est de 300.000 spectateurs.

C'EST DU ROYAL

La comparaison entre Place Royale et la case du vendredi début de soirée de La Une n'est bien sûr pas parfaite. C'est du Belge n'est pas focalisé sur les royautés, voire ne les évoque pas directement. Sauf lorsque le programme est remplacé par Gotha ou un documentaire sur un personnage de l'univers royal. Le fait qu'une émission se situe le vendredi et l'autre le samedi crée aussi des différences, tout comme l'heure de début de diffusion (avant 20h00 pour Place Royale, plutôt vers 20h25 pour l'autre). Mais la mise en relation est tentante.

Elle montre que, en général, l'auditoire de Place Royale est plus important que celui de C'est du Belge. Néanmoins, la semaine S6, où Gotha remplace C'est du Belge, l'émission fait audience égale avec Place Royale. Et, sur les chiffres imparfaits de la semaine S8 (J+3 au lieu de J+7 pour les autres), qui est une semaine "normale" pour C'est du Belge, le programme du service public fait mieux que celui du privé (à vérifier avec des chiffres complets). Sur les épisodes 2024 mesurés (y compris les semaines où C'est du Belge est remplacé par un programme de même type), le nombre moyen de spectateurs du programme de Belgitude est de 250.000 spectateurs. La différence moyenne entre les deux émissions est donc d'environ 50.000 personnes seulement.

BACK TO 2017

Pour aller plus loin, nous avons comparé les résultats obtenus en 2024 et ceux de la même période en 2017, année précédant l'éradication de Place Royale des grilles de la station de l'avenue Georgin. Les programmes ± monarchiques de la chaîne privée et de la chaîne publique se retrouvent en effet alors déjà côte à côte. Il faut noter que les données recueillies en 2017 concernent l'audience du jour même de la diffusion (live+VOSDAL), alors que celles de 2024 comprennent les visionnements différés jusqu'à 7 jours.

Sur l'ensemble de la saison janvier-juin 2017, Place Royale s'affiche comme un programme fort porteur. Son audience "live" dépasse fréquemment les 350.000 spectateurs, et en atteint même parfois plus de 400.000. Ce n'est qu'en fin de saison que les chiffres s'avèrent un peu moins bons. Sur cette saison, l'émission accueille en moyenne 360.000 téléspectateurs chaque semaine.
 
Le vendredi en début de soirée, les scores de C'est du Belge son déjà un peu moins élevés.

Au cours de la saison janvier-mi-mai 2017, les audiences varient le plus souvent entre ± 250.000 et un peu moins de 300.000 téléspectateurs. Une chute à 200.000 n'est enregistrée qu'à une reprise. Sur cette saison, l'émission accueille en moyenne 252.000 téléspectateurs chaque semaine. La domination de Place Royale est donc alors sans appel : le programme de TVi n'affiche pas loin de 90.000 spectateurs moyens de plus que sa consœur du Bd Reyers. Des petites différences avec la période du come-back de  2024…
 
MODULATIONS D'AMPLITUDES
 
Pour Place Royale, les sommets de 2017 (enregistrés en Live+Vosdal seulement) ne sont plus au rendez-vous en 2024. Sauf lors de l'émission inaugurale (S3), où l'audience "d'antan" correspond à celle d'aujourd'hui. Ensuite, sur les épisodes disponibles, les résultats 2024 sont tous inférieurs à 2017, et cette différence est parfois importante. Elle varie en effet entre environ 50.000 spectateurs/semaine et… 150.000 !

 
En face, C'est du Belge (ou les programmes assimilés) jouent moins les yoyo. L'amplitude des différences est beaucoup moins grande. Le score de 2024 est même plus élevé qu'en 2017 lors de la diffusion du documentaire sur le prince Laurent, et frise l'équivalence en S7. De nombreuses autres semaines, les différences sont faibles (et auraient peut-être été moindres si la comparaison avait porté des 2 côtés sur des audiences J+7). Enfin, la semaine à l'audience la plus élevée de 2024, consacrée à la diffusion du magazine royal Gotha, s'avère également être celle où l'audience avait été la plus élevée 7 ans plus tôt (alors que Gotha n'existait pas…).
 
