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Regard médias

Il y en a des choses à dire sur les médias en Belgique…

03 janvier 2026

La StarAc, une histoire très belge

(imagée en partie réalisée par IA) 

Avec souvent 40% de parts de marché TV lors du Prime en Belgique, c’est peu dire qu’on aime ici la Star Academy. Les téléspectatrices, surtout, adorent ce mix de télécrochet et de télé-réalité. En particulier quand il y a des compatriotes au programme, mais pas seulement. En variétés comme en gastronomie, « il n’est bon bec que de Paris ».

L’édition 2025-2026 de la Star Academy ne touche pas encore tout à fait à sa fin, mais on peut certifier que, côté audiences, le cru de cette saison n’a pas grand-chose à rivaliser  à celui de 2023-2024, qui avait révélé Pierre Garnier et une certaine Helena  Bailly de Braine-l’Alleud.

Du côté de l’audience des Prime, normalement diffusés le samedi soir, mais qui l’ont aussi parfois été le vendredi, l’édition 2023-2024 est celle qui réalise les meilleurs scores en nombre de téléspectateurs (1) depuis la reprise du programme en 2022 : de très nombreux Prime réunissaient alors sur TF1 Belgique plus  de 400.000 personnes, avec des chiffres qui s’envoleront vers les 500.000 à l’approche de la finale. 

Une image contenant capture d’écran, texte, Tracé, ligne

Le contenu généré par l’IA peut être incorrect. 

L’édition 2024-2025, qui a vu la victoire de Marine, mais ne comprenait pas de candidat belge, a été moins suivie : plutôt autour d’un peu plus de 300.000 téléspectateurs, avec une légère croissance vers la finale. 

 

LE PARCOURS D'UNE RÉVÉLATION

 

La version actuelle, qui se terminera en février 2026, se trouve entre les deux : une audience légèrement plus haute que l’année précédente dans un premier temps, mais qui a frôlé ou dépassé les 400.000 (soit plus qu’en 2023-2024) avant de retomber légèrement en décembre (2). La suite de l’audience dépendra assurément du parcours de la Belge Anouk Klein, figurant pour la première fois parmi les nominés pour le Prime de ce 3 janvier 2026. On peut considérer que cette jeune femme constitue une sorte de « révélation » pour le public belge. En effet, si l’on compare les audiences de cette saison avec celle des précédentes, une différence claire apparaît : d’ordinaire, l’auditoire des Prime de la StarAc est assez stable de semaine en semaine au cours des premières étapes de compétition, et les chiffres ne croissent en Belgique que lorsque la compétition se resserre. Cette fois, l’audience du Prime affiche très vite une tendance à la croissance. La jeune fille de Wanze s’est constitué une audience au fil des semaines, c’est-à-dire lorsqu’elle a commencé à sortir de sa timidité (effet soutenu par la production de l’émission qui, de Prime en Prime, lui réserve une parure mettant de plus en plus en évidence sa féminité…).

 

Des données sans commune mesure avec celle de la courte première saison de reprise du programme en 2022, déjà analysées sur ce blog (3), et qui révélaient des audiences plus faibles.

Une image contenant texte, capture d’écran, Tracé, ligne

Le contenu généré par l’IA peut être incorrect. 

 

Au cours de cette saison comme quasiment lors des deux précédentes, le Prime de la StarAc figure dans chaque semaine dans le Top 10 des meilleures audiences hebdomadaires de programmes TV du CIM pour la Belgique francophone. Il a déjà occupé deux fois la 3e place du classement, et trois fois la 5e. Il n’a jamais été à ce jour sous la 9e position. L’an dernier, le Prime s’était classé plusieurs fois en 10e place des audiences hebdomadaires belges, et une fois même 11e. Il avait aussi deux fois été 3°. Lors de la saison Garnier-Helena, le Prime avait une fois été 10°, une fois 3°, mais quatre fois 4°.

 

DE GROSSES PARTS DE GÂTEAU

 

Plus marquante que la mesure (par extrapolation) du nombre total de téléspectateurs, celle des parts de marché réalisé par les Prime est révélatrice du succès de la saison actuelle.

Une image contenant texte, capture d’écran, ligne, Tracé

Le contenu généré par l’IA peut être incorrect.

 

La proportion de l’audience ayant regardé ce programme en Belgique francophone est plus élevée tout au long de ce cette saison 2025-2026  (longs tirets verts) que lors des éditions antérieures. Et il est frappant que cette part d’audience de plus de 40% soit quasiment stable. Ce qui signifie que ± la même proportion de téléspectateurs (quatre sur dix) est au rendez-vous chaque semaine, alors que celle-ci était plus erratique par le passé, n’atteignant jamais les 40% en 2024-2025 (sauf pour la finale) et ne dépassant cette barre que lors de la fin de la compétition en 2023-2024.

 

On peut ajouter à cela que, au cours de cette saison, le jour des Prime, l’émission a été deux fois la plus regardée des programmes TV diffusés en Belgique francophone, trois fois 2e, quatre fois 3e et une fois 4e. Quand elle n’est pas première, quasiment à chaque fois, ce sont des JT qui occupent les premières places de ce classement quotidien (spécificité belge déjà soulignée sur ce blog). Des pourcentages à faire pâlir les Français où le Prime de la StarAc n’est arrivé en tête des audiences de soirées au cours de cette saison que… à une reprise, lors de l’émission d’ouverture du 18 octobre. Alors qu’avec 40% de PdM, l’audience belge est évidemment toujours la première de la soirée.

