Regard médias

Il y en a des choses à dire sur les médias en Belgique…

27 juin 2026

Quatre prétendants et un fauteuil


Le futur patron de la RTBF, louvaniste ? Peut-être. Car ils ne sont pas deux, mais quatre. Et pas tous louvanistes. Sur la base d’une source de presse crédible, nous avons analysé, début juin, le profil des deux candidats dits alors seuls en lice pour la direction de la RTBF. Erreur. Tous les prétendants devaient au moins encore passer une audition devant le CA du service public. Et ceux qui semblent toujours en course n’ont pas tous une étiquette « UCLouvain ».

Le 5 juin à 17 h 05, un news magazine bien connu mettait en ligne un article intitulé « Voici les deux derniers candidats en lice pour la succession de Jean-Paul Philippot comme administrateur général de la RTBF ». L’article est mis à jour le 5 juin à 20 h 58. Sur les réseaux sociaux, un post signé par la rédactrice en chef de ce magazine reprenait cette information à 17 h 16.

Tout le week-end, l’info circulera. Le lundi 8 juin, la RTBF publiera à 09 h 06 un communiqué au titre particulièrement sibyllin : « La RTBF vaut mieux qu’un soap opera ». Un titre tellement subtil et hors sujet que ce communiqué échappera à notre sagacité. 

Dans ce texte, la porte-parole de l’opérateur public démentait qu’il n’y ait que deux candidats toujours en course :     « Les informations reprises dans l’hebdomadaire sont contraires à la réalité quant au déroulement de la procédure en cours. C’est la qualité du travail mené par les experts, entre autres internationaux, leur sérieux et l’objectivité de leur analyse et de leur engagement qui sont ainsi gravement attaqués. À ce jour, aucun avis du jury n’est finalisé et n’a, de ce fait, été transmis au Conseil d’administration. Rappelons que seul le jury connaît l’avis du jury. Les auditions des candidats par le CA n’ont pas encore eu lieu. De telles sorties spéculatives s’avèrent préjudiciables pour la fin de la procédure et s’apparentent à de la désinformation. »

N’ayant pas pris connaissance de ce communiqué, c’est donc sur la base des informations du news magazine de référence que nous publions, ce même 8 juin, un post intitulé « RTBF, des enfants de l’Alma ». Nous y évoquons « un point commun entre les deux dernières personnes qui, selon les médias, restent en lice avant le choix du Conseil d’administration de l’institution » et développons l’analyse de ce point commun.

DE 2 à 3 OU QUATRE. PEUT-ÊTRE

Ce 24 juin à 19 h 30, un journal de qualité de Belgique francophone met en ligne un article reservé à ses abonnés intitulé « Trois noms se dégagent pour lui succéder à la direction de la RTBF ». L’article y évoque quatre finalistes potentiels après les auditions de sept candidats par le CA de la RTBF.

L’information révélée par le news magazine concernait les profils qui semblaient avoir été retenus par le jury d’experts, avant que celui-ci n’ait rendu son avis final officiel, du moins si l’on en croit le communiqué de la RTBF. Et, selon la fuite divulguée par le news magazine, il semblait y en avoir deux parmi les sept finalistes. 

L’information contenue dans l’article du quality paper concerne, elle, les auditions des candidats par le CA et les « tendances » émergeant à leur suite au sein du CA.

ONE STEP BEYOND 

Les deux niveaux ne sont que des étapes dans le processus de sélection de l’administrateur général. Le collège d’experts remet un avis motivé dans lequel il établit un classement des candidats. Celui-ci est consultatif et non juridiquement contraignant. Le CA n’est pas obligé de le suivre, mais il constitue néanmoins une base importante, car il fournit une évaluation professionnelle indépendante et sert souvent de filtre préalable. Le CA, de son côté, doit auditionner tous les candidats présélectionnés. Un candidat très bien classé par les experts peut perdre du terrain après son audition, tandis qu’un autre peut davantage convaincre le CA.

À la fin des auditions, chaque administrateur a un avis, mais il n’y a toujours pas de décision. Et celle du CA n’est pas définitive. Le CA arrête son choix sur le ou les candidats qu’il souhaite proposer à l’autorité politique. Mais c’est elle qui tranchera. On est en Belgique, quand même !