La comparaison entre les deux situations montre la fidélité de l'auditoire de l'émission de la chaîne publique (malgré son léger renouvellement, une partie de l'audience de 2017 ayant dû décéder depuis lors), alors que Place Royale semble devoir (re)conquérir une portion de son public originel (là aussi,
une partie de l'audience de 2017 a dû décéder depuis lors). La grande promesse du premier numéro de la nouvelle série de Place Royale ne s'est pas transformée par la suite, en tout cas jusqu'à présent. Il est trop tôt pour élaborer des analyses définitives à ce propos. Les chiffres démontrent toutefois que l'appétence pour les émissions royalisantes n'a pas vraiment disparu avec le temps (et le covid). 
Quoi qu'il arrive, les princesses feraient-elles toujours rêver ?
 
Frédéric ANTOINE. 

----

[1]. De 2018 à nos jours, outre les des deux émissions déjà citées dans le texte, on trouve dans cette case du samedi soir des reality shows de home staging et  consorts comme  Recherche appartement ou maison ; Maison à vendre ; Mission travaux, Ma maison est un chantier, Cette maison est pour vous, mais aussi quelques rares épisodes du Meilleur pâtisser, de Lego Masters, ou un programme qui n'aura pas beaucoup marqué les esprits : RTL c'est culte, destiné à évoquer les meilleures émissions jadis produites par la station.

[2]. Le dernier numéro de I comme est diffusé le 7 octobre 2023. En Live+7, il réalise la 5e meilleure audience de la journée, avec 214.000 téléspectateurs. Un score supérieur à celui des semaines précédentes, où le programme avait engrangé 186.000 téléspectateurs le 30/09, 203.000 le 23/09, 152.000 le 16/09, 126.000 le 09/09 et 164.000 le 02/09. Des résultats sans doute trop peu "rentables" pour l'émission suivant le RTL Info. A titre de comparaison, le 02/09/2017, l'émission comptabilisait 246.000 téléspectateurs. Soit 80.000 de plus qu'en 2023 à la même date…

02 janvier 2023

Adieu RTL (Grandes Ondes), on t'aimait bien, tu sais!


Ce premier janvier à 0h00, l'émetteur Ondes Longues de RTL Paris s'est éteint à jamais. Les grandes antennes de Beidweiller, au Grand-Duché, sont orphelines pour toujours. Mais des milliers d'auditeurs des quatre coins d'Europe et du fin fond du désert français éprouvent aussi du mal à sécher leurs larmes.

Depuis 1933, dans un rayon de plusieurs centaines de km autour du Grand-Duché de Luxembourg, il suffisait de se brancher sur la fréquente de 234 kHz pour tomber sur ce qui fut Radio Luxembourg, puis RTL (Paris). Le centre de diffusion de la station privée n'aura donc pas pu célébrer ses 90 ans. RTL était la seule radio généraliste française historique à encore diffuser sur ce qu'on appelait "les ondes longues" (OL) ou "les grandes ondes" (GO). 

Une bande de fréquences où le son, certes, n'était pas top, et très nombreux les grésillements radioélectriques dus notamment à des moteurs ou au passage de trains et de lignes électriques. Mais les OL portaient loin. Si loin que, dans le cas de RTL, on pouvait en écouter les programmes sur l'autoradio de son véhicule jusque haut dans le nord de l'Europe, et pas seulement en France. Quelle chance pour les routiers francophones qui retrouvaient ainsi une présence familière tout au long de leurs trajets. Max Meynier n'a pas pour rien créé Les routiers sont sympas sur une radio OL.