 

LA VIE DE CHÂTEAU 

 

Mais la StarAc, ce n’est pas seulement un Prime éliminatoire, devenu le show de variétés inévitable du samedi soir. C’est aussi une vision sur abonnement  de la vie du château en théorie H24, mais en théorie seulement (4). Et des « quotidiennes » proposées en début d’Access primetime tous les jours. Là aussi, le volume de l’audience témoigne de la fidélité du public belge, que l’on pressent en grande partie féminin, mais aussi intergénérationnel (les filles qui les regardaient début des années 2000 avec leur mère sont maintenant les mères qui les regardent avec leurs filles, la grand-mère n’étant pas en reste). Élément de base du concept de télé-réalité, l’observation de la vie d’êtres humains dans un bocal revêt ici une dimension supplémentaire, puisque s’y ajoutent les apprentissages, les prestations musicales, scéniques et théâtrales, des évaluations à suspens et des visites d’artistes renommés.

Une image contenant capture d’écran, Police, texte, ligne

Le contenu généré par l’IA peut être incorrect.

 

Là aussi les chiffres sont éloquents : sauf rares exceptions, plus de 200.000 téléspectateurs belges francophones suivent chaque jour les quotidiennes. Ils sont souvent plutôt 250.000 et même certains jours 300.000. Alors qu’il ne s’agit pas d’un programme TV de soirée, mais situé très tôt dans l’Access (souvent 17h30, mais parfois plutôt 16h30), depuis le début de cette saison, la quotidienne a été sept fois le 4e programme le plus  vu de toute la journée TV, huit fois le 5°, 12 fois le 6°.

Une image contenant texte, capture d’écran, Police, nombre

Le contenu généré par l’IA peut être incorrect.

L’audience quotidienne varie en fonction de l’intérêt de l’épisode du jour dans la structure narrative du programme. Ainsi, les jours de nominations attirent-ils davantage de téléspectateurs que la veille du Prime ou certains jours de week-ends.

La courbe de tendance figurant dans le graphique précédent révèle toutefois que le volume de cette audience semble amorcer une légère baisse depuis mi-décembre. À ce propos aussi, l’avenir d’Anouk jouera sans doute un rôle déterminant…

 

Frédéric Antoine

 (1) Mesure de l’audience tous écrans confondus à J+7, c’est-à-dire comprenant aussi les visions différées jusqu’à 7 jours après celui du (quasi)-direct.

 (2)Les données J+7 sont communiquées par le CIM souvent 15 jours plus tard que les audiences quotidiennes. Le graphique ne prend donc pas en compte la fin décembre 2025 ?

(3) Voir : https://millemediasdemillesabords.blogspot.com/2022/11/une-finale-de-starac-22h-en-belgique-ca.html

(4  Il y a en effet beaucoup de coupures pour respecter la vie privée, les entourages et les familles, dont les candidats parlent souvent entre eux.

Mise à jour 04/01 : Anouk n'ayant pas été éliminé lors du Prime du 03/01, l'aventure continue pour les courbes des audiences.

 






24 décembre 2025

L'espoir de Noël : que tout cela change… Explications.

Cette image est produite par IA ChatG-pt sur base de prescriptions précises faites par l'auteur de ce texte. Après plusieurs versions, l'IA a refusé de continuer à modifier le dessin et a publié le message suivant par la phrase : 

 
"This image generation request did not follow our content policy." 
 

Avec l'explication suivante : "Un seuil de contrainte est atteint lorsque l’image combine tous ces éléments en même temps : un conflit armé contemporain identifiable ; des forces armées clairement reconnaissables ; une mise en joue explicite ; une scène religieuse centrale et une intensification visuelle (couleurs plus vives, dramatisation accrue). À ce stade précis, l’image bascule vers une représentation politique violente trop explicite, ce qui m’oblige à m’arrêter ici."

Ensuite, l'IA a ajouté ceci :

"Les images déjà générées l’ont été à la limite exacte de ce qui est autorisé. À partir d’un certain nombre d’itérations successives sur le même visuel sensible, le système devient plus strict, même pour des ajustements mineurs. Ce qui pose problème est le fait de réengager une nouvelle génération complète sur une scène déjà jugée “à risque”. Autrement dit : ➡️ le contenu global de la scène, et non le réglage demandé, déclenche le blocage automatique."

 

 
versions antérieures :
 






18 décembre 2025

LN24 : REQUIEM POUR UN MÉDIA


(illustration mise en forme par IA)

L’annonce du licenciement de trois journalistes phares de l’ex-média all news LN24 laisse augurer le pire du pire pour ce qu’il restait de Belge sur cette chaînette qui va de Charybde en Scylla.

 (mise à jour 22/12 en bas du texte)

Que va-t-il encore rester de Belge, et de relativement proche de l’info, sur LN24 ces prochaines semaines ? Presque rien : quelques rares magazines hebdomadaires et un talkshow quotidien animé par… le directeur le directeur des programmes (directeur d’antenne), responsable de la grille et de la stratégie des contenus de la chaîne.