PLUS LARGE SPECTRE 

Quoi qu’il en soit, l’article du quality paper fait bien référence aux deux « louvanistes » évoqués dans notre post du 8 juin, l’un de manière évidente, l’autre de manière moins certaine, car cette personne serait considérée comme trop proche du PS, ce qui constitue évidemment une tare par rapport à la majorité politique actuelle à la FWB. Les deux autres personnages sont moins publiquement connus. Le choix de l’un d’entre eux élargirait un peu le cadre « louvaniste », puisque cette personne a fait ses études à l’UNamur avant d’entamer une carrière dans le secteur des télécoms. L’autre sort de ce cadre, puisqu’il a fait ses études chez Solvay (ULB) et a été assistant et chercheur à la Solvay Brussels School avant d’entamer un parcours de dirigeant financier, depuis 2009, comme directeur financier de la RTBF.

Le tableau des formations que nous avions établi dans notre post du 8 juin pourrait donc encore réserver des surprises.

Pour avoir accordé foi à des informations diffusées par le seul quality news magazine de Belgique francophone, encore toutes nos excuses.

Frédéric ANTOINE


11 juin 2026

Affaire Lyhanna : 30 ans après Dutroux, une France zéro mémoire


Août 1996 : Julie et Mélissa. Juin 2026 : Lyhanna. Trente ans de distance, mais le même émoi, les mêmes interrogations, les mêmes mises en cause. Le même récit médiatique. Comme si l’exemple belge n’avait pas percuté Outre-Quiévrain.

 

Pour l’observateur belge, c’est comme revivre le même film à trente ans de distance. Le 17 août 1996, les corps de Julie et Mélissa, toutes deux âgées alors de 9 ans, sont découverts dans le jardin de la maison de Marc Dutroux, à Sars-la-Buissière (1). Un émoi sans précédent s’empare du peuple belge. Le 4 juin 2026, le corps de Lyhanna, 11 ans, est découvert dans un silo agricole près de Puycasquier, dans le Gers. Un émoi sans précédent s’empare du peuple français. Trente années séparent ces deux événements, et ceux qui les suivront. Mais on retrouve le même fonctionnement de l’ensemble de la séquence, des circonstances, des causes et des remises en cause, la même profondeur de l’émotion et de la révolte. Et le même genre de traitement médiatique, à la différence près que le paysage médiatique belge des années 1990 n’avait rien à voir avec celui de la France d’aujourd’hui.

 

Suivant de Belgique l’actualité du drame français, l’observateur se demande : est-il possible qu’aucune leçon n’ait été tirée de l’horreur de l’affaire belge en dehors des frontières du pays ? Personne ne s’est-il dit que ce qui s’était passé dans cet obscur sous-Nord de la France qu’est la région de Charleroi pouvait tout aussi bien surgir 800 km plus au sud ?

 

ÉCHEC

 

Dans les deux cas, il s’agit d’une ou de plusieurs petites filles enlevées puis retrouvées mortes, après avoir été kidnappées par un prédateur sexuel dont il apparaîtra vite qu’il s’en est pris aux enfants en question, mais aussi à d’autres. En Belgique, en enlevant et séquestrant d’autres jeunes filles, puis en tuant certaines d’entre elles. En France, en agressant sexuellement d’autres enfants.

 

Si des parallèles avec l’affaire Dutroux peuvent être établis, ils ne tiennent pas nécessairement à l’existence démontrée d’une série de mêmes crimes. Mais à l’émotion et à la révolte suscitées dans l’opinion par le sentiment qu’un drame aurait pu être évité.

La question des alertes non traitées ou mal exploitées y joue un rôle essentiel. Dans l’affaire Dutroux, l’enquête belge avait été marquée par de graves ratés policiers et judiciaires. Notamment : l’absence, lors d’une perquisition, de la découverte de la cache aménagée dans sa maison de Marcinelle par Marc Dutroux ; la « guerre des flics » entre la gendarmerie et la police, qui entrava toute l’enquête ; et des errements judiciaires divers, dont le plus marquant fut le dessaisissement d’un juge pour avoir participé à une « soirée spaghettis » au profit d’une victime.