Déçus aussi sont sans doute les auditeurs fidèles de RTL au fin fond des campagnes françaises. Là où la direction actuelle de M6 n'a pas estimé utile d'installer des réémetteurs FM. Et je vous l'assure, ils sont nombreux ces petits coins du désert hexagonal où on ne peut capter que les radios du service public et la station locale de RCF. On comprend alors pourquoi France Culture compte potentiellement autant d'auditeurs…

(https://achdr.over-blog.com/2020/11/16-novembre-1937-radio-luxembourg-emet-toute-la-journee-sans-interruption.html)

AMIS FIDÈLES

Et puis, il y a tous les Belges. Ou en tout cas tous ces Belges francophones qui, de génération en génération depuis 1933, étaient des "amis fidèles" de la station luxembourgeoise, comme le chantait alors son générique: "Allo, allo, Amis fidèles, ici la Villa Louvigny…

Des centaines de milliers d'amateurs de musique légère, de jeux, de variétés, de récits captivants et d'humour… entrelacés de publicités dites au micro par des speakerines. Des auditeurs qui préféraient bien cela au sérieux de la radio publique monopolistique de service public belge, l'INR. Une station plutôt rébarbative, bavarde, officielle, dont la musique provenait bien d'un des meilleurs studios d'Europe (le studio 5 de la place Flagey à Bruxelles), mais était bien plus sérieuse que sur les ondes luxembourgoises. Et, surtout, une radio vachement politisée puisque, croyant ainsi respecter la notion de "service public", le législateur avait décidé que la grille de programmes y serait répartie entre les associations d'auditeurs ayant réuni le plus grand nombre d'adhérents. On rêvait de voir l'antenne partagée entre l'association des pêcheurs à la ligne, celle des joueurs de couyon (1), des amateurs de gueuze lambic ou celle des grands-mère gâteau. Il n'en fut rien. Comme par hasard, ce furent les partis politiques qui créèrent des associations, collectèrent des membres et se répartirent l'essentiel du temps d'antenne, pour le pire plus que pour le meilleur. Heureusement qu'il y avait Radio Luxembourg!


 NÉ EN  ÉCOUTANT RADIO LUXEMBOURG

À cette première génération d'écouteurs d'avant-guerre succéda celle de leurs enfants, qui découvrirent le ton de la station luxembourgeoise après la libération, au moment où ses studios quittèrent le parc de la Villa Louvigny et s'installèrent à Paris, rue Bayard. Avec pour tout lien entre le lieu de production, au cœur de la France, et celui de la diffusion, dans un pays étranger : un petit et frêle câble. C'était l'époque où l'État français avait décrété que seul un opérateur public monopolistique pourrait exister en France. Mais, que si des acteurs privés obtenaient l'autorisation d'émettre vers la France depuis l'étranger, il ne pourrait s'y opposer (2). Même si leurs studios se trouvaient sur le territoire national. C'était le temps des "radios périphériques", dont nous n'avons pas la place de trop parler ici. Radio Luxembourg était l'une d'entre elles. Et le public belge était ravi car, grâce à la station, il vivait radiophoniquement à l'heure de la Ville Lumière. Alors que le monopole belge de l'INR, bien que réformé, ne parvenait pas à être moins rasoir. Sinon du côté de ses émetteurs régionaux, créés après guerre sur les cendres de radios privées locales autorisées jusqu'en 1940. Et plus jamais ensuite…

Bref, c'est dans ce contexte que je suis né, dans une petite maison où trônait un petit poste de radio en bakélite que ma mère avait acheté avec ses premiers salaires d'assistante en pharmacie. Le son parfois un peu nasillard provenant de l'émetteur luxembourgeois a dû être un des premiers que j'ai entendus. Mes parents, nés à la fin des années 1920, avaient en commun d'être de fervents auditeurs de Radio Luxembourg. Ils appréciaient autant les émissions de variétés que l'information ou les fictions radiophoniques. Très tôt j'ai moi-même reconnu les génériques de plusieurs émissions, ou les voix de leurs présentateurs. Mon père lui-même y faisait souvent allusion, chantonnant les airs ou reprenant ce que, à l'époque, on n'appelait pas encore de jingles. Quelques-uns de ces programmes me viennent spontanément à l'esprit au moment où j'écris ces lignes (et je n'ai pas fait de recherche pour les lister ici): Sur le banc, avec Raymond Souplex et Jeanne Sourza,  Ça va bouillir, avec Zappy Max, L'homme des vœux Bartisol, le jeu de mi-journée où des candidats devaient chanter la suite d'un air à la mode dont le début leur était proposé,… etc. Sans parler des éditoriaux de Geneviève Tabouis, dont la voix était reconnaissable entre toutes, ou des reportages radio de quelques grands journalistes de l'époque.