 

L’annonce en été faite dans les médias ce 18 décembre (avec, semble-t-il, confirmation par le patron de IPM) : licenciement des deux journalistes vedettes qui assuraient en tv une heure de décryptage de l’actualité par jour entre 22h10 et 23h10, et celui de l’autre talentueux dernier survivant journalistique des belles heures de la chaîne, qui assurait l’interview politique matinale quotidienne de LNRadio.

 

C’est la fin de la fin de ce qui associait encore les initiales de LN24 à son sigle « Les News ».

 

MIETTES

 

À bien fouiller dans les grilles de la station, on y relève la présence de quelques programmes hebdomadaires, plutôt de type économie ou luxe, dont on suppose qu’il ne passeront pas à la trappe tout de suite, puisque les trois journalistes en question n’y sont pas associés. On peut par contre s’interroger sur le sort d’autres magazines, que ce soit celui sur L’Amérique de Trump ou celui sur le foot, où les deux journalistes vedettes remerciés officiaient également.

 

La seule vitrine belge de la chaîne sera donc désormais le talk-show multirediffusé 100% belge, qui repose autant sur le dynamisme et le charisme de son présentateur que sur l’éclectisme des sujets choisis, qui doivent susciter débat, voire polémique, entre les chroniqueurs de l’émission. Chroniqueurs dont certains n’en sont pas à leur premier passage sur des chaînes de télévision…

 

JUSQU’À LA LIE ?

 

Lors de la rentrée tv de septembre 2025, nous avions déjà publié sur ce blog un article se demandant où étaient passées les news, et relevant la part extraordinaire de rediffusions de programmes français, parfois anciens, qui occupaient désormais l’antenne.

 

Les nouveaux licenciements s’expliquent sans doute par l’état général des finances de ce qui reste du groupe IPM. On imaginerait mal que d’autres motifs aient pu conduire à écarter les derniers mohicans qui s’étaient tant donnés corps et âme pour maintenir la chaine hors de l’eau.

 

Si telle est bien la raison, le groupe de La Libre et de La DH confirme sa situation toujours très fragile, malgré  la cession de l’ensemble de son pôle presse à Rossel moyennant son  entrée à hauteur de 10% au capital du groupe de la rue royale (chose pas encore officiellement validée pour l’instant).

 

Déchargé du poids de ses publications papier, le groupe restait propriétaire d’une télévision et d’une radio. Ce sont donc à ces étages-là de l’édifice que s’opèrent aujourd’hui les coupes sombres. Jusqu’à ce que LN Radio ne subsiste que comme un robinet musical, dont la diffusion en DAB+ doit coûter plus qu’elle ne rapporte. Et jusqu’à ce que les maigres recettes publicitaires de ce qui restera de LN24 ne suffiront plus à assurer les coûts des derniers plateaux belges, voire à payer les droits de rediffusion d’émissions françaises, pourtant vues et revues.

 

IPM a un temps suscité des espoirs en reprenant divers médias afin, affirmait-on de constituer avec eux un groupe solide ne reposant plus seulement sur l’édition de deux quotidiens et une présence dans l’immobilier. La situation du groupe laisse hélas penser que Lafontaine n’avait pas tort dans une de ses fables où il mettait en scène un petit batracien et un bovin.

 

Il est toujours triste de devoir écouter un requiem. C'est encore plusn dommage que ce soit juste avant Noël.

 

Frédéric ANTOINE.

Mise à jour 22/12/2025: Selon les infos de l'excellent journaliste médias de L'Echo Jean-François Sacré, Thierry Tacheny pourrait faire une offre de reprise de plus de 50% du capital de LN24 début janvier via sa société Zelos. Il n'est pas à l'heure actuelle un des actionnaires de la chaîne, mais a participé à sa restructuration du printemps dernier, via une des participations les plus spécifiques de Zelos,  Sport & Media Saleshouse (SMS)filiale co-fondée par Zelos et RMB (Régie Média Belge), dédiée à la commercialisation publicitaire sportive, active dans la vente d’espaces et de contenus sportifs.


17 décembre 2025

VIVA FOR LIFE, LA BOTTE CACHÉE DE LA CHARITY RTBF


 

 (image générée par IA)

Grâce aux succès de Viva For Life, le charity business médias made in RTBF occupe le haut du pavé en Belgique francophone face au groupe RTL. Sera-ce encore le cas cette année ?

 

Viva For Life a donné un énorme coup de boost aux actions “charitables” de la RTBF. Finie l’époque où les résultats de l’historique 48.81.00 devenu Cap 48 caracolaient loin dernière “l’élan de générosité” suscité par la Télévie, plus moderne, et, surtout, mobilisant bien plus les sentiments et les émotions des donateurs que la traditionnelle collecte menée sur le service public.

La première édition de Viva For Life, fort modeste, a eu lieu en décembre 2013. Cette année-là, l’opération récoltait 1.267.351€, alors que, quelques mois plus tôt, Cap 48 avait obtenu près de quatre fois plus : 4.530.895€ (soit 22% du montant total récolté, contre 78% pour Cap 48). Action de charité historique, cette dernière bénéficiait de sponsors reconnus, alors que l’opération de fin d’année, d’origine radiophonique, n’en était qu'à ses balbutiements.