 

Dans l’affaire Lyhanna, l’émotion porte notamment sur le fait que le suspect avait déjà fait l’objet d’accusations d’agressions sexuelles, dont certaines impliquant des mineures, sans que cela ait été entendu et pris au sérieux,  ni empêché qu’il reste libre.

 

MEE TOO

 

Dans les deux dossiers, l’affaire dépasse le seul crime : elle devient une profonde crise de confiance envers la justice, la police et la protection de l’enfance. Pour Dutroux, cette crise a provoqué en Belgique une mobilisation massive dans tous les milieux. Personne n’a oublié la Marche blanche qui, deux mois après la découverte des corps, rassemblera 300 000 personnes dans les rues de Bruxelles, soit 3 % de tous les Belges.

 

Pour Lyhanna, l’émoi suscité par l’affaire relève aussi directement de « failles » ou de « dysfonctionnements » judiciaires importants. Il a immédiatement suscité de nombreuses marches blanches et des manifestations devant les palais de justice aux quatre coins de la France. On parle de 150 000 personnes lundi dernier à 19 h dans plus de 60 villes, soit 0,22 % de la population du pays.

 

La similitude de traitement médiatique de ces marches est frappante, nuance faite qu’il n’y avait pas en 1996 — et qu’il n’y a toujours pas — de chaînes all news en Belgique, alors que celles-ci occupent une place importante dans le paysage télévisuel français actuel. En 1996 comme en 2026, les marches ont été suivies en direct par les télévisions : à l’époque belge, par la RTBF et RTL-TVI côté francophone, mais aussi côté flamand, puisque deux autres victimes du prédateur, dont les corps seront découverts fin août, étaient flamandes. Dans les deux contextes, des envoyés spéciaux interrogent des participants. Il y a trente ans comme aujourd’hui, ceux-ci expliquent : « Cela pourrait être mon enfant. »

 

À ce jour, les marches françaises semblent souvent avoir relevé d’initiatives féministes. Elles réunissent principalement des femmes avec leurs enfants, alors qu’en Belgique les hommes y étaient aussi fortement impliqués. À la Marche blanche du 20 octobre 1996, il y avait énormément de familles. Une mobilisation différente, due au fait que les petites filles avaient disparu un an avant d’être retrouvées, que leurs parents avaient déjà mené un fort battage médiatique pour les retrouver, et que des « comités blancs » s’étaient petit à petit formés partout dans le pays.

 

JUSTICE, LEVEZ-VOUS

 

Dans les deux cas, ces manifestations citoyennes visent « la justice », incarnée par les palais de justice. En Belgique, dès avant la Marche blanche de fin octobre, le dessaisissement d’un juge en charge du dossier avait poussé le pays à l’émeute, des manifestations ayant déjà éclaté dans de nombreuses villes, tant en Wallonie qu’en Flandre ou à Bruxelles. Certaines de ces manifestations étaient très directement tournées contre l’appareil judiciaire : palais de justice visés, spaghettis jetés, colère contre la décision de dessaisissement du juge. À Bruxelles, des ouvriers de Volkswagen Forest avaient débrayé et marché vers le palais de justice ; à Liège, les pompiers avaient arrosé le Palais des Princes-Évêques, qui abritait alors les tribunaux.

 

La grande Marche blanche du 20 octobre se terminera par un meeting sur les marches du palais de justice de Bruxelles, place Poelaert. Les parents de plusieurs enfants disparus y prendront la parole. En France, lors des rassemblements, il y a également eu des prises de parole. Le lundi 8 juin, la Fondation des Femmes avait aussi appelé à « une minute de bruit » à 19 h 45 pour dire la colère et demander l’inscription d’une loi intégrale contre les violences sexuelles faites aux femmes et aux enfants à l’agenda de l’Assemblée nationale.

 

En Belgique, le lendemain de la découverte des corps de Julie et Mélissa, lors d’une conférence de presse dans leur jardin, les parents des victimes avaient déjà dénoncé, par la voix de leur avocat, les carences de la justice, de la police et de la gendarmerie. En France, l’avocat des parents de Lyhanna déclarera plutôt, le lendemain de la découverte de son corps, que le temps est « au recueillement et au deuil », les parents organisant dans leur ville une marche blanche le dimanche suivant, en précisant qu’« aucune autre présence politique n’est souhaitée » que celle des maires qui les avaient aidés. L’avocat des parents ne dénoncera publiquement les carences de la justice, de la police et de la gendarmerie que quelques jours plus tard, après le début et l’amplification de l’émoi de la population.