 
UN PREMIER  CHAGRIN 
 
Oui, ma petite enfance a été bercée par tout cela. Aussi, notamment, que par Le passe-temps des dames et des demoiselles, l'émission "pour les femmes" dont le titre seul m'enchantait et voulait tout dire: quand on était une femme, on avait plus que le temps d'écouter la radio pour passer le temps. Avant d'entrer à l'école, c'était aussi mon cas…
Lorsque mes parents ont fait construire une maison et que ma mère y a installé son officine, rien n'a changé dans un premier temps pour le poste de radio familial, sinon son emplacement: sur une étagère dans le living, comme on disait alors. Il faudra attendre les années soixante pour que ce bon vieux récepteur soit remisé dans la cuisine, mon père ayant acheté un modèle Telefunken avec des grosses touches blanches sur lesquelles il fallait appuyer. Chose rare, il captait la bande FM, alors encore bien vide…
Avant l'arrivée du nouveau récepteur, radio Luxembourg était allumé presque toute la journée dans le foyer, tant et si bien que, en jouant dans cette pièce, tous les enfants étaient inconsciemment à son écoute. Y compris le jeudi matin à 11h, lorsque la station diffusait La messe des malades, depuis l'abbaye de Clervaux, au Luxembourg (forcément).

Radio Luxembourg était tellement dans ma vie que j'ai été réellement passionné lorsque, en 1963 (je pense), la station avait imaginé célébrer ses trente ans en installant ses studios dans un train. Celui-ci devait relier les trois lieux symboliques de son existence: le Luxembourg, des villes de Belgique, puis entrer en France et finir, je crois, à Paris. Cette initiative me fascinait: diffuser des émissions de radio depuis un train en marche! Je pense que ce convoi devait s'appeler Le train de l'amitié, ou quelque chose comme ça. Le jour J, je me suis mis à écouter cette étrange émission avec assiduité. Tout avait bien commencé… jusqu'à ce que le train soit immobilisé à une des frontières qu'il devait traverser. Les douaniers avaient interdit son passage. L'Europe n'existait pas encore vraiment, et tout était bloqué. Raté.  À l'antenne, les animateurs étaient désolés. Moi aussi. Cette après-midi-là, j'en ai pleuré dans les bras de ma tante, qui se demandait ce qui m'arrivait. Un chagrin causé par l'échec d'une initiative radiophonique qui m'avait captivé.

Que de souvenirs grâce aux OL! Un peu plus tard, lorsque se vulgariseront les transistors, la mode sera d'emporter son petit récepteur sur la plage. Dans la toute petite station balnéaire de Zeebrugge, sur la mer du Nord, tout le monde écoutait son transistor devant sa cabine de plage. Ma mère, qui avait reçu ce cadeau de mon père, ne se départissait pas de son petit poste en plastique rouge, au haut-parleur recouvert d'un grillage et qu'on pouvait tenir par sa lanière blanche. Chercher les stations s'y opérait en faisant tourner une aiguille autour d'un cadran circulaire. Sur Radio Luxembourg, qui devenait doucement RTL, ma mère ne ratait pas ses rendez-vous favoris.

 

PARIS, COMME SI ON Y ÉTAIT

 

Plus tard, le transistor deviendra par excellence un deces cadeaux de communion que l'on demandait aux membres de la famille invité au banquet. Le premier que j'ai reçu était un rectangulaire un peu matelassé gris. Avec les OL et les OM (ondes moyennes). Que de nuits il a passé sous mon oreiller.   On écoutait alors la radio autant, sinon plus, au fond de son lit qu'au cours de la journée. C'était lorsque l'on était malade que c'était le plus gai. Même avec de la fièvre, on pouvait alors écouter sa radio tout au long de la journée.