D’année en année, les chiffres de dons aux deux opérations ne cesseront ensuite de croître, mais de manière beaucoup plus rapide pour Viva For Life, qui mobilise sur les pauvretés des enfants à la veille de Noël, que pour Cap 48, qui choisit toutefois de ne plus seulement soutenir les personnes en handicap, mais aussi atteintes de maladies graves. Dès 2014, Viva For Life représente plus de 30% de la somme cumulée de dons recueillis par la RTBF. 

 

LA BASCULE DE NOËL

 

Une bascule significative s’opère en 2020. Cette année-là (nous sommes alors en période covid), l’opération Viva For Life représentera 51% des dons récoltés par le charity business de la RTBF. Un montant constamment en croissance. Ce pourcentage n’a pas été dépassé depuis lors. En 2024, la collecte de dons pour l’aide aux enfants défavorisés représentait un peu moins de 51% des montants collectés par la RTBF. Ce qui signifie que, sans Viva For Life, le “score”  de dons du service public aurait été plus deux fois moins élevé.

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Le calcul du cumul de l’argent récolté par les deux opérations de l’opérateur public témoigne de la croissance constante de la générosité du public et des sponsors, croissance évidemment due à l’arrivée de Viva For Life, et à son concept médiatique fort différent de celui de Cap 48 : une présence constante sur l’antenne radio, des directs TV pendant toute une semaine, des événements en prime-time lors de la fermeture et de l’ouverture du cube, un “silonnage” en bus de la Wallonie et de Bruxelles, de courts shows cases d’artistes…). Ainsi qu’une immersion d'un studio live au cœur des villes, et non seulement un direct pendant une soirée type Téléthon, réalisée dans le confort clos d’un studio de TV (ou de son équivalent), avec la présence d'un public très sélectionné.


LE DÉCLIN DE LA VIE TÉLÉ

 

L’opérateur privé, qui avait largement pris le dessus sur son concurrent public en matière de Télé-charité, a vu l’écart entre les deux acteurs se réduire dans la seconde partie de la décennie 2010, c’est-à-dire à partir de la prise d’envol de Viva For Life. Le covid peut-être, mais surtout l’usure d’une formule créée en 1989 pour légitimer la présence d’une télévision privée en Belgique francophone, sont à l’origine d’un phénomène qui a paru incroyable sur des médias où il faut chaque année battre le record de l’année précédente : une chute des sommes récoltées, très marquée entre 2020 et 2022. Une nouvelle structure a alors été mise en place au sein de RTL Belgium, et confiée à un nouveau et très actif responsable, qui a réussi à inverser la tendance depuis 2023. En 2025, le montant récolté par le Télévie était très légèrement au meilleur des résultats obtenus jusque-là, en 2019.

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Suite à l’adjonction de Viva For Life à Cap 48, l’inversion des courbes s’est réalisée dès 2019. Le différentiel, favorable à RTL Belgium jusque-là, a alors basculé, atteignant son maximum en 2023, avant de légèrement diminuer.

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Le contenu généré par l’IA peut être incorrect.

 

TENDANCE IRRÉMÉDIABLE ?

 Les prochains résultats de la session 2025 de Viva For Life devraient permettre de voir si les tendances qui se sont installées depuis une petite dizaine d’années se maintiennent, ce qui semblerait logique au vu du trend enregistré par le passé. L’opérateur privé sera-t-il dès lors obligé, lui aussi, de charger de braquet et d'augmenter son investissement dans le charity business médiatique ? Pour cela, il faudrait que cet objectif reste une des priorités de ses actionnaires actuels…

 

Frédéric Antoine

 

(À titre de comparaison, on verra ci-dessous un graphique présentant les montants récoltés en € constants et non constants, comme ci-dessus. Les différences sont faibles, sauf au début de cette décennie : suite à une forte inflation, même si les montants en € courants ont augmenté pour la RTBF, il n’en a pas été de même en € constants. Le graphique confirme aussi la situation délicate dans laquelle se trouvait alors le Télévie.)

 

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09 décembre 2025

1RCF Belgique : le DAB+ m’a tuer

La station catholique en DAB+ 1RCF disparaîtra du paysage radiophonique belge avant l’été prochain. La fin d’un projet mégalomaniaque, révélateur de la grande fragilité du choix de m’émettre que dans cette nouvelle norme.

Dans un communiqué diffusé le soir du 5 décembre, la Conférence épiscopale francophone de Belgique a annoncé sa décision de désormais ne plus soutenir financièrement la radio 1 RCF, qui diffuse depuis le 4 novembre 2019 en DAB+ (et en ligne).

La Conférence épiscopale aurait annuellement financé  le fonctionnement de cette radio aux environs de 100.000€. Les autorités ecclésiales, qui cherchent partout à faire des économies, ont reconnu que l’investissement n’était pas à la hauteur des audiences attendues. L’argent ainsi épargné sera affecté à d’autres postes budgétaires. « Les ressources actuellement mises à la disposition de 1RCF Belgique permettront de renforcer l’offre de CathoBel et de lancer de nouveaux projets », écrivent les évêques, qui remercient le personnel qui s’était engagé dans cette opération. Une partie de ce personnel dépend en effet aussi, mais indirectement, de l’Église catholique.