 

Les marches blanches françaises, locales, seront organisées rapidement. En Belgique, il existait depuis la disparition des fillettes de nombreux « comités blancs » qui avaient déjà mené des actions avant la découverte des corps. Un des parents des fillettes tuées s’adressera au public via la télévision dès la fin de leurs funérailles, le 22 août 1996, en lui disant : « On fera appel à vous. » Les parents envisageaient déjà alors de transformer leur deuil en mobilisation citoyenne. Trois semaines plus tard, ils tiendront une conférence de presse où ils s’en prendront à nouveau à l’appareil judiciaire (2) et réclameront notamment l’accès au dossier. Face aux appels de citoyens qui demandent : que peut-on faire ? l’idée de la Marche apparaîtra fin septembre dans une conversation entre la mère d’une fillette disparue sans rapport avec l’affaire Dutroux (3) et la maman d’une des filles retrouvées mortes.

 

LES MINISTRES DES PALAIS

 

En 1996, la mise en cause des politiques a été très rapide. Le jour même de la découverte du corps de leur fille, l’un des couples de parents Russo affichait déjà sur la porte de sa maison un slogan visant directement Melchior Wathelet, ancien ministre de la Justice qui avait signé la libération conditionnelle de Dutroux. En réponse, dès le 19 août, le ministre de la Justice en fonction avait tenu une conférence de presse (4) et s’était, le même jour, rendu aux domiciles des parents. Dans les deux cas, il affirmera que « tout le gouvernement veut qu’on aille jusqu’au bout de l’affaire ». Le ministre fera plusieurs déclarations par la suite.

 

En France, le garde des Sceaux est monté au créneau au lendemain même de la découverte du corps de Lyhanna et dénoncera lui-même des défaillances de l’institution judiciaire et du service public de la justice, allant jusqu’à dire que « l’indépendance de la justice n’est pas l’irresponsabilité ». Mais il refusera d’envisager de démissionner. Dans ses prises de parole, l’avocat des parents n’évoquera aucune plainte de la famille de Lyhanna contre l’État ou l’institution judiciaire, mais réclamera davantage de moyens et refusera toute récupération politique. Depuis le 7 juin, des appels à la démission avaient en effet été prononcés par des représentants de LFI et relayés dans des manifestations. S’il y a eu des paroles publiques adressées aux familles, il ne semble pas y avoir eu de contact direct entre le garde des Sceaux, la famille endeuillée et celles qui n’avaient pas été entendues par la justice.

 

LES « PREMIER »

 

Le jour des funérailles de Julie et Mélissa, le gouvernement belge avait décrété une minute de silence nationale dans tout le pays. La commission de la Justice de la Chambre belge des représentants avait été saisie, le même jour, par plusieurs interpellations sur la manière dont les enquêtes sur les disparitions d’enfants avaient été menées, sur l’application de la loi pénale et sur l’exécution des peines.

 

En vacances au moment des faits, mais « en contact permanent depuis la Sardaigne avec le ministre de la Justice, qui est actuellement Premier ministre faisant fonction » (5), le Premier ministre Jean-Luc Dehaene publiera fin août une brève communication gouvernementale dans laquelle il reconnaît l’émotion du pays, affirme que « le message » des familles doit être entendu, promet que l’enquête judiciaire doit faire rapidement toute la clarté et annonce avoir chargé le ministre de la Justice d’accélérer plusieurs mesures. Le même jour, Stefaan De Clerck présentera une déclaration plus détaillée et une note au Conseil des ministres. Le 3 septembre, jour de la découverte des corps des deux jeunes Flamandes An et Eefje, l’information sera d’abord rendue publique par le Premier ministre en personne, qui rendra à cette occasion hommage aux parents et s’engagera à mener les enquêtes à bien (6). Le jour de la grande Marche blanche bruxelloise, soit deux mois après la découverte des corps et l’arrestation de Dutroux, les familles des victimes seront reçues par le Premier ministre, rue de la Loi. Il n’y aura jamais de demande formelle de démission du ministre de la Justice. Celle-ci interviendra de son plein gré plus tard dans un contexte toujours relatif à l’affaire Dutroux (7).