Ce transistor m'a permis de ne pas toujours être fidèle à l'RTL familial, et de m'en émanciper. Pour aussi de découvrir  Europe n°1, avec passion. France Inter, avec attention. Et… Alger chaîne 3, avec curiosité. Vivent les OL! (3)

Sur RTL, il me revient en mémoire des flashs d'écoutes, comme les émissions du Président Rosko, celles de Jean Yanne (qu'on écoutait en se cachant). Il y avait aussi les talk-shows de Philippe Bouvard dont, à l'époque, le RTL Non Stop me paraissait trop blablateur, filandreux et parisiens, et bien sûr Max Meynier. Georges Lang me semblait trop spécialisé et américain. Et puis il y avait les émissions matinales de vacances, avec leurs jeux qui n'ont pas changé pendant des décennies, la météo des plages et bien d'autres choses. RTL OL m'a aussi fait participer depuis mon lit aux soirées de Mai 68, à la démission de De Gaulle, ou à la mort de Pompidou et aux événements qui ont suivi.

 

LA TRAHISON DES CLERCS

 

Là je n'étais plus un enfant, et presque plus un ado. J'ai alors doucement abandonné l'écoute de RTL Paris jeunesse oblige de même que l'arrivée sur la FM de stations plus "jeune" et de AFN, la radio du Shape que l'on pouvait capter largement autour de Casteau (4)

J'ai un peu délaissé RTL OL jusqu'à ce que j'aie une voiture avec autoradio, ce qui a  tardé quelques années. Alors que les émetteurs FM des radios belges ne couvrent pas tout le territoire (5), les OL me permettaient, elles, d'écouter RTL tout au long de mes trajets, voire aux Pays-Bas ou en Allemagne. Disposer des OL sur l'autoradio de ma voiture est même devenu pour moi par la suite une condition sine qua non d'achat du véhicule.  

RTL est longtemps resté une des stations que j'écoutais le plus lors de mes déplacements. Jusqu'à ce que je la trouve ringarde, non imaginative, répétitive, usée par les mauvais sketches à répétition de Laura Guerra… Bref, destinée à de vieux un peu cons. Je lui ai alors préféré, et de loin, Europe 1. Mais je l'ai encore programmé sur mon autoradio pour pouvoir y revenir en fin de matinée, ou le soir lorsque On refait le monde redessinait à longueur de polémiques le perpétuel  futur de la France.

Tout cela grâce aux OL…

Merci donc aux décideurs, patrons, propriétaires et actionnaires de la station qui ont mis RTL OL à mort pour des raisons d'économies d'électricité (argument aussi avancé par d'autres opérateurs). Des décideurs qui ne se rendaient pas compte qu'il existait encore des écouteurs en ondes longues. des fantômes n'apparaissaient pas dans leurs sondages, ou si peu. Mais qui étaient bien là. Comme dans le clip du Thriller de Michael Jackson.

Aujourd'hui, le Belge n'a plus le choix. Devant le vide sidéral des OL, il ne peut que se rabattre en FM sur Bel RTL, l'ersatz local de RTL France à qui la station emprunte quelques programmes (6). S'il veit écouter RTL France, la seule issue est de le faire en IP. Mais cela, sur une autoradio, ce n'est pas vraiment au programme.

Qui a dit que les radios n'avaient pas de frontières, que leur propagation était universelle, qu'elles pouvaient bouleverser l'état du monde?  À l'heure du DAB+, ce n'est plus qu'une vaste foutaise. Alors que le monde est en extension, la radio, elle ne cesse de se racrapoter sur un de plus en plus réduit  et de se replier sur ses petits États-nations. Quelle tristesse!


Frédéric ANTOINE.

Lire: 

- Frédéric Antoine : La mobilité, au cœur de l’ontologie radiophonique ? dans la revue du GRER Radiomorphoses

- www.facebook.com/greradio : Sur le site internet du GRER, un début de version  brève du texte écrit ici, rédigée le 14/10/2022 quand est tombée la décision de M6 d'arrêter la diffusion OM de RTL Paris.