STAND ALONE

1RCF Belgique était l’une des seules à avoir candidaté à l’époque pour pouvoir être autorisée par le CSA à condition de ne diffuser qu’en DAB+. Elle était aussi quasiment la seule station de ce genre à ne pas être conçue une radio thématique, excroissance ou déclinaison ciblée d’une marque bien installée sur la FM. Si 1RCF était évidemment liée aux radios locales de RCF en Belgique, elle n’en constituait pas une version thématique, mais avait au contraire été conçue comme une superstation sans lien direct avec les radios FM de RCF à Bruxelles, Namur, Liège…, qui dépendent non de la Conférence épiscopale, mais des évêques à la tête des diocèses couverts par ces émetteurs locaux. Des radios avec lesquelles 1RCF n’a pas toujours entretenu de très bonnes relations.

HIS MASTER’S VOICE

L’énorme ambition de 1RCF Belgique était de diffuser la voix de l’Église catholique, partout, tout le temps, et en un seul coup, à l’échelon de l’ensemble de la partie francophone du pays. Assurer une présence identitaire forte via un média, à l’heure où les paroisses se vident et où les fidèles qui décèdent ne sont que peu remplacés par ceux issus de nouvelles générations était audacieux. Et peu courant dans les prudentes sphères dirigeantes du catholicisme belge. Certains ont cru que ce projet était “prophétique”. Mais il n’est pas aisé de guider un attelage dans lequel on trouve à la fois des radios diocésaines, au public restreint et ancien, et une tout autre radio, ne reposant sur aucun public préétabli. Et devant, de plus, se créer sa propre notoriété à partir de zéro sur une gamme d’ondes où les auditeurs ne sont (et c’est un euphémisme) en général pas légion. Qui plus est, quand on espère hameçonner des auditeurs âgés comme ceux qui constituent la base du monde affinitaire catholique.

INCONNUE AU BATAILLON

Le CIM  ne publie pas de résultats des RCF dans ses publications officielles. Et ce, pour une raison bien simple : leurs audiences sont inférieures aux minima retenus. Si l’on excepte Nostalgie+, NRJ+, Viva+ et dans une moindre mesure Contact Max, les radios diffusant en numérique se trouvent en effet toute fin de classement des audiences mesurées, avec moins de 10.000 auditeurs/jour en moyenne. Celle de 1RCF est si faible qu’elle n’est pas prise en compte.

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Le contenu généré par l’IA peut être incorrect.

De même, côté parts de marché, seules 3 radios numériques dépassent le 1% d’audience (les premières nommées ci-dessus). La plupart des autres ont une part d’audience de moins de 0,1% et, même en comptabilisant jusqu’à Jam. (0,03%), on ne trouve toujours pas de radio RCF.

AVENIRS ÉPISCOPAUX

Effacée du DAB+, la marque 1RCF subsistera-t-elle ? Rien n’est, semble-t-il, fixé pour l’instant, mais rien n’est aussi moins sûr, car on verrait mal l’intérêt de poursuivre exclusivement par IP la diffusion linéaire d’une station qui s’adresserait au même public que la version DAB+, public encore moins agile dans l’usage des plateformes numériques que d’un récepteur radio DAB+.

Les radios diocésaines de RCF sont épargnées. Mais la décision finale concernant leur avenir à long terme n’est pas garantie pour autant, leur destinée dépendant des choix prioritaires de chacun de leurs commanditaires. Deux nouveaux évêques viennent d’être nommés par le pape en Wallonie. L’un d’eux, en Hainaut, n’aura pas à envisager la question, puisque ce diocèse n’a pas de locale RCF. À Namur, par contre, le sujet sera sur la table. Le sort de RCF Bruxelles est également encore en attente. Avant que la Conférence épiscopale ne décide d’abandonner 1RCF, le nouvel archevêque de Malines-Bruxelles avait fait savoir qu’il n’entendait plus soutenir financement RCF Bruxelles. On ne sait pas si la nouvelle donne modifie ces intentions. Il a par contre été annoncé par la Conférence épiscopale que, via son agence d’information Cathobel, l’Église catholique entendait développer à l’avenir de nouveaux projets en ligne, destinés à toucher de nouveaux publics.

MALADIE CONTAGIEUSE ?

 Si la disparition annoncée de 1RCF ne signe pas la mort clinique du DAB+, il témoigne en tout cas de l’énorme difficulté à fidéliser sur ce type de support certains publics peu (ou pas du tout) enclins à remplacer leur parc de récepteurs, et peu (ou pas du tout) adeptes de l’écoute en DAB+ sur l’autoradio de leur voiture. Comme bon nombre de conducteurs, qui ignorent tout simplement qu’il existe d’autres moyens d’écouter la radio en roulant que la FM ou, pour les plus jeunes, l’écoute en ligne grâce à la 4G de son smartphone. Une invention géniale qui permet par exemple de suivre de Belgique toutes les grandes radios françaises diffusant en FM, alors qu’elles sont devenues inaudibles en hertzien.