 

Après la découverte du corps de Lyhanna, le 4 juin 2026, le Premier ministre français convoque une réunion de crise à Matignon avec les ministres concernés afin de savoir si les alertes antérieures visant le suspect ont été correctement traitées par les services de l’État. Cinq jours après la découverte, lors des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, le Premier ministre répond aux interpellations des députés. Il refuse de réduire l’affaire à un simple fait divers et la présente comme le symptôme d’un problème plus large de société. Il parle aussi du projet de loi sur la protection des enfants, qui sera durci à la lumière de l’affaire Lyhanna. Le lendemain, il complète ces annonces par un projet de décret visant à obliger à motiver les classements sans suite dans les affaires de crimes sexuels sur mineurs. À la différence de son garde des Sceaux, qui avait mis en cause frontalement l’institution judiciaire, le Premier ministre cherchera à inscrire l’émotion dans une réponse gouvernementale plus large, en reconnaissant la responsabilité de l’État sans réduire l’affaire à la seule accusation de la justice. On ne trouve pas de trace de contact entre la famille endeuillée, celles qui n’ont pas été entendues, et le Premier ministre français.

 

ET LES CHEFS DE L’ÉTAT ?

 

Étant en vacances au moment de la découverte des corps, c’est de sa résidence de Châteauneuf-de-Grasse que le roi des Belges réagit le mardi 20 août, soit le lendemain des premières prises de parole officielles de son gouvernement. Se disant « profondément émus » et « se sentant très proches des familles des victimes », les souverains espèrent que « très rapidement toute la clarté sera faite sur tous les aspects entourant ces enlèvements » (8). Avant de publier ce communiqué, le roi avait envoyé un message plus personnel aux parents concernés. Le roi Albert II et la reine Paola recevront ensuite les différentes familles touchées au Palais royal au début septembre. Dès le 4, dans un communiqué, le roi exigera que l’enquête aille jusqu’au bout. Le 10, il s’adresse à la fois au politique et au judiciaire dans un long communiqué où il affirme vouloir toute la vérité sur les affaires. Le 14 octobre, soit six jours avant la grande Marche blanche, une proposition de création d’une commission d’enquête sera déposée au Parlement. Elle sera adoptée trois jours plus tard. Le 18 octobre, deux jours avant la Marche, le roi et la reine organiseront au Palais une table ronde royale avec les responsables politiques, tous les parents des enfants tués, et des experts.

 

En 2026, après la découverte du corps de Lyhanna, Emmanuel Macron intervient d’abord de manière assez brève. Le lendemain, alors que l’identification de l’enfant est confirmée, il se dit choqué par le drame et évoque déjà l’existence d’un dysfonctionnement. Six jours après la découverte du corps, lors du Conseil des ministres, il reprend plus explicitement la main. Il reconnaît des « dysfonctionnements manifestes » et estime que l’affaire pose une question centrale : celle de la protection des enfants, de l’efficacité de l’action publique et de la confiance dans les institutions. Il demande cependant que les responsabilités soient établies avec précision, à partir des inspections engagées dans les services concernés. Dans cette intervention, le président appelle à agir « sans précipitation » et « sans démagogie ». Il ne conteste pas la nécessité de modifier le projet de loi sur la protection de l’enfance, mais demande que ces évolutions se fassent « avec méthode », au regard des faits établis. Sa ligne consiste donc à reconnaître le choc et les défaillances, tout en évitant que la réponse de l’État soit dictée uniquement par l’émotion immédiate. A-t-il, lui, eu des contacts avec la famille concernée et celles qui n’ont pas été entendues alors que leurs enfants dénonçaient des exactions commises par le même agresseur ?