-----

(1) Jeu de cartes typiquement belge.
(2) Sauf en tentant de les contrôler en rachetant leur capital, ce à quoi servira la SOFIRAD.
(3) Je n'oublierai jamais ce dimanche matin de je ne sais plus quelle année où RTL et Europe 1 avaient décidé de réaliser ensemble leur première émission en stéréo, l'une diffusant le canal gauche, l'autre le droit, y compris lors des passages musicaux. Jean Yanne était un des initiateurs de l'opération. 
(4) AFN, American Forces Network, était la radio des militaires américains casernés en Belgique à côté du QG de l'OTAN, installé près de Mons. Cette radio, diffusant en FM, possédait un son inimitable, dus aux compresseurs utilisés par ses anciens émetteurs AM reconvertis à la modulation de fréquence. En l'écoutant, on se croyait aux USA.
(5) En Flandre notamment, écouter les radios belges francophones est quasiment impossible (ce qui n'est pas le cas des radios flamandes en territoire wallon…). 
(6) Un ersatz peu étonnant puisque le fondateur de Bel RTL était, à l'origine, le correspondant en Belgique de RTL Paris… Par un étonnant reversement de situation, lorsque une réforme trop audacieuse de RTL Paris mettra à mal ses résultats d'audience, c'est  à lui que les responsables français feront appel pour remettre de l'ordre dans leur baraque…

 

 

 

 


28 juin 2021

RTL BELGIUM: ROSSEL AU PAYS DE L'AUDIOVISUEL


Que faire encore quand on a déjà tout ce qui relève de son core business? Eh bien, investir ailleurs, quitte à entrer dans une jungle dont on ignorait à peu près tout. Rossel co-propriétaire de RTL Belgium, c'est un peu Rendez-vous en terre inconnue au pays des grands fauves.

Le RTL Group, DPG et Rossel ont confirmé ce lundi 28 juin au matin quel serait le futur RTL Belgium. Les supputations émises la semaine dernière sont donc confirmées. RTL Belgium is back to home, pour autant que son véritable "home" ait un jour été belge et non luxembourgeois. Demain, ses chaînes de télévision n'échapperont plus à la tutelle du CSA, et s'il vient encore à l'idée d'un·e ministre de distribuer de l'argent entre les médias de la francophonie belge, la société sera automatiquement comprise parmi les bénéficiaires.

Au niveau de la petite Belgique, ce rachat était en somme la seule solution restante pour sauver le soldat RTL. Seulse les deux plus grandes entreprises médias du pays avaient les épaules suffisamment larges pour décider de se mettre un tel fardeau sur le dos. Et ce même si, comme le rappelle L'Echo, la société est finalement plutôt en bonne santé. Et même si, comme personne ne le mentionne ou presque, ce sont surtout les bons chiffres de la régie IP qui assureront un intéressant retour sur investissement pour les copropriétaires.

Le banquet des ogres

Ce rachat est aussi l'aboutissement logique du processus de concentration des médias à l'œuvre dans tous les pays occidentaux, et auquel la Belgique n'échappe pas. Depuis une vingtaine d'années, le paysage médiatique belge se ratatine d'année en année, au nord comme au sud. Si le nombre de médias (ou de marques médias) ne diminue pas vraiment, le nombre d'opérateurs ne cesse, lui, de se réduire. Tant et si bien que les indices de concentration des médias belges sont devenus alarmants (comme ils le sont aussi ailleurs). Dans un paysage où, au Nord comme au Sud, la diversité s'est réduite à deux acteurs, que reste-t-il d'envisageable?

Des deux côtés du pays, le plus gros des acteurs de la scène des médias privés a racheté tout ce qui relevait de son core business, ancré dans les publications de presse et dont le berceau est l'édition de presse quotidienne. Ayant à peu près tout absorbé, tout en laissant de côté une partie du marché des périodiques, ces opérateurs ont, dans un premier temps, été voir ailleurs. C'est ainsi que DPG est devenu l'ogre de la presse hollandaise, mais a aussi un pied au Danemark. Rossel est parti à la conquête de la presse régionale française, secteur où ses avoirs dépassent en valeur ce qu'il possède en Belgique. Mais on ne peut pas dire que la campagne de France a été une grande victoire. A de nombreuses reprises, tout a été fait pour que l'entreprise belge rate le coche. Dame, en France, on préfère les acteurs belges plutôt que les investisseurs belges… 