La véritable question que révèle le sort de 1RCF est de savoir s’il y a assez de passagers à son bord pour que l’avion du DAB+ reste définitivement en vol. Et qui sont réellement ces amateurs d’hertzien newstyle qui ne se contentent pas, comme la plupart des gens, de continuer à écouter la radio en FM ou sont passés aux radios IP, à moins qu’ils aient tout bonnement délaissé les radios linéaires au profit des podcasts et des plateformes musicales. Il faut bien dire que, dans ce contexte, le sort de 1RCF Belgique ressemble un peu à la chute d’Icare…

Frédéric Antoine.

Note: selon un commentaire de Eric WM Cooper, 1RCF est apparue 2 fois dans une vague d'audience CIM: en janvier-juin 2020 et septembre 2020-février 2021, c'est-à-dire lors des confinements covid. 

 (dessin réaménagé à partir d'une formalisation par IA sur base d'une photographie)

 

 

09 octobre 2025

TV Locales : et si on arrêtait de se précipiter ?

L’empressement avec lequel le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles s’est emparé du dossier des télévisions de proximité a de quoi surprendre, de même que la rapidité avec laquelle le Parlement de la FWB en a été saisi. Si l’objectif est bien d’  « assainir » le secteur à l’horizon 2031 (à supposer qu’il faille l’assainir), n’est-il pas encore temps d’arrêter les horloges pour dresser, sans contestations possibles, un véritable état des lieux de la situation du secteur et de ses composantes à la suite d’un audit clair et indiscutable. Et qui pourrait ouvrir vers des perspectives différentes.

 Vis-à-vis des télévisions de proximité, les démarches gouvernementales n’ont  pas pris le temps de tarder : annonce de l’intention de réduire le nombre de TVL à peine un peu plus de 4 mois après l’installation du gouvernement ; projet de réforme officiellement présenté 10 mois après l’installation ; accord gouvernemental sur le dossier juste un an après l’installation ; première lecture au Parlement 14 mois après l’entrée en fonction du gouvernement.

LA FORME ET LE FOND 

Dans la rapidité de ce mouvement, les démarches de concertation avec les acteurs concernés ont essentiellement été entreprises post quem, c’est-à-dire après l’annonce des intentions de la réforme, et non suite à une étude approfondie du dossier et à des contacts préliminaires avec les acteurs, de telle sorte que la réforme se présente davantage comme une démarche imposée au secteur des télévisions de proximité que comme une initiative proactive (et positive) à son égard. Et ce, même si, selon les sources ministérielles, « les travaux de réforme ont débuté dès 2024 par une tournée de l’ensemble des médias de proximité » et que « s’en sont suivis 8 groupes de travail, en plénière ou techniques par petits groupes » (1).

On ne peut ainsi nier que les objectifs de la réforme (gel de la subsidiation, révision des aides en personnel, réduction du nombre d’opérateurs…) avaient été fixés avant que se mette en œuvre une dynamique de « dialogue » avec les représentants des diverses télévisions, et que celui-ci s’est surtout préoccupé des modalités de mise en œuvre de cette réforme et non de son fond. Alors qu’il eût peut-être été pertinent de commencer par cela.

MACRO OU MICRO-ÉCONOMIES

Le secteur est-il, comme affirmé le 18/07/2025 lors de la présentation du projet au Gouvernement, « actuellement en difficulté » ? Plusieurs sources, disant reproduire des extraits de la note ministérielle établie en mai 2025, reprennent aussi une citation selon laquelle « malgré l’aide croissante des institutions publiques, un média de proximité sur deux sur le territoire de la Fédération Wallonie-Bruxelles est en situation de déficit structurel ». Il semble que cette affirmation ait par la suite été reprise par plusieurs parlementaires. Car cet argument constitue un des éléments essentiels avancés pour justifier un impératif « assainissement » du secteur destiné à lui éviter de disparaître.

Si l’on se réfère au rapport de contrôle annuel des médias de proximité pour 2024 que vient de publier le CSA (2), cette affirmation semble contredite. L’organe de contrôle écrit en effet : « Le CSA constate enfin une amélioration de la situation financière de la plupart des MDP au regard du précédent bilan. Sept éditeurs ont remis un budget financier en équilibre, quatre sont en léger déficit sans que cela n’affecte leur solidité financière à court terme. Un éditeur présente toutefois une situation financière préoccupante. »

Les comptes annuels des ASBL qui chapeautent chaque télévision de proximité, tels que déposés à la BNB, confirment cette analyse pour 2024 et sont même un peu plus optimistes puisqu’ils comptabilisent 8 télévisions en boni, une (Ma Télé) dont on ne connaît pas la situation (3), et 3 en mali. 

Si, l’an dernier, de nombreux MDP (médias de proximité) ont tenu le cap de l'équilibre financier, il faut reconnaître que, sur le long terme, la situation financière des télévisions de proximité a pu être plus critique. Les résultats des exercices depuis le milieu des années 2000, tels que mentionnés dans les comptes annuels BNB, montrent une situation moins stable qu’à l’heure actuelle. À de nombreuses occasions par le passé, plusieurs télévisions de proximité ont affiché un déficit annuel.