 

30 ANS APRÈS

 

La France restera toujours la France, les contextes des deux événements sont légèrement différents et l’horreur des crimes n’est pas totalement comparable. Mais, à même mécanique, mêmes défaillances, trente ans plus tard, n’y aurait-il pas pu y avoir d’autres réponses ? Avec le recul du temps, même si on a fait beaucoup de reproches aux gestionnaires de l’État lors des événements de 1996, il semble y avoir eu à ce moment de la part des autorités davantage d’empathie que celle manifestée en France ces derniers jours par les personnes au pouvoir.

 

Depuis l’affaire Dutroux, le climat a changé. Personne n’a oublié. En 2012, la libération conditionnelle de la femme de Dutroux, condamnée elle aussi, a ravivé des cendres jamais éteintes. Cette année, « l’anniversaire » de cette dramatique issue fera sûrement à nouveau l’objet d’un vaste traitement médiatique.

La sécurité de leurs enfants préoccupe beaucoup les parents. Parfois trop. Parfois, la peur règne. Les législations ont évolué.

L’affaire Dutroux a fait l’objet d’une longue commission parlementaire, dont les débats ont été retransmis, jusqu’au bout de la nuit, sur la télévision publique. Les révélations qui y ont été faites ont pris la forme d’un véritable feuilleton judiciaire. Tout cela a notamment abouti à une fusion des polices entre les forces de l’ordre relevant des municipalités et la gendarmerie, dépendant de l’armée.

On a aussi beaucoup parlé de revaloriser le secteur de la Justice et des tribunaux.

Mais, de ce côté, l’état des finances publiques n’a jamais permis de transformer les rêves en réalité.

 

En France, trente ans après, quelque chose pourrait-il bouger ? Ou l’émotion populaire est-elle considérée comme un simple feu de paille.

Frédéric ANTOINE. 


(1)  Le 15 août au soir, deux petites filles, Sabine et Laetitia, sont libérées de la cache où elles étaient enfermées par Marc Dutroux. Celui-ci avait été arrêté le 13 grâce à trois lettres de sa plaque de voiture repérées par un étudiant au moment de l’enlèvement d’une des fillettes.

(2)  Ils l’avaient déjà fréquemment fait entre la disparition des filles et la découverte des corps.

(3)  Marie-Noëlle Bouzet est la mère d’Élisabeth Brichet, une fillette namuroise disparue en 1988 et dont le corps ne sera retrouvé qu’en 2004, dans le cadre des suites de l’affaire Fourniret.

(4)  « Il adresse aux parents Russo et Lejeune, qui ont enduré le calvaire de l’attente, en son nom et au nom du gouvernement, ses condoléances émues ainsi que sa profonde sympathie. Ses pensées vont aussi à Sabine et à Laetitia, qui ont recouvré la liberté après avoir vécu un véritable cauchemar. Il encourage les forces de police et les magistrats chargés de l’enquête à poursuivre les efforts entrepris pour faire toute la lumière sur les agissements des auteurs, en particulier pour retrouver An et Eefje et peut-être d’autres victimes. “Il conviendra demain d’analyser ces faits tragiques et d’en tirer toutes les conséquences politiques de manière à mettre tout en œuvre pour éviter leur reproduction”, conclut le communiqué du ministre de la Justice. » (Belga)

(5)   Le Soir, 21/08/1996.

(6)  « Le Premier ministre Jean-Luc Dehaene a fait savoir hier soir, vers 20 heures, qu’il avait appris avec stupéfaction qu’An et Eefje avaient été lâchement assassinées, comme l’avaient été Julie et Mélissa. (…) Il n’a pas de mots pour exprimer l’horreur que lui inspirent de tels actes, indique le communiqué. C’est avec toute la population que le Premier ministre partage le chagrin et la douleur des parents et des familles Lambrecks et Marchal, poursuit le texte. Au nom du gouvernement et en son nom personnel, M. Dehaene adresse aux familles ses plus sincères condoléances et s’associe à leur peine. (…) Il s’associe aussi intensément aux parents de Julie et de Mélissa, pour qui cette nouvelle constitue une épreuve supplémentaire, conclut le communiqué du Premier ministre. » (Le Soir, d’après Belga)

(7)  Le 23 avril 1998, Dutroux s’évade brièvement de prison. Le lendemain, Stefaan De Clerck, ministre de la Justice, et Johan Vande Lanotte, ministre de l’Intérieur, démissionneront immédiatement.

(8)  Le Soir, ibid.