L'audiovisuel par défaut

Le marché de l'écrit un peu arrivé à saturation, que restait-il, sinon l'audiovisuel? DPG y était de longue date, associé dès le début à la naissance de VTM (comme tous les éditeurs flamands) puis étant longtemps resté copropriétaire de Medialaan, avec Roularta. Jusqu'à ce qu'il décide de devenir leur seul actionnaire de cette société qui rassemble la plus grande partie de l'audiovisuel privé flamand (tv+réseaux de radio). Rossel s'est bien lancé dans la radio privée dès que celle-ci a paru devenir un marché intéressant pour les groupes de presse, dans les années 1980. Mais, comme d'autres éditeurs, la société avait alors vite compris que faire de la radio, ce n'était pas comme éditer un journal. C'est ainsi qu'il a accepté de céder ses fréquences à la société qui s'est mise sur pied pour créer Bel RTL et absorber radio Contact. En télévision, Rossel a participé comme les autres éditeurs au deal Audiopresse, naïvement imaginé par l'Etat francophone afin de 'compenser' la perte de revenus publicitaires pour la presse lors de l'autorisation dans le sud du pays d'un opérateur privé, en 1986-1987. Un beau cadeau puisque, ce fameux gâteau publicitaire, RTL Luxembourg le grignotait déjà depuis des années. Son 'arrivée' sous l'étiquette TVI n'a donc pas vraiment bousculé la presse, mais elle lui a permis de s'associer sans investir dans la télé privée. Sans investir enfin pas tout à fait. Au début, les groupes de presse ont vraiment été associés à l'éditorial chez RTL Belgium. Mais là aussi il est vite paru que faire de la bonne info de presse n'était pas identique à faire de la bonne info tv. Les éditeurs ont donc touché des dividendes sans rien faire. Et sans rien apprendre.

 "Un" nouveau géant

Et voilà qu'aujourd'hui, Rossel devient le (co)patron d'une entreprise qui édite de la télévision, de la radio, et des contenus audiovisuels en ligne… Alors que DPG a, lui, les mains dans le cambouis depuis des années. On ne peut sans doute pas comparer Rossel à Alice au pays de l'Audiovisuel, mais l'union entre les deux plus grands acteurs médiatiques privés belges n'a-t-il pas un peu du conte du Petit chaperon rouge? Le titre du Soir, journal de référence du groupe Rossel, annonçant  ce 28/06 la naissance d'"un nouveau géant des médias en Belgique", donne une clé de lecteur de l'ensemble: ce n'est pas tant le rachat de RTL Belgium qui importe que la constitution d'un groupe "national" de médias audiovisuels privés, rassemblant à la fois des médias du nord (ceux de DPG) et du sud (propriété de PDG+Rossel). L'immense spécialiste du marché publicitaire des médias Bernard Cools ne s'y trompe pas lorsqu'il note, dans Le Soir, que le nouveau "groupe" proposera une offre publicitaire conjointe couvrant tout le pays. Et le spécialiste de parler de "fusion" de la régie  IP avec celle de DPG, et parle de "du jamais vu" en Belgique.

Le rachat de RTL Belgium paraît donc comme la part visible d'un iceberg qui pourrait voir fusionner les médias audiovisuels privés du nord et du sud. Ce qui serait, là aussi, du jamais vu. Une sorte de retour au "monde d'avant" (la fédéralisation). Comme si, lorsqu'il s'agissait de lutter contre les GAFAM, les divergences linguistiques et culturelles retournaient au vestiaire. Une bonne chose? A condition que ce grand deal dont on parle aujourd'hui serve bien tout le monde. Et qu'il n'ait pas comme premier grand but de sauver l'audiovisuel privé flamand face aux plateformes, mais aussi face à Telenet, qui n'est jamais que la filiale belge du groupe US Liberty Global.

Alors, dans tout cela, quel poids aura Rossel, et quel rôle sera confié à l'ex-RTL Belgium? L'article du Soir, très bien informé, parle de synergies profitables dans de nombreux domaines. En vertu de ce qui vient d'être évoqué, il faudra probablement vite se demander: profitable oui, mais pour qui d'abord?

Frédéric ANTOINE.

 

Ce que vous avez le plus lu