 

Une lecture plus fine de ces chiffres, réalisée télévision par télévision, démontre toutefois que, dans de nombreuses occasions, le déficit d’une année a souvent immédiatement été comblé les années suivantes. Les périodes où les déficits sont les plus fréquents se situent surtout au début des années 2010, et au tournant des années 2020.

 

Certaines stations n’ont jamais connu (ou presque) d’année difficile.

 

 

D’autres, par contre, ont davantage connu des moments difficiles, parfois plusieurs années de suite, ou plusieurs séquences d’années de déficit de suite.

 

Et c’est là que l’on retrouve le souvenir de MDP aux finances parfois « inquiétantes ». Mais il est à souligner, comme le fait le CSA, que cette situation est devenue rare à l’heure actuelle. L’affirmation selon laquelle le secteur est en déficit chronique et exige une reprise en main rapide aurait pu s’appliquer par le passé, il y a une dizaine d’années notamment.

En comparaison, certains discours actuels semblent reposer sur des représentations mentales bien ancrées dans les esprits, mais qui manquent peut-être de quelque actualisation. On ne peut en effet plus parler, depuis plusieurs années, d’un état de « déficit structurel » concernant une majorité des MDP.

AFFINER LE SENS DES CHIFFRES

Un déficit ne signifie par ailleurs pas que les finances d’une ASBL sont en mauvaise posture. Une analyse des « pertes ou bénéfices » des MDP à reporter au terme de l’exercice 2024 démontre ainsi que, à l’exception d’une station de télévision, toutes les autres ont pu reporter des bénéfices des années antérieures.

 

Une analyse des « pertes ou bénéfices à reporter » portant sur un laps de temps plus long aurait probablement fourni des résultats de nature assez similaire.

Il y a aussi lieu de ne jamais perdre de vue que les données comptables n’ont qu’une valeur relative en tant qu’indicateur de « bonne santé » dans le cas d’ASBL, le but même de ce type d’association étant de pas de faire du lucre, mais d’équilibrer ses finances. Ce à quoi répondent la très grande majorité des acteurs du secteur des MDP, l’état des finances de certaines télévisions hennuyères étant toutefois ce qui pourrait faire l’objet de critiques. Mais est-ce une raison pour en réduire le nombre ? Ne pourrait-on, au contraire, les accompagner pour les mener vers de meilleures pratiques ?

En ce qui concerne les « chiffres d’affaires » et la « marge nette » des MDP, les données sont, au niveau des comptes annuels BNB, plus difficiles à apprécier, car les rapports de certaines TVL ne mentionnent parfois pas le chiffre d’affaires et se contentent de dresser un bilan des subsides reçus. Le CSA doit disposer d’autres sources, puisque son dernier rapport de contrôle mentionne que, en moyenne, 73,6 % des revenus des médias de proximité proviennent de subsides publics, et 26,4 % de revenus propres ou contributions des distributeurs. Le CSA note aussi la forte disparité de masse salariale selon les MDP, et mentionne qu’environ 36,4 % de cette masse salariale est financée par des aides à l’emploi.

Ces données précises étant disponibles auprès de l'organe de contrôle, tout comme de l’administration de la FWB, il eût été utile de pouvoir les analyser de manière diachronique MDP par MDP, afin de relever la disparité des situations et les évolutions en cours.

Le sujet des aides à l’emploi dont bénéficient les MDP constitue apparemment un point épineux dans le débat actuel, les annonces officielles n’ayant pas manqué de le mettre cela en exergue, en évoquant la disparité des situations des différents MDP vis-à-vis des aides APE. Alors que des intentions d’assainissement de ce type d’aide figurent explicitement dans les projets présentés par le ministre en charge des médias, il faut rappeler que ce domaine ne relève pas vraiment des compétences de la FWB. Celle-ci accorde bien des aides à l’emploi aux MDP, mais l’essentiel de l’aide dans ce domaine est du type APE, qui dépend des Régions. Dans ses exposés, le ministre en charge des médias a annoncé (4) qu'une réforme des aides à l'emploi était « en cours de discussion » du coté du ministre responsable de ce dossier à la Région Wallonne. Mais cette éventuelle réforme, dont on dit qu'elle devrait « objectiver » les aides que reçoivent les TVL ne peut en tout cas pas être considérée comme relevant du ministre des médias. Quant à Bruxelles, en l’absence de nouveau gouvernement, c’est toujours le ministre faisant fonction qui gère les ACS.

UNE GOUTTE D'EAU…

Pour terminer ce chapitre financier, et en tout cas en ce qui concerne les aides apportées par la FWB aux MDP, tout le monde s’accorde pour déterminer que l’enveloppe du subside de fonctionnement s’élève à 10,454 millions € (en 2023), 10,449 millions € (en 2024) auxquels s’ajoutent diverses aides (y compris à l’emploi dans le secteur non marchand pour 4,91,millions €), ce qui fixe l’aide totale 2023 de la FWB à un peu plus de 16 millions €, et de 17 millions € en 2024.

Sur un budget total  2024 de la FWB de 14,634 milliards €, le secteur Santé, Affaires sociales, Culture, Audiovisuel et Sport représente ± 15%. Sur le total du budget de la FWB, les 17 millions € d’aide accordés aux MDP représentent donc 0,12%.