 

08 juin 2026

RTBF : des enfants de l’Alma


Le futur patron de la RTBF sera forcément une ou un « Louvaniste ». Les deux derniers candidats en lice ont en effet accompli l’essentiel de leur formation universitaire à ce qu’on appelait jadis « L’Alma Mater ».


La prédiction n’en est pas une. Il y a 100% de chances pour que le prochain titulaire du poste le plus élevé dans la hiérarchie de la RTBF soit issu de l’UCLouvain, au temps où on l’appelait UCL et, peut-être même encore, l’Université Catholique de Louvain. Certes, la bure ne fait pas le moine (ou la religieuse). Mais cet élément constitue un point commun entre les deux dernières personnes qui, selon les médias, restent en lice avant le choix du Conseil d’administration de l’institution, bien mis à mal récemment.

Sauf erreur ou homonymie, le curriculum scolaire de la candidate retenue commence en effet au Collège Saint-Augustin d’Enghien, option Latin-Grec, à la fin des années 1990, et se poursuit à la Louvain School of Management, dont elle sort ingénieure de gestion en 2005. Juste avant le covid, elle complétera cette formation à la Harvard Business School, en Health Care Delivery Management.

Le parcours scolaire de l’autre prétendant à la succession de Jean-Paul Philippot est plus sinueux. Si elle est née à Madagascar, cette personne a terminé ses études secondaires au Lycée Aristide-Briand d’Évreux (baccalauréat A1 Lettres-Mathématiques), fin des années 1980. Tout en étant ensuite inscrit pendant cinq ans au séminaire d’Évreux, il étudiera à La Sorbonne. Mais l’essentiel de son cursus académique (licence, agrégation, doctorat) en philosophie aura lieu à Louvain-la-Neuve au cours des années 1990. L’intéressé complètera la chose par cette particularité française qu’on appelle une « HDR » (Habilitation à diriger les recherches) obtenue à l’Université de Strasbourg juste avant 20120, puis par un Master exécutif en management public (ULB-UCL-ULg) et un Certificat en management public (École d’Administration publique de la Fédération Wallonie-Bruxelles).

Si la première candidate n’a pas ouvertement et publiquement manifesté de liens avec le « pilier » historique que représentait l’Alma Mater, centrant ses prises de parole sur le secteur de soins de santé et sa gestion, il en est tout autrement de son concurrent, qui n’a jamais caché dans ses nombreux ouvrages, conférences et interviews (1) sa totale relation avec le monde et la foi catholique.

L’une de ces deux personnes sera dans quelques mois commodore d’une flotte dotée d’un vaisseau tout neuf, mais navigant dans la houle et les embruns d’une tempête politico-idéologico-économique particulièrement âpre depuis les dernières élections.

À nouveau, sauf erreur ou omission, il faut remonter à près de 30 ans pour retrouver un timonier de la RTBF ayant accompli (au moins) une partie de son parcours à l’Alma Mater louvaniste. Et encore était-ce déjà, à l’époque, une première depuis 1960. (voir tableau ci-dessous)

Mais en fait, en 2026, cela a-t-il vraiment de l’importance ?

 

Frédéric ANTOINE 

Responsable

Période

Diplôme(s) / formation connue

Université / établissement

Robert Wangermée

1960-1984

Doctorat en philosophie et lettres ; historien/musicologue

ULB

Robert Stéphane (alias Robert Clausse)

1984-1993

Sociologie

ULB,

(probablement (2)

Jean-Louis Stalport

1994-1997

Licence en droit ; licence en droit social

UCL, puis ULB

Christian Druitte

1997-2002

Licence en philologie romane

ULg

Jean-Paul Philippot

2002-2026

Ingénieur commercial

Solvay / ULB

 

(1)   Notamment l’interview de 42 minutes accordée en juillet 2023 à l’émission de La Première  RTBF Ceci n’est pas un selfie.

(2)   Robert Stéphane, de son vrai nom Robert Clausse, était le fils de Roger Clausse, un des fondateurs de la section « journalisme » de l’ULB au lendemain de la 2e Guerre Mondiale, qui prendra la direction de l’INR l’année précédant l’arrivée de son fils dans l’Institut comme journaliste.

 

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