Cette constatation rejoint l’analyse figurant dans le tout récenr rapport du comité d’experts auprès de la FWB, dans lequel ceux-ci relèvent (5), dans le budget 2025, que l’ensemble de dépenses audiovisuelles de la FWB ne représentent que 3% de son budget total, et que (6) « le budget annuel de l’ensemble des médias de proximité équivaut à 3,5% du budget alloué à la RTBF ». Ce qui amène les experts à écrire, a minima, qu’il convient de « relativiser la portée » des économies qui seraient faites de ce côté, et « de s’assurer que ces efforts n’affectent pas la qualité du service offert en matière d’informations de proximité ».

On peut supposer qu’il ne s’agit là que d’un commentaire policé, inspiré par la prudence. Car une lecture objective des chiffres ne peut que pousser à s’interroger sur les véritables raisons du choix politique d’avoir décidé de réserver les premières mesures de restrictions budgétaires à un secteur qui ne représente qu’une part aussi infime du budget de la FWB, et une goutte d’eau dans la dotation accordée à l’opérateur audiovisuel public (statut que, rappelons-le, n’ont pas les MDP).

UNE CARTOGRAPHIE DE PROXIMITÉ

L’étude de l’ensemble de ces éléments, préalablement au dépôt d’un projet de restructuration, aurait pu permettre d’établir un tableau de bord complet du secteur, opérateur par opérateur, afin d’éviter les approximations (ou les impressions d’approximations). La question des emplois et de leur financement, qui semble aussi motiver le fond du projet de réforme, aurait ainsi sans doute pu être mieux éclairée.

Le même travail aurait aussi pu permettre une cartographie, tant générale que particulière, du secteur, en s’attachant à la fois à l’étude de la couverture territoriale de chaque MDP et de son volume de population, mais aussi de ses caractéristiques sociodémographiques. Ce qui aurait permis de conférer tout son sens à la notion de « proximité ».

À ce propos, le choix de réorganiser le secteur sur une base provinciale peut poser question, alors que l’on parle au même moment d’une suppression des instances politiques provinciales et de « reconfiguration » des provinces. Il y aurait eu lieu de s’interroger sur le choix de ce critère administratif comme critère de base de la division des territoires des MDP. D’autres critères auraient pu être pris en compte, par exemple celui des bassins « naturels », géographiques et culturels, avec lesquels se confondent les zones de couverture de certains (petits) MDP. Ces bassins ne correspondent en effet pas aux frontières des provinces, en recouvrent parfois deux, et sont souvent plus restreints que l’étendue des entités purement administratives que sont les provinces.

Dans la même optique, en raison du fait que l’on a affaire à des « médias de proximité », on pourrait s’interroger sur la pertinence de recours au critère du volume de population couverte afin de définir le nombre de MDP, en fixant une « barre » arbitraire au million d’habitants, d’autant que ce critère ne correspond pas nécessairement aux bassins naturels et culturels du sud de la Belgique. La notion de « proximité » ne dépend en effet pas seulement d’un critère territorial, mais est aussi déterminée par des critères de nature économico-socio-culturelle.

MÉDIAS DE TERROIR

Pour mener à bien leur mission de proximité, on peut estimer que les télévisions devraient être encore plus « locales », c’est-à-dire être ancrées dans un terroir et non dans une territorialité. C’est de la sorte que les MDP pourraient réellement contribuer au renforcement des identités des bassins géographiques naturels où elles se trouvent.

Alors que l’on ne parle que d’économies, de réduction des opérateurs et des moyens, cette proposition ne peut que paraître paradoxale. Mais elle entend montrer que, tandis que l’individualisme et le repli sur soi et son téléphone portable n’ont jamais été si développés que dans le monde actuel, les MDP devraient voir leurs missions revues. Ne pas être « simplement » chargés d’informer un bassin de population déterminé comme s’ils n'étaient que des excroissances minimales de l’opérateur audiovisuel public national. Mais se voir confier la tâche de recréer de la vie et du lien social dans des zones socioculturellement cohérentes. Ne pas être les hérauts de la misère, des drames et des tristesses d’une « zone » de population, mais les promoteurs d’un retour au vivre ensemble (et au bonheur ?) à une échelle humaine. C’est-à-dire à celle des MDP les plus menacés à l’heure actuelle, parce que les plus petits, mesurés au volume de population de leurs zones de couverture…

Frédéric ANTOINE.

(1) En réalité, une grande partie de ces visites de terrain ont surtout eu lieu dans le courant du mois de janvier 2025.
(2) Rapport du 02/10/2025.
(3) Ce point ne fait l’objet d’aucun montant chiffré dans son compte annuel tel que publié par la BNB, tant et si bien qu’on peut l’estimer = 0.
(4) « J’ai également informé les opérateurs, dans une volonté de totale transparence, qu’une réforme des Aides à la Promotion de l’Emploi (APE) est en cours de discussion sous la houlette du Ministre wallon de l’Emploi. Elle devra être l’occasion d’objectiver les montants alloués aux médias de proximité, jusque-là attribués sans critères clairs et selon le bon vouloir des Ministres. » (communiqué officiel 03/06/2025).$
(5) p.19.
(6) p.32. 

 

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